Cérianthe solitaire

Pachycerianthus solitarius | (Rapp, 1829)

N° 279

Méditerranée, Atlantique central Est limitrophe

Clé d'identification

Grand cérianthe
Colonne lisse, élancée et cylindrique
Tube muqueux semi transparent, fin et peu visible
Tentacules souvent striés avec des taches fluorescentes
Longs tentacules sur 3 niveaux bien distincts

Noms

Autres noms communs français

Grand cérianthe lisse, cérianthe de Thau

Noms communs internationaux

Cylinder anemone, tube anemone (GB), Cerianto, ardichella, flore di mare (I), Cerianto (E), Zylinderrose (D), Kokeranemone (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Cerianthus solitarius (Rapp, 1829) synonyme très fréquent.
Tubularia solitaria Rapp, 1829
Cerianthus Brerae Delle Chiaje, 1841
Edwardsia vestita Milne Edwards, 1857
Cerianthus membranaceus Heller, 1868 est très souvent confondu avec cette espèce (non valide !)

Distribution géographique

Méditerranée, Atlantique central Est limitrophe

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Pachycerianthus solitarius est commun en Méditerranée et présent dans l’Atlantique central Est limitrophe. Dans l’Atlantique proche le cérianthe solitaire a été récemment répertorié aux Açores (Port d’Horta, île de Faial), il s’agit sans doute d’une introduction accidentelle (larves contenues dans l’eau des ballasts, car il ne s’agit pas d’une espèce du « fouling »). Il est aussi présent en mer Noire (Kisseleva 1975). Notons que Fisher (1889) ramena un seul spécimen des côtes atlantiques françaises, mais aucune autre observation n’a été faite depuis !

Biotope

En mer ouverte, il préfère les fonds propres et sablonneux; dans les étangs littoraux il s’accommode de fond plus vaseux (Thau...). Il est rencontré de 2 à 50 m de fond. Contrairement à la majorité de ses proches congénères les anémones de mer, les cérianthes ne tolèrent pas l’émersion, ils ne colonisent jamais la zone des marées. On trouvera Pachycerianthus solitarius dans des zones calmes sans fort courant et loin des turbulences des vagues. Par petit fond, seule la « tête » tentaculaire bien étalée émergera du sédiment (voir photo prise à la Vesse par 12 m, Bouches du Rhône), alors que, plus profond ou dans les étangs calmes, et où les turbulences sont faibles, la colonne lisse et cylindrique s’étirera largement jusqu’à 20 à 40 cm au-dessus du fond.

Description

Les cérianthes ressemblent à de grandes anémones de mer. Très semblable au plus connu des grands cérianthes Cerianthus membranaceus, Pachycerianthus solitarius est assez commun sur nos côtes méditerranéennes. Le corps lisse et nu de ce grand cérianthe est un polype* solitaire qui porte à son extrémité supérieure plusieurs couronnes de tentacules.

La couronne extérieure porte trois rangées de longs tentacules bien distincts sur trois niveaux différents (de 90 à 120 comptés sur les photos pour les tentacules longs, extérieurs). La couleur de ces longs tentacules est variable, souvent à dominante claire (pas toujours ! voir photo) avec une certaine transparence. Ils sont le plus souvent zébrés de larges stries (blanc, vert clair, brun, brun clair, bleuté). Des taches fluorescentes sont souvent présentes et intercalées avec les stries brunes. Les tentacules marginaux peuvent atteindre une quinzaine de centimètres. Néanmoins, il existe des individus simplement mono ou bicolores.

La couronne intérieure, souvent de couleur différente (brun, blanc, mauve...), supporte les courts tentacules labiaux qui entourent et masquent l'orifice buccal. Ces tentacules labiaux sont plutôt clairsemés par rapport à Cerianthus membranaceus.

Les tentacules effilés et urticants du cérianthe ne sont pas rétractables.

La couronne tentaculaire atteint 30 cm de diamètre et le corps peut s’élever de 40 cm au dessus du sédiment chez l'adulte.

