Nudibranche marron clair à gris beige marqué de taches sombres et blanches
3 à 4 paires de taches sombres symétriques autour d'une bosse médiane marquée de blanc
Bord du manteau moucheté de clair et festonné
Rhinophores : hampe claire et massue sombre, lignés de blanc sur la face postérieure
Branchies beiges à grises, courtes
Taille maximale : 15 cm
Tortoise tentacled dorid, fragile dorid, fragile nudibranch (GB)
Doris sordida Rüppell & Leuckart, 1830
Doris granulata Ehrenberg, 1831 (nomen oblitum*)
Doris sordida Quoy & Gaimard, 1832
Doris fragilis Alder & Hancock, 1864 (basionyme*)
Discodoris fragilis (Alder & Hancock, 1864)
Discodoris morphaea Bergh, 1877
Doris sordidata Abraham, 1877
Doris stragulata Abraham, 1877
Alloiodoris hedleyi O'Donoghue, 1924
Discodoris vanikoro Pruvot-Fol, 1934
Discodoris notiperda Risbec, 1956
L'espèce a été replacée dans le genre Sebadoris en 2010 (Dayat B.)
De l'océan Indien au Pacifique central
Zones DORIS : ● Indo-PacifiqueSebadoris fragilis vit dans les zones marines tropicales et subtropicales de l’Indo-Pacifique, depuis l’océan Indien jusqu’au centre de l’océan Pacifique.
L'espèce a été signalée autour de Madagascar et de La Réunion dans l'océan Indien et ce, jusqu'en Afrique du sud. Elle est également largement signalée dans le Pacifique : en Australie, dans les îles de Mélanésie*, l'archipel micronésien (îles Marshall), ainsi qu'en Polynésie et jusqu'aux îles Hawaï pour les limites ouest de cet océan.
Elle est couramment observée en Nouvelle-Calédonie.
Sa présence en mer Rouge n'est pour l'heure pas confirmée.
Sebadoris fragilis est une espèce inféodée aux récifs coralliens et aux zones rocheuses littorales. C'est une espèce principalement nocturne mais on la rencontre cachée le jour sous les blocs de corail mort, les débris et les pierres, le plus souvent dans les lagons peu profonds ou les zones abritées du récif.
Elle peut parfois être observée un peu plus en profondeur sur les pentes récifales (jusqu’à 20 m).
Sebadoris fragilis possède un corps ovale et aplati mais possède une partie centrale viscérale plus bombée. Le bord du manteau est plus ou moins ondulé. La taille adulte varie de 4 à 15 cm.
La couleur de fond de son corps varie du beige au brun clair avec des mouchetures et des taches irrégulières de teintes plus foncées (et blanchâtres ici et là). Souvent, on distingue deux rangées de taches brun foncé, plus grosses et plus sombres que les autres, positionnées symétriquement de part et d’autre de la partie centrale bombée et séparées par une zone médiane plus claire. Celle-ci, située sur le sommet du dos, est parfois marquée de 3 à 4 taches très pâles, presque blanches.
On peut observer de courtes papilles* coniques sur le manteau, souvent un peu plus grandes sur la bosse médiane.
Les rhinophores* se dressent à l’avant de l’animal. Ils montrent une massue (partie lamellée) de couleur brun foncé mouchetée de blanc avec un bouton apical blanc et une fine ligne verticale blanche sur la face postérieure de la massue. Ils sont rétractiles dans leurs fourreaux granuleux respectifs, en cas de danger.
A l’arrière de l’animal, on observe un panache branchial* en forme de petit bouquet plumeux. Les 5 ou 6 petites feuilles branchiales, relativement courtes et larges, sont de teinte claire, crème, et tachetées de brun. Le panache est également rétractile. Au milieu du cercle branchial ainsi formé se trouve l'anus.
Le dessous de l’animal est aussi caractéristique : la face ventrale du manteau d’un gris pâle à beige est parsemée de grandes taches foncées. Le pied paraît petit par rapport à la largeur de l'animal et la sole* pédieuse est aussi marquée avec des mouchetures brunes, plus fines que les taches du manteau.
