Gibbule de Philbert

Gibbula philberti | (Récluz, 1843)

N° 6062

Atlantique Nord-Est, Méditerranée

Clé d'identification

Coquille turbinée conique, moyennement élevée
Surface rugueuse
Un ou plusieurs cordons spiralés à relief dominant et apparence articulée
Mesure 6 à 13 mm de hauteur pour 8 à 15 mm de largeur
Ombilic profond et largement ouvert, bord évasé rappelant un entonnoir
Coloration variable du beige pâle au noirâtre, parfois marbrée
Ouverture et cavité ombilicale blanches
Absence de carène
Manteau de l’animal grisâtre avec de nombreuses granulations claires fines

Noms

Autres noms communs français

Troque de Philbert, troque de Michaud

Noms communs internationaux

Philbert’s gibbula (GB), Peonza de Philbert (D), Philbertův kotouček (Tchéquie)

Synonymes du nom scientifique actuel

Trochus michaudi Blainville, 1830
Trochus philberti Récluz, 1843
Trochus villicus R. A. Philippi, 1844
Trochus philberti var. grisea Bucquoy, Dautzenberg & Dollfus, 1884
Trochus philberti var. nigra Bucquoy, Dautzenberg & Dollfus, 1884
Gibbula philberti var. solitaria Monterosato, 1888
Gibbula philberti var. minima Pallary, 1912
Gibbula (Phorculus) philberti var. bicarinata Coen, 1937
Gibbula philberti var. bicarinata Coen, 1937

Distribution géographique

Atlantique Nord-Est, Méditerranée

Zones DORIS : ○ [Méditerranée française]

L’aire de répartition des gibbules de Philbert comprend toute la Méditerranée (Espagne, Algérie, France, Italie, Croatie, Grèce, Égypte), ainsi qu’une petite partie de la côte atlantique proche du détroit de Gibraltar. Dans la zone nord-est de la Méditerranée, l’espèce est également présente dans la mer de Marmara. En revanche, elle n’a pas été observée en mer Noire.

Lorsqu’on considère une échelle plus fine, la fréquence de cette espèce varie selon les localités ; elle n’est commune que dans certaines régions. En France, elle est observée sur pratiquement toute la côte méditerranéenne : dans le golfe du Lion, en Provence et sur la Côte d’Azur, ainsi qu’en Corse. En revanche, en Adriatique, elle est très rare et ne se rencontre qu’en Dalmatie méridionale (Dubrovnik, Korčula). En Égypte, Pallary (1912) mentionne cette espèce comme présente sur les plages d’Alexandrie, mais les spécimens adultes observés y étaient de plus petite taille, ne dépassant pas 6 mm de hauteur (var. minima).

Biotope

Les troques Gibbula philberti vivent dans la zone littorale et sur les laminaires de la Méditerranée.
Elles préfèrent les fonds rocheux, mais on peut exceptionnellement les trouver aussi dans des zones plutôt sableuses des étages médiolittoral* et infralittoral*, où leur présence est parfois associée aux herbiers de posidonie.
Le plus souvent, elles sont rencontrées à faible profondeur, entre 0,3 et 2 m, parmi les galets, sur les blocs rocheux ou sous les pierres, mais selon les sources bibliographiques consultées, la limite de leur aire de répartition s’étend jusqu’à 20 m de profondeur.
Locard et Caziot (1990) indiquent qu’en Corse, les troques de Philbert ont été remontées par dragage depuis une profondeur atteignant 40 m.

Dans son habitat de prédilection, la partie supérieure de la zone infralittorale*, cette espèce est considérée comme l’une des espèces animales participant à la biocénose des algues photophiles.

Dans la région toscane, en Italie, des populations de Gibbula philberti ont été observées sur des rochers recouverts d’algues vertes et émergeant à marée basse.