L'animal se protège, pour sa partie du corps enfouie sous le sédiment, en sécrétant un tube muqueux assez fin et semi transparent. Ce tube n’est que très peu visible au dessus du sédiment, il ne recouvre ainsi qu’une petite partie de la colonne lisse et cylindrique du cérianthe solitaire. Il peut s'y rétracter totalement. La colonne lisse est souvent claire (blanche) et parfois rougeâtre, elle présente, comme les tentacules, toujours une certaine transparence. Le fin tube muqueux, composé d’un tissu de filaments urticants aux propriétés antibactériennes (nématocystes* déchargés), est percé à son extrémité pour permettre l’évacuation de l’eau lors du déplacement de l’animal. Ainsi, au moindre danger, le cérianthe peut rapidement disparaître dans son tube.

Le corps de l’animal est extensible, contractile, et en forme de torpille à l’extrémité arrondie (à l’opposé de la bouche). Il est ancré dans le sédiment sableux ou vaseux, il mesure quelques dizaines de centimètres de long.

Il n’y a pas de disque basal adhésif, comme chez les vraies anémones. Bien que fixé, le cérianthe est capable de se déplacer et de reconstruire un nouveau tube.

Considéré comme sciaphile, il est plus facilement visible la nuit.

Il possède des tentacules beaucoup plus urticants par rapport au C. membranaceus. La cohabitation des deux espèces en aquarium montre bien qu’il faut éloigner les individus des deux espèces, sous peine de voir C. membranaceus se faire attaquer par Pachycerianthus solidarius !

(voir informations complémentaires en bas de la fiche).

Espèces ressemblantes

Avertissement ! Il faut noter qu’il existe plusieurs grands cérianthes en Méditerranée (et en Atlantique), leur identification en plongée est loin d’être évidente. Ainsi, bien que toutes les photos présentées répondent aux critères de description de Pachycerianthus solitarius, aucune ne peut être déterminée à coup sûr ! C’est, essentiellement avec l’espèce suivante, que l’on apprendra à faire la différence en Méditerranée française.

Cerianthus membranaceus est légèrement plus gros, mais très semblable au Pachycerianthus solitarius qui est de forme plus élancée avec des tentacules plus longs par rapport à son corps. Le tube fibreux large, épais et aggloméré de débris divers du C. membranaceus cache toujours la colonne au-dessous de la couronne de tentacules alors que Pachycerianthus solitarius possède une colonne lisse, cylindrique et plus fine. C. membranaceus possède plus de tentacules (environ 200) et ces derniers sont moins clairement organisés sur 3 niveaux comme c’est le cas pour P. solitarius.

Pachycerianthus dohrni (Beneden, 1924), très semblable à C. membranaceus, Méditerranée, grande taille, est décrit essentiellement en Italie (Naples et Adriatique).

Plusieurs cérianthes plus petits existent, ils sont très difficiles à déterminer. Le suivant fait partie de ceux qui sont rencontrés en Méditerranée.

Arachnanthus oligopodus est plus petit et présente moins de tentacules (24 à 28 longs tentacules pour les spécimens photographiés en Méditerranée). Espèce cosmopolite (Méditerranée, Caraïbes, Pacifique et mer Rouge), rencontrée en Méditerranée de 10 à 80 m sur fond sablo-vaseux et visible uniquement de nuit. Disparaît à la moindre alerte dans son tube.

Alimentation

Le cérianthe est carnivore, il se nourrit de plancton proche du fond, de petits animaux et de débris organiques en suspension qu'il capture avec ses longs tentacules, tout comme le fait l’anémone de mer dont il est un proche parent. Il est capable d'ingurgiter des proies plus importantes telles que des petits poissons ou des crustacés. La bouche, aidée par les petits tentacules labiaux, reçoit les prises capturées par les longs tentacules pêcheurs. Noter sa position dos au courant, ainsi la bouche qui reçoit les prises amenées par les tentacules pêcheurs est orientée courant fuyant.

