Pisanie striée

Pisania striata | (Gmelin, 1791)

N° 6082

Méditerranée, Atlantique proche

Clé d'identification

Coquille petite et solide, mesurant généralement 15 à 25 mm
Forme ovale à fusiforme, avec apex aigu
Six à sept tours presque aplatis, le dernier occupant jusqu’aux deux tiers de la longueur totale
Surface sans relief, mais finement striée transversalement
Coloration variable, tachetée, souvent avec une zone claire ou ligne blanche médiane sur le dernier tour
Ouverture étroite et allongée, violette, à labre denticulé
Animal noir, avec base du pied claire

Noms

Autres noms communs français

Buccin truité, pourpre variée, pourpre maculée, pourpre truitée

Noms communs internationaux

Striate pisania, spotted pisania (GB), Pisania striatella, buccino striato (I), Pisania estriada, caracolillo estriado (E), Klipphorn, Gefleckte purpurschnecke, Gesprenkelte purpurschnecke, Wellhornschnecke (D), Pjegavi rogač (Croatie), Pisánka proužkovaná (Tchéquie)

Synonymes du nom scientifique actuel

Voluta striata Gmelin, 1791
Voluta syracusana Gmelin, 1791
Pisania maculosa (Lamarck, 1822)
Purpura variegata Schubert & J. A. Wagner, 1829
Pisania striatula Bivona e Bernardi, 1832
Voluta gualtierii Scacchi, 1832
Pisania maculosa var. pliobrevis Sacco, 1890
Pisania maculosa var. fasciata Pallary, 1900
Pisania maculosa var. obesa Pallary, 1900
Pisania maculosa var. trigonostoma Pallary, 1912

Distribution géographique

Méditerranée, Atlantique proche

Zones DORIS : ● Europe (côtes françaises), ○ [Méditerranée française]

L’espèce est présente dans l’ensemble du bassin méditerranéen, depuis les côtes algériennes à l’ouest jusqu’aux côtes syriennes à l’est. En limite occidentale de son aire de répartition, l’espèce est signalée du golfe de Cadix jusqu’à l’entrée de la mer Méditerranée, mais sa présence dans l’Atlantique est strictement limitée aux abords du détroit de Gibraltar. Une occurrence au Maroc atlantique reste à confirmer. À l’est, la pisanie striée est observée dans la région des Dardanelles et en mer de Marmara.
Notons que certaines sources historiques citent également l’archipel des Açores, mais cette indication est aujourd’hui considérée comme erronée.
L’espèce est globalement commune, mais sa répartition est souvent morcelée, probablement en lien avec son mode de reproduction et la dispersion limitée de ses stades juvéniles (voir paragraphe consacré à la reproduction).

Biotope

La pisanie striée est un gastéropode marin benthique* vivant principalement sur les fonds rocheux du littoral. Elle fréquente la zone infralittorale* supérieure, à très faible profondeur, parfois presque à la limite du médiolittoral*. On la rencontre sur les rochers à fleur d’eau, parmi ou sous des pierres partiellement immergées, ainsi que sur les blocs rocheux et dans les crevasses, voire sur des fonds localement détritiques.
L’espèce est généralement observée en surface ou dans les premiers mètres où elle se déplace activement sur le substrat*. Elle devient rare au-delà d’une profondeur de 10 m.
La pisanie est souvent associée aux algues photophiles* et semble apprécier la proximité des zones portuaires riches en matière organique.

Description

La pisanie striée est un gastéropode marin à coquille spiralée et bien visible. L’espèce est de petite taille, ne dépassant généralement pas 25 mm de longueur, pour un diamètre de coquille de l’ordre de 10 mm.

La coquille est moyennement élevée, ovale, presque fusiforme. Elle est assez épaisse et particulièrement solide. La spire* est constituée de six à sept tours très peu convexes, presque aplatis. Les tours sont étroitement imbriqués, laissant la suture* à peine visible. Le dernier tour est aussi long que le reste de la coquille, voire plus, et peut occuper jusqu’à deux tiers de la longueur totale. Il est très arrondi dans sa moitié supérieure et s’effile progressivement vers la base. Les autres tours forment un cône pointu, l’apex* étant aigu. La protoconque* est paucispirale* car elle est constituée de peu de tours. À la base de la coquille, la zone du canal siphonal* est courte et ne se distingue pas nettement du reste de l’ouverture.

