Blennie à dents acérées

Plagiotremus tapeinosoma | (Bleeker, 1857)

N° 2385

Indo-Pacifique tropical, mer Rouge

Clé d'identification

Corps anguilliforme fortement comprimé latéralement, taille maximale documentée de 14 cm
Une seule nageoire dorsale
Moitié supérieure du corps brun foncé avec une série de taches verticales noires au-dessus de l’axe médian
Une ligne blanche au-dessus de cette série de taches
Moitié inférieure du corps blanche avec une bande ventrale orange ou rosâtre
Tête oblongue avec une bouche infère

Noms

Autres noms communs français

Blennie dents de sabre
(NB : l’expression commune « blennies à dents de sabre » regroupe les espèces des genres Aspidontus, Meiacanthus, Petroscirtes, Plagiotremus et Xiphasia)

Noms communs internationaux

Piano fangblenny, hit and run blenny, mimic blenny, scale-eating fangblenny, sabretooth blenny, slender blenny, violet banded blenny, yellow sabretooth blenny (GB), Piano-Säbelzähner (A), Klavier-blennie (Afrique du Sud)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Petroscirtes tapeinosoma Bleeker, 1857
Aspidontus tapeinosoma (Bleeker, 1857)
Runula tapeinosoma
(Bleeker, 1857)

Distribution géographique

Indo-Pacifique tropical, mer Rouge

Zones DORIS : Indo-Pacifique

On peut trouver cette espèce en mer Rouge, dans l’océan Indien et dans les zones tropicales et subtropicales des parties ouest et centre de l’océan Pacifique.

Dans le Pacifique, elle est présente d’ouest en est de l’Indonésie aux îles Pitcairn et du nord au sud du Japon à l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’île de Pâques.

Biotope

Plagiotremus tapeinosoma fréquente les récifs coralliens et apprécie les eaux claires. On peut le rencontrer de 1 à 45 m.

Description

Le corps est anguilliforme et fortement comprimé latéralement. Sa hauteur (distance entre la base du 3ème rayon dur de la dorsale et celle du 1er rayon des pelviennes) entre environ 10 fois dans la longueur standard (longueur sans la queue). La taille maximale documentée est de 14 cm.

La couleur de fond de la moitié supérieure du corps est un brun plus ou moins foncé qui peut être verdissant ou tendre vers l’orangé, voire le jaune. Une petite ligne blanche à bleu pâle (jaune pâle dans la livrée orange) va du milieu de la zone interorbitale jusqu'au début de la nageoire dorsale. Une autre ligne blanche part de la partie antérieure du museau, passe au-dessus de l’œil et va jusqu’au pédoncule* caudal en longeant la nageoire dorsale, qu’elle rejoint dans sa partie postérieure. La bande horizontale brune délimitée par cette ligne et l’axe médian du corps est marquée par plus d’une vingtaine de taches verticales noires plus ou moins rectangulaires, qui deviennent coalescentes en partie postérieure du corps. Cette bande brune est souvent jaunissante dans le dernier cinquième de sa longueur.
La moitié inférieure du corps est blanche avec une bande ventrale orange ou rosâtre, qui va de la partie inférieure du museau au pédoncule caudal. Cette bande peut être bordée de noir. Chez certains individus, la partie blanche est orange à rosâtre.

La tête est oblongue avec un museau légèrement arrondi en forme de tête d’obus. La bouche est infère* et forme une petite protubérance dans la partie inférieure du museau.
Les yeux sont proportionnellement très gros.
La gorge est le plus souvent orange, mais elle peut être blanche.

Les nageoires dorsale et anale sont grisâtres avec une base plus claire, qui peut être verdissante, jaune ou orange et une bande marginale noire à liseré bleu. La première moitié de la dorsale peut présenter des reflets bleutés. La base claire de la nageoire anale est généralement plus large que celle de la dorsale. Les pectorales sont translucides. Les rayons des pelviennes sont blancs. Ces nageoires sont très longues chez les mâles et plus courtes chez les femelles. La nageoire caudale est légèrement échancrée. Le rayon médian est noir et les deux rayons adjacents sont jaune vif, les autres étant translucides à jaunâtres, comme la membrane.

Certaines populations (dans les îles Cocos, Tuamotu, et Gambier) manifestent un dichromatisme* sexuel probablement limité aux épisodes de reproduction (livrée nuptiale) : la partie antérieure de la dorsale des mâles est orange vif, alors que celle des femelles est grise. Aux îles Marquises, mâles et femelles présentent la même particularité.

Le patron de couleurs des juvéniles est décrit dans la section Reproduction.

