Aigle de mer léopard

Aetobatus narinari | (Euphrasen, 1790)

N° 1521

Circumtropicale

Clé d'identification

Corps en forme de losange
Taches blanches sur un manteau gris foncé
Queue longue et effilée
Tête aplatie
Bec large

Noms

Autres noms communs français

Raie-léopard, aigle de mer, aigle de mer tacheté, raie chauve-souris

Noms communs internationaux

Spotted eagle ray, bishop ray, bonnet skate, mayland, leopard ray (GB), Chucho pintado, gavilan pintado, obispo (E), Gefleckter adlerrochen (D)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Raja narinari, Euphrasen, 1790
Aetobates narinari (Euphrasen, 1790)
Aetobatis narinari (Euphrasen, 1790)
Stoasodon narinari (Euphrasen, 1790)
Raia quinqueaculeata (Quoy and Gaimard, 1824)
Myliobatis eeltenkee (Rüppell, 1837)
Myliobatis macroptera (Mcclelland, 1841)
Aetobatis latirostris (Duméril, 1861)

Distribution géographique

Circumtropicale

Zones DORIS : Indo-Pacifique, Caraïbes

On rencontre la raie-léopard dans les eaux chaudes de l'Atlantique Ouest et Est, dans les Caraïbes, dans la zone Indo-Pacifique et dans l'océan Pacifique Est.

Biotope

La raie-léopard vit dans les zones tropicales et subtropicales, de la surface à 80 m de profondeur, dans les zones sableuses ou au sein d'herbiers. Il lui arrive de quitter le récif pour parcourir de longues distances, mais elle reste fidèle à une formation récifale dans laquelle elle retourne.

Description

Aetobatus narinari est une raie dont le corps et les nageoires pectorales forment un losange environ 2 fois plus large que long. Son dos est gris à brun foncé et parsemé de taches blanches. Son ventre est blanc, lui conférant une coloration contrastée caractéristique. Elle dispose d'une tête aplatie vers l'avant, avec un museau long, plat et arrondi, en forme de bec de canard. De larges narines sont situées de chaque côté de la bouche. La queue longue et fine est environ trois fois plus longue que le corps. Elle est équipée de deux à six aiguillons venimeux positionnés juste derrière une petite nageoire dorsale. Elle n'a pas de nageoire caudale. Les nageoires pelviennes sont arrondies.
L'envergure moyenne de la raie-léopard est de 1 à 2 m mais elle peut cependant atteindre 3 m.
La raie-léopard se déplace grâce aux mouvements amples de ses ailes pectorales. Elle nage avec beaucoup de grâce, donnant l'impression de voler sous l'eau.

Espèces ressemblantes

La raie-aigle, Myliobatis aquila, dont la face dorsale est brune à noire et dépourvue de taches, se rencontre en Manche, Atlantique Nord, Méditerranée, Afrique du Sud.
La mourine américaine, Rhinoptera bonasus, que l'on rencontre dans l'océan Atlantique, dans le golfe du Mexique, sur les côtes du Venezuela, du Brésil et de l'Uruguay, la raie aigle à longue tête, Aetobatus flagellum, que l'on rencontre en mer Rouge, dans l'ouest de l'Indo-Pacifique, ainsi que la mourine du Pacifique, Rhinoptera steindachneri, ont la même silhouette que la raie-léopard, mais ne possèdent pas de taches blanches sur la face dorsale.
L'aigle de mer chuche, Myliobatis goodei, et l'aigle de mer taureau Myliobatis freminvillii, que l'on rencontre dans l'océan Atlantique Ouest diffèrent par la localisation de la nageoire dorsale. Leur dos est chocolat à brun gris parsemé de larges spots blancs.

Alimentation

Aetobatus narinari consomme principalement des mollusques et des crustacés, mais ne dédaigne pas les vers, les poulpes ou les oursins. Les adultes peuvent se nourrir de poissons de taille importante. La bouche en position ventrale est bien adaptée pour se nourrir de proies benthiques et possède de puissantes dents broyeuses. La raie-léopard utilise sa tête aplatie pour fouiller le sable et localise ses proies à l'aide de ses organes sensoriels.

Reproduction - Multiplication

La maturité sexuelle des mâles est atteinte vers 4 à 6 ans à une taille d'environ 1 m de long. En période de reproduction, les individus se regroupent au-dessus de vastes étendues sableuses. La femelle est souvent poursuivie par un ou plusieurs mâles et peut s'accoupler avec 3 ou 4 mâles en une heure. Les mâles s'agrippent avec leurs dents au dos de la femelle. L'un d'eux saisit le bord de sa nageoire pectorale et la retourne. Chez les requins et les raies, les mâles sont pourvus de deux organes copulateurs, appelés ptérygopodes, qui sont constitués à partir des deux nageoires pelviennes enroulées. La copulation s'effectue ventre à ventre et dure peu de temps, environ 1 minute et demi. L'espèce est ovovivipare* (vivipare* aplacentaire*), ce qui signifie que les œufs se développent et éclosent dans le ventre de la femelle. La gestation est de 12 mois. Les embryons se nourrissent du vitellus, puis reçoivent un supplément de la mère sous forme d'un liquide enrichi de mucus, de graisse ou protéines. A l'éclosion les petites raies mesurant entre 17 et 35 cm d'envergure sont complètement achevées. La fécondité de l'espèce est faible, la femelle portant 1 à 4 petits par portée.