La première source de confusion avec Sebadoris fragilis est
Plusieurs autres espèces claires avec des taches peuvent être visuellement semblables à Sebadoris fragilis mais les tons plus clairs, la taille plus petite ou des tubercules différents aident à ne pas les confondre (Tayuva lilacina, Tayuva coerulescens, Doris raripilosa, etc.). Néanmoins, ce groupe d'espèces aurait sans doute besoin d'études complémentaires pour clarifier ce "complexe*" et affiner la classification tant les variations intraspécifiques sont présentes au sein de ce groupe.
Ce nudibranche se nourrit d’éponges marines et plus précisément de Démosponges siliceuses qui ont des spicules* de silice (pas calcaires) et/ou des fibres de spongine*, comme Callyspongia sp. Une observation isolée mentionne la consommation d’une éponge du genre Neopetrosia, mais celle-ci reste à confirmer par une source scientifique.
Pour se nourrir, l'espèce utilise sa radula*, comme quasiment tous les nudibranches (exception faite des Phyllididés). Mais la formule radulaire variant fortement avec la taille de l’animal, les valeurs publiées par [Dayrat 2010] ne sont données ici qu’à titre indicatif : de 14 à 56 rangées et de 27 à 100 dents (mais rarement moins de 40 dents) par demi-rangée !
Comme toutes les limaces de mer, Sebadoris fragilis est hermaphrodite* synchrone, c’est-à-dire que chaque individu possède à la fois les organes reproducteurs mâles et femelles, simultanément fonctionnels. La reproduction est sexuée.
Pour s’accoupler, les deux animaux doivent donc se placer tête bêche car l’orifice génital (le pénis de S. fragilis mesure de 0,1 à 1,3 mm de long) est situé sous le manteau, sur le flanc droit du pied, à l’avant de l’animal. Les gamètes* mâles sont échangés grâce à un canal spécifique, la fécondation est donc interne.
Après l’accouplement, le nudibranche dépose ses œufs dans un large ruban gélatineux d’environ 1 cm de haut, enroulé en spirale (2 à 5 tours), sinueux et fixé au substrat* marin. Cette ponte est de couleur blanc crème et son diamètre peut atteindre 8 cm.
De ces œufs sortiront des larves* véligères* qui se disperseront en mer. Après une période planctonique*, ces larves vont se déposer sur le fond, perdre leur velum* et se métamorphoser* en de jeunes nudibranches.
Sebadoris fragilis peut abandonner des morceaux de son manteau en cas d’agression ou si elle se sent en danger (autotomie*). Ce phénomène, généralement sans gravité pour la limace, pourrait viser à distraire un prédateur potentiel afin de lui échapper (celui-ci se retrouvant avec un fragment de manteau tandis que la limace s’enfuit). Néanmoins, des auteurs suggèrent que des phénomènes similaires de détachement de spicules chez les Discodorididés puissent également être liés à une sénescence naturelle ou des conditions environnementales dégradées.
Elle peut en même temps produire un mucus qui a sûrement une action répulsive envers ses agresseurs, même si Winters & al. 2021 écrivent qu'à leur avis, il semblerait que les nudibranches présentant potentiellement les signaux d'avertissement les plus visibles (couleurs vives, robes aposématiques*) pourraient posséder les défenses chimiques les plus robustes, tandis que ceux qui semblent camouflés, plus cryptiques (par exemple, Sebadoris fragilis) n'auraient aucune ou peu de défenses chimiques.
Le statut de l'espèce n'est pas évalué par l'UICN* et ne figure pas dans sa Liste Rouge.
Sébadoris fragile : francisation du nom scientifique de l'espèce, Sebadoris fragilis.
Sebadoris : l'étymologie de ce nom de genre est difficilement explicable. L'espèce était initialement (sous le nom Doris fragilis en 1864) décrite et classée dans le genre Doris (du nom d’une nymphe marine), qui est un genre établi dès le XVIIIe siècle pour de très nombreux doridés (nudibranches au corps aplati).
Le genre Sebadoris a été créé presque un siècle plus tard (1960) par les chercheurs Ernst Marcus (1893-1968) et Eveline Marcus (1901-1990), lors d'un travail sur les Opisthobranches* de la mer Rouge et des Maldives, ceci pour regrouper cette espèce ainsi que Doris nubilosa (alors connue comme Thordisa crosslandi) au sein d’un genre commun. Le couple Marcus est connu pour avoir été abscons ou fantaisiste dans ses choix de noms de genres et d’espèces, et pour ne pas en avoir en communiqué les raisons. Il y a donc très peu de chances pour que leur texte éclaire en rien le sens d'un hypothétique radical [seba], ni donc celui du nom de genre complet.
