Poisson-lapin à queue tronquée

Siganus luridus | (Rüppell, 1829)

N° 2561

Océan Indien, mer Rouge, Méditerranée

Clé d'identification

Corps en forme de fuseau fortement comprimé latéralement et très élevé
Arrière du corps un peu plus rectangulaire
Queue à bord droit
Tête assez petite
Robe très variable

Noms

Autres noms communs français

Poisson lapin à queue tronquée, sigan sombre, cordonnier grosse tête (île Maurice), maguertie du large (La Réunion)

Noms communs internationaux

Dusky spinefoot, squaretail rabbitfish (GB), Pesce coniglio (I), Sigano nebuloso (E), Dunkler Kaninchenfisch (D)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Amphacanthus luridus Rüppell, 1829

Distribution géographique

Océan Indien, mer Rouge, Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Indo-Pacifique

Siganus luridus est présent dans l'océan Indien : il est observé à La Réunion et à l'île Maurice, jusqu'au Mozambique. Il est présent aussi en mer Rouge, et c'est un immigré lessepsien* récent en Méditerranée occidentale.

Biotope

Dans son secteur géographique d'origine, on observe ce poisson en eaux peu profondes, généralement de 10 à 20 m de profondeur au maximum. Sur les côtes d'Israël et du Liban (d'après M. Bariche) on le pêche toutefois jusqu'à 40 m et il est le plus abondant vers 15 à 20 m.
Il nage très près du fond, là où les herbiers et les algues abondent. Pour la même raison, on le voit surtout dans les milieux rocheux, plutôt qu'à proximité des zones principalement coralliennes. Il fréquente également les zones de sable compacté parsemées de débris solides : roches et madréporaires.

Description

Le poisson-lapin à queue tronquée possède un corps en forme de fuseau, fortement comprimé latéralement et très élevé. Sa taille est en moyenne de 20 cm, mais les plus grands individus atteignent 30 cm. Ses écailles sont minuscules et sa ligne latérale* est assez arquée. Les nageoires dorsale et anale sont presque symétriques et donnent à l'arrière du corps une allure un peu plus rectangulaire. Le plus souvent la dorsale, longue, est plaquée contre le corps. La nageoire anale possède sept épines, ce qui ne se voit pas chez les autres familles de poissons. Comme son nom l'indique, il possède une queue terminée par un bord rectiligne, comme si elle avait été coupée aux ciseaux. Elle peut être parfois faiblement convexe.
La tête est petite, et la bouche, bordée de replis labiaux* charnus, est réduite et orientée vers le bas. Cette bouche est munie de petites dents en forme d'incisives (incisiformes). Entre les yeux une bande sombre horizontale peut être visible. La narine antérieure est munie d'une petite excroissance dermique aplatie.
La robe de ce poisson-lapin ne montre pas de caractéristiques très marquées, et elle peut être très variable selon ses humeurs et les moments de la journée, ce qui rend son identification délicate en présence d'espèces proches. Cette robe peut sembler uniforme, couleur jaune, brun pâle ou de bronze, ou plus claire, argentée, avec des rayures horizontales fines et irrégulières, alternant le sombre et le clair, la tête alors présente une partie supérieure plus sombre. La nuit, ainsi qu'en situation de stress, elle peut montrer des marbrures ou des rayures plus larges.

Espèces ressemblantes

Dans l'océan Indien, en mer Rouge comme en Méditerranée Siganus luridus risque d'être confondu avec Siganus rivulatus, le poisson-lapin à ventre strié. Ce dernier possède une silhouette plus allongée, et une robe qui montre le plus souvent sur le ventre des stries longitudinales jaunes ou orangées. En général cette robe est plus claire que celle de Siganus luridus. La queue de Siganus rivulatus présente des stries verticales sombres, plus ou moins visibles, et elle se termine de manière échancrée.

