Corps de forme ovale à oblongue, relativement plat, pouvant atteindre 8 cm
Couleur de fond blanche marbrée de taches gris pâle diffuses dont certaines avec une petite tache brune
Manteau couvert de petits tubercules arrondis
Face inférieure du manteau et sole pédieuse blanches
Massue des rhinophores généralement beige, panache branchial blanchâtre
Doris mauricienne
Doris murrea Abraham, 1877
Peltodoris mauritiana Bergh, 1889
Discodoris mauritiana (Bergh, 1889)
Mer Rouge, océan Indien, océan Pacifique Ouest
Zones DORIS : ● Indo-Pacifique, ○ [Mer Rouge]L’espèce est présente en mer Rouge et dans les zones tropicales et subtropicales* de l’océan Indien et du Pacifique Ouest.
Dans l’océan Indien, on peut la rencontrer du golfe Persique aux côtes tanzaniennes, avec une distribution vers l’est allant jusqu’aux îles Cocos (Keeling) en passant par Mayotte, Madagascar, les Mascareignes*, l’archipel des Chagos, l’Inde et la Thaïlande.
Dans l’ouest du Pacifique, elle est documentée du sud du Japon à l’Australie, ainsi qu’en Nouvelle-Calédonie.
Peltodoris murrea fréquente généralement les zones de balancement des marées et les crêtes récifales ; elle a été documentée jusqu’à 21 mètres de fond.
On peut la trouver sous des pierres ou des débris coralliens sur des fonds rocheux, limoneux* ou sableux.
Description succincte : ce nudibranche au corps ovale peut atteindre 8 cm. La face supérieure du manteau* est couverte de très petits tubercules* rigides. Le pied* est entièrement recouvert par le manteau.
La couleur de fond est blanche (parfois bleutée ou jaunâtre). Elle est marquée sur la face dorsale par un nombre variable de taches diffuses, la plupart du temps gris pâle. Certaines d’entre elles portent, souvent en leur centre, une petite tache brune. La massue des rhinophores* est beige, le panache branchial* est blanchâtre. La face inférieure du manteau et la sole* pédieuse sont blanches
Description détaillée :
Morphologie
Le corps vu de dessus est ovale ou oblong, selon que l’animal est stationnaire ou en déplacement. Il est relativement plat : vu de profil, il est plus ou moins bombé selon les circonstances. La bosse dorsale commence devant les rhinophores* et s’achève par une descente sur laquelle se situe le panache branchial*. Autour de cette bosse, le manteau forme une sorte de jupe relativement courte et très souple à sa périphérie. La face dorsale du manteau (le notum*) est couverte de tubercules* minuscules, arrondis et rigides de tailles différentes, eux-mêmes recouverts par une couche d’un tissu évoquant un cartilage, ce qui donne au manteau de la fermeté et une consistance douce malgré la présence des tubercules. Le manteau contient des spicules*.
La taille maximale de l’espèce n’est pas documentée, mais elle peut être estimée autour de 8 cm, à partir de celle du plus grand spécimen préservé connu (6 cm), sachant que les solutions de conservation raccourcissent ces organismes d’environ un tiers de leur taille.
Le pied* est entièrement couvert par le manteau. Ses deux extrémités sont arrondies. Sa partie antérieure est séparée en deux lèvres ; la lèvre supérieure porte une encoche. Les tentacules* oraux sont longs et digitiformes avec une extrémité conique.
Le fourreau des rhinophores* est bas, tronconique et arrondi sur ses bords. La hampe est courte et trapue, et la massue (la partie lamellaire) est en forme de pomme de pin. Chacune présente plus de 20 lamelles et est surmontée par un bouton terminal cylindrique.
Le panache branchial sort d’un fourreau et regroupe six branchies* bi- ou tripennées* disposées en cercle autour de l’anus. Les branchies sont facilement rétractées en cas d’alerte, jusqu’à disparaître dans le fourreau.
Couleurs
La couleur de fond de la face supérieure du manteau est blanche (ce blanc peut être bleuté ou jaunâtre). Elle est marquée par un nombre variable de taches diffuses le plus souvent gris pâle (mais elles peuvent être orange pâle ou violacées) de taille et emplacement aléatoires ; la forme de ces taches est généralement tourmentée, et certaines d’entre elles (de quelques-unes à presque toutes) portent, souvent en leur centre, une petite tache brune dont la forme est aussi aléatoire que nette. Ces marques grises à tache brune sont un critère d’identification pour l’espèce. Sur tout le notum sont dispersées en outre d’innombrables et minuscules taches d’un blanc mat, qui signalent la présence des plus gros des tubercules qui le couvrent.
La face inférieure du manteau et la sole pédieuse sont d’un blanc souvent opalescent.
La hampe des rhinophores est de la couleur dominante du manteau. Les lamelles sont beiges à jaunâtres ou blanchâtres.
Les branchies sont blanchâtres à beige très pâle.
Selon Dayrat (2010), l’association des éléments du patron de couleur de Peltodoris murrea (blanc avec taches diffuses gris pâle et petites taches brunes au centre de ces taches) est caractéristique de l’espèce et permet de la distinguer des espèces voisines.
