Labre-cigare

Cheilio inermis | (Forsskål, 1775)

N° 4866

Mer Rouge et zones tropicales et subtropicales de l’Indo-Pacifique

Clé d'identification

Corps long et fuselé à section subcylindrique
Taille maximale 50 cm, moyenne 35 cm
Museau long et pointu
Phase terminale uniformément grise ou brun clair avec une tache orange sur les flancs
Phase initiale
très variable (jaune, grise, verte, brune, orange ou bronze), généralement avec 2 bandes latérales blanches

Noms

Autres noms communs français

Longue girelle (Maurice), pêche-madame (Seychelles)

Noms communs internationaux

Quaker, sharp-nosed rainbow fish, sharpnose wrasse (GB), Julia larguirucha (E), Sigaar-lipvis (Afrique du Sud)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Labrus inermis Forsskål, 1775
Labrus hassek Lacepède, 1801
Cheilio auratus Lacepède, 1802
Cheilio fuscus Lacepède, 1802
Labrus fusiformis Rüppell, 1835
Cheilio cyanochloris Valenciennes, 1839
Cheilio forskalii Valenciennes, 1839
Cheilio hemichrysos Valenciennes, 1839
Cheilio microstoma Valenciennes, 1839
Cheilio viridis Valenciennes, 1839
Cheilio ramosus Jenyns, 1842
Cheilio bicolor Bianconi, 1857
Cheilio udanad Montrouzier, 1857

Distribution géographique

Mer Rouge et zones tropicales et subtropicales de l’Indo-Pacifique

Zones DORIS : Indo-Pacifique

On peut trouver cette espèce en mer Rouge, dans l’océan Indien et dans les zones tropicales et subtropicales du Pacifique Ouest et centre.
Dans le Pacifique, sa distribution s’étend du nord au sud du sud du Japon à l’Australie et à l’île Lord Howe. Vers l’est, elle s'étend jusqu’à Hawaï et à l’île de Pâques.

Biotope

Cette espèce récifale habite les herbiers et les champs d’algues, en lagon ou sur les pentes externes jusqu’à une profondeur de 30 mètres. On peut aussi trouver des adultes sur des substrats* sablo-détritiques* en zones coralliennes, mais en ce cas un herbier n’est jamais bien loin.

Description

Description sommaire : le corps est fusiforme avec une tête longue et un museau pointu. A l’exception d’une livrée uniformément jaune, la couleur dominante est variable (grise, verte, brune, orange ou bronze) avec une moitié inférieure du corps plus claire et deux bandes latérales blanches. Les grands mâles sont gris ou marron avec une tache orange sur les flancs.

Description détaillée :
Le corps est long et fuselé, à section subcylindrique. Sa hauteur (distance entre la base du premier rayon de la dorsale et celle du premier rayon des pelviennes) entre environ 6,5 fois dans sa longueur standard (longueur sans la queue).
Sa taille maximale est de 50 cm, la moyenne est de 35 cm.
Le patron de couleur est très variable. L’espèce étant supposée hermaphrodite* protogyne* et diandrique*, il dépend du stade des individus.

Les individus en phase initiale (femelles ou mâles primaires) peuvent être soit uniformément jaunes, soit présenter une couleur grise, verte, brune, orange ou bronze dans la moitié supérieure du corps, la moitié inférieure étant plus claire, voire blanche. On observe alors généralement deux bandes latérales blanches partant du museau et allant jusqu’au pédoncule* caudal, la première passant au-dessus de l’œil et la seconde en dessous. La bande la plus large se trouve sur l’axe médian du corps, elle peut être bordée de noir sur son bord supérieur et parfois d’orange sur son bord inférieur. L’autre se trouve à mi-distance entre cette bande et la nageoire dorsale.

Les mâles en phase terminale sont uniformément gris ou brun clair, avec une large tache orange à jaunâtre plus ou moins longue, fragmentée ou non, sur les flancs. Cette tache peut être accompagnée par des petites taches blanches et/ou noires. Certains individus présentent ces taches blanches ou noires sans la tache orange.

