Holothurie curry

Stichopus herrmanni | Semper, 1868

N° 2486

Indo-Pacifique tropical, mer Rouge

Clé d'identification

Taille moyenne de 35 cm
Section quasi trapézoïdale
Podia ventraux alignés sur 3 rangées
Tégument avec tubercules et petites papilles brunes à rouges
8 rangées de papilles plus marquées
Couleur variable jaune grisé, orange brun jusqu'au vert pâle

Noms

Autres noms communs français

Holothurie ponctuée, trépang curry, bêche de mer curry, holothurie d'Herrmann

Noms communs internationaux

Curryfish, Herrmann's sea cucumber (GB)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Stichopus chloronotus Brandt, 1835 (par confusion)
Stichopus variegatus
Semper, 1868
Stichopus variegatus var. hermanni Semper, 1868

Distribution géographique

Indo-Pacifique tropical, mer Rouge

Zones DORIS : Indo-Pacifique

L'holothurie curry est présente en mer Rouge et dans toute la zone indopacifique tropicale, à l'exception d'Hawaï. Elle est présente dans l'océan Indien à Mayotte et à La Réunion, et puis en allant vers le Pacifique, en Indonésie, aux Philippines, au Japon, en Australie, en Nouvelle-Calédonie...

Biotope

Cette holothurie fréquente les eaux calmes et peu profondes des lagons et des récifs côtiers de la surface jusqu'à une profondeur d'environ 30 m. Elle affectionne particulièrement les passes, tombants et platiers. Elle est absente dans les sites de récifs barrières et les crêtes. Elle est présente aussi bien dans les zones de sables coralliens propres que dans les prairies d'algues et de zoostères.

Description

Cette holothurie d'une taille moyenne de 35 cm, peut atteindre 90 cm. Les spécimens les plus imposants évoluent sur les fonds plus profonds. Son poids peut dépasser les deux kilogrammes. La forme ressemble à un pain avec une section quasi trapézoïdale. La couleur varie du jaune grisé, orange plus ou moins foncé, brun jusqu'au vert pâle. Le tégument de l'espèce est épais et maculé de petites papilles plus foncées brunes à rouges. Certaines papilles plus marquées sont au sommet de tubercules coniques et entourées de cercles. Ces papilles sont alignées sur 8 rangées longitudinales. Les individus jeunes ont des tubercules plus proéminents qui s'atténuent avec l'âge. La bouche est ventrale, circulaire, garnie de papilles et comporte vingt tentacules. Les podia* ventraux sont alignés sur 3 rangées longitudinales. L'anus est terminal.

Espèces ressemblantes

L'identification de ce genre d'holothurie ne peut être certaine que par l'examen microscopique des spicules de différentes zones de l'épiderme (tégument, papille, podia).

Stichopus horrens Selenka, 1867 : de taille moyenne légèrement plus petite (20 cm), cette holothurie a une forme dont la section est quasi trapézoïdale comme Stichopus herrmanni. Elle est couverte de tubercules et de papilles répartis sur 10 rangées longitudinales de façon irrégulière. De couleur variable et irrégulière allant du gris au brun, elle possède souvent des taches plus sombres.

Stichopus speudohorrens Cherbonnier, 1967 : description identique de Stichopus horrens avec des tubercules plus proéminents. L'identification certaine se fait par l'analyse microscopique des spicules.

Stichopus naso Semper, 1868 : de couleur gris à vert clair-brunâtre, a un corps rigide de section carrée, couvert de verrucosités irrégulières. L'anus est terminal. La taille habituelle atteint jusqu'à 32 cm avec un maximum de 39 cm.

Stichopus vastus Sluiter, 1887 (Holothurie curry brune) : habite les zones côtières peu profondes, vaseuses et sablonneuses, à une profondeur de 0,5–2 m. Des motifs croisés verts et jaunes couvrent le corps ferme de section carrée. La taille habituelle atteint jusqu'à 20 cm avec un maximum de 36 cm.

Holothuria fuscogilva Cherbonnier, 1980 : sans tubercule.

Actinopyga obesa (Selenka, 1867) : la couleur tend d'avantage vers le marron.

Bohadschia vitiensis (Semper, 1868) : les podia sont entourés d'un anneau foncé.

Actinopyga echinites (Jaeger, 1833) : le tégument est plissé. L'espèce n'émet pas de tube de Cuvier.

Alimentation

Ces holothuries sont limnivores*, c'est-à-dire qu'elles ingèrent les grains de sable contenant des particules organiques, et rejettent le sable non digéré.