La surface de la coquille est lisse et sans relief, sans sculpture notable en dehors des stries de croissance. Les tours sont parcourus de nombreuses stries transversales régulières, légèrement imprimées, qui recouvrent l’ensemble de la surface.

La partie visible de la columelle* est pratiquement droite et présente quelques petites denticulations blanches à peine visibles. L’ouverture est allongée et étroite avec une dent plus ou moins bien marquée en partie haute. Le labre*, incurvé en demi-cercle, porte une dizaine de petites dents transversales sur sa face interne.

Les pisanies possèdent un opercule* corné de forme elliptique. Celui-ci est plat et finement strié par des lignes d’accroissement. Sa partie centrale est foncée, bordée de jaune. L’opercule est légèrement aigu du côté postérieur, ce qui lui permet de fermer complètement l’ouverture en épousant sa forme.

Concernant la coloration de la coquille, l’aspect général peut être très variable d’un spécimen à l’autre. L’ouverture est généralement violacée brillante, avec une zone médiane plus pâle. L’intensité des teintes de la coquille varie fortement et cette variabilité peut lui donner un aspect allant de très sombre à très clair, souvent finement moucheté.

L’ornementation des tours est constituée de taches alignées suivant les stries spiralées, sur un fond brun verdâtre à violâtre. Ces taches, plus claires, sont de forme quadrangulaire ou écailleuse. La disposition des taches pâles est plus ou moins régulière, mais toujours alignée selon les stries spiralées. Leur densité varie d’un individu à l’autre, avec toutefois une concentration typique au milieu du dernier tour. Parfois, le motif tacheté est à peine visible et seule une fine bande blanchâtre apparaît au milieu du dernier tour. Cette bande caractéristique, plus ou moins large, est typique de l’espèce.

L’aspect des spécimens juvéniles est assez différent. Les individus de 2 à 3 mm de longueur présentent une sculpture plus marquée, souvent granuleuse, qui disparaît chez les adultes. Lorsque la bande claire périphérique du dernier tour est présente, elle est visible dès les stades juvéniles, ce qui permet une identification relativement précoce. En revanche, lorsque cette bande est très discrète, la surface granulée rend l’identification beaucoup plus difficile.

Concernant le corps mou de l’animal, une coloration sombre domine les parties visibles. La tête est noire, aplatie et bien distincte. Les deux tentacules* céphaliques* sont espacés et orientés obliquement ; ils sont noirs, sauf à leur extrémité, qui est blanche. Leur épaisseur est fine et constante sur la moitié supérieure, mais augmente nettement dans la moitié inférieure, en s’élargissant progressivement vers la base. Le siphon* est noir, mais s’éclaircit un peu vers sa base. L’animal présente ainsi un aspect globalement noir, à l’exception de la face ventrale du pied*, blanche et légèrement translucide sur le bord. La bordure pâle du pied est visible même en vue latérale. La coloration du corps devient plus claire dans la profondeur de la coquille.

Comme chez de nombreux gastéropodes méditerranéens à coquille épaisse, la pisanie striée présente une variabilité morphologique et chromatique importante. De nombreuses formes et variétés ont ainsi été décrites dans la littérature ancienne.

Selon les critères de forme et de proportions de la coquille, sont notamment connues : la var. elongata, à coquille plus allongée et élancée ; les var. major et var. minor, correspondant respectivement à des individus de grande ou de petite taille ; la var. obesa, considérée comme équivalente de trigonostoma, caractérisée par une coquille plus épaisse et renflée, aux tours très convexes et enfin la var. fasciolaris, se distinguant par des stries spiralées plus marquées.

Parmi les variétés de couleur, on peut citer : la var. marmorata, à coquille de fond brun foncé à noir ornée de maculations blanches contrastées, ainsi que la var. fasciata, caractérisée par la présence d’une bande blanche nette, bien marquée et continue, au milieu du dernier tour uniformément coloré.

Des spécimens présentant une hypopigmentation, voire un leucisme*, sont occasionnellement observés chez les Buccinidae, y compris chez les pisanies. Dans ces cas, la coquille est très pâle, blanchâtre ou uniformément crème, et les motifs habituels sont absents ou à peine perceptibles. Ces formes restent toutefois rares.