En Méditerranée, il peut être éventuellement confondu avec la saupe (Sarpa salpa), mais celle-ci a une robe plus argentée, avec une douzaine de lignes jaune vif, ses nageoires dorsale et anale sont moins développées et prolongent sa silhouette en fuseau.

Alimentation

Siganus luridus se nourrit d'une large variété d'algues benthiques. A l'occasion, il peut consommer involontairement les petits invertébrés qui leur sont associés. Du sable peut aussi être ingéré, il interviendrait dans la digestion.

Des études menées en Méditerranée orientale (Bariche) montrent que le poisson-lapin à queue tronquée a beaucoup modifié son régime alimentaire pour s'adapter aux conditions locales, bien différentes de celles du domaine indo-pacifique. Il semble se nourrir préférentiellement à partir des algues les plus communes comme Halopteris spp., Padina spp., Sphacelaria spp., Polysiphonia spp., Ulva spp. et Sargassum spp.. Il peut aussi consommer parfois Caulerpa cylindracea qui est une espèce introduite d'Australie et toxique.

Reproduction - Multiplication

En mer Rouge comme en Méditerranée orientale la période de reproduction commence en mai, elle se termine en août en mer Rouge, un mois avant en Méditerranée. La fécondation est externe. Les œufs tombent sur le fond, la ponte est donc de type démersale*, et éclosent 26 à 32 heures plus tard.
Les larves vivent trois jours sous la surface, se nourrissent de phytoplancton* et de zooplancton*, avant de rejoindre le fond.
Les juvéniles peuvent se rassembler en bancs considérables dans des baies abritées.

Vie associée

Partout où on les rencontre, les poissons-lapins à queue tronquée rejoignent souvent des poissons d'autres espèces pour former des bancs mélangés. En Tunisie, on les a vus en compagnie de saupes.

Divers biologie

Les Siganidés possèdent à leurs nageoires un nombre d'épines inhabituel :
- alors que la plupart des autres poissons en ont 3 au maximum à la nageoire anale, ils en possèdent 7.
- les autres poissons ont une épine uniquement au bord antérieur de la nageoire pelvienne, ils ont une épine également au bord postérieur.
Les épines de ces nageoires sont venimeuses, en relation chacune avec deux glandes à venin. Leur rôle est essentiellement défensif.
Lorsqu'il se sent face à un prédateur potentiel, il écarte ses nageoires et dresse ses rayons, il devient alors une "pelote d'épingles" venimeuses.

Les poissons-lapins à queue tronquée évoluent dans le domaine indo-pacifique en petits bancs d'une dizaine d'individus en général. On peut voir parfois des individus solitaires ou en petits groupes de 3 ou 4 individus.

En Méditerranée orientale, ils ont été observés (Francour) en bancs très importants : plus de 5 000 individus dans un seul banc sur les côtes turques en août 2008 !

Informations complémentaires

Les blessures causées à l'Homme par les épines à venin sont très douloureuses, mais la douleur est normalement passagère et sans conséquence grave. Le Professeur Quignard, ichthyologue, s'est piqué sur les rayons venimeux d'un poisson pourtant à demi-mort et a ressenti une douleur qui a persisté plusieurs heures.