Hypothèse : le terme Sebadoris pourrait combiner le nom Doris (la nymphe) avec le nom Seba-, ce préfixe pouvant être un hommage à un naturaliste hollandais du XVII-XVIIIe siècle, Albertus Seba, pharmacien, naturaliste connu pour son immense cabinet de curiosité. Mais cette hypothèse est fragile et il est également fort possible que les Marcus aient (encore) simplement utilisé un mot arbitraire euphonique, Seba, pour le lier au genre Doris.
Le genre ne contient à ce jour (01/2026) que les deux espèces précédemment citées.
L’espèce-type* du genre est Sebadoris nubilosa.
fragilis : l'épithète latine signifie « fragile ».
Les zoologistes Alder et Hancock, qui décrivirent initialement l’espèce en 1864 (sous Doris fragilis), avaient déjà observé que cette limace était fragile et abandonnait les bords de son manteau lorsqu’on la manipulait. Ils écrivaient (Walter Elliot étant le collecteur du syntype*) : "Mr. Elliot informs us that this species is so brittle that it breaks to pieces even when alive " (M. Elliot nous informe que cette espèce est si fragile qu'elle se brise en morceaux même vivante.).
La localité-type* de l'espèce se situe dans l'est de l'Inde, soit à Madras (selon l'enregistrement du syntype*), soit à Visakhapatnam (selon les écrits de W. Elliot).
Numéro d'entrée WoRMS : 548868
| Termes scientifiques | Termes en français | Descriptif | |
|---|---|---|---|
| Embranchement | Mollusca | Mollusques | Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies. |
| Classe | Gastropoda | Gastéropodes | Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules. |
| Sous-classe | Heterobranchia | Hétérobranches | |
| Infra-classe | Euthyneura | Euthyneures | Gastéropodes hétérobranches possédant une disposition particulière non croisée du système nerveux, résultant de la torsion puis détorsion de la larve véligère. |
| Subter-classe | Ringipleura | ||
| Super ordre | Nudipleura | Nudipleures | |
| Ordre | Doridida | ||
| Super-famille | Doridoidea | ||
| Famille | Discodorididae | Discodorididés | Forme aplatie ovale ou un peu rectangulaire. Pied plus petit que le manteau granuleux. Possibilité d’autotomie du bord du manteau. Présence de glandes à acide. Tentacules buccaux coniques ou digitiformes. |
| Genre | Sebadoris | ||
| Espèce | fragilis |
Gastéropodes Opisthobranches
Robe grise
La version grise de cette espèce montre bien les taches sombres réparties de part et d'autre de la bosse centrale, médiane, du corps, elle-même marquée ici d'un tracé blanc.
On peut aussi voir ici les rhinophores sombres et le panache branchial court.
Le manteau cache totalement le pied de l'animal.
Platier Ricaudy, Nouméa, Nouvelle-Calédonie (988), océan Pacifique, 0,30 m
21/09/2024
Gastéropodes Opisthobranches
Robe beige
Sur cette image d'une sébadoris fragile de teinte beige, la ligne médiane blanche est représentée par 3-4 larges taches.
Le bord marginal du manteau est plus clair que la couleur générale, avec de petites taches brunes.
La Réunion (974), océan Indien, 0,5 m, de nuit
08/05/2022
Version plus sombre
Sur cette robe sombre, les grosses taches sont elles aussi foncées, dans différentes nuances. Elles n'atteignent pas les bords du manteau, simplement moucheté.
Étang salé, La Réunion (974), océan Indien, 1 m, de nuit et en PMT
Frédérique & Sébastien VASQUEZ
2014
Rhinophores
Les rhinophores ont une hampe claire et une massue lamellée plus sombre, ponctuée de blanc, avec un apex blanc. Une très fine ligne blanche marque la partie postérieure de cet organe sensoriel.
En cas de danger, les rhinophores peuvent se rétracter dans un fourreau recouvert de papilles.
Platier Ricaudy, Nouméa, Nouvelle-Calédonie (988), océan Pacifique, 0,30 m
31/10/2025
Panache branchial
Situé à l'arrière du corps et formant un anneau autour de l'anus, le panache branchial rassemble 5 à 6 feuillets, assez courts et larges. Ils assurent la respiration de l'animal.