Espèces ressemblantes

La pisanie striée adulte peut être confondue avec d’autres gastéropodes de petite taille vivant sur les rochers du littoral. La confusion la plus fréquente concerne la columbelle rustique Columbella rustica, espèce très commune dans les mêmes biotopes* peu profonds. Celle‑ci s’en distingue toutefois par une coquille plus courte et plus trapue, généralement lisse et brillante, sans stries spiralées marquées. L’ouverture de la coquille est plus large, dépourvue de véritable canal siphonal*, mais dotée d’une denticulation plus importante sur la surface intérieure du labre*.
Chez l’animal vivant, la couleur du siphon* constitue un critère déterminant : chez Pisania striata, le siphon est noir, bien visible lors du déplacement, alors que chez Columbella rustica le siphon est marron clair à jaunâtre, parfois partiellement translucide. La silhouette plus fusiforme* de la coquille et la présence éventuelle d’une bande claire sur le dernier tour renforcent également l’identification de la pisanie.

Une confusion plus occasionnelle des spécimens plus foncés est possible avec la mitre ébène Ebenomitra ebenus, espèce de coloration brun foncé à noire, parfois ornée d’une bande claire médiane. Les mitres sont généralement de taille comparable ou légèrement plus petites, à coquille plus élancée, avec une spire* plus élevée. La mitre ébène se distingue surtout par sa columelle* munie de plis bien marqués, absents chez les pisanies.
Le corps mou d’une mitre est sombre à noir, parfois finement moucheté de petites taches plus claires, et le siphon est également sombre, de coloration comparable à celle du pied*. Ce caractère ne permet donc pas de la distinguer de la pisanie striée.

Alimentation

L’espèce est carnivore, à la fois prédateur et nécrophage*. Souvent présentée comme principalement charognarde, elle possède en réalité un régime alimentaire relativement large, lui permettant de s’adapter à la disponibilité des ressources locales. La recherche de nourriture repose essentiellement sur la détection de substances chimiques dissoutes émises par des matières organiques animales, grâce à des chimiorécepteurs* portés notamment par le siphon*. Aucune donnée quantitative précise n’est disponible concernant la distance de détection chez cette espèce.

Des observations réalisées en Tunisie (Taylor, 1987) montrent que l’alimentation des pisanies striées est majoritairement composée de petits mollusques gastéropodes, en particulier Thericium vulgatum, mais aussi diverses espèces des genres Steromphala et Phorcus, abondantes dans son habitat. Elle peut également consommer d’autres invertébrés benthiques*, comme des vers polychètes ou des balanes, ce qui témoigne d’une certaine adaptabilité alimentaire.

Pisania striata est un carnivore qui ne perce pas les coquilles : elle s’attaque à des proies vivantes sans coquille ou insuffisamment protégées. La proie est maintenue par le pied, tandis que la trompe* (proboscis*) est introduite dans l’ouverture de la coquille pour consommer les tissus mous.

Reproduction - Multiplication

Pisania striata est une espèce gonochorique*, à sexes séparés, dont la détermination sexuelle repose sur un système chromosomique XX/XY. Des études cytogénétiques (étude des chromosomes des cellules) indiquent un caryotype* de 70 chromosomes, incluant une paire de chromosomes sexuels, tout en restant faiblement spécialisé sur le plan évolutif (Vitturi et al., 1998).

La reproduction est ovipare*. La ponte consiste en des capsules ovigères* fixées au substrat*. Le développement est direct ou faiblement dispersif, sans phase larvaire* planctonique*, ce qui limite la dispersion et contribue à la distribution morcelée des populations.
Les capsules, de quelques millimètres, sont individuelles, globuleuses à ovoïdes, à paroi épaisse, et fixées aux supports durs par un court pédoncule*. Chaque capsule renferme plusieurs dizaines d’œufs, dont seule une faible proportion se développe. Selon Fretter (1984), chez Pisania maculosa (synonyme historique de P. striata), la majorité des œufs sont non fécondés et servent d’œufs nourriciers aux embryons* viables.

Le développement intracapsulaire comprend une segmentation embryonnaire* classique, suivie d’un stade véligère* confiné dans la capsule. Les embryons consomment les œufs nourriciers et développent un pied fonctionnel, une radula* opérationnelle et une coquille à calcification tardive, initialement souple et non minéralisée. La durée du développement est de 3 à 5 semaines. L’éclosion se produit par amincissement de la capsule, et les juvéniles, déjà similaires de l’adulte, quittent la capsule individuellement, se fixent rapidement au substrat et adoptent immédiatement un mode de vie benthique* et carnivore, sans phase planctonique* libre.