Comme beaucoup de nudibranches doridiens, la doris-porcelaine est supposée se nourrir d'éponges, mais sa diète précise (espèces-proies) n’est pas documentée dans la littérature scientifique à la date de publication de cette fiche [07/2026].
A notre connaissance, la reproduction de cette espèce n’a pas été étudiée à ce jour [07/2026], Cependant, comme chez tous les nudibranches doridiens, elle est plus que probablement hermaphrodite* synchrone (ou simultané : chaque individu produit des gamètes* des deux sexes et est à la fois inséminateur et inséminé).
Les organes génitaux se trouvent du côté droit de la partie antérieure du corps ; les individus voulant s’accoupler se placent donc en position tête-bêche et s’échangent leurs gamètes mâles, qui sont stockés dans une spermathèque* jusqu'à la ponte.
Un ruban de mucus contenant les œufs fécondés au fur et à mesure est ensuite fixé sur un substrat* sous la forme d’une spirale dont la partie supérieure forme des volants. Cette spirale suit généralement un sens antihoraire. Chez Peltodoris murrea, le ruban d’œufs est rose.
S’ils ne sont pas prédatés, les œufs donneront naissance à des larves* véligères* planctoniques*.
La radula* est l’organe qui permet aux mollusques brouteurs de se nourrir. C’est une sorte de râpe qui comporte trois bandes longitudinales composées de rangées de dents transversales, chacune pouvant porter une dent, plusieurs dents ou aucune.
Celle de Peltodoris murrea ne comporte pas de dent médiane. La formule radulaire*, qui évolue en fonction de la taille des individus, donne le nombre de rangées suivi entre parenthèses par le nombre de dents par rangée (par exemple : 19 x (31-0-31) pour un spécimen de
Les dents de l’espèce sont en forme de crochet avec une base aplatie latéralement.
La jupe du manteau est si souple à sa périphérie que quand l’animal progresse en terrain accidenté, elle accompagne le moindre relief, à la manière des vers polyclades (planaires).
Quand l’animal est stressé, le manteau semble exercer un effet de succion qui le plaque entièrement sur la surface du substrat sans offrir la moindre prise.
L’espèce est considérée comme peu commune.
Le statut de l’espèce n’est pas évalué par l’UICN*.
Doris-porcelaine : le nom de genre Doris est devenu un nom commun désignant fréquemment chez les naturalistes amateurs les espèces de tous les genres qui lui sont affiliés. Il est ici suivi par la caractéristique qui a probablement motivé le nom d’espèce chez son descripteur, son aspect.
Peltodoris : ce nom associe le mot latin [pelta], qui signifie pelte (nom d'un petit bouclier recouvert de cuir en forme de croissant dont étaient équipés certains soldats dans l’Antiquité), et Doris, nom d’un genre de limaces de mer créé par Linné en 1758 (et provenant du nom d'une des Océanides de la mythologie grecque).
Le genre est décrit en 1880 par le médecin et malacologiste danois Rudolf Bergh (1824-1909) dans Über die Gattung Peltodoris (in Mittheilungen aus der Zoologischen Station zu Neapel, volume 2, pp. 223-224). Il est créé pour distinguer du genre Discodoris les espèces présentant notamment un orifice buccal renforcé par une cuticule* épaisse et lisse (celle des Discodoris est armée de denticules) formant une sorte de bouclier (d’où le choix du nom du genre, avec la racine [Pelto-].
L’espèce-type* est Peltodoris atromaculata.
Le genre contient actuellement [07/2026] 15 espèces acceptées.
murrea : ce nom est le féminin du mot latin [murreus], qui signifie « fait avec de la murrhe ». La murrhe, matière minérale naturelle, tendre, translucide et irisée, servait dans l’Antiquité à fabriquer des vases précieux (dits vases murrhins), dont certains archéologues pensent qu’ils pourraient avoir été en fluorine.
L’espèce est décrite sous le nom de Doris murrea en 1877 par le médecin et malacologiste anglais Phineas S. Abraham (1846-1921) dans Revision of the anthobranchiate nudibranchiate Mollusca with descriptions or notices of forty-one hitherto undescribed species (in Proceedings of the Zoological Society of London, 1877). Le descripteur n’explique pas le choix du nom d’espèce, mais il mentionne une couleur blanche marbrée de grisâtre sur le manteau, ce qui est susceptible d’évoquer la porcelaine. En 1848, le malacologiste anglais Lovell Reeve avait nommé un gastéropode dont la coquille était blanche et tachée de rose pâle Turbo murreus, nom qu’il avait lui-même traduit par « the porcelain Turbo », le turbo-porcelaine. L’inspiration d’Abraham pourrait avoir été identique.
La localité du type* est l’île Maurice.
