Pou de rivière

Argulus foliaceus | (Linnaeus, 1758)

N° 2765

Amérique du Nord, Afrique au nord de l'Atlas, Eurasie au nord de l'Himalaya

Clé d'identification

Petit disque grisâtre fixé sur un poisson ou un têtard
Paire d'yeux composés
Courte queue à deux lobes arrondis
Taille maximum 10 mm

Noms

Autres noms communs français

Argule, argule foliacée, pou de la carpe, pou des carpes, pou du poisson

Noms communs internationaux

Fish louse (GB), Fischläuse, Karpfenlaus (D), Karperluis (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Argulus rothschildi Leigh-Sharpe, 1933
Argulus viridis Nettovich, 1900

Distribution géographique

Amérique du Nord, Afrique au nord de l'Atlas, Eurasie au nord de l'Himalaya

Zones DORIS : Eau douce d'Europe, Atlantique Nord-Ouest

Toutes les régions terrestres au nord du tropique du Cancer (région holarctique*) c'est-à-dire l'Amérique du Nord, l'Afrique au nord de l'Atlas et l'Eurasie au nord de l'Himalaya.

Biotope

Argulus foliaceus est présent en eau douce et en eau saumâtre. C'est un parasite externe (ectoparasite*).
Le brochet, la carpe et la truite arc-en-ciel semblent être les espèces les plus parasitées.
On a observé que les juvéniles préfèrent se fixer sur les nageoires (à l'exception de la caudale) alors que les adultes adaptent leur comportement à l'espèce de poisson parasité :
- sur la tête de la carpe commune ;
- sur les nageoires du gardon et du rotengle ;
- sur le dos et la nageoire dorsale de la carpe miroir ;
- sur et à la base de la nageoire dorsale de la truite (au point que parfois cette nageoire apparaît blanchâtre).

Description

Le genre Argulus regroupe 85 espèces d'eau douce et 44 de mer. Ces espèces sont pratiquement impossibles à déterminer en plongée et très rarement en photo. Nous avons choisi de traiter ici l'espèce d'eau douce la plus répandue et la plus courante : Argulus foliaceus.
Fixé sur un poisson ou sur un têtard, A. foliaceus ressemble à un petit disque grisâtre ou verdâtre, légèrement translucide, avec une courte queue à deux lobes arrondis. Il atteint une taille maximum de 10 millimètres. La femelle est un peu plus grande que le mâle.
Vu du dessus :
- le corps aplati est protégé par une grande carapace (fixée à la tête et au premier segment du thorax) ;
- on distingue une paire d'yeux à facettes ainsi qu'un œil nauplien (cf. infra) ;
- la queue dépasse de la carapace et se compose de deux lobes arrondis.
Vu du dessous :
- la tête et le premier segment thoracique sont fusionnés pour former le bouclier céphalo-thoracique, les autres sont libres et portent quatre paires de pattes adaptées à une nage rapide ;
- la tête porte une paire de ventouses et une paire d'antennes transformées pour lui permettre de s'accrocher au poisson-hôte ;
- les pièces buccales peuvent percer/racler la peau du poisson et comportent un stylet permettant d'injecter une substance capable de lyser (détruire) les cellules du poisson.



(*) L'œil nauplien est un œil impair et médian. Son nom vient du fait qu'il est présent chez la larve nauplius*. On le qualifie abusivement de "résiduel" chez l'adulte car les trois ocelles photosensibles qui le composent restent fonctionnels.

Espèces ressemblantes

Dans les eaux douces européennes, on ne rencontre habituellement que deux autres espèces du genre Argulus :
- Argulus coregoni Thorell, 1864 : légèrement plus grande (12 mm), les lobes de sa queue sont pointus ;
- Argulus japonicus Thiele, 1900 : longueur jusqu'à 8,5 mm, la carapace atteint chez les adultes le milieu des lobes caudaux qui sont plus larges que chez Argulus coregoni et plus profondément échancrés que chez Argulus foliaceus.

Alimentation

Contrairement à ce que l'on a longtemps cru, Argulus foliaceus ne se nourrit pas uniquement du sang du poisson-hôte. C'est un brouteur/racleur qui se nourrit de la peau et des fluides corporels du poisson ou du têtard.
L'intestin du pou de rivière est très ramifié et lui permet d'absorber une grande quantité de nourriture pour ensuite rester jusqu'à trois semaines sans manger.

