Emissole tachetée

Mustelus asterias | Cloquet, 1821

N° 1186

Atlantique oriental nord, Manche, mer du Nord, Méditerranée

Clé d'identification

Taille commune entre 0,80 m et 1,20 m
Corps gris à brun-gris
Ponctuation de taches claires sur le dos et les flancs
Large bouche dépassant presque le niveau arrière des yeux
Présence d'un petit évent en arrière de chaque œil

Noms

Autres noms communs français

Outre la dénomination "chien de mer", appliquée à la grande et à la petite roussette, au requin hâ comme aux autres émissoles, il y a lieu de retenir :
Moutelle (Normandie), Matel (Bretagne), Petite touille (Vendée), Mustèle, Lentilla (Méditerranée), Nussola, Nucciola (Corse)
On trouve également : chien gris, motelle, arcasson, doucette

Noms communs internationaux

Starry smooth-hound (GB), Palombo stellato (I), Musola pinta (E), Gesfleckter Glatthai, Nördlicher Glatthai (D), Nordlig hundhaj (Sd), Cacão (P), Qat bou noqta (Tunisie)

Distribution géographique

Atlantique oriental nord, Manche, mer du Nord, Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Ce petit requin, peu abondant, fréquente l'Atlantique oriental nord. Se rencontrant au moins jusqu'au Maroc, on le trouve également près des îles Britanniques, dans la Manche, la mer du Nord.
Sa présence en Méditerranée est également bien attestée.

Biotope

L'émissole tachetée apprécie les fonds vaso-sableux et détritiques du plateau continental, depuis 5 à 10 m jusqu'à une profondeur de 100 à 180 m, mais aux îles Canaries, on la trouve encore par 350 m de fond ; elle peut fréquenter des eaux plus côtières, de nuit notamment.

Description

Avec un corps fin et très allongé, l'émissole tachetée atteint une longueur comprise entre 1,40 m et, au maximum, 1,60 m de long ; la taille commune s'établit entre 0,80 m et 1,20 m. Sa couleur varie du brun-gris au gris ardoise ou au gris souris avec présence de taches blanches diversement placées sur la zone dorsale et au long de la ligne latérale. Sur la peau, sont disposées des denticules cutanés tricuspides (à trois pointes), à quatre carènes (petits reliefs longitudinaux) bien écartées. Un petit évent s'ouvre en arrière de chaque œil, par ailleurs doté d'une membrane nictitante* ; on note également la présence de deux narines rapprochées.

Mustelus
asterias possède une large bouche, dépassant presque le niveau arrière des yeux.
La formule dentaire de l'émissole tachetée est assez simple : 40-40 / 40-40 (soit, ici, un nombre identique de dents par demi-mâchoire -pièce supérieure - et par demi-mandibule - pièce inférieure -). Les dents supérieures sont fort petites, avec une cuspide* basse ; elles forment une structure pavimentaire* (en forme de pavé). Les dents inférieures se révèlent comparables. Chez les nouveaux-nés, on note la présence de toutes petites cuspides accessoires.

On note, comme chez beaucoup de requins, la présence de cinq fentes branchiales.
Outre deux nageoires dorsales, l'animal possède une caudale fortement asymétrique et pourvue d'un grand lobe terminal.

Espèces ressemblantes

Les différences sont minimes :

  • L'émissole lisse Mustelus mustelus (Linné, 1758) se distingue par une livrée sans taches ; sa taille moyenne est de 75 cm. Vivant près du fond, l'émissole lisse se trouve toujours près des côtes mais, en profondeur, se rencontre jusqu'à 350 m. Elle s'aventure parfois en pleine eau.
  • L'émissole pointillée Mustelus punctulatus (Risso, 1827), dont le synonyme non valide est Mustelus mediterraneus (Quignard & Capapé, 1972), également présente en Atlantique Nord-Est et en Méditerranée n'atteint guère une taille supérieure à 95 cm. Sa coloration dorsale varie du gris-clair au gris-brun, avec un ventre clair (blanc, assez souvent) et elle ne possède aucune tache.
  • Le milandre ou requin hâ Galeorhinus galeus (Linné, 1758) est un "chien de mer" avec une plus large distribution, allant du nord du Cercle polaire arctique au cap Horn. Sa livrée, également dans la gamme des gris, ne présente toutefois aucune tache. Les jeunes possèdent plus facilement des marques noirâtres sur les nageoires.

