Ascidie japonaise

Styela clava | Herdman, 1881

N° 397

Manche, Atlantique/Pacifique Nord-Est et Nord-Ouest, sud de l'Australie

Clé d'identification

Siphons terminaux rayés longitudinalement de brun ou de pourpre
Tunique plissée et verruqueuse d'environ 12 cm
Pédoncule fin et coriace sur 1/3 de la hauteur

Noms

Autres noms communs français

Ascidie plissée (ce nom vernaculaire est aussi utilisé pour désigner une espèce proche, Styela plicata)

Noms communs internationaux

Folded sea-squirt (GB), Ascidia plisada (E), Falten-Ascidie (D), Knotszakpijp, japanse zakpijp (NL), Ascidia japonesa (P)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Styela mammiculata Carlisle, 1954

Distribution géographique

Manche, Atlantique/Pacifique Nord-Est et Nord-Ouest, sud de l'Australie

Zones DORIS : 1 Europe (côtes françaises), 1.2 [Méditerranée française], 1.1 [Atlantique Nord-Est, Manche et mer du Nord françaises], 3 Atlantique Nord-Ouest

Distribuée dans la Manche et l’Atlantique européen, dans la zone des 0 à 50 m, cette espèce invasive est originaire du Pacifique Ouest.
Styela clava a été introduite accidentellement en Europe dans les années 1950, car on l'a trouvée à Plymouth en 1953 (Carlisle 1954 ; Houghton et Millar 1960). Ce sont les navires de guerre britanniques qui l’ont ramenée sur leurs coques à la fin de la guerre de Corée en 1951. Elle est originaire des côtes du Japon, de la Corée et de Sibérie orientale.
Elle a aussi colonisé les côtes pacifiques et atlantiques de l'Amérique du Nord (du Massachussets au Connecticut) ainsi que le sud de l'Australie.

Biotope

Grâce à son pédoncule, elle peut se fixer sur divers substrats comme les coques des bateaux, les infrastructures portuaires, les roches, les algues, le tube de vers tels que des spirographes, les gorgones...
Elle préfère les eaux à turbidité importante.

Description

Cette ascidie solitaire mesure environ 12 à 15 cm de hauteur et sa forme rappelle celle d'une outre ou d'une massue pédonculée. Elle possède deux siphons rapprochés et situés à l’extrémité du corps. Le grand siphon ouvert vers le haut est la bouche (siphon buccal ou inhalant), le petit siphon latéral est l’anus (siphon cloacal ou exhalant). Sa coloration est brun plus ou moins foncé, parfois marbré de blanc. Les siphons montrent des raies longitudinales brunes à pourpres.
Un pédoncule étroit occupe près du tiers de la hauteur totale, il fixe l’animal au substrat tout en lui permettant de s’en éloigner. La tunique est faite d’une matière cellulosique très solide, semblable à du cuir. La surface présente des plis et des rides principalement dans sa partie basale, complétés de bosses autour des siphons, semblables à des verrues.

Alimentation

Il s'agit d'un animal microphage* filtrant, qui retient au sein des courants d’eau créés, via la structure branchiale, les micro-organismes végétaux et animaux (protozoaires flagellés, crustacés…) nécessaires à son alimentation. L’eau entre par le siphon buccal ou siphon inhalant, débouche à l’intérieur d’un sac branchial pour être véhiculée au niveau de fentes : les trémas, puis passera alors dans la cavité dite péribranchiale avant de ressortir par le siphon cloacal, dit siphon exhalant.
Les particules contenues dans l’eau sont retenues au niveau des fentes du filtre. Elles seront enrobées par du mucus et constitueront un agrégat nutritif qui sera emmené à l’estomac, via l’œsophage, grâce au mouvement des cils.
La digestion est facilitée par l’action de la glande digestive accolée à l’estomac.
Les déchets de la digestion seront évacués par un intestin assez long au niveau d’un anus débouchant à proximité du siphon inhalant.