Reproduction - Multiplication

La maturité sexuelle de cette espèce est tardive. La reproduction est sexuée et a lieu pendant la période chaude (juin à août pour l'hémisphère nord et janvier février dans l'hémisphère sud).
Les sexes sont séparés et les gamètes* émis en même temps vont se rencontrer en pleine eau. Cette émission est synchronisée sur le pic d'intensité lumineuse du rayonnement solaire. Les gamètes sont émis au cours des 2 jours qui suivent la nouvelle lune. De plus, l'émission des gamètes est précédée d'un comportement particulier : les individus se roulent, se tordent et se tortillent sur le substrat*.
Au cours de l'émission des gamètes, les mâles dressent leur extrémité antérieure, se balancent fréquemment d'un côté puis de l'autre et se déplacent en décrivant des cercles afin de faciliter la dispersion des gamètes et optimiser la fécondation. L'émission des gamètes des mâles survient 1 à 2 h avant celle des femelles, dure plus longtemps et est réalisée en plusieurs jets puissants (sorte d'explosion).
Les femelles présentent le même comportement sur une plus courte durée : elles restent dressées pendant 15 à 30 min avant d'émettre une courte et puissante explosion de gamètes pendant 10 à 15 s.
Dès 35 h après la fécondation, la larve* (nommée auricularia, d'une taille d'environ 400 µm) est d'abord nageuse et se déposera ensuite sur le sable où elle donnera une petite holothurie (moins de 1 mm) blanchâtre une quinzaine de jours après la fécondation. Sa croissance va ensuite se poursuivre à raison de 1 mm par jour au maximum. Après 60 j, lorsque les juvéniles mesurent quelques cm de long pour un diamètre de 4 mm, ils perdent leur coloration blanchâtre de juvénile pour revêtir leur couleur d'adulte.

Stichopus herrmanni a la possibilité de multiplication asexuée que l'on retrouve chez plusieurs espèces tropicales d'holothuries. Plus l'individu est jeune plus l'intégralité sera régénérée avec une partie quelconque de l'animal. A partir d'un certain âge (taille inférieure à 40 cm environ) la régénération pourra seulement se faire avec la partie postérieure. Les adultes de Stichopus herrmanni peuvent se régénérer complètement en cent jours environ dans 80 pour cent des cas.

Vie associée

Un petit crabe (Pinnotheres sp.) est connu pour vivre dans sa zone cloacale.
Anoplodium sp. un ver Plathelminthe de la famille des Umagillidés (Turbellaria) parasite le tube digestif de Stichopus herrmanni.
Le ver annélide Gastrolepidia clavigera parasite cette holothurie en se nourrissant du tégument.
Certains poissons aurins (Carapidés) vivent dans le cloaque des holothuries. C'est le cas de Carapus mourlani et Encheliophis homei pour l'holothurie curry. L'association peut varier du parasitisme au commensalisme.
Un des prédateurs de cette holothurie à l'âge adulte est la tonne Tonna perdrix. En effet ce coquillage n'hésite pas à attaquer cet échinoderme souvent trois fois plus gros que lui.

Divers biologie

Les holothuries du genre Stichopus n'émettent pas de tubes de Cuvier.

Le tégument de Stichopus herrmanni contient des spicules de 4 formes différentes : longues poutrelles lisses, linéaires et cylindriques ayant le centre et les extrémités buissonnantes ; rosettes très dentelées et de taille intermédiaire ; poutrelles connectées en trapèze creux et à base buissonnante ; longues poutrelles lisses et nues, en forme de S et de C.

Informations complémentaires

Dans le Pacifique Sud et l'Asie du Sud-Est, les holothuries sont pêchées en plongée et consommées sous le nom de trépang.
Stichopus herrmanni présente toutefois une faible valeur marchande.
La densité de population de cette holothurie est faible (1000 à 4000 individus par km2).

La pêche des holothuries n'est pas réglementée mais certains pays ont adopté des mesures de gestion pour tenter d'éviter la surexploitation et l'épuisement biologique ou commercial. Dans certains pays, il est interdit de prélever des espèces devenues rares. Cette holothurie n'est pas inscrite à la CITES mais certains scientifiques y pensent pour stabiliser les prélèvements et mieux connaître les espèces pêchées.

L'UICN a classé cette espèce en 2013 dans la liste rouge sous le statut VU (vulnérable). Elle est menacée par la surpêche.

Origine des noms

Origine du nom français

Holothurie curry : en relation avec la couleur habituelle de cette holothurie.

Origine du nom scientifique

Stichopus : du grec [sticho] = rangée, série, et [pous] = pied signifie que les podia sont alignés en rangées.

herrmanni : en référence à Jean Frédéric Hermann (1768-93), médecin et naturaliste français, décédé du typhus à l'âge de 25 ans. Il a notamment réalisé des travaux d'anatomie comparée sur les parties buccales des insectes et les acariens, travaux qui seront publiés post mortem par F.-L. Hammer sous le titre Mémoire aptérologique.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Echinodermata Echinodermes Symétrie radiale d'ordre cinq (chez les adultes). Squelette de plaques calcaires bien développé sous le derme. Présence d'un système aquifère auquel appartiennent les podia souvent visibles extérieurement.
Sous-embranchement Echinozoa Echinozoaires Echinodermes non étoilés de forme globuleuse ou allongée. Ce groupe renferme les oursins et les concombres de mer.
Classe Holothuroidea Holothuroïdes Echinodermes vermiformes, ouverture buccale à l’extrémité antérieure du corps et entourée d’une couronne de tentacules rétractiles, anus postérieur, une seule gonade : holothuries, concombres de mer.
Endosquelette réduit à de microscopiques ossicules ou plaques, inclus dans la paroi du corps.
Ordre Synallactida

Il n'y a pas de critère extra-génétique pour ce nouvel Ordre (2017) à part le fait que les espèces de ce taxon sont toutes épibenthiques avec la bouche tournée vers le sol.

Famille Stichopodidae Stichopodidés

Corps de section carrée ou trapézoïdale. Pas de tubes de Cuvier.
La gonade forme 2 touffes de chaque côté de la mésenterie dorsale.
Sclérites dominants en forme de bâtonnets branchés ou en forme de C et de S.

Genre Stichopus
Espèce herrmanni

Nos partenaires