Dentelle de Neptune

Reteporella grimaldii | (Jullien, 1903)

N° 326

Méditerranée, Atlantique oriental

Clé d'identification

Colonies rigides (calcifiées) à port dressé
Structure formée par des zoécies* en réticule convoluté
Coloration variant du rose au jaune pâle
Structure finement dentelée d'une dizaine de centimètres, très fragile

Noms

Autres noms communs français

Dentelle de Vénus est parfois aussi utilisé, giroflade (= œillet) de mer (Rondelet, 1555)

Noms communs internationaux

Neptune's lace (GB), Trina di mare (I), Retepora (E) , Neptunschleier (D), Neptunuskant ( NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Retepora cellulosa Waters, 1894
Sertella septentrionalis Harmer, 1933
Retepora septentrionalis (Harmer, 1933)
Retepora grimaldii Julien, 1903

Distribution géographique

Méditerranée, Atlantique oriental

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

C'est une espèce commune de Méditerranée. On peut la rencontrer également en Atlantique oriental.

Biotope

Il s'agit d'une espèce sciaphile*, c'est à dire qui aime l'ombre ; on la rencontre ainsi dans des zones sombres entre 10 et 70 m de profondeur : grotte, cavité, anfractuosité, surplomb rocheux.... Elle se développe souvent sur des substrats qui favorisent sa croissance dans les trois dimensions, comme les axes de gorgones.
Etant donnée la fragilité de la colonie, on trouve généralement la dentelle de Neptune à l'abri des eaux brassées par de forts courants ou de la houle de fond.

Description

C'est une espèce coloniale calcifiée au port dressé, où chaque individu : la zoécie* (ou zoïde)* fait partie d'un réseau finement ajouré qui constitue la colonie (ou zoarium*). L'ensemble de la colonie forme une rosace complexe constituée de fines lames réticulées, ondulées, qui donnent ainsi un aspect dentelé.
Les réseaux formés sont plus denses (plus calcifiés) au centre de la colonie. La colonie est reliée à son support par un étroit pied très calcifié.
La coloration de la structure varie du rose saumoné au jaune pâle. Les parties centrales moins vivaces de la colonie sont blanches voire vertes car progressivement recouvertes par des microalgues.
La taille de la colonie peut atteindre 10 à 20 centimètres.

Espèces ressemblantes

Il y a plusieurs espèces de "rétépores", qui se ressemblent beaucoup par la forme de la colonie. Seul un examen minutieux, à un fort grossissement, à la loupe binoculaire, des caractères morphologiques du squelette des zoécies, permet de distinguer ces espèces. Mais Reteporella grimaldii est la plus courante sur nos côtes dans les habitats les plus fréquentés par les plongeurs.

Plus reculées dans les grottes semi-obscures, Reteporella mediterranea (au sens de Hass) et Reteporella couchii sont des espèces également fréquentes et que l'on peut observer dans les zones d'évolution des plongeurs. Ces deux espèces sont plus plates, plus simples, plus petites, souvent en forme de coupe de couleur blanchâtre ou jaune-vert à orangé brillant pour R. mediterranea.

Alimentation

Comme chez tous les bryozoaires, la nutrition est assurée par la capture de particules alimentaires (phytoplancton, en particulier) par les tentacules du lophophore*, dont la sortie est assurée par une augmentation de la pression du liquide interne, phénomène obtenu grâce à la compression musculaire.
Une fois la gaine du lophophore dévaginée, un mouvement pendulaire et circulaire des tentacules ciliés composant le panache de ce lophophore va permettre le brassage de l'eau environnante et favoriser ainsi la capture des micro-organismes composant le régime alimentaire de la colonie.
Ces animaux sont dits filtreurs actifs c'est à dire, des filtreurs suspensivores* microphages*. Les diatomées (algues unicellulaires) et les bactéries sont la base de l'alimentation de ce type de bryozoaire.