Espèces ressemblantes

La présence d’une série de taches verticales noires plus ou moins rectangulaires au-dessus de l’axe médian du corps permet de distinguer facilement P. tapeinosoma de la majorité des autres blennies à dents de sabre, ainsi que des autres espèces de morphologie similaire.

Les seules confusions possibles de ce point de vue concernent ses très proches parents Plagiotremus goslinei et P. azaleus. Mais chez l’une et l’autre espèce, ces taches sont grisâtres et nettement moins marquées. De même, la nageoire dorsale est nettement colorée de bleu, en partie antérieure chez la première et sur la majeure partie de sa longueur chez la seconde. P. goslinei est endémique d’Hawaï et P. azaleus ne se rencontre que dans le Pacifique tropical Est.

Alimentation

Cette espèce se nourrit essentiellement de mucus et d’écailles prélevés sur les poissons, les écailles étant apparemment visées pour les lambeaux de tissu dermique arrachés avec elles. Les proies sont préférentiellement choisies parmi les Acanthuridés, Chaetodontidés, Pomacentridés, Mullidés, Pomadasyidés et Holocentridés. Les espèces piscivores* sont évitées, sauf dans le cas où la blennie se mêle à un banc de poissons inoffensifs dont l’apparence est proche de la sienne. Cette stratégie lui fait bénéficier d’un effet de surprise pour des attaques et des retours rapides au sein du banc qui lui confère une protection devant une éventuelle contre-attaque de sa victime.

Reproduction - Multiplication

A notre connaissance, la biologie de la reproduction n’a pas été étudiée chez cette espèce à la date de publication de cette fiche (juin 2019).

Les juvéniles sont bicolores. Ils sont gris foncé à noirs dans la moitié supérieure du corps. La série de taches noires au-dessus de l’axe médian est présente, mais difficilement perceptible. La moitié inférieure est caractérisée par une large bande blanche sous l’axe médian, à laquelle succède une bande noire plus fine partant du museau et rejoignant la base de la nageoire anale jusqu’au pédoncule caudal. Les nageoires dorsale et anale sont translucides avec des rayons noirâtres. Le rayon central de la nageoire caudale est noir et les deux rayons adjacents sont jaunes, comme chez les adultes, mais ces couleurs sont plus discrètes chez les juvéniles.

Vie associée

P. tapeinosoma peut être parasité par des vers nématodes de la famille des Bucéphalidés et notamment par Prosorhynchoides thomasi, qui semble être spécifiquement associé au genre Plagiotremus.

Divers biologie

Les mâchoires et la dentition de l’espèce sont adaptées à son régime alimentaire. La dentition est composée d’une rangée très dense de longues dents incisiformes* par mâchoire et d’une paire de très grandes canines incurvées en partie antérieure de la mâchoire inférieure (les « dents de sabre »). L’extrémité des incisives est fine et en forme de coin, de façon à pouvoir saisir et arracher des écailles. Ces incisives ne sont pas fixées dans l’os des maxillaires et peuvent bouger latéralement et antéro-postérieurement. Des incisives de remplacement sont disponibles près de la racine des incisives fonctionnelles. De plus, malgré sa petite taille, la bouche peut s’ouvrir largement et se rétracter fortement. Les canines sont en revanche uniquement destinées à la défense du territoire et à la protection. Quand la bouche est fermée, la pointe de ces canines est logée dans des cavités palatales.

P. tapeinosoma a été observé mêlé à des agrégations de girelles Thalassoma amblycephalum juvéniles et du Plésiopidé Trachinops taeniatus d’où il lançait ses attaques contre les espèces passant sans méfiance à proximité des bancs. La seule et vague ressemblance entre les patrons de couleurs concernés et celui de P. tapeinosoma est une bande longitudinale noire dans l’axe médian du corps. P. tapeinosoma ne peut donc pas être considéré sensu stricto comme l’une des nombreuses espèces de blennies à dents de sabre pratiquant le « mimétisme agressif » (un prédateur imite le plus précisément possible une espèce inoffensive en vue d’attaquer plus facilement une proie). Dans la mesure où P. tapeinosoma chasse très majoritairement sans ce genre de précaution, ces observations manifestent la faculté d’adaptation de l’espèce, capable de saisir l’occasion d’être approchée par ses victimes et de bénéficier de la protection du banc après son attaque. Il s’agit donc de « mimétisme opportuniste », la pauvreté de la ressemblance permettant de profiter occasionnellement d‘agrégations d’espèces différentes.