Dans toutes les livrées, le bord des écailles est plus foncé que le reste, ce qui donne aux patrons de couleur un aspect réticulé. Quelle que soit la livrée, des selles blanches alternativement longues et courtes disposées à intervalles réguliers peuvent apparaître sur le dos en cas de stress.

La tête est longue (elle entre environ 3,2 fois dans la longueur standard). Son profil dessine une ligne très légèrement convexe de la lèvre supérieure à la naissance de la nageoire dorsale. Le front est plat. Le museau est pointu. La bouche est relativement longue, avec une lèvre supérieure dépassant la lèvre inférieure. Chez les individus en phase initiale, les couleurs de la tête sont dans le prolongement de celles du corps à l’exception de la partie inférieure de la tête, qui peut présenter des lignes en arabesques de couleur orange du menton à l’opercule*.

Les nageoires dorsale et anale sont continues. Elles sont translucides à rayons généralement jaunâtres en phase initiale. Chez les mâles terminaux, la membrane de la dorsale est ornée d’un treillis orange sur fond blanc, celle de l’anale présente des lignes obliques de même couleur sur le même fond et celle de la caudale porte des tirets verticaux orange. Les pectorales et les pelviennes sont translucides. La caudale est légèrement arrondie, ses rayons sont jaunâtres et sa membrane translucide chez les individus en phase initiale. Les rayons centraux peuvent être grisâtres. Chez certains mâles, le pédoncule caudal présente une longue marque noire dans son axe médian et la majorité des rayons de la nageoire caudale sont noirs, les rayons extérieurs étant grisâtres.

La livrée des juvéniles est décrite dans la section consacrée à la reproduction.

Espèces ressemblantes

La morphologie générale des espèces du genre Hologymnosus pourrait provoquer des confusions avec C. inermis, mais aucun de leurs patrons de couleur ne recoupe la variabilité de ceux du labre cigare. D’autre part, le corps des adultes du genre Hologymnosus est plus haut que celui des adultes C. inermis.

Alimentation

Cheilio inermis se nourrit essentiellement de crabes, de gastéropodes à coquille et d’oursins.

Reproduction - Multiplication

La biologie de la reproduction chez C. inermis n’a pas été systématiquement étudiée à la date de parution de cette fiche [octobre 2019], à notre connaissance. L’espèce est cependant considérée comme étant hermaphrodite* protogyne* et diandrique*. Les accouplements se font en couples (vs en groupes). Les larves sont pélagiques*. La durée de vie larvaire a été estimée (à partir de l’analyse des otolithes* de dix individus) entre 43 et 73 jours, avec une moyenne d’environ 56 jours.

Les juvéniles de petite taille sont grisâtres avec une bande latérale noire allant de la pointe du museau à l’extrémité du pédoncule caudal. La moitié supérieure du corps devient ensuite marron rouge avec des selles blanches alternativement courtes et longues disposées à intervalles réguliers, la moitié inférieure étant orange et présentant des marques blanches généralement alignées avec les selles de même couleur présentes sur le dos. Sur les flancs, la bande latérale noire est découpée en tirets qui peuvent être plus ou moins longs. Les nageoires sont translucides à l’exception de la caudale, jaunâtre avec une flamme blanche et marron au centre.
Les grands juvéniles sont vert vif avec deux bandes blanches partant du museau et se poursuivant jusqu’au pédoncule caudal. La première passe au-dessus de l’œil, la seconde, plus large, passe en dessous et est souvent bordée d’une fine ligne noire dans sa partie supérieure. Leurs couleurs les rendent difficilement visibles dans les herbiers

Divers biologie

L’espèce est diurne et généralement solitaire. De jeunes adultes peuvent être observés par groupes ponctuels de trois ou quatre individus.

Certains grands individus arborent une ébauche du patron de taches des mâles terminaux sur une livrée uniformément jaune, et présentent des nageoires impaires colorées comme celles des mâles. Il s’agit probablement d’individus intermédiaires entre la phase initiale et la phase terminale.

On peut souvent observer C. inermis accompagnant un ou plusieurs individus d’espèces fouisseuses pour profiter des proies débusquées par leur travail. Il peut aussi se mêler à un banc, probablement pour masquer sa présence en situation de chasse.

