Labre des herbiers

Novaculoides macrolepidotus | (Bloch, 1791)

N° 3043

Mer Rouge, océan Indien et Pacifique Ouest

Clé d'identification

Corps allongé et très comprimé latéralement
Couleur dominante verte
Taches noires sur la ligne médiane : des pectorales au pédoncule caudal chez la femelle et uniquement en partie postérieure du corps chez le mâle
Larges marques faciales violettes en partie supérieure de la tête, rose en partie inférieure chez les mâles et les grandes femelles
Ocelle noir bordé de bleu entre les deux premiers rayons de la nageoire dorsale

Noms

Noms communs internationaux

Banner wrasse, seagrass nurse, seagrass razorfish (GB), Groen lipvis (Afrique du Sud)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Labrus macrolepidotus Bloch 1791
Novaculichthys macrolepidotus (Bloch, 1791)
Julis taenianotus Quoy et Gaimard, 1824
Labrus arago Quoy et Gaimard, 1824
Julis trimaculata Valenciennes, 1839
Novacula julioides Bleeker, 1851

Distribution géographique

Mer Rouge, océan Indien et Pacifique Ouest

Zones DORIS : Indo-Pacifique

On peut trouver Novaculoides macrolepidotus en mer Rouge, dans l'océan Indien et dans le Pacifique Ouest. Sa distribution s'étend d'ouest en est de l'Afrique du Sud aux îles Tonga, et du nord au sud des îles Ryukyu à l'île Lord Howe en passant par la Nouvelle-Calédonie.

Biotope

On rencontre cette espèce de 1 à 25 m aussi bien dans les herbiers de phanérogames, quelle qu'en soit l'espèce, que dans des champs d'algues en lagons ou mangroves*. Dans les deux types de biotope*, sa couleur dominante verte la rend difficilement repérable.

Description

Le corps est allongé et très comprimé latéralement. Sa hauteur entre environ 3,5 fois dans la longueur standard (longueur sans la queue). Il peut atteindre 16 cm de long.

Le mâle : la couleur dominante du corps du mâle est verte. Les écailles, de grande taille, sont bordées de rouge de façon plus ou moins visible. On trouve un nombre variable de taches noires marquant les écailles en partie postérieure sur la ligne médiane du corps. Des taches blanches marquent presque toujours la ligne médiane derrière les pectorales. Ces taches peuvent être de forme et de quantité variables, formant une ligne interrompue ou non. La moitié inférieure du corps porte des zébrures obliques rosâtres plus ou moins marquées. Ces zébrures sont plus discrètes sur la partie abdominale et sont absentes de sa moitié antérieure. Certains individus peuvent avoir la moitié supérieure du corps bronze clair et la moitié inférieure blanche zébrée de rouge.

La femelle : la couleur dominante de la femelle est généralement verte, mais elle peut être jaune sale à marron plus ou moins clair. Une rangée de taches noires plus ou moins nombreuses et espacées est visible sur la ligne médiane du corps de l'arrière des pectorales au pédoncule caudal*. On peut aussi voir de petites taches blanches dispersées dans la partie supérieure du corps. Six ou sept courtes lignes, obliques et rougeâtres, marquent l'abdomen avant le début de la nageoire anale.

Mâles et femelles peuvent donc être distingués par la position des marques noires suivant la ligne médiane : elles vont de l'arrière des pectorales au pédoncule caudal chez les femelles, alors qu'elles ne sont présentes qu'en moitié postérieure chez le mâle.

La tête est courte et extrêmement étroite. Les yeux sont grands, de couleur ocre à vieil or avec un cercle bleu turquoise dans l'iris. La bouche est terminale à légèrement ventrale. Les lèvres, larges, forment une sorte de bec. La tête du mâle et celle des plus grandes femelles porte de larges marquages faciaux. Ceux de la partie supérieure de la tête sont d'un violet plus ou moins foncé qui peut aller jusqu'au bleu ou paraître noir, avec un liseré orange à rose foncé. Une large tache de même couleur marque la pointe de l'opercule*. Chez certains individus, les motifs du front peuvent se poursuivre en tirets sur le haut du dos, allant jusqu'à la moitié du corps. Les marques de la moitié inférieure de la tête sont roses à violet pâle. Elles consistent en trois bandes obliques situées sur les joues et rejoignant la gorge, la dernière pouvant devenir indistincte.
La tête des femelles moins grandes est uniformément verte et porte plusieurs fines lignes noires.