À l'instar des rhinophores, le panache branchial peut se rétracter dans un fourreau en cas de besoin.
Platier Ricaudy, Nouméa, Nouvelle-Calédonie (988), océan Pacifique, 0,30 m
31/10/2025
Dessous du manteau et pied
Cette vue montre le dessous du manteau, crème avec des taches brunes.
On voit également le côté droit du pied (la partie antérieure de l'animal est à droite), les flancs étant repliés sur eux-mêmes et cachent la sole pédieuse, à peine devinable.
Platier Ricaudy, Nouméa, Nouvelle-Calédonie (988), océan Pacifique, 0,30 m
31/10/2025
Biotope
Il s'agit d'une espèce inféodée aux récifs coralliens et aux zones rocheuses littorales, le plus souvent dans les lagons peu profonds ou les zones abritées du récif.
Ici, on aperçoit un individu (à gauche) qui vient probablement de pondre (à droite) sur un caillou près de la surface.
Platier Ricaudy, Nouméa, Nouvelle-Calédonie (988), océan Pacifique, 0,30 m
31/10/2025
Ponte
La ponte de la sébadoris fragile est un large ruban gélatineux d’environ 1 cm de haut, sinueux, enroulé en spirale et fixé au substrat. Cette ponte est de couleur blanc crème et son diamètre peut atteindre 8 cm.
Platier Ricaudy, Nouméa, Nouvelle-Calédonie (988), océan Pacifique, 0,15 m
16/03/2025
De nuit
L'espèce est plutôt nocturne. On la rencontre néanmoins le jour cachée sous les blocs de corail mort, des débris et des pierres, près du bord, dans peu d'eau. Mais la sébadoris fragile semble un peu plus active la nuit...
La Réunion (974), océan Indien, 0,5 m, de nuit
06/05/2022
Distribution : à Mayotte
Mayotte fait partie des endroits de l'océan Indien occidental où l'on peut rencontrer la sébadoris fragile.
Sakouli et sa plage se trouve dans la commune de Bandrélé, au sud-est du département français.
Sakouli, Bandrélé, Mayotte (976), océan Indien, 1 m, de nuit
18/05/2018
Distribution : en Nouvelle-Calédonie
Si, dans le Pacifique central, la limite est de la distribution de l'espèce se trouve en Polynésie et dans l'archipel d'Hawaï, on peut souvent la rencontrer plus à l'ouest, en Nouvelle-Calédonie.
Platier Ricaudy, Nouméa, Nouvelle-Calédonie (988), océan Pacifique, 0,50 m
03/02/2025
Rédacteur principal : Carole BERNARD
Rédacteur : Beatrice SERVENTI
Vérificateur : Pascal GIRARD
Responsable régional : Alain-Pierre SITTLER
Alder J., Hankock A,, 1864, Notice of a collection of nudibranchiate mollusks made in India by Walter Elliot, Esq., with descriptions of some new genera and species, Transactions of the Zoological Society of London, 5, 113-147.
Bloom S.A., 1976, Morphological correlations between dorid nudibranch predators and sponge prey, Veliger 18(3), 289-301.
Dayrat B., 2010, A monographic revision of basal discodorid sea slugs (Gastropoda, Opisthobranchia, Nudibranchia, Doridina), Proceedings of the California Academy of Sciences, Series 4, 61(1), 403p., 382 figs, pages : 139-174.
Gould A.A., 1852, United States Exploring Expedition during the Years 1838-1842, Mollusca & Shells, 12, 1-510.
Winters A.E., Chan W., White A.M., van den Berg C.P., Garson M.J., Cheney K.L., 2021, Weapons or deterrents? Nudibranch molluscs use distinct ecological modes of chemical defence against predators, Journal of Animal Ecology, 91(4), 831-844.
Yonow N., Hayward P.J., 1991, Opistobranches de l'île Maurice, avec la description de deux espèces nouvelles (Mollusca : Opistobranchia), Revue française d'aquariologie herpétologie, 18(1), 1-30.
Young D.K., 1966, Systematics, food and functional morphology of the feeding apparatus of some dorid nudibranchs, Ph.D. Dissertation, Univ. Hawaii, Honolulu.
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