Cobia

Rachycentron canadum | (Linnaeus, 1766)

N° 2844

Atlantique tropical Est et Ouest, Caraïbes, océan Indien, Pacifique Ouest et centre

Clé d'identification

Corps allongé, fusiforme
Tête assez aplatie, bouche terminale avec mandibule plus longue
Dos et flancs sombres (parfois avec lignes longitudinales claires), ventre blanc
Grande nageoire dorsale aux rayons décroissants, précédée de 7 à 9 fortes et courtes épines
Grande nageoire caudale fourchue aux lobes presque symétriques

Noms

Autres noms communs français

Saumon noir, mafou, capitaine (Djibouti)

Noms communs internationaux

Le nom cobia est utilisé dans de très nombreux pays et langues. Mais il est possible de trouver également :
Black salmon, cabio, black kingfish, crab eater, cubby yew, lemon fish, ling, sergeant fish (GB), Bacalao, bonito, bonito negro, pejepalo (E), Beijupira, bacalhau, beijo-pirá, beiupirá, bação-de-escamas, chancarona, filho-pródigo, fogueteiro-galego, nzanzuduma, parambiju, peixe-rei, sargento (P), Pirão (Cap Vert), Todié (Sénégal), Kobia, prodigal son (Afrique du Sud), Dalag-dagat, gile, pandawan, tayad (Philippines), Jaman, hai lay (Malaisie), Gabus laut, mondoh (Indonésie)

Synonymes du nom scientifique actuel

Gasterosteus canadus Linnaeus, 1766
Scomber niger Bloch, 1793
Centronotus gardenii Lacepède, 1801
Centronotus spinosus Mitchill, 1815
Rachycentron typus Kaup 1826
Scomber niger Cuvier, 1829
Elacate motta Cuvier, 1829
Elacates americana Cuvier, 1829
Elacates atlantica Cuvier, 1832
Elacate bivittata Cuvier, 1832
Elacate malabarica Cuvier, 1832
Elacate pondiceriana Cuvier, 1832
Elacate nigerrima Swainson, 1839
Elacate falcipinnis Gosse, 1851
Thynnus canadensis Gronow, 1854

Distribution géographique

Atlantique tropical Est et Ouest, Caraïbes, océan Indien, Pacifique Ouest et centre

Zones DORIS : ● Indo-Pacifique, ○ [Mer Rouge], ● Caraïbes

L'espèce a une distribution mondiale dans les eaux tropicales et subtropicales, dont la température est supérieure à 17º C.
On la trouve donc, dans l'océan Atlantique, tout le long des côtes nord-américaines, dans tout le bassin caraïbe et sur les côtes de l'Amérique du Sud jusqu'au nord de l'Argentine. Elle est également présente sur les côtes de l'Afrique de l'Ouest depuis la Mauritanie, descend jusqu'à l'Afrique du Sud et remonte dans l'océan Indien où elle occupe tout le bassin.
Il en est de même dans l'océan Pacifique mais le cobia est absent des eaux du Pacifique Est.
L'espèce a été signalée en Méditerranée orientale (probablement dans ce cas, une arrivée lesseptienne*).

Biotope

C'est un poisson marin pélagique*, migrateur saisonnier, pouvant se rencontrer de la surface à 1200 m de profondeur.
Solitaire ou en banc au large, il s'approche volontiers des côtes, pouvant vivre à proximité des récifs, dans des eaux à fonds boueux, rocheux et sableux, voire à proximité des mangroves*, des estuaires et même quelquefois en eaux saumâtres*. Il est parfois rencontré autour des bouées et des DCP*. Au large, le cobia suit parfois de grands animaux pélagiques (raies, tortues...) ou de gros objets dérivants.
Ce poisson fréquente des eaux plutôt chaudes, sitôt que leur température dépasse 17° C et il supporte bien les faibles salinités (jusque à 20 g/l).

Description

Le cobia est un grand poisson au corps allongé et fusiforme. Il peut atteindre plus d’1,50 m de longueur totale (longueur avec la queue) et dépasser 50 kg (record connu : 68 kg).
Le ventre est blanc à reflets jaunâtres, tandis que le dos et les flancs sont très sombres avec des reflets brun foncé à bleu nuit chez l'adulte, parfois des bandes bronze à plus claires. Les jeunes montrent souvent une à deux bandes longitudinales presque blanches sur les flancs. La peau est assez lisse, avec de toutes petites écailles incrustées dans le tégument*.
La tête est large et déprimée, avec une bouche en position terminale et une mandibule* légèrement plus longue que la mâchoire supérieure. Les courtes dents villiformes* ne sont pas immédiatement visibles.
Sur le dos, 7 à 9 épines courtes, fortes et libres précèdent la nageoire dorsale.
Les nageoires dorsale et anale s’étendent vers l'arrière jusqu’au pédoncule* caudal. Chacune porte quelques rayons épineux assez hauts et de 20 à 30 rayons mous, dont la hauteur décroît régulièrement jusqu'aux derniers d'entre eux.
La nageoire caudale est grande, puissante, presque homocerque* (le lobe supérieur est néanmoins souvent très légèrement plus long). Elle est arrondie chez les juvéniles, puis devient triangulaire, fourchue puis falciforme* selon l'âge de l'individu.

