Sébadoris fragile

Sebadoris fragilis | (Alder & Hancock, 1864)

N° 3865

De l'océan Indien au Pacifique central

Clé d'identification

Nudibranche marron clair à gris beige marqué de taches sombres et blanches
3 à 4 paires de taches sombres symétriques autour d'une bosse médiane marquée de blanc
Bord du manteau moucheté de clair et festonné
Rhinophores : hampe claire et massue sombre, lignés de blanc sur la face postérieure
Branchies beiges à grises, courtes
Taille maximale : 15 cm

Noms

Noms communs internationaux

Tortoise tentacled dorid, fragile dorid, fragile nudibranch (GB)

Synonymes du nom scientifique actuel

Doris sordida Rüppell & Leuckart, 1830
Doris granulata Ehrenberg, 1831 (nomen oblitum*)
Doris sordida Quoy & Gaimard, 1832
Doris fragilis Alder & Hancock, 1864 (basionyme*)
Discodoris fragilis (Alder & Hancock, 1864)
Discodoris morphaea Bergh, 1877
Doris sordidata Abraham, 1877
Doris stragulata Abraham, 1877
Alloiodoris hedleyi O'Donoghue, 1924
Discodoris vanikoro Pruvot-Fol, 1934
Discodoris notiperda Risbec, 1956

L'espèce a été replacée dans le genre Sebadoris en 2010 (Dayat B.)

Distribution géographique

De l'océan Indien au Pacifique central

Zones DORIS : ● Indo-Pacifique

Sebadoris fragilis vit dans les zones marines tropicales et subtropicales de l’Indo-Pacifique, depuis l’océan Indien jusqu’au centre de l’océan Pacifique.
L'espèce a été signalée autour de Madagascar et de La Réunion dans l'océan Indien et ce, jusqu'en Afrique du sud. Elle est également largement signalée dans le Pacifique : en Australie, dans les îles de Mélanésie*, l'archipel micronésien (îles Marshall), ainsi qu'en Polynésie et jusqu'aux îles Hawaï pour les limites ouest de cet océan.
Elle est couramment observée en Nouvelle-Calédonie.
Sa présence en mer Rouge n'est pour l'heure pas confirmée.

Biotope

Sebadoris fragilis est une espèce inféodée aux récifs coralliens et aux zones rocheuses littorales. C'est une espèce principalement nocturne mais on la rencontre cachée le jour sous les blocs de corail mort, les débris et les pierres, le plus souvent dans les lagons peu profonds ou les zones abritées du récif.
Elle peut parfois être observée un peu plus en profondeur sur les pentes récifales (jusqu’à 20 m).

Description

Sebadoris fragilis possède un corps ovale et aplati mais possède une partie centrale viscérale plus bombée. Le bord du manteau est plus ou moins ondulé. La taille adulte varie de 4 à 15 cm.
La couleur de fond de son corps varie du beige au brun clair avec des mouchetures et des taches irrégulières de teintes plus foncées (et blanchâtres ici et là). Souvent, on distingue deux rangées de taches brun foncé, plus grosses et plus sombres que les autres, positionnées symétriquement de part et d’autre de la partie centrale bombée et séparées par une zone médiane plus claire. Celle-ci, située sur le sommet du dos, est parfois marquée de 3 à 4 taches très pâles, presque blanches.
On peut observer de courtes papilles* coniques sur le manteau, souvent un peu plus grandes sur la bosse médiane.

Les rhinophores* se dressent à l’avant de l’animal. Ils montrent une massue (partie lamellée) de couleur brun foncé mouchetée de blanc avec un bouton apical blanc et une fine ligne verticale blanche sur la face postérieure de la massue. Ils sont rétractiles dans leurs fourreaux granuleux respectifs, en cas de danger.
A l’arrière de l’animal, on observe un panache branchial* en forme de petit bouquet plumeux. Les 5 ou 6 petites feuilles branchiales, relativement courtes et larges, sont de teinte claire, crème, et tachetées de brun. Le panache est également rétractile. Au milieu du cercle branchial ainsi formé se trouve l'anus.