Les rayons durs de la nageoire dorsale sont moins hauts que ses rayons mous. Les deux premiers rayons durs sont flexibles, leur pointe étant incurvée vers l'arrière ; leur membrane porte un ocelle* noir bordé de bleu pâle. Les rayons des nageoires impaires sont verts comme leur membrane, mais celle-ci porte des marques rose orangé en forme de lignes ou grossièrement circulaires. Ces marques sont moins distinctes sur la caudale et peuvent être limitées au premier quart de la nageoire. Pectorales et pelviennes sont translucides. L'extrémité des pectorales est arrondie. Les pelviennes du mâle peuvent être plus longues que la tête. La caudale est légèrement arrondie.

Les juvéniles sont décrits au paragraphe Reproduction infra.

Espèces ressemblantes

Sa couleur dominante verte associée à ses marques faciales et à son biotope particulier (herbiers, champs d'algues) rendent impossible la confusion avec une autre espèce.

Alimentation

Le labre des herbiers se nourrit de crustacés benthiques*.

Reproduction - Multiplication

La reproduction de cette espèce est très peu documentée au jour de publication de cette fiche (janvier 2017). L'espèce est supposée être gonochorique*, mais il se pourrait qu'elle soit hermaphrodite* protogyne* comme chez de nombreux labridés.
Quelques observations de terrain montrent que la reproduction se fait par couple (et non pas en groupe), que les mâles sont territoriaux à cette occasion, et que la stratégie de reproduction de type « lek-like* » semble pouvoir être adoptée. Il faut toutefois rappeler que les stratégies de reproduction peuvent être variables au sein d'une même espèce.

Divers comportements ont été notés à l'occasion de ces observations. Certains mâles patrouillent sur leur territoire et en chassent les autres, des combats rituels pouvant intervenir (face à face avec simulacres de morsure mutuelle de bouche), d'autres se contentent de s'impressionner mutuellement, prenant une position oblique à 20 cm l'un de l'autre, les nageoires impaires complètement déployées, ou nagent sur des trajectoires parallèles, nageoires déployées. La cour des mâles consiste en passages fréquents, nageoires impaires déployées, au-dessus des femelles qui stationnent à la base des feuilles de phanérogames, puis en arrêts devant elles, le corps étant arqué latéralement. Quand une femelle est prête à l'accouplement elle le signale en prenant la même position, puis elle monte juste au-dessus des feuilles de phanérogames en position horizontale. Le mâle la rejoint alors et se place au-dessus d'elle, puis le couple fait une ascension très rapide vers la surface, ascension à l'apex* de laquelle seront émis les gamètes*.

Les œufs sont pélagiques*, la durée de vie larvaire* est d'environ 70 jours.

Les juvéniles sont verdâtres ou jaunâtres à marron clair plus ou moins foncé, avec de nombreux groupements de petites taches blanches éparpillés sur l'ensemble du corps ou groupés sur la tête et l'abdomen, et quelques taches brun foncé éparses. Ils peuvent aussi présenter uniquement des taches blanches plus grosses, elles-mêmes dispersées sur le corps. Leur caractéristique principale tient à la forme de leur nageoire dorsale : ses premiers rayons sont beaucoup plus hauts que les suivants, dont la taille se réduit progressivement jusqu'au pédoncule caudal. Quand les premiers rayons sont tendus vers l'avant, l'ensemble « imite » la dorsale des poissons scorpaeniformes du genre Ablabys, qui sont venimeux. Ce mimétisme batésien* inclut une tendance à rester sur le substrat et une répugnance au mouvement conformes au comportement du « modèle »

Divers biologie

Chez les deux sexes, une série discontinue de taches blanchâtres généralement peu distinctes peut apparaître en cas de stress au sommet du dos, au contact de la nageoire dorsale. Si le stress est intense, on peut voir apparaître une seconde série de ces taches entre la dorsale et la ligne médiane.

L'espèce est commune dans certains lieux de sa distribution mais elle est rarement observée du fait de sa coloration cryptique. Novaculoides macrolepidotus peut être solitaire ou vivre en petits groupes. Le spécialiste J. E. Randall le dit difficile à approcher. Il se cache en effet à l'intérieur des herbiers, où sa couleur le fait disparaître, à la moindre alerte.
Il est cependant susceptible de s'accoutumer à la présence d'observateurs réguliers, et il développe alors la curiosité connue chez de nombreux labres vis-à-vis d'un observateur immobile.