Reproduction - Multiplication

La reproduction est sexuée et l'espèce est hermaphrodite* simultanée (un individu est à la fois mâle et femelle).
Les gonades mâles et femelles, situées du côté siphon exhalant, ne sont pas matures en même temps ce qui empêche l'autofécondation. La reproduction a lieu d'août à septembre.
Les ovules fécondés par les spermatozoïdes inhalés donneront une fécondation interne puis un stade larvaire qui s'échappera par le siphon exhalant pour devenir planctonique.
La larve ressemble à un têtard muni d’une corde, équivalent à la colonne vertébrale chez les vertébrés.
Cette larve, libre pendant 24 à 28 heures à 20 °C, va rapidement venir se fixer tête la première au substrat pour se métamorphoser vers la forme adulte. Au cours de cette modification d’aspect, la queue et la corde vont régresser.
Stylea clava ne semble se reproduire que lorsque les eaux où elle vit montent au dessus de 12 à 15 °C.

Vie associée

Styela clava forme, avec d'autres espèces sessiles comme des algues ou des ascidies sociales, un abri très recherché par toute une petite faune et notamment les crustacés, le crabe marbré (Pachygrapsus marmoratus), le macropode rostré (Macropodia rostrata), et des petits poissons.
Cette surprenante zoocénose est visible soit dans les ports, soit dans les baies riches en nutriments.
Elle est à la portée de tous pour qui veut bien se donner la peine de plonger dans des eaux chargées à visibilité réduite.

Divers biologie

Espèce invasive :
Cette espèce vit normalement dans le Pacifique Ouest. Elle a été introduite accidentellement dans les années 1950, sans doute accrochée à des vaisseaux de guerre à la fin de la guerre de Corée, mais l'essentiel de la dispersion se fait au stade larvaire.
Dans sa région d'origine les juvéniles sont mangés par des serpents comme Mitrella lunata et certains poissons comme Tautogolabrus adspersus. En Europe il n'y a aucun prédateur connu, ni des larves, ni du stade adulte.
Ce tunicier prolifère et vit fixé sur des substrats durs. Il est parfois très abondant dans les ports où il peut localement occasionner une gêne en s'implantant sur les coques des bateaux, les pontons...
C'est aussi une gêne pour les cultures d'huîtres.



Espèce présentant un intérêt :
Une étude de 2004 a montré que certaines ascidies solitaires comme Styela clava possédaient dans leur sang des substances antibiotiques les protégeant des agressions bactériennes (Robert Lehrer, Victor D. Vacquier, Steve Taylor, Novel Post-Translationally Modified Peptide Antibiotics from Solitary Tunicates).

Informations complémentaires

Recette de cuisine :



En Corée Styela clava est cuisinée sous le nom de Mideodeok jjim.
Elle est mélangée avec du bœuf, des palourdes, et plusieurs légumes, tels que le cresson et les germes de graines de soja. On cuit le tout à la vapeur.

Origine des noms

Origine du nom français

Sa surface est couverte de plis.

Origine du nom scientifique

Styela : du grec [styl-] = objet en forme de tige pointue.
clava : du latin [clava] = massue.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Urochordata / Tunicata Urochordés / Tuniciers Chordés marins fixés (ascidies) ou pélagiques (thaliacés), solitaires ou coloniaux. Epaisse tunique cellulosique. Deux siphons, pharynx bien développé, la chorde larvaire régresse chez l'adulte (sauf chez les Appendiculaires).
Classe Ascidiacea Ascidies / Ascidiacés Tuniciers fixés. Solitaires ou coloniaux (seuls capables de bourgeonnement). Chorde uniquement au stade larvaire. Siphon inhalant au sommet, proche du siphon exhalant latéral. Souvent en eau peu profonde.
Ordre Stolidobranchia Stolidobranches Ascidies pleurogones sans division du corps en thorax et abdomen.
Famille Styelidae Styélidés Stolidobranches avec un maximum de 4 fentes allongées de chaque côté du sac branchial. Pour les styélidés composés, zoïdes* en une seule partie.
Genre Styela
Espèce clava

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