Panicaut de mer

Eryngium maritimum | L.

N° 3998

Côtes européennes (native), Amérique du Nord (introduction volontaire), Australie (introduction fortuite)

Clé d'identification

Plante érigée de 60 cm de hauteur maximale, ressemblant à un chardon
Feuilles coriaces et piquantes, de couleur verte à bleutée avec des nervures blanches
Tige glabre et cylindrique portant de nombreuses ramifications
Involucre constitué de 4 à 6 bractées divisées
Inflorescence sphérique à ovoïde de 25 à 50 petites fleurs bleues de 10 mm de long
Racine très longue et épaisse
Littoral maritime sableux ou galets mélangés au sable

Noms

Autres noms communs français

Panicaut des dunes, panicaut maritime, panicaut bleu, chardon des dunes, chardon bleu

Noms communs internationaux

Sea holme, sea-holly, seaside eryngo (GB), Strand-Mannstreu, Strandmannstreu, Stranddistel (D), Calcatreppola marina, calcatreppola marittima, erba di San Pietro, Eringio marino (I), Cardo de mar, cardo marino, cardo marítimo (E), Assutzena d'arena, assutzena de mar, Panical marí (Catalan), Blauwe zeedistel (NL), Martorn (Suédois)

Distribution géographique

Côtes européennes (native), Amérique du Nord (introduction volontaire), Australie (introduction fortuite)

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Le panicaut de mer se développe dans les régions qui ont des hivers doux (température moyenne en janvier d'environ 5 °C). Il est présent sur toutes les côtes européennes le long de l'océan Atlantique, la mer Baltique, la mer Méditerranée, la mer Noire et la mer d'Azov. Sa limite nord de distribution se situe vers 60°N. Il est moins fréquent aux latitudes nord. Sa limite sud est en Afrique du Nord. Il est absent des Canaries et des Açores.

Natif d'Europe, d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, il a été introduit au XIXe siècle à des fins ornementales aux USA et au Canada. Il est arrivé par accident en Australie, où il est considéré comme une espèce potentiellement envahissante, et se cantonne pour l'instant aux mêmes habitats qu'en Europe.

Biotope

Cette espèce se rencontre en milieu bien éclairé sur les jeunes dunes et les dunes mobiles, ainsi que sur les hauts de plages, où elle contribue à stabiliser les sols.

On la trouve aussi sur des plages de galets et plus rarement sur des terrains rocheux ouverts recevant par le vent du sable et les éléments nutritifs nécessaires à son développement.

Le panicaut de mer pousse sur des sols assez secs ou bien drainés, basiques à légèrement acides (pH de 6,2 à 8,5 ; moyenne de 6,7), contenant peu de matières organiques et peu de minéraux assimilables.

Description

Le panicaut de mer est une plante érigée vivace* pouvant atteindre 60 cm de hauteur. Sa partie enfouie comprend une racine très longue (en moyenne 1,5 m) et épaisse ainsi que des rhizomes* latéraux qui se forment à partir des tiges enfouies dans le substrat*.

La partie aérienne se développe à partir d'une rosette de feuilles basales qui portent un long pétiole*. La tige est glabre*, cylindrique ou marquée d'un sillon longitudinal. Les ramifications sont nombreuses.

Les feuilles sont pâles sur leur face inférieure, de couleur bleutée sur leur face supérieure, avec des bordures et des nervures blanches.

Les bractées* sont tricuspides* (à trois pointes), de couleur verdâtre, de consistance herbacée à coriace. Elles mesurent entre 2,5 et 4 cm de longueur. Les branches se développent à l'aisselle des bractées jusqu'au 3e ordre.

L'involucre* est constitué de 4 à 6 bractées divisées.

La plante fleurie produit une ombelle* terminale, plus grande et plus précoce que les ombelles secondaires. Les inflorescences* de forme sphérique ou ovoïde peuvent atteindre 3 cm de hauteur et 2 cm de diamètre avec des bractées ovoïdes et épineuses. Elles contiennent entre 25 et 50 petites fleurs pédicellées à 5 pétales. Les pétales sont de couleur bleu pâle à bleu améthyste et mesurent 10 mm de long. Les sépales* mesurent entre 4 et 5 mm de longueur, ils sont de forme ovale à lancéolée* et de couleur bleuâtre. Les fleurs portent des filaments bleus à pourpres, parfois rosés.