Vie associée

Aucune symbiose animale ou végétale stricte n’est actuellement connue ou publiée pour cette espèce.

Cependant, après la mort de l’animal, la coquille vide de Pisania striata est fréquemment réutilisée par des pagures comme abri, participant ainsi au recyclage biologique des coquilles dans les écosystèmes côtiers.

Divers biologie

L’espèce peut être observée tout au long de l’année. Elle est commune, voire localement abondante sur les côtes françaises, y compris en Corse. On la rencontre aussi bien près des côtes peu aménagées que dans les rades et les ports. Malgré cette présence régulière, sa répartition reste discontinue : les populations sont souvent localisées et isolées les unes des autres.

Cette organisation s’explique par son mode de développement sans dispersion à longue distance : les jeunes se développent près du lieu de ponte et colonisent peu de nouveaux secteurs. Il en résulte une forte fidélité aux habitats locaux, mais aussi une capacité limitée à recoloniser une zone après disparition. L’espèce peut ainsi se montrer sensible aux perturbations locales, comme la dégradation des fonds côtiers ou la disparition de petits habitats favorables, dont dépend le maintien des populations.

Informations complémentaires

Pisania striata est une espèce méditerranéenne ancienne, présente dans la région au moins depuis la fin du Pliocène (de 5,3 à 2,5 millions d'années avant notre ère). Des formes fossiles attribuées à Pisania maculosa (synonyme historique de P. striata) sont connues dès l’Astien en Italie, un étage daté d’environ 3,6 à 2,6 millions d’années, correspondant à la seconde moitié du Pliocène (Sacco, 1890). L’espèce est également signalée dans des dépôts marins peu profonds du Piacenzien, le dernier étage du Pliocène.

Une révision systématique des Buccinidae du Plio‑Pléistocène méditerranéen réalisée par Brunetti & Della Bella (2016) montre que le genre Pisania était déjà bien représenté au Pliocène en Italie, avec plusieurs espèces distinctes, dont Pisania striata. Cette étude confirme la stabilité morphologique de l’espèce et sa continuité stratigraphique du Pliocène jusqu’à l’époque actuelle, ce qui en fait une espèce de référence pour la comparaison avec des formes fossiles proches. Des travaux plus récents (Landau & Harzhauser, 2024) indiquent par ailleurs qu’au Pliocène supérieur, l’espèce était largement répandue jusque dans la Méditerranée occidentale, notamment dans l’actuelle région de la mer d’Alboran.

Origine des noms

Origine du nom français

Le nom français pisanie striée est directement dérivé du nom scientifique Pisania striata.

Les anciens noms français font référence à l’aspect tacheté de la coquille à une ressemblance supposée avec les pourpres, mais ne sont plus employés aujourd’hui afin d’éviter toute confusion.

Origine du nom scientifique

Le genre Pisania a été créé par le naturaliste italien Antonino de Bivona‑Bernardi (1778–1837), qui a individualisé ce groupe aux dépens des Voluta de Linné, sans que l’étymologie précise du nom ne soit explicitée. Ce nom de genre a ensuite remplacé diverses appellations antérieures utilisées dans la littérature, telles que Voluta, Purpura ou Buccinum.

striata : du latin [striatus] = striée, sillonnée. Cette dénomination fait référence aux fines stries ou rayures régulières visibles à la surface de la coquille, caractère marquant de l’espèce.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 138924

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Caenogastropoda Caenogastropodes
Ordre Neogastropoda Néogastéropodes Coquille avec canal siphonal bien développé. Un repli du manteau forme un tube extensible : le siphon. La plupart sont des prédateurs ou nécrophages. Tous marins sauf le genre Clea.
Super-famille Buccinoidea Buccinoïdes
Famille Pisaniidae Pisanidés
Genre Pisania
Espèce striata

Nos partenaires

Les textes et images sont sous licence et ne sont pas libres de droit.

Pour les ayants-droits, connectez-vous.

Pour toute demande d'utilisation (exemple d'un formateur Bio de la FFESSM...) contactez nous ici.