Plagiobrissus des Antilles

Plagiobrissus grandis | (Gmelin, 1788)

N° 1905

Atlantique ouest tropical

Clé d'identification

Grand oursin de sable, jusqu'à 25 cm de long
Test aplati en forme d'œuf
Des touffes de longs piquants dépassant du sable

Noms

Autres noms communs français

Grand oursin de sable des Antilles

Noms communs internationaux

Sea biscuit, heart urchin, long-spined sea biscuit, great red-footed urchin (GB)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Echinus grandis Gmelin, 1788

Distribution géographique

Atlantique ouest tropical

Zones DORIS : Caraïbes

L'espèce est commune, de la Floride aux côtes du Brésil.

Biotope

Cet oursin se plaît dans les fonds sableux ou herbiers très clairsemés.

Description

Ce grand oursin irrégulier peut atteindre une taille de 25 cm. Il est à peine visible car il vit enfoui dans le sable à faible profondeur, seule l'extrémité des plus longs piquants translucides dépasse et peut être la cause d'une surprise désagréable !
Dérangé, il sort de sa cachette et parcourt une petite distance en surface : c'est le moment où on pourra l'observer en entier.
Les piquants sont grisâtres ou translucides, très courts et plaqués sur le test, sauf des touffes de longs piquants orientés vers l'arrière qui peuvent être redressés quand il se sent menacé.

Son test* est aplati (environ 5 cm de hauteur pour une longueur moyenne de 15 cm) : il est aussi extrêmement fin et fragile ce qui explique qu'on n'en retrouve que très rarement, et brisés, sur les plages, même si l'espèce peut être localement abondante.
Vu de dessus, il est en forme d'œuf, avec une extrémité postérieure allongée (le petit bout) et une extrémité antérieure presque rectiligne, marquant à peine une légère concavité.

Les caractéristiques suivantes ne sont visibles que sur le test dépouillé des piquants et des tissus :

Au sommet du test, le système apical* est constitué de la plaque madréporique* entourée de 4 pores génitaux.
Les zones ambulacraires* (parties du test portant des séries de perforations par où sortent les tubes des pieds ambulacraires) dessinent 4 pétales rayonnant sur la face supérieure à partir du système apical, ces pétales sont légèrement enfoncés dans le test, sans former de gouttière ou de sillon profond. A l'avant du test, une encoche peu profonde, sans perforations, relie le système apical à la concavité avant, sous laquelle s'ouvre la bouche qui est en position antérieure et ventrale, et relativement petite chez cette espèce.

Entre ces pétales s'étendent les zones inter-ambulacraires ornées de gros tubercules en relief : ce sont les supports des longs piquants qui peuvent se redresser pour protéger l'animal. Les 2 zones inter-ambulacraires latérales sont constituées d'une double rangée de plaques très élargies et séparées l'une de l'autre par une carène en relief bien visible sur le test.
Un sillon mince et régulier fait le tour des pétales et des zones interambulacraires : c'est le fasciole* péripétale, zone couverte de très petits piquants spéciaux, caractéristique de l'Ordre des Spatangoïdés. (Voir dans la rubrique "Informations complémentaires" au bas de cette page le rôle et les fonctions des fascioles).

Au milieu de la face ventrale (inférieure), se trouve le plastron*, particulièrement étroit, aux bords rectilignes et parallèles. L'anus terminal (postérieur), ceinturé d'un fasciole* péri-anal, est entouré de grandes plaques.

Espèces ressemblantes

Dans le même habitat on peut trouver des "dollars de sable" (Clypeaster subdepressus), mais ceux-ci sont de forme très aplatie, avec des piquants très courts qui les recouvrent comme une fourrure.

Meoma ventricosa (Lamarck, 1816), très commun dans les Caraïbes, est un peu plus globuleux, de couleur brun-roux et couvert de piquants serrés de taille égale (il ne présente pas de longs piquants dorsaux).

La Parque des sables Moira atropos (Lamarck, 1816) fréquente les fonds sableux ou vaseux, mais vit beaucoup plus profondément enfoncée sous le sable (15 à 20 centimètres) et on ne la verra jamais en plongée. On peut cependant retrouver son test : c'est celui d'un oursin-cœur, de forme globuleuse (pas du tout aplatie), avec une face avant verticale.

Alimentation

Comme la plupart des oursins irréguliers, Plagiobrissus grandis a le mode d'alimentation paradoxal d'une espèce qui vit sous le sable en n'exploitant que sa couche superficielle. Les podia* incroyablement extensibles des zones ambulacraires* supérieures prospectent la surface du sédiment et ramènent vers la bouche les particules nutritives, algues et phanérogames en décomposition et détritus divers.

Reproduction - Multiplication

Les oursins du genre Plagiobrissus sont gonochoriques*. La période de reproduction n'est pas connue.
Les gamètes sont émis dans la colonne d'eau où a lieu la fécondation, les œufs donnent des larves pélagiques qui permettent une bonne dispersion larvaire avant la métamorphose finale en un petit oursin.