Reproduction - Multiplication

Sa croissance se fait par bourgeonnement périphérique de nouvelles zoécies. La reproduction est sexuée et la colonie est hermaphrodite*. Les œufs fécondés produits par un zoïde femelle sont incubés dans une ovicelle* (petite chambre au dessus de l'orifice). Après maturation, il va y avoir émission de larves lécitotrophiques* ciliées, qui vont être dispersées par les courants. Après une courte vie dans la colonne d'eau, la larve va se fixer sur un substrat adéquat et se métamorphoser en un zoïde primaire ou ancestrule. Celui-ci bourgeonnera deux à trois zoïdes, qui bourgeonneront eux-mêmes en formant petit à petit la colonie réticulée.
C'est le développement d'une larve issue d'une reproduction sexuée et venue se fixer sur un support adéquat à son développement qui va donner un premier individu : le zoïde* (= zoécie*) primaire (ou ancestrule). Celui-ci permettra l'obtention d'autres zoïdes par bourgeonnement qui eux-mêmes bourgeonneront… faisant alors grandir la colonie.
Dès lors, par une reproduction sexuée de zoécie* pour la plupart hermaphrodites*, la nouvelle production de larves ainsi induite favorisera la dispersion de l'espèce et le peuplement de nouvelles surfaces.

Divers biologie

Description microscopique :
- zoïdes* courts, tubuleux, bien différenciés chez les jeunes (sur la marge de la colonie), paroi frontale avec quelques gros pores calcifiés avec l'âge, parois latérales avec 4 – 5 pores, taille approximative des zoïdes 0,40 mm de longueur sur 0,20 mm de largeur ;
- aperture* plus large que longue, enfoncée, sub-semicirculaire, péristome* développé avec une longue et étroite fissure labiale, 2 courtes épines souvent cachées ;
- aviculaires* de 4 types : 1) grand à rostre calcaire et à mandibule triangulaire très saillantes, prés de la lèvre, perpendiculaire à la paroi frontale, inconstant, 2) petit, ovale, fréquent, plus ou moins enfoncé, frontal et dorsal, 3) petit, frontal, triangulaire, fréquent, 4) moyen, à la base des fenêtres côté dorsal, triangulaire transverse ;
- ovicelle* peu saillante ;
- face dorsale finement grenue parcourue de stries en reseau serré, irrégulières ;
- lophophores de petite taille à 12 tentacules.

Informations complémentaires

C'est à Guillaume Rondelet (1507-1566), professeur à la Faculté de Médecine de Montpellier, que l'on doit la description en 1555 de la première espèce connue de bryozoaire. Celle-ci, formant dentelle est actuelllement connue sous le nom de Reteporella grimaldii (Jullien in Jullien et Calvet, 1903).
"Fleur" calcaire de forme complexe, de couleur rose, Rondelet lui donna poétiquement le nom de "giroflade de mer", giroflade (ou girouflade) signifiant en vieux français "œillet" (voir illustrations).

Origine des noms

Origine du nom français

Dentelle de Neptune : le nom de dentelle fait bien évidemment référence au tissu brodé auquel ressemble la structure de la colonie et Neptune est le dieu de la mer. Littéralement, cela évoque donc un petit morceau de dentelle que l'on trouve dans la mer.

Origine du nom scientifique

Reteporella : diminutif de Retepora, autre genre de bryozoaires créé par Lamarck en 1801. Reteporella s'en distingue par quelques caractères particuliers et constitue donc un genre séparé. Retepora : du latin [rete] = rets, filet, réseau et [pora] = pore, trou.

grimaldii : espèce dédiée à Albert Honoré Charles Grimaldi (1848-1922), Prince Albert 1er de Monaco, initiateur et acteur du développement de l'océanographie.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Bryozoa / Ectoprocta Bryozoaires / Ectoproctes Petits animaux coloniaux filtreurs aquatiques fixés à un substrat. Tous les zoïdes sont en continuité physique et issus de bourgeonnement à partir d’un individu unique. Chaque zoïde porte un lophophore rétractile et est abrité dans une logette.
Classe Gymnolaemata Gymnolèmes Colonies polymorphes. Les zoïdes sont cylindriques ou aplatis, les lophophores circulaires. Les parois peuvent être calcifiées ou non. Presque tous marins.
Ordre Cheilostomatida Cheilostomes Bryozoaires calcifiés, zoïdes* en forme de boîte obturée par un opercule à charnière. Gymnolèmes les plus nombreux et les plus diversifiés des régions littorales, souples à rigides. Groupe au polymorphisme marqué où l’on trouve des individus différenciés (aviculaires, vibraculaires, ovicelles globuleux…).
Sous-ordre Neocheilostomatina/Ascophora Ascophores Paroi frontale calcifiée sous laquelle un sac flexible invaginé s'ouvre sur l’extérieur par un pore médian situé derrière le péristome et nommé ascopore.
Famille Phidoloporidae Phidoloporidés
Genre Reteporella
Espèce grimaldii

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