Algue unicellulaire visible au microscope optique
Forme trapue, en forme de losange déformé
Aspect anguleux au milieu du frustule
Striations du frustule bien visibles (présence de stries obliques)
Navicula angulata J.T.Quekett 1848
Gyrosigma angulatum (J.T.Quekett) Griffith & Henfrey 1855
Cosmopolite
Zones DORIS : ● Europe (côtes françaises)Cette espèce cosmopolite se rencontre dans toutes les eaux du monde, quelle que soit leur température.
Pleurosigma angulatum est une diatomée* benthique* que l’on rencontre dans les eaux marines ou saumâtres* (son taux de présence sur les sédiments augmente lorsque l’on descend un estuaire, ce qui montre sa préférence pour les milieux purement marins, même si cette espèce est clairement euryhaline*). Elle est particulièrement rencontrée sur les vasières, où sa densité peut dépasser les 500 cellules/cm2. Pleurosigma angulatum peut parfois être rencontrée en phase planctonique*, lorsqu’elle a été décollée du fond par les mouvements d’eau.
Cette diatomée est également couramment rencontrée en épibionte* des holothuries.
Pleurosigma angulatum est une algue unicellulaire visible au microscope optique présente généralement l'aspect d’un losange déformé (comme si on avait tenté de faire tourner la diatomée* en appuyant aux extrémités alors qu’elle était bloquée en rotation). Les extrémités sont arrondies. Le raphé* est bien visible. Il présente une forme sigmoïde et se rapproche des bords aux extrémités, alors qu’il est parfaitement central au milieu du frustule*. Le milieu du frustule a un aspect anguleux.
Les angles centraux du losange peuvent être plus ou moins arrondis, voire très arrondis dans la forme aestuarii.
Les frustules présentent des stries longitudinales et obliques caractéristiques du genre Pleurosigma. Ces stries sont en fait constituées de pores* alignés qui ont l'apparence de points selon le grossissement utilisé. On peut décompter entre 18 et 22 stries pour 10 µm.
La longueur de cette espèce varie entre 115 et 360 µm. Sa largeur au centre varie entre 30 et 50 µm.
Pleurosigma quadratum a longtemps été considérée comme une sous-espèce de Pleurosigma angulatum et elle l’est parfois encore, selon les auteurs. Elle possède une zone hyaline* au centre que n’a pas Pleurosigma angulatum.
Pleurosigma aestuarii est plus petite et a les angles centraux du losange arrondis.
Pleurosigma angulatum est une algue autotrophe*, se nourrissant grâce à
la photosynthèse*. Certaines diatomées*, notamment chez les diatomées
benthiques*, sont également hétérotrophes* ; elles sont capables d'absorber certaines molécules organiques pour se nourrir lorsqu’elles
sont enfoncées dans le sédiment.
Les études conduites
par Graham Underwood & al. ont montré que Pleurosigma angulatum,
comme les autres espèces de diatomées benthiques, ne réagissait pas ou peu aux
changements de concentration en nutriments (azote, etc.). En effet les biofilms de
diatomée constituent des microenvironnements, jouant le rôle de milieux tamponnés par rapport aux variations des conditions environnementales.
La multiplication des diatomées* est principalement assurée par division cellulaire, selon un mode très original : lors d’une mitose*, les deux valves* du frustule de la cellule mère se séparent, chacune devenant l’épithèque* d’une cellule fille. Chaque cellule fille régénère alors la valve manquante, l’hypothèque*. Ainsi, à chaque division mitotique d’une cellule, la cellule fille qui a hérité de l’épithèque est de taille identique, et la cellule fille qui a hérité de l’hypothèque est plus petite, ce qui entraîne une diminution progressive avec le temps de la taille moyenne d’une population.
Il existe une taille minimale au-delà de laquelle s’engage une phase de reproduction sexuée. Cette taille minimale varie selon les espèces.