Le dessous de l’animal est aussi caractéristique : la face ventrale du manteau d’un gris pâle à beige est parsemée de grandes taches foncées. Le pied paraît petit par rapport à la largeur de l'animal et la sole* pédieuse est aussi marquée avec des mouchetures brunes, plus fines que les taches du manteau.

Espèces ressemblantes

La première source de confusion avec Sebadoris fragilis est

  • Sebadoris nubilosa mais cette dernière est bien plus grande (peut atteindre 25 cm), les taches sombres sont plus aléatoirement réparties et son corps est recouvert de nombreux tubercules de tailles différentes, pointus mais souples. Le dessous du large manteau se distingue également par la bande submarginale brun-rouge que ne montre pas S. fragilis. Dayat 2010 écrit "Il est intéressant de noter que ces deux espèces ont souvent été confondues, en raison de leur coloration dorsale, bien que leur anatomie interne (notamment la morphologie pénienne) soit différente.". Le même auteur n’exclue pas que les deux espèces puissent en réalité en désigner plus de deux mais les éléments ne sont pas établis encore.

Plusieurs autres espèces claires avec des taches peuvent être visuellement semblables à Sebadoris fragilis mais les tons plus clairs, la taille plus petite ou des tubercules différents aident à ne pas les confondre (Tayuva lilacina, Tayuva coerulescens, Doris raripilosa, etc.). Néanmoins, ce groupe d'espèces aurait sans doute besoin d'études complémentaires pour clarifier ce "complexe*" et affiner la classification tant les variations intraspécifiques sont présentes au sein de ce groupe.

Alimentation

Ce nudibranche se nourrit d’éponges marines et plus précisément de Démosponges siliceuses qui ont des spicules* de silice (pas calcaires) et/ou des fibres de spongine*, comme Callyspongia sp. Une observation isolée mentionne la consommation d’une éponge du genre Neopetrosia, mais celle-ci reste à confirmer par une source scientifique.
Pour se nourrir, l'espèce utilise sa radula*, comme quasiment tous les nudibranches (exception faite des Phyllididés). Mais la formule radulaire variant fortement avec la taille de l’animal, les valeurs publiées par [Dayrat 2010] ne sont données ici qu’à titre indicatif :
de 14 à 56 rangées et de 27 à 100 dents (mais rarement moins de 40 dents) par demi-rangée !

Reproduction - Multiplication

Comme toutes les limaces de mer, Sebadoris fragilis est hermaphrodite* synchrone, c’est-à-dire que chaque individu possède à la fois les organes reproducteurs mâles et femelles, simultanément fonctionnels. La reproduction est sexuée.
Pour s’accoupler, les deux animaux doivent donc se placer tête bêche car l’orifice génital (le pénis de S. fragilis mesure de 0,1 à 1,3 mm de long) est situé sous le manteau, sur le flanc droit du pied, à l’avant de l’animal. Les gamètes* mâles sont échangés grâce à un canal spécifique, la fécondation est donc interne.
Après l’accouplement, le nudibranche dépose ses œufs dans un large ruban gélatineux d’environ 1 cm de haut, enroulé en spirale (2 à 5 tours), sinueux et fixé au substrat* marin. Cette ponte est de couleur blanc crème et son diamètre peut atteindre 8 cm.
De ces œufs sortiront des larves* véligères* qui se disperseront en mer. Après une période planctonique*, ces larves vont se déposer sur le fond, perdre leur velum* et se métamorphoser* en de jeunes nudibranches.

Divers biologie

Sebadoris fragilis peut abandonner des morceaux de son manteau en cas d’agression ou si elle se sent en danger (autotomie*). Ce phénomène, généralement sans gravité pour la limace, pourrait viser à distraire un prédateur potentiel afin de lui échapper (celui-ci se retrouvant avec un fragment de manteau tandis que la limace s’enfuit). Néanmoins, des auteurs suggèrent que des phénomènes similaires de détachement de spicules chez les Discodorididés puissent également être liés à une sénescence naturelle ou des conditions environnementales dégradées.