Le fruit porte des poils recourbés en forme de crochets. Son poids moyen est de 13 mg.

Espèces ressemblantes

Il y a 6 autres espèces de panicauts en France. Le panicaut maritime est le seul panicaut poussant exclusivement sur le littoral marin. Il y a risque de confusion avec le panicaut champêtre (Eryngium campestre), espèce qui pousse sur le littoral et divers types de sols incultes jusqu'à 1 000 m d'altitude. Ce panicaut produit des fleurs blanches de juin à août, son involucre est composé de 3 à 6 bractées étalées.

Alimentation

Comme tout végétal, le panicaut de mer élabore sa matière organique carbonée par photosynthèse* à partir de dioxyde de carbone, en utilisant la lumière comme source d'énergie. Son système racinaire lui permet d'absorber l'eau et les éléments minéraux.

Reproduction - Multiplication

La reproduction peut être sexuée ou végétative.

La voie végétative est dominante au nord de l'aire de distribution. Dans ce cas, des rejets se développent sur les rhizomes ou des fragments de racine, favorisés par le recouvrement par du sable et peuvent sortir du sable jusqu'à 3 m du plant souche. Ce type de bouturage est utilisé en horticulture.

Le panicaut devient fertile à partir de 15 cm de hauteur. La floraison dépend des conditions climatiques, elle débute quand la température maximale journalière se situe entre 18 et 23 °C. Les fleurs sont protandres*. La pollinisation est assurée par des insectes. La fleur terminale produit environ 35 fruits, les fleurs de 2e ordre en produisent environ 17. Les pieds produisent entre 100 et 750 fruits selon leur âge et leur taille. Chaque fruit contient 2 graines.

A la fin de la période de croissance, les tiges deviennent cassantes et la plante séchée peut se détacher et rouler sur le substrat, voire flotter sur l'eau pendant plusieurs jours, permettant la dispersion des graines et la colonisation d'autres rivages si les conditions de sol et de température sont favorables.

Vie associée

Un champignon comestible, la pleurote du panicaut (Pleurotus eryngii) pousse à l'automne sur le panicaut desséché.

Une espèce de plante parasite de la famille des Orobanchacées (Orobanche amethystea) parasite exclusivement le genre Eryngium et plus généralement E. campestre. Elle ne dédaigne pas de s'attaquer à l'occasion à E. maritimum !

En Méditerranée et sur la façade atlantique sud-ouest, le panicaut de mer forme des communautés avec une dizaine d'autres phanérogames telles que Achillea maritima, Ammophila arenaria, Convolvulus soldanella, Crithmum maritimum, Cutandia maritima, Echinophora spinosa, Elytrigia juncea, Euphorbia paralias, Medicago marina, Pancratium maritimum et Sporobolus pungens. Dans la partie la plus au sud de cette zone de l'Atlantique et en Méditerranée Sud et Ouest, on le trouve aussi associé à Aetheorhiza bulbosa, Helichrysum stoechas, Malcolmia littorea et Lotus creticus.

Le panicaut de mer est pollinisé par des insectes généralistes (abeilles, guêpes, fourmis), mais aussi par des papillons tels que l'argus bleu Polyommatus icarus, des coléoptères tels que le lepture porte-cœur Stictoleptura cordigera, ou des hétéroptères tels que le graphosome ponctué Graphosoma semipunctatum (voir photos).

Malgré ses défenses chimiques, le panicaut de mer connaît quelques insectes prédateurs qui lui sont associés tels les papillons de nuit Agonopterix cnicella et Agrotis ripae ou la chenille de Papilio machaon. Il est aussi attaqué par des champignons tels que Mycosphaerella eryngii.

Ses graines sont consommées par des oiseaux, les racines sucrées le sont par les sangliers (et les hommes).

Divers biologie

Le genre Eryngium caractérise des plantes plus ou moins épineuses dont l'inflorescence se présente en pseudocapitule* globuleux à cylindrique.