Pour la reproduction sexuée, les gamètes* mâles et femelles (généralement produits par deux cellules différentes) sont générés par méïose*. Chez les diatomées pennées, comme Pleurosigma angulatum, les gamètes mâles sont dépourvus de flagelle* tout comme les gamètes femelles. La reproduction sexuée nécessite donc un rapprochement étroit entre deux individus compatibles. La réunion de deux gamètes s’effectue grâce à des mouvements amiboïdes* de l'un, voire des deux gamètes, et elle est facilitée par la production de formations mucilagineuses*. La fusion des gamètes mâles et femelles donne naissance à un œuf, qui se transformera en auxospore*. L’auxospore s’entoure généralement d’un abondant mucilage* puis grossit jusqu’à atteindre la taille spécifique maximale d’une diatomée, avant de sécréter son frustule* siliceux.
Des auxospores modifiées peuvent également être utilisées par les diatomées pour engager une phase de dormance ou de résistance, lorsque les conditions ambiantes deviennent défavorables.
En tant que diatomée*
benthique*, Pleurosigma angulatum est très souvent rencontrée dans les biofilms de
diatomées qui se créent à
la surface des sédiments meubles, notamment vaseux dans les zones de balancement des marées. Elle se trouvera alors
associée à de très nombreuses espèces benthiques (d’autres Pleurosigma sp.,
Gyrosigma sp., Nitzschia sp., Diploneis sp., etc.). A
titre d’exemple, les prospections réalisées sur substrat* meuble par Maurice
Loir en Bretagne sud ont permis d’observer plus de 60 taxons* par station.
Elena Druzhkova & al. (2018) ont découvert plusieurs diatomées* benthiques, dont Pleurosigma angulatum, sur les fonds de la mer de Barents, à des profondeurs comprises entre 170 et 245 m, sans que ces diatomées soient présentes dans la colonne d’eau. Ceci montre que les capacités hétérotrophes* de ces diatomées leur permettent de (sur)vivre bien au-delà de la profondeur de compensation (la profondeur au niveau de laquelle le niveau d'éclairement est si faible que la respiration de l’algue consomme autant d’oxygène que la photosynthèse* n'en produit).
Bien qu’il s’agisse d’une espèce marine, Pleurosigma angulatum a été observée dans des salines de la vallée de la Seille (Moselle). Cette espèce avait déjà été observée au début du XXe siècle dans la saline de Chambrey (Moselle, France). Ce type d’observation a également été réalisée, depuis le XIXe siècle dans des salines allemandes. Ces espèces marines sont certainement introduites dans ces milieux par des oiseaux migrateurs, couramment observés dans les salines, et également sur les estrans*, particulièrement les vasières où abonde Pleurosigma angulatum.
Christine M. Happey-Wood et Peter Jones ont conduit des expérimentations intéressantes sur le comportement de Pleurosigma angulatum. En milieu naturel, dans les vasières de la zone de balancement des marées, la diatomée remonte à la surface du sédiment à marée basse, pour profiter de la lumière, puis s’enfouit de nouveau, à environ 3 mm de profondeur, avant la prochaine marée haute. Sa vitesse de déplacement dans les sédiments varie entre 50 et 250 microns en 30 secondes. La diatomée s’enfouit également dans le sédiment lorsque l’intensité lumineuse diminue en soirée. Ce rythme de migration synchronisé avec les marées se maintient en laboratoire (sans marée, donc, mais avec un éclairement constant), pendant 8 jours. La diatomée dispose donc d’une horloge biologique interne qui lui permet de maintenir sa synchronisation avec la marée.
Plus étonnant encore, il semble que la diatomée prenne en compte l’historique récent d’exposition : lorsque le temps entre le lever du soleil et le recouvrement par la marée d’après-midi est plus court, il y a moins de diatomées qui remontent à la surface du sédiment.
Selon WoRMS, le statut de cette espèce est incertain.
Pleurosigma angulatum a longtemps servi de test pour les performances optiques (le pouvoir séparateur) des microscopes. Les appareils ayant une bonne définition optique sont capables de résoudre les fines striations du frustule* sous forme de points (voir photographie 2).