Description

La gibbule de Philbert possède une coquille turbinée*, conique et moyennement élevée.
Elle mesure 6 à 13 mm de hauteur pour 8 à 15 mm de largeur. Sa hauteur est généralement inférieure à son diamètre, et le rapport hauteur/diamètre varie de 0,7 à 1.
La coquille est relativement épaisse pour sa taille et présente un aspect général rugueux. La spire* est constituée de 5 à 6 tours assez distincts, qui présentent un petit plan étroit sous la suture*, ils
sont anguleux en partie supérieure et très légèrement convexes, presque plats. La suture est fine mais reste bien visible. Le profil de la coquille a ainsi une allure graduée ou « en escalier », plus ou moins marquée.

L’espèce présente une grande variation dans le développement de la structure spiralée. En surface, les tours sont très finement striés transversalement, en diagonale sur toute la surface. Il s’agit de stries d’accroissement fines qu’on peut observer chez toutes les espèces du genre Gibbula. Chez la gibbule de Philbert, de plus, ils sont ornés de quelques cordons spiralés en relief dominant, dont la présence est typique pour l’espèce. Ces cordons saillants sont inégaux et moins larges que les intervalles qui les séparent. Leur nombre, généralement compris entre 1 et 7, varie d’une coquille à l’autre. Dans les intervalles entre eux, on peut observer d’autres stries spiralées parallèles, mais beaucoup plus fines, comparables à celles de Steromphala varia.
La base de la coquille est anguleuse et aplatie, parfois légèrement concave. La coquille est fortement ombiliquée, avec un ombilic* large, spiralé et profond. Il est bien circulaire et précédé d’une ouverture assez évasée rappelant un entonnoir. La zone ombilicale est bordée d’un ou plusieurs cordons et généralement dépourvue de carène* ou avec une très légère.
L’ouverture est assez grande, avec 6 à 7 mm de diamètre chez les grands spécimens, rhomboïdale ou presque carrée. Le bord columellaire est droit ou légèrement arqué. Il est lisse et non denticulé. L’opercule*, qui permet à l’animal de fermer la coquille, est corné, mince et multispiré.

La coloration des coquilles de Gibbula philberti est très variable, allant du beige pâle au noirâtre. Elles peuvent être de couleur jaune fauve ou ocre, parfois roussâtres, ou bien de couleur plus foncée, voire presque uniformément noires (coloration plus rare). Elles peuvent être marbrées ou flammulées obliquement, mais très souvent elles sont ponctuées de petites taches claires ou brunes sur un fond pâle (beige clair ou gris).

Les cordons spiralés à relief dominant sont généralement articulés de fins points clairs et foncés. Ils apparaissent ponctués de très fines taches plus claires ou plus foncées que le fond. L’ombilic de la coquille est blanc à l’intérieur. En surface, il est entouré d’une zone relativement large et également blanche, ce qui accentue l’aspect en entonnoir.
L’intérieur de l’ouverture est finement nacré. Les coquilles vides retrouvées en laisse de mer sont très souvent érodées et laissent apparaître la nacre au droit de l’apex* et sur les tours, où la coloration tourne souvent vers l’orange pâle. Dans ce cas, on peut remarquer que le relief strié est également imprimé dans la nacre.

Quant au corps mou de l’animal, les parties pouvant être observées comptent le pied*, le manteau* et la tête. Le pied est ovale et allongé. Vue de dessous, la sole* est blanchâtre, à tendance translucide, notamment en périphérie où elle est finement ciliée*. En vue latérale, le manteau présente une belle coloration grisâtre, recouverte de nombreuses granulations claires donnant un aspect général argenté. En remontant vers le haut, ce motif reste assez homogène jusqu’au repli du manteau, qui délimite la cavité palléale* et qui est richement crénelé sur toute sa longueur.

Le mollusque possède trois tentacules* épipodiaux* sensoriels situés de chaque côté du corps, juste au-dessus du repli palléal. Ces tentacules sont blanchâtres, presque transparents. La tête de l’animal est dominée par un mufle* finement strié de gris ou noirâtre fin. Deux tentacules céphaliques blancs et annelés de noir sont visibles de chaque côté de la tête. Les yeux de l’animal sont noirs et ronds. Ils sont perchés au sommet des pédoncules* oculaires blancs, situés du côté extérieur des tentacules céphaliques. Enfin, de chaque côté de la tête, on observe un grand lobe* blanchâtre et transparent, richement crénelé en bordure.

