Oursin à anneaux blancs

Parasalenia gratiosa | A. Agassiz, 1863

N° 5034

Indo-Pacifique

Clé d'identification

Oursin régulier de forme ovoïde, aplati aux pôles
Test de couleur noire à marron rouge, généralement 2 à 5 cm de diamètre (jusqu'à 7 cm max.)
Piquants à peu près de la même taille que le diamètre du test
Piquants sombres noirs à bruns
Bourrelet blanc en forme d'anneau à la base des piquants
Large zone apicale nue

Noms

Noms communs internationaux

White spot urchin, whitespot urchin, red urchin (GB)

Synonymes du nom scientifique actuel

Echinometra arabacia Lütken, 1864

Distribution géographique

Indo-Pacifique

Zones DORIS : ● Indo-Pacifique

L'espèce est surtout présente dans l'océan Pacifique, dont la Nouvelle-Calédonie (possiblement Wallis-et-Futuna, la Polynésie française posant question).
Sa distribution n'est pas continue et va devoir être précisée par de nouveau travaux.

Parasalenia gratiosa est abondante dans le Pacifique (Vietnam, Malaisie, Indonésie, Papouasie Nouvelle-Guinée, Philippines, mer de Chine, côtes australienne du Queensland, Nouvelle-Calédonie, Vanuatu, archipel des Fidji, îles Salomon, Tonga, Cook, les archipels japonais subtropicaux Ryukyu et Ogasawara, etc.).
La présence de l'espèce en Polynésie française est mentionnée par plusieurs bases biogéographiques, mais nous n'avons retrouvé à ce jour aucune donnée primaire ni observation documentée permettant de formellement étayer cette présence polynésienne.

L'espèce serait présente en mer Rouge (historiquement sous le nom obsolète Echinometra arabacia), et dans la littérature scientifique, elle semble signalée dans l'océan Indien (Maldives, Madagascar, Zanzibar...). Mais elle ne semble pourtant pas y être observée par les naturalistes de terrain et ne figure dans aucun inventaire récent : ces signalements sont donc douteux (confusion possible avec Echinometra mathaei ou Parasalenia poehlii, qui eux sont bien présents dans la zone).

Biotope

Parasalenia gratiosa se rencontre principalement sur les substrats rocheux et les récifs coralliens des zones littorales. Elle est le plus souvent observée entre 3 et 12 m de profondeur. C’est une espèce discrète, souvent dissimulée sous les blocs, mais qui peut être très abondante localement. Sa forme ovale et aplatie lui permet de mieux se faufiler dans les interstices et sous les pierres.

Dans leur inventaire des Échinodermes, Lane et al, 2000 indiquent néanmoins une répartition bathymétrique comprise entre 0 et 70 m en mer de Chine méridionale.

Description

Parasalenia gratiosa est un oursin régulier de forme ovoïde aplati dorso-ventralement.
Sa bouche (péristome*) est au centre de la face orale (pôle inférieur de l'animal) tandis que l’anus (périprocte*) se trouve sur le pôle aboral*, légèrement excentré.
Les plaques squelettiques des régions ambulacraires* sont percées de triplets verticaux de paires de pores* par où passent les podias*. Le disque apical* est très grand, largement nu (pas de piquant sur la zone). On distingue parfois aussi aux ambulacres* cinq bandes radiales nues et de couleur légèrement plus claire rayonnant de l’apex*. Cette espèce porte les 4 types de pédicellaires*, dont des tridactyles* très allongés et parfois blancs, ce qui les rend particulièrement visibles.

Le diamètre du test* est généralement compris chez l'adulte entre 2 et 5 cm, avec un maximum de 7 cm.
Les radioles* (piquants) sont coniques, relativement robustes et souvent de taille similaire au diamètre du test. Assez gros, ils sont de tailles homogènes et sont assez espacés.
Le test de cet oursin est de couleur noire à brun-rouge mais les radioles peuvent être de couleurs variables : en général noire ou brunâtre, avec parfois des reflets rosés, violacés, verts ou beiges. Ils peuvent éventuellement présenter des bandes annelées plus claires. Chaque radiole présente un bourrelet blanc à sa base, qui contraste avec la couleur générale de l’oursin et lui donne son nom commun..