Vie associée

La raie-léopard est parasitée de vers Trématodes et d'autres organismes.

Divers biologie

C'est une espèce essentiellement diurne, qui peut se déplacer très vite et parcourir de grandes distances, voire traverser les bassins océaniques. Elle nage proche de la surface, souvent en groupe de plusieurs individus, jusqu'à plusieurs centaines. Elle est capable de fortes accélérations pour échapper à ses prédateurs, comme le requin-marteau. Elle peut aussi bondir complètement hors de l'eau, peut-être pour se déparasiter. Quand cette raie est attrapée et sortie de l'eau, elle émet des sons graves.
Sa longueur maximale est d'environ 8,50 m, dont 2,50 m pour le corps. La plus grande largeur observée est de 3 m et le poids maximal publié est 230 kg.

Elle a pour prédateurs les requins, dont le requin à pointes blanches, Carcharhinus albimarginatus, et le grand requin-marteau, Sphyrna mokarran. Les requins ont également été vus, suivant les raies-léopards durant la période des naissances, se nourrissant des nouveaux-nés.

Informations complémentaires

La queue de la raie-léopard comprend 2 à 6 dards venimeux dont elle se sert pour se défendre lorsqu'elle est attaquée. Ces dards possèdent des dents recourbées et des extrémités piquantes. La piqûre est très douloureuse pour les humains et peut infliger de sérieuses blessures.
A partir de données génétiques et morphologiques, plusieurs scientifiques avancent l'hypothèse de l'existence d'au moins quatre espèces de raies-léopards.



Réglementation

L'UICN classe Aetobatus narinari comme "quasi menacée" (NT), c'est à dire "possiblement en danger dans le futur". Cette mesure se justifie par la faible fécondité de l'espèce et par la pression de pêche qu'elle subit. Les femelles portent 1 à 4 petits par portée et la gestation est d'environ 12 mois. L'espèce, vivant près des côtes, subit la pêche côtière peu réglementée dans de nombreuses régions. De plus, ses qualités de nageuse la rendent très sensible à la pêche au filet. Elle fréquente les estuaires où la pression de pêche est très élevée et où la pollution est un facteur destructeur de la faune marine en général. En Asie du Sud-Est, où la pression de pêche est particulièrement intense, elle est déclarée "vulnérable", c'est-à-dire "avec un risque élevé d'extinction".
Sa chair est comestible, son cartilage est utilisé en pharmacie, son foie contient de l'huile riche en omega-3 utilisée notamment pour nourrir des crevettes en élevage, sa queue est utilisée comme élément décoratif. S'adaptant bien en captivité, elle est pêchée également pour le commerce aquariophile. Dans les lieux où existent des élevages de mollusques, elle est considérée comme nuisible.
Heureusement, elle est protégée ou préservée dans plusieurs régions du monde : en Afrique du Sud où le niveau de pêche est faible, en Floride où l'espèce est protégée, aux Maldives où l'exportation est interdite...
Pour estimer l'impact de la pêche sur cette espèce, et décider d'actions de conservation efficace, il est nécessaire d'acquérir des connaissances supplémentaires sur son habitat, son mode de vie et sa biologie. En particulier, Aetobatus narinari serait en fait un complexe d'espèces, regroupant au moins 4 espèces. Des travaux de recherche sont en cours afin de valider ou non cette hypothèse. Si cette hypothèse se confirme, l'UICN devra revoir son classement pour chacune des espèces qui auront été identifiées.

Origine des noms

Origine du nom français

L'aigle de mer léopard doit son nom à sa nage évoquant le vol d'un aigle et aux multiples taches qui parsèment sa face dorsale.

Origine du nom scientifique

Aetobatus : du grec [aetos] = aigle et [batis] = raie, donnant ainsi le nom commun anglais eagle ray.
narinari : du latin [narina] = narine, faisant référence à ses larges narines situées de chaque côté de la bouche.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Chondrichthyes Chondrichthyens Squelette cartilagineux, deux nageoires dorsales et une anale (primitivement), nageoire caudale hétérocerque*, deux paires de nageoires paires, bouche disposée sur la face ventrale.
Sous-classe Elasmobranchii Elasmobranches Squelette des nageoires pectorales tribasal. Deux nageoires dorsales. 5 ou 6 paires de fentes branchiales et des spiracles.
Super ordre Euselachii Sélaciens Raies et requins.
Ordre Rajiformes Rajiformes Les Rajiformes regroupent l'essentiel des raies. Poissons cartilagineux sans vessie natatoire, très plats mais apparentés aux requins.
Famille Myliobatidae Myliobatidés
Genre Aetobatus
Espèce narinari

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