Chaque année, le panicaut de mer développe une rosette de feuilles basales, au centre de laquelle se forme une tige. Cette rosette disparaît en été dans le sud ou en fin d'automne dans le nord de l'aire de répartition. Sa longue racine permet à cette plante vivace de résister à la dessiccation et d'accumuler les réserves pour passer l'hiver.

Informations complémentaires

Le panicaut de mer est l'emblème du Conservatoire du littoral. Il est cultivé en jardin depuis le Moyen Âge et a été source de nourriture en Europe principalement aux XVIIe et XVIIIe siècles (racines, feuilles, jeunes pousses).

Plantes médicinales depuis l'antiquité, les panicauts sont encore utilisés pour leurs propriétés diurétiques, anti-inflammatoires, analgésiques, antitussives. L'analyse chimique des extraits du panicaut de mer montre la production de molécules ayant des activités anti-inflammatoires, antivirales et anti-cancéreuses (saponines). Les racines séchées sont répertoriées en pharmacopée sous l'appellation Radix eryngii maritimi.

Réglementation

Cette espèce est classée LC (Least Concern, soit préoccupation mineure) sur la Liste rouge Européenne 2014 de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature UICN.

Elle est présente sur plusieurs listes françaises de réglementation de portée nationale (arrêté du 13/10/1989 relatif aux espèces végétales sauvages pouvant faire l'objet d'une protection préfectorale permanente ou temporaire), régionale (Provence-Alpes-Côte d'Azur, Bretagne, Pas de Calais) et départementale (Pyrénées-Atlantiques). Dans ces zones, la cueillette, l'arrachage, la destruction, l'utilisation, … sont interdits sur les terrains non cultivés habituellement.

Cette plante est réglementée car elle souffre de la disparition ou de la fragilisation de son habitat (exploitation du littoral par l'Homme, piétinement des plages et des dunes par les promeneurs, augmentation du niveau de la mer), ainsi que d'une cueillette excessive à des fins ornementales ou culinaires. Elle n'est pas protégée partout en Europe, bien que ses populations aient fortement décliné, principalement dans les zones froides de son aire de répartition.

Compte tenu de la niche écologique étroite qu'occupe le panicaut de mer, et de sa difficulté de résister en présence de plantes compétitrices (envahissantes ou amenées par l'Homme), seule une politique dédiée de protection et de gestion de son habitat permettra de maintenir les populations.

Origine des noms

Origine du nom français

Panicaut de mer, par opposition à d'autres panicauts que l'on rencontre hors du littoral maritime.

Panicaut vient du latin [panis] = pain. De fait, la racine de panicaut se consomme grillée et a pu servir de nourriture de base en période de disette.

Chardon bleu, chardon des dunes, font référence aux feuilles piquantes, à la fleur bleue et au lieu de vie de cette plante. Il est à noter que cette plante est une Apiacée et n'appartient pas à la famille des chardons (Astéracées).

Origine du nom scientifique

Eryngium : 2 étymologies d'origine grecque sont possibles pour ce nom de genre,
du grec [eryngion] = plante épineuse décrite par Théophraste, ou du grec [ereugomai] = roter. En effet, cette plante a été utilisée comme plante médicinale et a été décrite par Dioscoride comme "faisant rendre toutes les ventosités".

maritimum : ce nom d'espèce indique son affinité pour les milieux littoraux.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Magnoliophyta Angiospermes Plantes à fleurs dont les graines fécondées sont renfermées dans un fruit.
Sous-classe Rosidae Rosidés
Ordre Apiales Apiales Fleurs à cinq sépales, cinq pétales, cinq à dix étamines et ovaire infère. Inflorescence en ombelle.
Famille Apiaceae Apiacées

Fleurs blanches ou jaunâtres à calice réduit, 5 pétales libres, 5 étamines, ovaire à deux carpelles. Inflorescence en ombelle simple ou composée. Fruits secs (diakène) aplatis s'ouvrant en deux. Plantes herbacées annuelles (parfois bisannuelles ou vivaces). Feuilles alternes souvent découpées, non stipulées, à gaine très développée ; tiges souvent creuses et avec cannelures longitudinales. Exemples : carotte, cerfeuil, persil.

Genre Eryngium
Espèce maritimum

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