Elle peut en même temps produire un mucus qui a sûrement une action répulsive envers ses agresseurs, même si Winters & al. 2021 écrivent qu'à leur avis, il semblerait que les nudibranches présentant potentiellement les signaux d'avertissement les plus visibles (couleurs vives, robes aposématiques*) pourraient posséder les défenses chimiques les plus robustes, tandis que ceux qui semblent camouflés, plus cryptiques (par exemple, Sebadoris fragilis) n'auraient aucune ou peu de défenses chimiques.

Statuts de conservation et réglementations diverses

Le statut de l'espèce n'est pas évalué par l'UICN* et ne figure pas dans sa Liste Rouge.

Origine des noms

Origine du nom français

Sébadoris fragile : francisation du nom scientifique de l'espèce, Sebadoris fragilis.

Origine du nom scientifique

Sebadoris : l'étymologie de ce nom de genre est difficilement explicable. L'espèce était initialement (sous le nom Doris fragilis en 1864) décrite et classée dans le genre Doris (du nom d’une nymphe marine), qui est un genre établi dès le XVIIIe siècle pour de très nombreux doridés (nudibranches au corps aplati).
Le genre Sebadoris a été créé presque un siècle plus tard (1960) par les chercheurs Ernst Marcus (1893-1968) et Eveline Marcus (1901-1990), lors d'un travail sur les Opisthobranches* de la mer Rouge et des Maldives, ceci pour regrouper cette espèce ainsi que Doris nubilosa (alors connue comme Thordisa crosslandi) au sein d’un genre commun. Le couple Marcus est connu pour avoir été abscons ou fantaisiste dans ses choix de noms de genres et d’espèces, et pour ne pas en avoir en communiqué les raisons. Il y a donc très peu de chances pour que leur texte éclaire en rien le sens d'un hypothétique radical [seba], ni donc celui du nom de genre complet.
Hypothèse : le terme Sebadoris pourrait combiner le nom Doris (la nymphe) avec le nom Seba-, ce préfixe pouvant être un hommage à un naturaliste hollandais du XVII-XVIIIe siècle, Albertus Seba, pharmacien, naturaliste connu pour son immense cabinet de curiosité. Mais cette hypothèse est fragile et il est également fort possible que les Marcus aient (encore) simplement utilisé un mot arbitraire euphonique, Seba, pour le lier au genre Doris.
Le genre ne contient à ce jour (01/2026) que les deux espèces précédemment citées.
L’espèce-type* du genre est Sebadoris nubilosa.

fragilis : l'épithète latine signifie « fragile ».
Les zoologistes Alder et Hancock, qui décrivirent initialement l’espèce en 1864 (sous Doris fragilis), avaient déjà observé que cette limace était fragile et abandonnait les bords de son manteau lorsqu’on la manipulait. Ils écrivaient (Walter Elliot étant le collecteur du syntype*) : "Mr. Elliot informs us that this species is so brittle that it breaks to pieces even when alive " (M. Elliot nous informe que cette espèce est si fragile qu'elle se brise en morceaux même vivante.).
La localité-type* de l'espèce se situe dans l'est de l'Inde, soit à Madras (selon l'enregistrement du syntype*), soit à Visakhapatnam (selon les écrits de W. Elliot).

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 548868

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Heterobranchia Hétérobranches
Infra-classe Euthyneura Euthyneures

Gastéropodes hétérobranches possédant une disposition particulière non croisée du système nerveux, résultant de la torsion puis détorsion de la larve véligère.

Subter-classe Ringipleura
Super ordre Nudipleura Nudipleures
Ordre Doridida
Super-famille Doridoidea
Famille Discodorididae Discodorididés Forme aplatie ovale ou un peu rectangulaire. Pied plus petit que le manteau granuleux. Possibilité d’autotomie du bord du manteau. Présence de glandes à acide. Tentacules buccaux coniques ou digitiformes.
Genre Sebadoris
Espèce fragilis

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