La Méditerranée ne possède que peu d'espèces d'animaux herbivores. Ce terme est utilisé normalement pour désigner les animaux qui consomment les herbes au sens strict ; on peut y inclure les posidonies, grandes herbes marines, et par extension on y inclut aussi les algues, qui n'ont qu'une parenté très lointaine avec les herbes ! On compte principalement parmi ces herbivores l'oursin violet (Paracentrotus lividus) et la saupe (Sarpa salpa). De ce fait, un bon nombre d'algues méditerranéennes, au cours de leur évolution, n'ont pas mis en place de stratégies de défense chimique. Ces défenses ont pour but de les rendre toxiques, comme on peut le voir chez certaines espèces tropicales, comme les caulerpes (Caulerpa spp.) qui ont dû apprendre à se défendre contre les herbivores de leur milieu de vie. Une arrivée soudaine d'espèces herbivores voraces pourrait donc, aux dires de certains scientifiques, avoir des conséquences redoutables dans un milieu qui n'en comportait que peu. D'autres sont moins alarmistes, espérons qu'ils ont raison.
Durant le vingtième siècle, par le canal de Suez, sont arrivées en Méditerranée deux espèces de Siganidés.
En 1927 le poisson-lapin à ventre strié (Siganus rivulatus) arrive le premier en Méditerranée. En 2000 il est aperçu en mer Adriatique. Il n'est pas encore parvenu sur nos côtes.
Le poisson-lapin à queue tronquée (Siganus luridus) est arrivé à partir de 1956 sur les côtes méditerranéennes d'Israël. En 2005 cette espèce est observée en Sicile et, en été 2008, deux individus sont pêchés près de Marseille, dans le Parc Marin de la Côte Bleue. Ces poissons, nouveaux arrivés sur nos côtes, furent à cette époque signalés sur le Forum de DORIS. L'un d'eux a vécu près d'un an dans l'aquarium des locaux du Parc Marin de la Côte Bleue.

Ces deux poissons pêchés près de Marseille sont des signalements très isolés. Deux hypothèses ont été retenues (Daniel B. et al, 2009) pour leur arrivée dans ce secteur géographique.
Premièrement : un transport par les eaux de ballast d'un bateau : Marseille est un port important.
Deuxièmement : un transport grâce aux courants marins (courant Ligure...) à partir d'une population proche connue (Sicile, Tunisie...) ou non.

Sur les côtes du Liban, des mesures d'abondance ont été effectuées (Bariche et al, 2004). 70 % des poissons observés sont des Siganidés. La répartition entre ces deux espèces a été quantifiée : Siganus rivulatus : 72 %, Siganus luridus : 8 %. De ce fait les populations de saupes sont inférieures à 1 %.
Les Siganidés sont de redoutables concurrents pour les saupes car le recrutement* de leurs larves est bien meilleur, leur croissance est plus rapide, leur maturité sexuelle est précoce, et leur fécondité plus importante !

Origine des noms

Origine du nom français

"Poisson-lapin" : à cause de ses gros yeux proches de son front busqué, et de sa petite bouche très mobile, ce qui lui donne un profil évoquant celui du mammifère à grandes oreilles.
"à queue tronquée" : car sa queue, contrairement à celles d'espèces proches, se termine de manière très droite et semble donc avoir été coupée de manière abrupte.

Origine du nom scientifique

Siganus est la latinisation du nom arabe qui est donné sur les bords de la mer Rouge aux poissons-lapins.

luridus, directement repris du latin, et qui veut dire : jaunâtre, brun pâle, livide et par extension blême, plombé voire sale, en raison de la couleur de la robe de ce poisson.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Super classe Osteichthyes Ostéichthyens Vertébrés à squelette osseux.
Classe Actinopterygii Actinoptérygiens Ossification du crâne ou du squelette tout entier. Poissons épineux ou à nageoires rayonnées.
Sous-classe Neopterygii Teleostei Néoptérygiens Téléostéens Poissons à arêtes osseuses, présence d’un opercule, écailles minces et imbriquées.
Super ordre Acanthopterygii Acanthoptérygiens Rayons épineux aux nageoires, écailles cycloïdes ou cténoïdes, présence d'une vessie gazeuse et pelviennes thoraciques ou jugulaires, sans être systématiquement présents, sont des caractères que l'on ne rencontre que chez les Acanthoptérygiens.
Ordre Perciformes Perciformes Nageoires pelviennes très rapprochées des nageoires pectorales.
Sous-ordre Acanthuroidei Acanthuroïdes Poissons-chirurgiens.
Famille Siganidae Siganidés
Genre Siganus
Espèce luridus

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