Les individus de toutes livrées peuvent devenir d’un gris très pâle en traversant une zone sableuse, puis retrouver leurs couleurs en arrivant dans un herbier.

C. inermis peut être observé « plongeant » la partie antérieure de son corps dans le sable pour l’en ressortir aussitôt, ou y disparaître complètement pour émerger une quinzaine de centimètres plus loin. Dans la mesure où aucun moyen sensoriel ne semble lui permettre de repérer une proie dans un substrat sableux, il s’agit probablement d’une méthode de déparasitage.

L’une des caractéristiques de l’espèce tient à ce que les rayons durs de la dorsale, de l’anale et des pelviennes ne sont pas rigides.

La dentition comprend une seule rangée de dents par mâchoire et deux canines antérieures sur chaque mâchoire, mais pas de canines postérieures ni de dents palatales.

La nageoire dorsale comprend 9 rayons durs et de 12 à 13 rayons mous, l’anale 3 rayons durs et de 11 à 12 rayons mous.

Informations complémentaires

La livrée jaune a été décrite comme une espèce à part par Lacépède en 1802 sous le nom de Cheilio auratus (le « cheilion doré »), les autres livrées étant regroupées sous le nom de C. fuscus (le « cheilion brun »).

Réglementation

Le statut de l’espèce pour l’UICN* est LC (Least Concerned, traduit par « Préoccupation mineure »), ce qui signifie que les informations recueillies sur l’espèce ne permettent pas de la classer dans les autres catégories, notamment dans les trois qui alertent sur une menace (CR : en danger critique d’extinction, EN : en danger, VU : vulnérable). Fonction de quoi elle n’est pas actuellement concernée par des mesures de protection. Cependant, les herbiers, l’un de ses principaux biotopes, sont en déclin partout dans le monde et cela peut constituer à terme une menace pour l’espèce.

Origine des noms

Origine du nom français

Labre : le mot vient du nom scientifique de la famille des Labridés. Ce nom de famille est issu du mot latin [labrum], qui signifie lèvre, en référence aux lèvres généralement charnues des poissons de ce groupe, et probablement aussi à leur voracité bien connue.

cigare : du fait de la longueur et de la section presque cylindrique du corps de cette espèce.

Origine du nom scientifique

Cheilio : Lacépède décrit le genre en 1802 (Histoire naturelle des poissons, Vol. 4, page 432) d’après les manuscrits de Commerson, qui avait proposé le nom générique de « cheilions » parce qu’il trouvait à ces poissons des affinités avec les labres. Lacépède précise que le nom de genre vient du grec [cheilos], qui signifie lèvre, en référence aux « lèvres pendantes » des espèces concernées (il y en avait alors deux, qui sont désormais synonymes de Cheilio inermis). Cette référence à des lèvres « pendantes » vient probablement de la morphologie de la lèvre supérieure, dont l’extrémité est légèrement coudée en direction de l’extrémité de la lèvre inférieure, qui est moins longue qu'elle. Commerson avait observé ces poissons à L’Isle de France (actuellement l’île Maurice).
Le genre est monotypique* (il ne contient qu’une seule espèce)

inermis : adjectif latin signifiant « désarmé, inoffensif, sans dents ».
Forsskål décrit l’espèce en 1775 (Descriptionnes Animalium avium, amphibiorum, piscium, insectorum, vermium, page 34) sous le nom de Labrus inermis, sans motiver le choix de l’épithète spécifique. Il y précise cependant que les rayons durs des nageoires qui en comportent ne sont pas rigides, ce que confirme Lacépède en écrivant à leur sujet qu’ils sont « aussi mous ou presque aussi mous » que les rayons mous. Il est donc probable que le choix de l’épithète spécifique tienne à cette particularité.
La localité du type* est Mocha, ville portuaire du Yémen, sur la mer Rouge.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Classe Actinopterygii Actinoptérygiens Ossification du crâne ou du squelette tout entier. Poissons épineux ou à nageoires rayonnées.
Ordre Perciformes Perciformes Nageoires pelviennes très rapprochées des nageoires pectorales.
Famille Labridae Labridés Lèvres épaisses.
Genre Cheilio
Espèce inermis

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