Concernant les variétés mentionnées dans la littérature, il s’agit essentiellement de variétés de couleur, la forme étant assez constante ; seuls les cordons décurrents sont plus ou moins forts et saillants. En 1888, le malacologiste italien Tommaso di Maria Allery Monterosato mentionne dans son ouvrage Molluschi del Porto di Palermo une variété de forme particulière nommée solitaria. Il la décrit comme une variété de taille moyenne, complètement dépourvue de ceinture spiralée et donc sans cordons typiques pour l’espèce, mais plutôt subtilement striée de part et d’autre et de couleur plutôt claire.
Les variétés de couleur mentionnées comptent la var. nigra ou atra (de couleur noire ou très foncée), la var. grisea ou pallida (d’un gris cendré) et la var. coffea, tournant vers le marron ou le beige.

Espèces ressemblantes

Parmi les espèces dont la coquille ressemble à celle de la gibbule de Philbert, citons les deux espèces méditerranéennes suivantes :

- Steromphala varia (Linnaeus, 1758), ou gibbule variable, très ressemblante, mais dont la coquille présente des stries spiralées plus fines et généralement toutes égales. Elles sont également plus nombreuses et donc plus resserrées. Ses tours sont dépourvus de cordons dominants. Son ombilic* est lui aussi assez large et ouvert, mais il est entouré d’une carène*, ce qui donne un aspect différent de l’entonnoir évasé de la gibbule de Philbert.

Cette espèce connaît pratiquement la même distribution géographique en Méditerranée, mais elle est bien plus commune que la gibbule de Philbert.

- Steromphala leucophaea (R. A. Philippi, 1836), ou troque leucophée, présente une coloration assez constante : grisâtre ou vert olive clair avec des rayures obliques vert foncé ou gris foncé, très rarement une couleur de fond jaunâtre avec des bandes obliques plus foncées, et exceptionnellement des flammules blanchâtres. Cette troque est généralement plus petite que la gibbule de Philbert (environ 6 mm de hauteur contre 10 mm pour la gibbule), mais sa coquille est plus élevée, avec un rapport hauteur/diamètre ≥ 1. Le profil « en escalier » est absent chez cette espèce et même à la place du petit plateau sub‑sutural, on observe parfois un cordon dominant supra‑sutural et plutôt un profil « en sapin » avec une base plate. Ses cordons spiralés sont plus fins et moins nombreux et son ombilic est plus petit, plus resserré.

Cette espèce est plus rare et, selon certaines sources, elle ne semble pas partager le même biotope, même si les deux peuvent être présentes dans la même région. Les observations documentées en Italie situent la troque leucophée plutôt dans la partie supérieure de la zone infralittorale*, avec une sédimentation fine ou très fine et en présence d’herbiers de zostère, alors que la gibbule de Philbert est associée plutôt à des fonds rocheux ou à des pierres.

Alimentation

Comme toutes les espèces de la famille des troques, la gibbule de Philbert est un mollusque brouteur herbivore ou détritivore*. Elle se nourrit de détritus végétaux et d’algues microscopiques qui se développent à la surface des blocs rocheux et des pierres, ou encore de macroalgues et de plantes marines lorsqu’elle se retrouve sur celles‑ci.
En se déplaçant, la gibbule utilise sa radula*, située dans sa bouche, pour racler une fine couche en surface grâce à des mouvements de va‑et‑vient, puis collecter les particules ainsi détachées.
Étant un brouteur d’algues et de plantes marines, son régime alimentaire est cohérent avec la dureté de ses dents, renforcées par des biominéraux (carbonate de calcium, oxydes de fer, etc.).

Reproduction - Multiplication

Aucune donnée spécifique concernant la reproduction ou la durée de vie des gibbules de Philbert n’a pu être obtenue.

D’une manière générale, et par analogie avec d’autres espèces de Trochidés, il est admis qu’il s’agit d’une espèce à sexes séparés (espèce gonochorique*), sans dimorphisme*, et présentant une fécondation externe. Les embryons* se développent en larves* trochophores* planctoniques*, puis en larves véligères* juvéniles avant de se fixer sur le fond et de devenir de petites gibbules pleinement développées.