Espèces ressemblantes

Parasalenia gratiosa peut principalement être confondue avec

  • Echinometra mathaei : l'oursin perforant a un test plus rond (quoique aussi ovoïde), plus globuleux et massif, moins comprimé dorsalement. Il n'a pas le large disque apical nu de P. gratiosa et c'est une différence qui permet généralement de le distinguer facilement de P. gratiosa. Il creuse des galeries dans les rochers (d'où son nom commun). E. mathaei a souvent les extrémités de ses piquants de couleur blanche. Il peut également, comme P. gratiosa, porter un anneau blanc à la base des radioles.
  • Parasalenia poehlii est ressemblant mais il se distingue notamment par le bourrelet blanc qui, quand il est présent, n’est pas à même la base des radioles (il se situe un peu plus haut sur le piquant). La couleur est généralement rosée ou verdâtre (jamais noire), avec des radioles annelés.

Alimentation

Parasalenia gratiosa est un oursin brouteur. Il se repaît sur les rochers en raclant la surface de ceux-ci à l’aide des 5 longues dents de son appareil masticateur appelé « lanterne* d’Aristote ».
Ce sont des animaux opportunistes car ils ingèrent à la fois le film algal mais aussi les débris organiques et organismes sessiles* divers qu’ils rencontrent sur le substrat lors du broutage (certaines sources affirment qu’ils pourraient même brouter des polypes* de corail). On peut donc parler de régime opportuniste à tendance omnivore.

Reproduction - Multiplication

Parasalenia gratiosa a une reproduction sexuée gonochorique* : les sexes sont séparés. Les mâles et les femelles émettront en pleine eau leurs gamètes*, de manière synchronisée grâce à des signaux chimiques libérés dans le milieu.
La rencontre d’un ovule* et d’un spermatozoïde* formera une larve* pluteus* planctonique* dont le nombre de bras ciliés augmentera au cours du développement.
La larve va progressivement se transformer dans le plancton* pour atteindre un stade particulier où elle va couler sur le fond. Là, sur le substrat*, elle subira sa dernière transformation et se métamorphosera* en un jeune oursin qui poursuivra ensuite sa croissance vers la taille adulte.

Vie associée

Les piquants des oursins peuvent offrir un refuge à d’autres petits organismes. On peut parfois observer de petits gastéropodes parasites* de la famille des Eulimidés sur les oursins Parasalenia gratiosa, ainsi que des vers plats (probablement opportunistes).

Divers biologie

La majorité des oursins réguliers ont des mœurs nocturnes. Parasalenia gratiosa est couramment observé sous les rochers le jour mais sort en groupe la nuit, où l'on peut observer des agrégations d'oursins à anneaux blancs sur les blocs coralliens.

Informations complémentaires

Une fois l'animal mort, le test* calcaire ainsi que les piquants calcifiés peuvent subsister et sont parfois recherchés par les collectionneurs.

Même si Parasalenia gratiosa n’a pas de venin, une blessure due à l’introduction dans la chair d’un piquant, peut être à l’origine d’une réaction inflammatoire (synovite ou de ténosynovite lorsque des fragments demeurent dans les tissus).

Il existe 2 sous-espèces admises à ce jour (06/2026) :

  • Parasalenia gratiosa boninensis Mortensen, 1930 (pour le Pacifique Nord, notamment le Japon) et
  • Parasalenia gratiosa gratiosa A. Agassiz, 1863

Statuts de conservation et réglementations diverses

Concernant la Liste Rouge mondiale des espèces en danger de l'UICN*, Parasalenia gratiosa n'est pas évaluée (NE).
Ce statut NE concerne des espèces qui n’ont pas encore été confrontées aux critères d'évaluation de l'UICN et, comme les autres espèces portant ce statut "Non Évalué", son niveau de risque reste inconnu. A ce titre, Parasalenia gratiosa n'a pas encore été intégrée aux évaluations de la Liste Rouge mondiale.

