Holothurie des Fidji

Bohadschia vitiensis | (Semper, 1868)

N° 4108

Domaine indopacifique

Clé d'identification

Holothurie de taille moyenne à grande, aux extrémités arrondies
Couleur jaune à orange clair, avec parfois des zones plus ou moins sombres
Petite tache brune caractéristique à la base des podia
Cloaque de grand diamètre quand ouvert
Tubes de Cuvier nombreux et de gros diamètre

Noms

Autres noms communs français

Holothurie brune, holothurie de sable brune

Noms communs internationaux

Brown sandfish (GB), Falalija, mangeryfoty (Madagascar), Vula (Fidji), Nool attai (Inde), Tekanimnim (Kiribati), Bat nangka (Malaisie), Meremarech (Palau), Dole (Tanzanie), Pulutan (Indonésie), Mula (Tonga), Noät muû (Vietnam)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Holothuria vitiensis Semper, 1868
Holothuria similis Semper, 1868
Holothuria tenuissima Semper, 1868
Bohadschia similis
(Semper, 1868)
Bohadschia tenuissima (Semper, 1868)
Holothuria clemens Ludwig, 1875
Holothuria bivittata Mitsukuri, 1912

Distribution géographique

Domaine indopacifique

Zones DORIS : Indo-Pacifique

On trouve cette espèce dans tout l'océan Indien, d’est en ouest de l'Afrique du Sud à l'Australie, et du nord au sud de l'Inde à La Réunion. Elle est également présente dans le Pacifique Ouest et centre, d’est en ouest des côtes chinoises aux Kiribati, et du nord au sud d’Hawaï à la Polynésie Française.

Biotope

On peut trouver cette holothurie entre 0 et 20 m, rarement davantage, dans les lagons et sur les pentes externes, en zones sableuses à sablo-boueuses et dans les herbiers.

Description

Bohadschia vitiensis est une holothurie de taille moyenne à grande, qui peut atteindre 50 cm (la taille moyenne est de 32 cm). Son corps est subcylindrique avec un trivium* (face ventrale) plat, les deux extrémités sont arrondies.
La couleur dominante est jaune à orange clair, avec parfois des zones plus ou moins sombres et diffuses, généralement transversales. Le trivium est plus clair et ne présente pas de zones sombres. Certains individus peuvent être presque blancs. Le tégument est assez épais (7 mm).

Une petite tache brune caractéristique est présente à la base de chacun des podia* dorsaux et ventraux. Ces podia, très nombreux et distribués sans ordre sur le bivium* (face dorsale) comme sur le trivium, sont beige translucide avec un disque blanchâtre. La densité des podia du bivium est plus faible que celle du trivium. Le bivium porte aussi des podia transformés en papilles pointues de même couleur. On peut parfois observer une ligne étroite sans podia à l'emplacement de certains radius.

La bouche est ventrale et entourée par 20 courts tentacules* peltés* jaunâtres. L'anus est terminal. Le cloaque*, quand il est ouvert pour la « respiration », prend d’abord la forme d’une étoile puis devient circulaire. Il est alors de grand diamètre.
Cette espèce dispose d'un organe de Cuvier* développé dont les tubes, rapidement expulsés au contact, sont d'un blanc pur plus ou moins translucide et bleuté. Ils sont nombreux et de gros diamètre.

Espèces ressemblantes

Bohadschia cousteaui : holothurie de taille moyenne dont le bivium est uniformément brun foncé et le trivium brun clair avec des podia brunâtres. Sa morphologie est plus fusiforme que celle de B. vitiensis. Elle est diurne. On trouve cette espèce en mer Rouge et dans le sud-ouest de l'océan Indien.

Bohadschia koellikeri : holothurie de grande taille, dont le bivium est crème à blanchâtre ou rosâtre et porte de grandes taches brunes de forme et d'emplacement variables avec un trivium plus clair. Sa couleur dominante est plus claire que celle de B. vitiensis, mais il est difficile de la distinguer in situ des spécimens presque blancs de cette espèce.

Bohadschia marmorata : l'espèce est considérée comme synonyme de B. vitiensis par certains auteurs mais elle est acceptée comme une espèce différente par la majorité de la communauté scientifique. C'est une holothurie de grande taille, dont le bivium est crème à jaunâtre ou orange plus ou moins foncé et porte de grandes taches brunes de forme et d'emplacement variables, ainsi que des petits points noirs. Les papilles du bivium et les podia du trivium sont fins et translucides. Le trivium est plus pâle et montre une large bande longitudinale presque blanche contrairement à celui de B. vitiensis. Sa morphologie est aussi plus étirée. Cette espèce se trouve dans tout le domaine indopacifique, à l'exception d'Hawaï.