Vie associée

Il semble qu’à ce jour, il n’existe aucune mention publiée d’une association spécifique — animale, végétale ou microbienne — concernant Gibbula philberti.

Nous pouvons néanmoins citer plusieurs espèces qui cohabitent typiquement dans le même biotope, à savoir l’estran* rocheux méditerranéen, riche en algues et en petits gastéropodes, et qui apparaissent également dans les mêmes jeux de données de biodiversité.

Parmi les algues, on peut mentionner la laitue de mer (Ulva lactuca), les Cladophores (Cladophora spp.), la mousse de Corse ou la coralline (Corallina spp.) ou encore Laurencia spp.

Parmi les gastéropodes de la famille des Trochidés, on peut rencontrer des espèces telles que Steromphala varia, Phorcus turbinatus, Phorcus articulatus ou encore Phorcus richardi.

Divers biologie

Gibbula philberti possède, comme toutes les autres espèces du genre Gibbula, une radula* de type rhipidoglosse*, caractéristique des brouteurs archéogastéropodes*, et présentant la formule ∞+5+1+5+∞. Il s’agit d’une radula dont les dents sont organisées en éventail, avec un très grand nombre de dents marginales étroites disposées autour d’un axe central.

Notons toutefois que l’examen radulaire* n’est pas toujours un critère pertinent pour différencier des espèces dont les morphologies sont parfois dépourvues de caractères distinctifs nets. Dans le cas de Gibbula philberti, le malacologue italien Gianni Spada indique que cette espèce possède une formule radulaire identique à celle de Steromphala leucophaea, avec laquelle un risque de confusion existe. Cependant, sa radula est plus grande que celle de la troque leucophée, qui présente en outre une dent rachidienne plus haute que large, ainsi qu’un relief dentelé moins développé.

Informations complémentaires

Des coquilles fossilisées de Gibbula philberti ont été retrouvées dans des horizons datant du Pléistocène (époque s'étendant de 2,5 millions d’années à 11 700 ans avant le présent), dans la région de Calabre, au sud-ouest de l’Italie.

Origine des noms

Origine du nom français

Gibbule de Philbert : vient de la traduction en français du nom scientifique Gibbula. César Auguste Récluz (1799‑1873), pharmacien français du XIXᵉ siècle devenu l’un des grands experts en malacologie de son époque, écrit dans son ouvrage Catalogue descriptif de plusieurs nouvelles espèces de coquilles de France suivi d'observations sur quelques autres qu’il dédie cette espèce à M. Philbert, naturaliste à Montpellier. Notons que la description originale de l’espèce présentée par Récluz utilise le nom troque de Philbert.

L’appellation troque apparaît comme synonyme de gibbule, en soulignant l’aspect arrondi de la coquille.

Origine du nom scientifique

Gibbula : du latin [gibba] = bosse et suffixe [-ula] pour en faire un diminutif. Il s’agit d’un petit gastéropode à la coquille en forme de petite bosse, monticule.

Trochus : ancien nom de genre, du latin [trochus], basé sur le mot grec ancien [trokhós] = roue, disque ou cerceau. La première mention de ce nom est attribuée au naturaliste français Guillaume Rondelet (1507-1556) qui s’en est servi pour nommer diverses espèces de coquillages de forme similaire.

philberti : version latine du nom propre Philbert (nom de famille), l’espèce lui étant dédiée.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 141793

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Vetigastropoda Vétigastropodes

Coquille de forme très variable, la plupart des espèces possèdent un opercule. La tête possède une seule paire de tentacules céphaliques et le mufle porte la bouche. Des tentacules épipodiaux* (à rôle sensoriel) sont présents sur les côtés du corps.

Ordre Trochida Trochida
Super-famille Trochoidea Trochoïdes
Famille Trochidae Trochidés

Coquille de 3 à 130 mm, très variable, colorée ou avec des bandes sombres, quelques tours seulement. Intérieur de la coquille nacré. Opercule corné, circulaire multispiré. 3 ou plus paires de tentacules épipodiaux le long du pied.

Sous-famille Cantharidinae Cantharidinés
Genre Gibbula
Espèce philberti

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