De manière empirique, cette espèce n’étant pas pêchée et étant facilement abondante, elle n’est pas considérée comme menacée. En sus, sa petite taille la rend inintéressante du point de vue alimentaire. Ce qui participe sans doute à expliquer son absence d'évaluation.

Origine des noms

Origine du nom français

Oursin à anneaux blancs : le nom commun français vient des bourrelets blancs situés à la base de chaque radiole.

Origine du nom scientifique

Parasalenia : le préfixe grec [Para-] signifie « à côté de » ou « proche de », suggérant une ressemblance ou une parenté avec un autre genre d'oursins, ici le genre Salenia Gray, 1835, un genre proche et antérieur dans la systématique des oursins, très représenté dans le registre fossile mais ne subsistant plus que par une espèce abyssale japonaise. En effet, Alexander Emanuel Agassiz (1835-1910) spécifie dans l'introduction du genre en 1863 que le genre Parasalenia ressemble à Salenia en ce qu'il possède un système abactinal* en relief ; toutefois ces deux genres ne sont pas apparentés, et même extrêmement éloignés dans la phylogénie moderne des oursins (ils n’appartiennent pas au même ordre).
Le genre ne contient pour l'heure (06/2026) que deux espèces vivantes : P. gratiosa (son type*) et P. poehlii.
P. marainae est une espèce fossile.

gratiosa : l'épithète spécifique gratiosa est dérivée du latin [gratia], qui signifie « grâce », « élégance » ou « charme ». Le terme gratiosa est la forme féminine, en accord avec le genre grammatical du nom Parasalenia (qui est féminin en latin).
A.E. Agassiz, descripteur de l'espèce en 1863, n'a pas expliqué ce choix d'adjectif à la page 22 de sa publication "List of the echinoderms sent to different institutions in exchange for other specimens, with annotations". Ce choix reflète probablement une caractéristique esthétique de l'oursin, comme sa forme subarrondie, ses piquants coniques élégants ou son apparence générale, qui a pu sembler « gracieuse » ou attrayante à Agassiz lorsqu'il a introduit l'espèce. Le terme gratiosa pourrait aussi être un hommage à l'aspect distinctif de l'oursin, notamment ses piquants avec un cercle blanc caractéristique à la base qui lui confèrent une apparence soignée et distinctive.

En résumé, Parasalenia gratiosa signifie littéralement « oursin proche des Salenia, de forme gracieuse, élégante », combinant une indication taxonomique (proximité avec le genre Salenia) et une description de son apparence. Ce nom illustre à la fois la méthode scientifique de classification et l'appréciation esthétique des naturalistes du XIXe siècle.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 212438

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Echinodermata Echinodermes Symétrie radiale d'ordre cinq (chez les adultes). Squelette de plaques calcaires bien développé sous le derme. Présence d'un système aquifère auquel appartiennent les podia souvent visibles extérieurement.
Sous-embranchement Echinozoa Echinozoaires Echinodermes non étoilés de forme globuleuse ou allongée. Ce groupe renferme les oursins et les concombres de mer.
Classe Echinoidea Echinides Ce sont les oursins. Forme globuleuse ou hémisphérique, squelette qui porte des piquants mobiles, des pédicellaires et des pieds ambulacraires. Pouvoir de régénération limité.
Sous-classe Euechinoidea Euéchinides Oursins plus ou moins sphériques, dits "oursins réguliers". Plaques ambulacraires composées. Bouche ventrale et anus dorsal. 
Infra-classe Carinacea Carinacés
Subter-classe Echinacea Echinacés

10 plaques péristomiales

Ordre Camarodonta Camarodontes Les épiphyses qui surmontent les demi-pyramides de la lanterne d'Aristote sont hautes et jointives.
Famille Parasaleniidae Parasaleniidés
Genre Parasalenia
Espèce gratiosa

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