Vie associée

Il peut héberger un parasite : le petit crabe-pois Dissodactylus primitivus dont il est l'hôte facultatif.

Il est la proie des gros escargots chasseurs comme le casque (Cassis tuberosa) qui peut l'attaquer à travers la mince couche de sable et perforer le test avec sa radula*.

Un oursin attaqué est capable de s'échapper en "roulant" littéralement sur ses longues épines hérissées.

Divers biologie

Plagiobrissus grandis vit enfoui juste sous la surface du sable, à une profondeur de 5 cm environ c'est-à-dire à peu près une fois sa propre hauteur.
Quand il se déplace sous le sable, il laisse une trace en forme de léger sillon qui peut aider à le repérer avant de se piquer sur ses épines : bien observer le sable avant de se poser !
Dérangé, il émerge du sable, les épines dressées, et parcourt rapidement quelques dizaines de centimètres en surface avant de s'enfouir un peu plus loin.

Informations complémentaires

Caractères généraux des oursins irréguliers de l'Ordre des Spatangoidés :

Ce groupe, aux représentants nombreux et très spécialisés, est constitué autant par des espèces actuelles que fossiles. Les oursins de cet ordre font partie des oursins irréguliers les plus modifiés, sans doute en rapport avec leur mode de vie enfoui. La bouche est excentrée vers l'avant de la face ventrale (buccale), l'anus migre vers l'arrière, il y a donc apparition d'une symétrie bilatérale superposée à celle pentaradiée. Le test* prend une forme plus ou moins allongée et aplatie où les zones ambulacraires* sont en creux. Les podia* (pieds ambulacraires) sont particulièrement modifiés, ceux de la région buccale sont courts, épais, sensoriels et préhensiles alors que les podia des aires ambulacraires sont extrêmement allongés, ils ont un rôle respiratoire et de nutrition. Les piquants (ou radioles*) sont modifiés en des soies fines, très nombreuses et de forme variable (spatule, pointe, dent de peigne). Les piquants sont les seuls à intervenir dans la locomotion, contrairement aux oursins réguliers qui utilisent leurs podia.

Les fascioles, description et fonction :
Les fascioles* sont des sentiers dessinés sur la face dorsale (aborale) des oursins irréguliers de l'ordre des Spatangoidés. Alors que l'ensemble du test est recouvert par une épaisse forêt de piquants, ces bandes sont tapissées de très petits et fins radioles (mini-piquants nommés clavules*) de 1 à 2 mm de long. Ces clavules sont très serrés, peu mobiles et couverts d'un épithélium* de cellules ciliées et de cellules productrices de mucus. L'activité de ces cellules sécrétrices et vibratiles produit un véritable tapis roulant de mucus qui achemine les particules diverses sur les sentiers fasciolaires ; elles y sont engluées par le mucus que sécrètent les clavules puis rejetées au-dehors par des courants de décharge. Les fascioles jouent ainsi un rôle dans le maintien de la propreté du test, importante pour un animal qui vit enfoui sous le sable.

Origine des noms

Origine du nom français

Plagiobrissus : reprise du nom scientifique, "des Antilles" pour le distinguer des plagiobrissus de Méditerranée.

Origine du nom scientifique

Plagiobrissus : du grec [plagios] = oblique, et brissus : dérivé du grec [brusson] = une des 6 variétés d'oursins que distingue Aristote (celle qu'il appelle "oursin de haute mer").
Ce nom d'oursin oblique décrit la déformation (l'allongement) du test de ce genre par rapport aux oursins réguliers.

grandis (latin) signifie de grande taille.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Echinodermata Echinodermes Symétrie radiale d'ordre cinq (chez les adultes). Squelette de plaques calcaires bien développé sous le derme. Présence d'un système aquifère auquel appartiennent les podia souvent visibles extérieurement.
Sous-embranchement Echinozoa Echinozoaires Echinodermes non étoilés de forme globuleuse ou allongée. Ce groupe renferme les oursins et les concombres de mer.
Classe Echinoidea Echinides Ce sont les oursins. Forme globuleuse ou hémisphérique, squelette qui porte des piquants mobiles, des pédicellaires et des pieds ambulacraires. Pouvoir de régénération limité.
Sous-classe Euechinoidea Euéchinides Oursins plus ou moins sphériques, dits "oursins réguliers". Plaques ambulacraires composées. Bouche ventrale et anus dorsal. 
Super ordre Atelostomata Atélostomes
Ordre Spatangoida Spatangoïdes Oursins-coeur. Irréguliers, abondants, test ovale, sans "lanterne". Ouverture buccale excentrée, seulement 4 zones ambulacraires et avec fascioles*. Fouisseurs, bouche antérieure, anus postérieur. Plusieurs types de piquants spécialisés.
Sous-ordre Micrasterina Micrastérines
Famille Brissidae Brissidés Spatangoïdes avec un fasciole entourant intimement les zones ambulacraires pétaloïdes. Un second fasciole ovalisé sur la face ventrale près du périprocte.
Genre Plagiobrissus
Espèce grandis

Nos partenaires