La nageoire dorsale comprend 9 rayons durs et de 12 à 14 rayons mous, l'anale comprend 3 rayons durs et de 12 à 14 rayons mous.
La ligne latérale est interrompue (20 écailles + 5 ou 6, une dernière se trouvant à la base de la nageoire caudale). On compte 1,5 rang d'écailles au-dessus de cette ligne et 7,5 rangs en dessous.

L'une des différences soulignées par Randall et Earle pour retirer l'espèce du genre Novaculichthys et la placer dans le genre Novaculoides est l'orientation latérale des canines formant les paires de crocs présentes à l'extrémité antérieure de la bouche.

Informations complémentaires

Le statut de l'espèce pour l'UICN est « LC » (Least Concerned), autrement dit peu concerné par la nécessité de mesures de protection. Le niveau de résilience de l'espèce est considéré comme haut : le temps minimum requis pour le doublement d'une population est estimé inférieur à 15 mois. Sa vulnérabilité est considérée comme faible à modérée. Elle est cependant menacée par le déclin des herbiers dans toutes les zones de sa distribution.

L'espèce est concernée par les captures destinées à l'aquariophilie mais elle n'est pas communément vendue, sans doute du fait de la nécessité d'un bac au volume important et de reconstituer un biotope entièrement peuplé de phanérogames marines ou d'algues.

Origine des noms

Origine du nom français

Labre : le mot est dérivé du nom scientifique de la famille des Labridés. Il vient du latin [labrum], qui signifie lèvre, en référence aux lèvres charnues des poissons de cette famille. L'origine du mot latin se trouve dans le grec [labrax], qui signifie vorace, et qui a été donné (avec [labros]) par les grecs anciens au bar (Dicentrarchus labrax), connu pour sa gloutonnerie. La voracité des labres peut identiquement justifier le choix du nom de leur famille.

Des herbiers : l'espèce est associée aux herbiers de phanérogames et aux champs d'algues dans lesquels sa couleur la camoufle.

Origine du nom scientifique

Novaculoides : du latin [novacula], signifiant "rasoir" et du grec [-oides] qui signifie "ressemblant à". Cette comparaison avec une lame de rasoir concerne le corps extrêmement comprimé qui justifie l'appellation vernaculaire générale des "labres-rasoirs", dont fait partie N. macrolepidotus.
Le genre est créé par Randall et Earle en 2003. Avant cela, l'espèce était incluse dans le genre Novaculichthys, qui ne comprenait que deux espèces, N. macrolepidus et N. taeniourus. Le nouveau genre souligne les différences avec les types* à partir desquels le genre Novaculichthys avait été décrit par Bleeker en 1862. Novaculichthys macrolepidus est donc devenu Novaculoides macrolepidus. Les deux genres sont en conséquence monotypiques (ou monospécifiques), ce qui signifie qu'ils ne comprennent qu'une seule espèce

macrolepidotus : ce nom composé vient du grec [macro] = grand, et du latin [lepis], qui désignait une écaille de cuivre. L'épithète spécifique désigne donc un poisson à grandes écailles.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Super classe Osteichthyes Ostéichthyens Vertébrés à squelette osseux.
Classe Actinopterygii Actinoptérygiens Ossification du crâne ou du squelette tout entier. Poissons épineux ou à nageoires rayonnées.
Sous-classe Neopterygii Teleostei Néoptérygiens Téléostéens Poissons à arêtes osseuses, présence d’un opercule, écailles minces et imbriquées.
Super ordre Acanthopterygii Acanthoptérygiens Rayons épineux aux nageoires, écailles cycloïdes ou cténoïdes, présence d'une vessie gazeuse et pelviennes thoraciques ou jugulaires, sans être systématiquement présents, sont des caractères que l'on ne rencontre que chez les Acanthoptérygiens.
Ordre Perciformes Perciformes Nageoires pelviennes très rapprochées des nageoires pectorales.
Sous-ordre Labroidei Labroïdes Une seule dorsale, dents molariformes formant un puissant appareil masticatoire.
Famille Labridae Labridés Lèvres épaisses.
Genre Novaculoides
Espèce macrolepidotus

Nos partenaires