Espèces ressemblantes

Peu de poissons osseux peuvent être confondus avec le cobia.

  • On peut parfois, en plongée, hésiter avec des rémoras, notamment pour les jeunes cobias accompagnant un grand animal comme une raie manta et qui portent des lignes longitudinales claires sur leurs flancs sombres. Mais le cobia n'ayant pas la ventouse céphalique des rémoras ni tout à fait la même nage, le doute ne persiste pas longtemps.
  • Le poisson-lait Chanos chanos nage par contre de la même manière que le cobia mais la nageoire caudale, en flèche, est beaucoup plus proche de celle des Carangidés et permet de lever le doute.

En revanche, le cobia est souvent confondu en plongée, par sa taille, son type de nage et sa grande caudale falciforme*, avec des requins de même taille évoluant en pleine eau.
La forme de la tête est un très bon indice pour le discriminer et notamment la bouche qui se trouve en position terminale chez le cobia, alors qu'elle est généralement infère* chez les requins de sa taille. De même, les rayons mous de sa dorsale, en taille décroissante jusqu'au pédoncule* caudal, donnent à cette nageoire un profil différent des dorsales de requins.

Alimentation

Le cobia est une espèce opportuniste, carnivore vorace, engloutissant généralement sa proie entière. Les examens des contenus stomacaux indiquent la consommation de divers poissons (mulets, carangues, vivaneaux et d'autres), de crevettes, de calmar et, notamment, de crabes dont il est friand (d'où son nom commun en anglais de "crab eater").

Reproduction - Multiplication

Les sexes sont séparés (espèce gonochorique*). La maturité sexuelle n'advient qu'à partir de 1 à 2 ans chez les mâles et 2 à 3 ans chez les femelles.
Pour la reproduction, les cobias forment de grandes agrégations et frayent durant la journée. Pendant cette période, les animaux voient leur livrée se modifier, passant du brun à un motif aux rayures horizontales claires.
Dans l’Atlantique, la reproduction a lieu au large des côtes d'avril à septembre, avec un pic en juillet. Les femelles libèrent en pleine eau plusieurs centaines de milliers à plusieurs millions d'ovules* (1,4 mm de diamètre) qui seront alors fertilisés* par les spermatozoïdes* des mâles présents.
Les œufs fécondés et viables commencent dés lors leur développement. Ils sont fortement pigmentés, flottants, et l’éclosion commence dans les 24 heures suivantes. Œufs et larves* sont planctoniques*, puis se retrouvent parmi les algues, de type Sargassum, où les larves trouveront abri et nourriture.

Vie associée

Les cobias sont souvent rencontrés en compagnie de grandes espèces de poissons (voir § Informations complémentaires).

Concernant le parasitisme : le cobia à l'état sauvage abrite sans doute tous les groupes habituels de parasites* des poissons d'eau chaude à tempérée (copépodes et vers divers notamment) pouvant infecter la peau, le tractus* digestif ou les branchies*. On trouvera notamment des crustacés comme Caligus coryphaenae, Lernaeolophus sultanus, Tuxophorus caligodes, Euryphorus nordmannii, et bien d'autres espèces de copépodes. Des trématodes monogénétiques (douves ou vers plats) spécifiques se retrouvent sur la peau, les branchies et les nageoires ainsi que dans l'intestin, les cavités internes et même le système vasculaire sanguin des poissons. Citons par exemple Dionchus rachycentris ou D. agassizi. Ces vers s'attachent aux cobias via un large panel de ventouses et de crochets. On pourra trouver encore des cestodes et des nématodes endoparasites*, dans les intestins ou les muscles. D'autres groupes parasites sont encore parfois trouvés, qu'il s'agisse d'espèces animales ou végétales : balanes, bactéries, dinoflagellés, dinophycées... Le sujet du parasitisme et des maladies du cobia est bien rapporté dans la littérature spécialisée.
Les cobias d'élevage sont également sensibles aux poux du poisson du genre Caligus (C. lalandei et C. epidemicus entre autres), des nématodes comme Neobenedenia girellae et d'autres groupes encore, animaux ou végétaux, mais semblent moins sujets au parasitisme que les espèces sauvages.
La nature des espèces parasites, souvent spécifiques, dépend fortement de la zone géographique que fréquente leur hôte.

Divers biologie

L'espèce peut en moyenne dépasser les 50 kg pour plus d'1,60 m de long, les femelles grandissant de manière plus rapide que les mâles avec des tailles maximales qui peuvent atteindre 60 kg.

Dans sa large bouche, le cobia possède des rangées de dents villiformes* au niveau des mâchoires ainsi que du palais et de la langue.
Cette espèce ne possède pas de vessie* gazeuse (ou natatoire*).