Bohadschia paradoxa : holothurie de grande taille, dont le bivium est uniformément d'un orange tendant sur le rouge, qui peut devenir très foncé, cette couleur étant marquée d'une multitude de points noirs correspondant aux podia dorsaux. Elle ne présente pas de marbrures foncées comme peut le faire B. vitiensis mais il est difficile de la distinguer des spécimens uniformément orangés de cette espèce. On trouve B. paradoxa dans l'ouest et le centre du Pacifique.

Hybrides B. vitiensis x B. argus : voir à la rubrique Reproduction.

Il peut aussi y avoir confusion avec des espèces du genre Actinopyga, mais celles-ci présentent toujours des dents anales. D'autre part, le genre Actinopyga est pourvu d'un organe de Cuvier non fonctionnel alors que les Bohadschia émettent des tubes de Cuvier nombreux et de gros diamètre dès le ou les premiers contacts.

Alimentation

B. vitiensis est limnivore*, ce qui signifie qu'elle ingère le sédiment et en retient les nutriments d'origine végétale et animale, les déchets et les bactéries qui y sont contenus. Elle participe ainsi, malgré des densités parfois faibles, à l'équilibre des écosystèmes* côtiers tant par élimination de débris organiques que par remaniement du substrat*.

Reproduction - Multiplication

La taille de la première maturité sexuelle a été documentée à 24,5 cm pour les mâles et 26,1 cm pour les femelles par une étude faite en mer Rouge. Un pic de reproduction a été observé en été. Les auteurs estiment que la température de l'eau détermine la saisonnalité de la reproduction, probablement en lien avec l'augmentation de la densité du phytoplancton* nécessaire à l'alimentation des larves* en été. En Papouasie-Nouvelle-Guinée et aux Palaos (Micronésie), les pics de reproduction se situent identiquement au début de la saison des pluies. Il en va de même dans l'océan Indien.

En période de reproduction, mâles et femelles plus ou moins regroupés se dressent le plus haut possible pour diffuser les gamètes* émis dans la colonne d'eau. Comme chez d'autres espèces, dont des Bohadschia, certains individus peuvent aussi émettre leurs gamètes en position allongée.
La fécondation* a lieu au hasard des rencontres de ces gamètes dans le courant. Les larves* sont pélagiques*. Les stades larvaires (blastula*, puis auricularia*, puis doliolaria*) se déroulent en pleine eau. A la fin du dernier stade, le juvénile rejoint définitivement le substrat et évolue vers l'âge adulte.

Des cas d'hybridations entre B. vitiensis et B. argus sont soupçonnés. Ces individus, qui avaient été considérés d'abord comme une espèce à part entière (Bohadschia maculisparsa), ont été génétiquement déterminés comme probablement hybrides (sauf à imaginer une évolution extrêmement rapide du génome mitochondrial qui resterait à prouver). Leur couleur dominante va du beige au brun avec ou sans zones plus sombres. Ils présentent les ocelles de B. argus mais en moins grand nombre et ils sont plus petits. Leurs papilles sont entourées d'une tache brune comme chez B. vitiensis.

Vie associée

Comme presque toutes les holothuries, B. vitiensis peut être victime de parasites externes, notamment des gastéropodes de la famille des Eulimidés.

Divers biologie

Comme la majorité des espèces d'holothuries les tissus de B. vitiensis contiennent des molécules extrêmement toxiques groupées sous le nom de saponines, l'ensemble étant communément appelé holothurine. Cette substance provoque une hémolyse (destruction des globules rouges) pathologique dont l'effet sur les poissons et d'autres organismes marins est mortel. De surcroît, un organe de Cuvier très fonctionnel assure sa défense au moyen de tubes collants de gros diamètre très rapidement émis.

Le poids moyen documenté de l'animal vivant se situe entre 1,2 et 1,6 kg.

Cette espèce s'enfouit généralement dans les sédiments sableux en journée et est active la nuit. On peut cependant voir des individus exposés le jour.

L'armature du tégument (les spicules*) est composée de rosettes accompagnées de quelques bâtonnets sur le bivium, de grains de forme variée et de pseudo-rosettes sur le trivium, et de rosettes et bâtonnets dans les podia. Les tentacules portent des bâtonnets épineux droits ou incurvés.

Informations complémentaires

Le genre Bohadschia pose de difficiles problèmes taxonomiques du fait de la grande variabilité intraspécifique et de la faible différenciation interspécifique des spicules caractérisant les espèces qui le composent, ainsi que de la grande variabilité du patron de couleurs de nombre d'entre elles. On estime cependant qu'actuellement les espèces sont bien définies génétiquement. Des combinaisons de couleurs en nombre limité ont de surcroît été isolées pour chaque espèce, en lien avec les données moléculaires.