Reproduction - Multiplication

Le cérianthe est une espèce ovipare et hermaphrodite protérandre, il n'existe pas de dimorphisme sexuel et les individus naissent mâles pour ensuite devenir femelles avec l’âge. Dans la reproduction sexuée, les œufs sont expulsés et fécondés en pleine eau, où la larve "cerinula" (forme pourvue de tentacules) aura une vie planctonique d’une semaine environ, avant de venir se poser sur le fond où il y aura métamorphose de la larve en un animal d’apparence adulte. Néanmoins, il peut arriver qu'un même individu émette en même temps œufs et sperme, et qu’il y ait fécondation à partir de ces cellules issues du même individu. Il existe aussi une reproduction asexuée par scissiparité suivie d’un processus actif de régénération tissulaire. Ainsi, le cérianthe peut se séparer de la partie terminale de son corps, à partir de laquelle il se formera un nouvel individu identique à l’individu d’origine, les deux formant un clone. (Voir la photo d’Antonello CAU prise en aquarium).

Vie associée

Pachycerianthus solitarius semble, bien moins que l’espèce voisine C. membranaceus, être associé avec d’autres organismes macroscopiques.Néanmoins, une association est parfois trouvée avec un animal fixé en forme de fleur à la base du tube, il s’agit du grand phoronidien Phoronis australis (Lophophoriens).

Divers biologie

Espèce plus commune qu’il n’y paraît, car elle est surtout présente en dehors des zones habituellement fréquentées par les plongeurs (zones sablonneuses propres, petits fonds sédimentaires calmes).
Cette espèce est particuliairement urticante, bien plus que C. membranaceus. Elle peut disparaître complètement dans le sédiment si, momentanément, les conditions ne lui conviennent plus.

Informations complémentaires

Animal sciaphile et sédentaire ? NON, pas vraiment !



Bien que réputés sciaphiles, les cérianthes peuvent tolérer et s’accoutumer à un éclairage de « jour », ceci a été démontré en aquarium, mais aussi dans le milieu naturel où l’on peut trouver des cérianthes par petits fonds très lumineux.
En aquarium (information réservée aux aquariums autorisés), il est important de bien placer les C. membranaceus qui, la plupart du temps, ne se déplaceront pas, alors que les Pachycerianthus solitarius, beaucoup plus perfectionnistes, choisiront toujours les emplacements qui leur conviennent le mieux. Pachycerianthus solitarius n’hésitera pas à disparaitre complètement dans le sédiment pour quelque temps, puis pourra changer de place de façon désinvolte en utilisant le même mécanisme employé par l’anémone de mer dorée (Condylactis aurantiaca) : il ouvre au maximum sa couronne pour se laisser emporter par le courant en effectuant éventuellement des contractions de la colonne pour modifier sa trajectoire ! Une fois qu’un emplacement à l’hydrodynamisme souhaité (faible courant, sans turbulences) est trouvé, il régénère son fin tube muqueux et enfouit la base de sa colonne dans le sédiment pour s’y fixer.

Origine des noms

Origine du nom scientifique

Pachy- : du grec, épais, dense, nombreux...
-cerianthus : du grec [kero] = cire (rayon en cire d'une ruche) et [anthos] = fleur. "Fleur de cire".

solitarius : solitaire (vous noterez que cette appellation n’est pas vraiment justifiée, particulièrement dans l’étang de Thau où de nombreux individus sont regroupés).

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Cnidaria Cnidaires

Organismes aquatiques (marins pour la plupart) libres ou fixés, carnivores, principalement à symétrie radiaire, caractérisés par des cellules urticantes : les cnidocytes. Deux morphologies principales : le polype et la méduse. La larve est une planula.

Classe Anthozoa Anthozoaires Cnidaires exclusivement marins, solitaires ou coloniaux, uniquement sous la forme polype (jamais de phase méduse dans le cycle de vie).
Sous-classe Ceriantharia Cérianthaires

Grandes anémones solitaires fouisseuses vivant dans un tube. Deux verticilles de tentacules de tailles et de couleurs différentes.

Ordre Spirularia Spirulaires
Famille Cerianthidae Cérianthidés
Genre Pachycerianthus
Espèce solitarius

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