Reproduction - Multiplication

La femelle a son stock d'ovocytes* dans le thorax (visible à l'œil nu) et deux réceptacles séminaux dans l'abdomen (deux points sombres). Le tout relié à la zone génitale présente derrière le quatrième segment thoracique.
Le mâle a ses organes génitaux derrière la dernière paire de pattes, paire qui a des attaches spéciales pour l'accouplement. Les spermatozoïdes sont individuels (pas de spermatophore*).
La rencontre entre mâle et femelle se fait sur le poisson-hôte. Une fois ses œufs fécondés, la femelle quitte le poisson pour pondre sur des pierres, des plantes ou du bois. Les œufs se gonflent dans l'eau et collent au substrat qui doit être solide. La ponte est un ruban d'abord blanchâtre puis jaune-brun, de trois à quatre millimètres de large pour une longueur dépassant le centimètre. Elle contient en moyenne 170 œufs. La femelle nage ensuite pour infecter un autre poisson.
En hiver, quand la température de l'eau est basse, les œufs ne se développent pas. L'espèce passe ainsi la saison froide sous forme d'œuf (il y a peu d'adultes ou de juvéniles).
Si la température de l'eau dépasse 11 °C, la larve se développe dans l'œuf, éclot (taille 0,3 mm) et subit cinq mues avant de devenir un juvénile ressemblant à un adulte de petite taille. Quatre mues supplémentaires sont nécessaires pour atteindre le stade adulte (taille 10 mm). Les mues se succèdent tous les cinq à sept jours.
La durée de développement de l'éclosion à l'adulte est en moyenne de 850 °C x Jours (cf. infra).
Il y a deux à trois générations par an avec une première période de ponte début mai.
Tout le cycle de vie de ce parasite se fait sur les poissons et ne nécessite pas d'hôte intermédiaire.



(* "850 °C x jours" est une notation très pratique pour signaler la durée de développement en fonction de la température de l'eau. Par exemple :
- si l'eau est à 16 °C, le développement durera environ 70 jours ;
- si l'eau est à 20 °C, le développement durera environ 55 jours ;
- si l'eau est à 24 °C, le développement durera environ 28 jours).

Vie associée

A. foliaceus est un parasite capable de nager en pleine eau et de passer d'un poisson à un autre. Il propage ainsi toute une série d'espèces :
- champignons comme Saprolegnia ferax ;
- bactéries comme Aeromonas salmonicida ;
- virus comme Rhabdovirus carpio ;
- nématodes lorsqu'il est avalé par un poisson.

Divers biologie

Il nage à l'aide de ses quatre paires de pattes munies de soies.

Informations complémentaires

C'est un pathogène majeur de la carpe et il est responsable d'hécatombes dans les élevages de poissons (en particulier les élevages de truites).
Son action provoque un stress chez son hôte : prurit, peau blessée ouverte aux infections, réduction de la surface des nageoires, etc.
Sur certains poissons très infestés, on a compté plus de quatre mille A. foliaceus.

Origine des noms

Origine du nom français

Pou : du latin [pedis] = pou.

Origine du nom scientifique

Argulus : diminutif de Argus, le géant aux cent yeux qui ne dormait jamais que de cinquante à la fois, commis par Junon à la surveillance de sa rivale Io ; en allusion aux ventouses prises initialement pour des yeux et qui donnaient l'impression que l'animal avait une vision dorsale et ventrale simultanée.

foliaceus
: du latin [foliaceus] = qui a la forme d'une feuille, foliacé.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Arthropoda Arthropodes Animaux invertébrés au corps segmenté, articulé, pourvu d’appendices articulés, et couvert d’une cuticule rigide constituant leur exosquelette.
Sous-embranchement Crustacea Crustacés Arthropodes à exosquelette chitineux, souvent imprégné de carbonate de calcium, ayant deux paires d'antennes.
Classe Maxillopoda Maxillopodes Absence d'appendices abdominaux. 6 segments thoraciques maximum, 4 segments abdominaux maximum. Carapace réduite.
Sous-classe Branchiura Branchioures
Ordre Arguloida Arguloïdes
Famille Argulidae Argulidés
Genre Argulus
Espèce foliaceus

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