Les densités locales de B. vitiensis sont très irrégulières au sein de sa vaste distribution, pouvant passer de 0,1 individu par hectare (Milne Bay, Papouasie-Nouvelle-Guinée) à 13 individus par hectare (Samoa). La densité moyenne globale est estimée à moins de 0,02 individus par mètre carré.

L'espèce est pêchée pour la subsistance comme pour la vente à travers toute son aire de distribution. Mais les données sur les prélèvements la concernant manquent, notamment du fait de confusions fréquentes avec d'autres espèces dans le circuit commercial, ce pourquoi la Liste Rouge de l'UICN la classe sous la rubrique « Data Deficient » (DD). Ce qui signifie que le manque de données interdit la classification habituelle relative aux dangers encourus par l'espèce. Des déclins de populations locales ont cependant été relevés, notamment aux Fidji et à Madagascar.

Sa valeur sur le marché est faible, mais la tendance à la raréfaction des espèces prisées du fait de leur surpêche provoque une valorisation et donc une surpêche des espèces qui ne l'étaient pas, et les met à leur tour en danger. Cela avait déjà été observé pour B. vitiensis en 2013 aux Samoa, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et aux Fidji.

Réglementation

Le classement en "Data Deficient" (DD) dans la Liste Rouge de l'UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) fait qu'il n'y a pas actuellement de mesure de protection spécifique à cette espèce.

Origine des noms

Origine du nom français

Holothurie : francisation du terme grec [holothourion], nom donné par Aristote à un animal que les ambiguïtés de sa description originale rendent impossible à déterminer mais qui, après diverses attributions, a été attribué à ce groupe d'échinodermes.

des Fidji : traduction de l'épithète spécifique, vitiensis, choisie par le descripteur de l'espèce. Ce nom, Holothurie des Fidji est une proposition du site DORIS. Cette proposition est justifiée par le fait que l'un des noms communs français existants (holothurie brune) désigne aussi une autre espèce d'holothurie (Actinopyga echinites), et que l'autre (holothurie de sable brune) est trop proche de celui d'Holothuria scabra, appelée holothurie de sable ou d'Holothuria arenicola, nommée holothurie des sables.

Origine du nom scientifique

Bohadschia : le nom du genre est donné par Jaeger en 1883 en l'honneur du naturaliste allemand Johann Baptist Bohadsch (1724-1768), notamment pour son De quibusdam animalibus marinis (1761). Le spécimen type est Bohadschia marmorata. Le genre comporte actuellement (2017) 12 espèces, incluant la forme hybride (B. maculisparsa).

vitiensis : ce mot latinisé est construit à partir du mot fidjien « viti », dont le sens n'est pas connu. Il désigne les îles Fidji (« viti » se prononce « fidji » en tongien, les habitants des îles Tonga étant les plus proches voisins de l'archipel ; cette prononciation et la graphie associée sont restées chez les Occidentaux). Le suffixe [-ensis] signifie "qui habite". Karl Gottfried Semper (1832-1893) l'a choisi parce qu'il a décrit l'espèce d'après un spécimen venu des Fidji. Ce spécimen était déposé au Muséum Godeffroy à Hambourg, dont Semper était l'un des conservateurs et dans lequel travaillaient également ses deux frères, le malacologiste Otto Semper (1830-1907) et l'entomologiste Georg Semper (1837-1909).

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Echinodermata Echinodermes Symétrie radiale d'ordre cinq (chez les adultes). Squelette de plaques calcaires bien développé sous le derme. Présence d'un système aquifère auquel appartiennent les podia souvent visibles extérieurement.
Classe Holothuroidea Holothuroïdes Echinodermes vermiformes, ouverture buccale à l’extrémité antérieure du corps et entourée d’une couronne de tentacules rétractiles, anus postérieur, une seule gonade : holothuries, concombres de mer.
Endosquelette réduit à de microscopiques ossicules ou plaques, inclus dans la paroi du corps.
Super ordre Aspidochirotacea Aspidochirotacés
Ordre Holothuriida Holothuries

(Anciennement: Aspidochirotida / Aspidochirotes) Symétrie bilatérale, avec une sole de reptation et des podia buccaux en forme d’écusson. Présence de poumons, pas de muscle rétracteur de la bouche.

Famille Holothuriidae Holothuriidés Podia munis d’ampoules. La gonade est placée à gauche du mésentère dorsal.
Genre Bohadschia
Espèce vitiensis

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