Outre les copépodes, qui se nourrissent classiquement de diatomées, Pleurosigma angulatum est la proie de foraminifères. Une étude originale réalisée par Heather Anne Austin & al. (2005) a mis en évidence le mécanisme par lequel le foraminifère Haynesina germanica (Ehrenberg) arrive à détruire une partie du frustule de la diatomée pour accéder à la partie organique de l’algue. Le foraminifère regroupe en paquet les diatomées devant son ouverture, qui dispose de nombreux tubercules ayant certainement un rôle dans la destruction des frustules. Les frustules ouverts par ce foraminifère présentent une fente le long du raphé, approximativement à mi-distance de l’une des extrémités.
D'autres études ont révélé que Pleurosigma angulatum possède des propriétés antioxydantes (in vitro) intéressantes que ne présentent pas d’autres diatomées. Contrairement à ce qui est observé chez de nombreuses plantes terrestres, ces propriétés antioxydantes ne sont pas liées au contenu phénolique total. Ces propriétés pourraient être liées aux pigments accessoires (non impliqués directement dans la capture de la lumière et sa transformation en énergie biochimique) de la diatomée.
Navicule anguleuse : elle ressemble aux diatomées "navicules" et sa forme est anguleuse (traduction du nom d'espèce).
Navicule vient du latin [navicula] = petit bateau (analogie à la forme).
Le genre Pleurosigma a été créé, en 1852, par le diatomiste britannique William Smith (1818-1857). Le préfixe pleuro- provient du grec [pleuron] = côté. Le suffixe -sigma fait allusion à la lettre grecque sigma (s). Pleurosigma signifie donc littéralement « aux côtés en forme de S », allusion à la forme sigmoïde (forme en S) des espèces du genre (du moins à l’époque de la description du genre, car certaines espèces de Pleurosigma sont dépourvues de ce caractère).
William Smith a désigné cette espèce angulatum par référence à l’aspect anguleux du frustule* en partie centrale. Ce terme provient du latin [angulatus] = pourvu d’angles, anguleux.
Pleurosigma angulatum est l’espèce type* du genre Pleurosigma.
Numéro d'entrée WoRMS : 149183
| Termes scientifiques | Termes en français | Descriptif | |
|---|---|---|---|
| Embranchement | Heterokontophyta | Hétérokontophytes | |
| Sous-embranchement | Bacillariophytina | ||
| Classe | Bacillariophyceae | Bacillariophycées | |
| Sous-classe | Bacillariophycidae | Bacillariophycidées | |
| Super ordre | Bacillariophycanae | Bacillariophycanées | |
| Ordre | Naviculales | Naviculales | |
| Famille | Pleurosigmataceae | Pleurosigmatacées | |
| Genre | Pleurosigma | ||
| Espèce | angulatum |
Diatomées et autre phytoplancton
Un frustule vide
La forme très
particulière de Pleurosigma angulatum rend cette espèce assez facilement
reconnaissable. Son contour externe présente une rupture de courbure qu'on ne
voit pas chez les autres espèces de Pleurosigma ou Gyrosigma. On peut observer
le raphé*, sigmoïde, qui se décale vers le bord des valves à chaque extrémité.
Echantillon
prélevé au filet à plancton (maille 35 microns) dans le port de Binic (22)
29/10/2024
Diatomées et autre phytoplancton
Vu détaillée mettant en évidence la fine décoration du frustule
Le frustule*
des Pleurosigma comporte, au microscope optique, des lignes obliques selon 2
orientations, constituées de petits points (pores). Ces lignes sont régulièrement
espacées (21 à 22 lignes par 10 µm). Un objectif de qualité permettra de
résoudre plus nettement les points.
Echantillon
prélevé au filet à plancton (maille 35 microns) dans le port de Binic (22)
29/10/2024
Un individu stressé ou en fin de vie
Cet individu est stressé (dessiccation, éclairement trop élevé, choc osmotique ou thermique, ou encore infection par un micro-organisme ?) ou en fin de vie.
Cette photographie permet d'observer les plastes* déformés de la diatomée. Ceux-ci sont habituellement de couleur brun-doré et occupent une part importante de la cellule.
Echantillon
prélevé au filet à plancton (maille 35 microns) dans le port de Binic (22)
24/05/2025
Un individu vivant
On voit ici un individu
dans sa couleur naturelle, brun-doré. Le raphé* sigmoïde est perceptible. Les
plastes* occupent la totalité du frustule*. On peut observer en bas à droite une
diatomée* benthique* appartenant au genre Entomoneis.