Des spécialistes supposent que la chair de toutes les espèces du genre Plagiotremus pourrait avoir un goût répulsif, ce qui expliquerait qu’il n’y ait pas de prédation massive sur ces poissons pourtant très visibles lorsqu'ils chassent. Parmi les rares prédateurs de P. tapeinosoma se trouve un oiseau : la sterne blanche Gygis alba, qui capture des juvéniles. Contrairement aux adultes, ceux-ci sont en effet pélagiques* et nagent à proximité de la surface.

Contrairement aux autres blennies, dont le mode d’existence est benthique* du fait de l'absence de vessie natatoire, les blennies à dents de sabre en possèdent une qui leur permet de se déplacer avec aisance dans la colonne d'eau.
P. tapeinosoma est particulièrement vif, son corps long et fin lui donnant une nage très agile, parfois serpentiforme. Il gesticule volontiers en présence d’autres poissons, semble-t-il pour susciter leur attention comme le ferait un poisson nettoyeur, de façon à être approché par des proies éventuelles. Ce qui suppose que certains poissons se font berner. Le même comportement est souvent développé en présence d’observateurs humains, probablement pour les mêmes raisons.

L’espèce est spécialiste du recyclage des trous à sa dimension pourvu que ceux-ci soient tubulaires, qu’il s’agisse de petites cavités dans un massif de corail vivant ou mort, de tubes de ver tubicole abandonnés, etc. On peut observer des individus à l’affût dans ces cachettes, la tête seule sortie du trou. Ils y reviennent à grande vitesse en s’y engageant par la queue une fois leur forfait accompli, si leur victime contre-attaque.

La nageoire dorsale comprend de 7 à 9 rayons durs et de 34 à 39 rayons mous. L’anale comprend 2 rayons durs et de 28 à 33 rayons mous. Cette espèce ne possédant pas d’écailles, la ligne latérale* est un simple sillon.

Informations complémentaires

P. tapeinosoma est très agressif. Il peut attaquer sans relâche, seul ou en groupe, des poissons beaucoup plus gros que lui même quand ils sont en nombre. Il attaque généralement par derrière et d’en dessous. Il peut aussi attaquer les plongeurs, mais sa morsure ne provoque qu’une égratignure.

Origine des noms

Origine du nom français

Blennie : nom commun issu du nom de la famille des Blenniidés. Le mot grec à l’origine de ce nom est [blennos], qui signifie mucosité, en référence au corps couvert de mucus de ces poissons dépourvus d’écailles.

à dents acérées : en référence à la paire de canines présente en partie antérieure de la mâchoire inférieure.

Origine du nom scientifique

Plagiotremus : des mots grecs [plagios], qui signifie oblique et [trema], qui signifie trou. Theodore Gill (1837-1914), le descripteur du genre, ne donne pas d’explication pour le sens de ce mot composé dans sa description, mais il insiste sur le caractère « très oblique » des préopercules* dans les espèces concernées. Il est donc probable que c’est à cette particularité que réfère le nom du genre. L’espèce-type* est P. spilistius. Le genre contient actuellement 11 espèces acceptées.

tapeinosoma : des mots grecs [tapeinos], qui signifie au sens propre « s’élevant peu au-dessus du sol » (autrement dit, petit) et au sens figuré humble, modeste ou servile, et [soma], qui signifie corps.
Pieter Bleeker (1819-1878) décrit l’espèce sous le nom de Petroskirtes tapeinosoma. Sa description ne justifie pas le choix de l’épithète spécifique. Cependant, dans la mesure où il l’a donnée aussi à d’autres espèces et où la plupart d’entre elles sont caractérisées par une petite taille, on peut penser que c’est le sens propre de « tapeinos » (petit) qui motive ce choix, en référence au corps fluet de l’espèce.

La localité du type est l’île d’Ambon, située dans l’archipel des Moluques (Indonésie).

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Super classe Osteichthyes Ostéichthyens Vertébrés à squelette osseux.
Classe Actinopterygii Actinoptérygiens Ossification du crâne ou du squelette tout entier. Poissons épineux ou à nageoires rayonnées.
Sous-classe Neopterygii Teleostei Néoptérygiens Téléostéens Poissons à arêtes osseuses, présence d’un opercule, écailles minces et imbriquées.
Super ordre Acanthopterygii Acanthoptérygiens Rayons épineux aux nageoires, écailles cycloïdes ou cténoïdes, présence d'une vessie gazeuse et pelviennes thoraciques ou jugulaires, sans être systématiquement présents, sont des caractères que l'on ne rencontre que chez les Acanthoptérygiens.
Ordre Perciformes Perciformes Nageoires pelviennes très rapprochées des nageoires pectorales.
Sous-ordre Blennioidei Blennioïdes
Famille Blenniidae Blenniidés Nageoire dorsale unique.
Genre Plagiotremus
Espèce tapeinosoma

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