Numéro d'entrée WoRMS : 578708
| Termes scientifiques | Termes en français | Descriptif | |
|---|---|---|---|
| Embranchement | Mollusca | Mollusques | Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies. |
| Classe | Gastropoda | Gastéropodes | Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules. |
| Sous-classe | Heterobranchia | Hétérobranches | |
| Infra-classe | Euthyneura | Euthyneures | Gastéropodes hétérobranches possédant une disposition particulière non croisée du système nerveux, résultant de la torsion puis détorsion de la larve véligère. |
| Subter-classe | Ringipleura | ||
| Super ordre | Nudipleura | Nudipleures | |
| Ordre | Doridida | ||
| Sous-ordre | Doridina | Doridiens | Corps aplati. Anus dorsal entouré complètement ou partiellement par des branchies de remplacement ramifiées qui peuvent être rétractées (voire absentes). Mangeurs d’éponges, habituellement armés de spicules calcaires internes. |
| Super-famille | Doridoidea | ||
| Famille | Discodorididae | Discodorididés | Forme aplatie ovale ou un peu rectangulaire. Pied plus petit que le manteau granuleux. Possibilité d’autotomie du bord du manteau. Présence de glandes à acide. Tentacules buccaux coniques ou digitiformes. |
| Genre | Peltodoris | ||
| Espèce | murrea |
Gastéropodes Opisthobranches
Critère diagnostique
L’association d’un fond blanc, de taches gris pâle diffuses et d’une tache brune au milieu de certaines d’entre elles est une caractéristique de Peltodoris murrea qui permet de la distinguer des espèces ressemblantes.
Notez aussi les très petites taches d’un blanc plus mat que la couleur de fond, qui signalent la présence des plus gros tubercules rigides qui couvrent le manteau.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
15/01/2025
Gastéropodes Opisthobranches
Taches grises violacées
Les taches grises peuvent prendre une teinte violacée comme chez cet individu. Elles peuvent aussi virer au rosâtre.
Étang salé, La Réunion (974), océan Indien, 2 m, en PMT et de nuit
Frédérique & Sébastien VASQUEZ
14/10/2015
Taches brunes et particules
Il est parfois difficile de distinguer les taches brunes des diverses particules de sédiment qui peuvent souiller le manteau, notamment quand, comme chez cet individu, les taches gris pâle qui les contiennent sont diluées.
Ce qui permet de les identifier est qu’elles sont marron foncé et qu’elles abritent aussi des tubercules, qui restent blancs. Ce détail n’est pas trop difficile à repérer sur les trois plus grosses taches brunes présentes chez ce sujet.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
24/08/2016
Rhinophores
Le fourreau des rhinophores est bas, tronconique et arrondi sur ses bords. La hampe est trapue et la massue est composée de plus d’une vingtaine de lamelles.
L’ensemble est blanchâtre chez cet individu, mais la massue peut être beige ou jaunâtre.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
02/10/2009
Tubercules
Les tubercules qui couvrent le manteau sont si petits qu’il est difficile de les voir autrement que par leur couleur d’un blanc plus mat que la couleur de fond du manteau.
Le profil de cet individu, qui semble granuleux, témoigne autrement de leur présence.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
15/01/2025
Face inférieure et sole pédieuse
La face inférieure du manteau et la sole pédieuse sont d’un blanc souvent opalescent.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
15/01/2025
Alimentation
La doris-porcelaine est supposée se nourrir d'éponges, mais sa diète précise n’est pas documentée à la date de publication de cette fiche [2026].
Ces deux individus ont été trouvés sous une dalle de corail mort largement colonisée par des éponges, dont certaines portaient des marques de prédation.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
27/04/2009
Accouplement ?
La position tête-bêche sur le côté droit que semblent vouloir prendre ces deux individus évoque un accouplement imminent. C’est en effet de ce côté du corps que se trouvent les organes génitaux.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
06/02/2016
Planaire ?
Cet individu est bien une doris-porcelaine, mais la façon dont son manteau accompagne le moindre relief du substrat et semble pouvoir se couler dans de petits trous évoque plutôt la locomotion d’un ver plat !
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
01/02/2021
Rédacteur principal : Philippe BOURJON
Vérificateur : Alain-Pierre SITTLER
Responsable régional : Alain-Pierre SITTLER
Abraham P.S., 1877, Revision of the anthobranchiate nudibranchiate Mollusca with descriptions or notices of forty-one hitherto undescribed species, Proceedings of the Zoological Society of London, 196-269, pl. 28-30.
Dayrat B, 2010, A Monographic Revision of Basal Discodorid Sea Slugs (Mollusca: Gastropoda: Nudibranchia: Doridina), Proceedings of the California Academy of Sciences, 4, 61, 1, 69-77.
Yonow N., 2017, Results of the Rumphius Biohistorical Expedition to Ambon (1990). Part 16. The Nudibranchia - Dendronotina, Arminina, Aeolidina, and Doridina (Mollusca: Gastropoda: Heterobranchia), Archiv für Molluskenkunde, 146(1), 135-17.
Yonow N., Hayward P.J., 1991, Opistobranches de l'île Maurice, avec la description de deux espèces nouvelles (Mollusca : Opistobranchia), Revue française d'aquariologie herpétologie, 18(1), 1-30.
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La page de Peltodoris murrea dans l'Inventaire National du Patrimoine Naturel : INPN
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