Ce sont des animaux principalement solitaires mais ils forment également de petits groupes de 3 à 100 individus, pour se nourrir lors des migrations le long des côtes, en eaux peu profondes. Dans les eaux chaudes de l'Atlantique Ouest, des groupes d'adultes se forment en périodes de reproduction.
Parfois, plus au large, un groupe de cobias peut accompagner un grand animal pélagique mais il peut également s'agir d'un cobia solitaire. En effet, le cobia peut être fréquemment rencontré nageant avec de grands pélagiques, tels que la raie manta géante (Mobula birostris), de grandes tortues et plusieurs espèces de squales, comme le requin gris de récif (Carcharhinus amblyrhynchos) ou le requin-baleine (Rhincodon typus). Cela participe sans doute de ses techniques de prédation, le cobia utilisant ainsi par exemple la grande et large forme de la manta pour se cacher dessous puis, tel un chasseur embusqué, bondir et surprendre les proies passant près de la raie.

Informations complémentaires

Rachycentron canadum est la seule espèce actuelle de sa famille (Rachycentridés) et elle est proche des coryphènes (Coryphénidés) et des rémoras (Echenéidés). Toutes les espèces (11 actuellement) de ces trois familles sont réunies dans une super-famille : les Echeneoidés.

Poisson à la chair appréciée, le cobia est également recherché en pêche sportive.
Comme celle de tout prédateur pélagique de grande taille (requins, thons, espadons...), sa chair peut présenter des concentrations élevées en mercure et métaux lourds.

Après des essais à partir de 1975 aux Etats-Unis, c'est dans les années 2000, aux E.U, dans les Caraïbes et en Amérique latine que sont mis en œuvre des élevages de cobias. Actuellement, l'élevage de cette espèce s'accroît également en Asie du sud-est et peut être considéré comme « en voie de développement ».

Statuts de conservation et réglementations diverses

Rachycentron canadum a été évaluée par l'UICN* en 2015 comme LC (Least Concerned, traduit par « Préoccupation mineure »). Cela signifie que les informations recueillies sur l’espèce à cette date n'indiquent pas la nécessité de la classer dans les autres catégories, notamment dans les trois qui alertent sur une menace pesant sur l'espèce (CR : en danger critique d’extinction, EN : en danger, VU : vulnérable). En conséquence, elle n’est pour l'heure pas concernée par des mesures de protection internationales.
Néanmoins, certains pays ont pris des mesures quant à la pêche outrancière de l'espèce. Par exemple, dans les eaux nord-est australiennes (Queensland), la longueur minimale de pêche est de 750 mm, bien que depuis 2016, une taille minimale de 850 mm y soit recommandée.

Origine des noms

Origine du nom français

Cobia : le nom cobia proviendrait de la langue Tupi. Cette langue appartient à une famille de plusieurs dizaines de dialectes parlés par différentes peuplades (Tupis, Guaranis...) le long des grands fleuves de l'Amérique du Sud (Brésil, Paraguay, Uruguay...). Le nom aurait été ramené par les espagnols et utilisé pour la première fois en 1873.
Si vous connaissez la signification du mot en tupi...

Origine du nom scientifique

Rachycentron : le nom est composé du grec [rhakhis], l'axe, l'épine dorsale et par extension la colonne vertébrale, et [kentron], aiguillon, épine. Ce terme fait référence aux 7 à 9 épines épaisses, courtes et libres en avant de la nageoire dorsale.

canadum : l'origine du mot n'est pas clairement expliquée ni justifiée par le descripteur. Il signifie vraisemblablement "canadien".
Mais le spécimen type* a été capturé en Caroline du nord au XIXe siècle et cette espèce n'était pas connue des eaux canadiennes à cette époque. Un spécimen a été rencontré en 1976 sur le banc Émeraude au sud-est d'Halifax (Canada) mais le nom canadum était bien antérieur. D'ailleurs, Linné dans sa description initiale de 1766 (in: Systema naturæ per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Tomus I. Editio duodecima, reformata. - pp. 1-532.), écrit bien pour Gasterosteus canadus : "Habitat in Carolina".
Certains des anciens noms scientifiques de l'espèce, synonymes du nom actuel, portent également en eux une localisation géographique (americana, atlantica) et outre le canadus utilisé par Linné en 1766, un autre nom évoque encore le Canada : le canadiensis, donné par Gronow en 1854.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 127006

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Actinopterygii Actinoptérygiens Ossification du crâne ou du squelette tout entier. Poissons épineux ou à nageoires rayonnées.
Super ordre Acanthopterygii Acanthoptérygiens Rayons épineux aux nageoires, écailles cycloïdes ou cténoïdes, présence d'une vessie gazeuse et pelviennes thoraciques ou jugulaires, sans être systématiquement présents, sont des caractères que l'on ne rencontre que chez les Acanthoptérygiens.
Ordre Perciformes Perciformes Nageoires pelviennes très rapprochées des nageoires pectorales.
Sous-ordre Percoidei Percoïdes Une ou deux nageoires dorsales dont les éléments antérieurs sont des épines aiguës. Nageoires pelviennes avec une épine, rayons mous.
Famille Rachycentridae
Genre Rachycentron
Espèce canadum

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