Echantillon élevé dans un biofilm de diatomées sur l’estran à Binic (22)
16/08/2025
Rédacteur principal : Christophe QUINTIN
Vérificateur : Jean-Luc MOUGET
Responsable régional : Yves MÜLLER
Apáthy S., 1892, Pleurosigma angulatum und das Lendl’sche Mikroskop, Zeitschrift für wissenschaftliche Mikroskopie, VIII (4), 433-450.
Austin H.A., Austin W.E., Paterson D.M., 2005, Extracellular cracking and content removal of the benthic diatom Pleurosigma angulatum (Quekett) by the benthic foraminifera Haynesina germanica (Ehrenberg), Marine Micropaleontology, 57(3–4), 68-73.
Changeux J.P., 1960, Contribution à l'étude des animaux associés aux Holothurides. [Contribution to the study of animals associated with Holothurians.], Actualités Scientifiques et Industrielles, 1284, 55-116.
Druzhkova E., Oleinik A., Makarevich P., 2018, Live autochthonous benthic diatoms on the lower depths of Arctic continental shelf, Preliminary results, Oceanologia, 60, 97-100.
Haubois A.-G., Sylvestre F., Guarini J.-M., Richard P., Blanchard G., 2005, Spatio-temporal structure of the epipelic diatom assemblage from an intertidal mudflat in Marennes-Oleron Bay, France, Estuarine, Coastal and Shelf Science, 64 (2-3), 385-394.
Happey-Wood C., Jones P., 1988, Rhythms of vertical migration and motility in intertidal benthic diatoms with particular reference to Pleurosigma angulatum, Diatom Research, 3(1), 83-93.
Heudre D., Moreau L., 2020, Contribution à l’inventaire des diatomées des milieux salés du bassin de la Seille amont, Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement Grand Est, Metz. 15p.
Kadiri M., 2002, A spectrum of phytoplankton flora along salinity gradient in the eastern Niger Delta area of Nigeria, Acta Botanica Hungarica, 44, 75-83.
Karthikeyan P., Manimaran K., Sampathkumar P., Jaikumar M., Robin R.S., Saravanakumar C., Sureshkumar C., 2013,In vitro Antioxidant Activity of Marine Diatoms, IOSR Journal Of Environmental Science, Toxicology And Food Technology (IOSR-JESTFT), 5(2), 32-37.
Müller H.O., Pasewaldt C.W.A, 1942, Der Feinbau der Test-Diatomee Pleurosigma angulatum W. Sm. nach Beobachtungen und stereoskopischen Aufnahmen im Übermikroskop, Naturwissenschaften, 30, 55–60.
Reid G., 2001, On the Identity of Pleurosigma angulatum (Bacillariophyta) and related species, Bulletin of the Natural History Museum Botany, 31, 107-117.
Smith W., 1852, Notes on the Diatomaceae with descriptions of British species included in the genus Pleurosigma, Annals and Magazine of Natural History, Series 2 (9), 1-12, 2 pls.
Smith W. ,1856, SYNOPSIS OF BRITISH DIATOMACEAE , John Van Voorst, London, 2, 63, plate XXI (205).
Sterrenburg F.A.S., 1991, Studies on the genera Gyrosigma and Pleurosigma (Bacillariophyceae) - The typus generis of Pleurosigma, some presumed varities and imitative species, Botanica Marina, 34, 561-573.
Underwood G., Philipps J., Saunders K., 1998, Distribution of estuarine benthic diatom species along salinity and nutrient gradients, European Journal of Phycology, 33, 173-183.
----------
La page sur Pleurosigma angulatum sur le site de référence de DORIS pour les algues : AlgaeBase
La page de Pleurosigma angulatum sur le site de l'Inventaire National du Patrimoine Naturel : INPN
Les textes et images sont sous licence et ne sont pas libres de droit.
Pour les ayants-droits, connectez-vous.
Pour toute demande d'utilisation (exemple d'un formateur Bio de la FFESSM...) contactez nous ici.