Alimentation

Les travaux scientifiques sur le régime alimentaire de l'émissole tachetée demeurent rares.

Plus actif de nuit que de jour, Mustelus asterias a la réputation d'un poisson crabier et se nourrit effectivement en majorité de crustacés. Ces derniers représentent de 60 à 97 % de ses proies (en mer d'Irlande, pour le chiffre le plus élevé), avec un régime préférentiel pour les crabes - du Genre Liocarcinus - et les pagures mais aussi des étrilles, des langoustines, des langoustes, des homards, des crevettes..., des céphalopodes - seiches, calmars - (20 %), des mollusques et même des arénicoles ou des anémones de mer...

Adulte, l'émissole tachetée diversifie davantage son régime, appréciant plus volontiers la consommation de poissons osseux (20 %) : harengs, sardines et autres clupéidés, surmulets, chinchards et maquereaux, pleuronectes et autres poissons plats, gobies et petits poissons de roche...

Reproduction - Multiplication

La maturité sexuelle de l'émissole tachetée devient effective à l'âge de 2 ou 3 ans. Chez les mâles, la taille est alors comprise entre 75 et 87 cm et, chez les femelles, entre 85 et 96 cm. La période de gestation se déroule sur douze mois environ.

L'espèce est vivipare* aplacentaire* (alors que l'émissole lisse Mustelus mustelus est strictement ovipare*) avec un nombre de fœtus apparemment fort variable, compris entre six et trente (certains auteurs avancent même le chiffre de soixante). La moyenne pourrait s'établir autour de vingt petits. A terme, la taille de Mustelus asterias avoisine 28,5 à 30 cm.

En Méditerranée, le golfe du Lion et la mer Adriatique constituent des aires de reproduction répertoriées.

Vie associée

Mustelus asterias vit facilement en petits groupes, sans distinction de classes d'âge. Elle semble également cohabiter avec des requins hâ (Galeorhinus galeus) et des émissoles lisses.

Sur le plan du parasitisme, le copépode Lernaeopoda galei (Kroyer, 1837) affectionne la région cloacale de l'émissole tachetée (et se fixe également sur d'autres sélaciens, comme la raie-aigle Myliobatis aquila).

Divers biologie

Mustelus asterias ne supporte pas les eaux de température inférieure à 16° C et aurait tendance à se rapprocher des côtes en été, entreprenant de petites migrations sur 50 à 100 km.

Espèce cible assez abondante, Mustelus asterias n'est actuellement pas victime d'une surexploitation dans les eaux européennes (cf. Réglementation : classement LC). Le cas demeure suffisamment rare pour mériter signalement (comm. B. Séret) : on constate une augmentation de leur abondance depuis 1990. La production française représente environ 60 % au niveau européen, avec 1 800 tonnes enregistrées en 2007 (Mustelus asterias et M. mustelus confondus). Cette résistance s'explique par une assez forte productivité (rapport ICES, 2008) et sans doute aussi par d'autres facteurs exogènes.

Ce requin passe pour être le plus courant des trois émissoles présentes dans les eaux européennes.

Il importe néanmoins de surveiller les effectifs chez Mustelus asterias, en raison d'une pression excessive qu'effectue de manière générale la pêche commerciale sur les requins. Mustelus asterias appartient à cette catégorie de poissons commercialisée à l'étal du poissonnier sous le terme générique de "saumonette".

Informations complémentaires

Ce petit requin, à l'instar des roussettes (Scyliorhinus canicula et S. stellaris), est totalement inoffensif pour l'Homme.

Réglementation

Selon évaluation réalisée en 2000 par l'U.I.C.N., la pression de pêche sur cette espèce-cible est considérée comme engendrant un Risque Mineur (LC) pour l'espèce en Atlantique Nord-Est. Sa capture a-t-elle toutefois pu varier régionalement ? Un essai de reconstitution de l'évolution de la fréquence de capture des poissons à Arcachon, sur une large fourchette chronologique couvrant de 1727 à nos jours, témoigne d'un phénomène critique sur le plateau continental Sud-Gascogne et dans le Bassin. Ces données ne reflètent pas la réalité présente, peut-être en raison d'autres facteurs externes possibles et se doivent d'être considérées avec circonspection.

Pour la zone méditerranéenne en revanche, Mustelus asterias se classe comme Vulnérable depuis 2008.

Origine des noms

Origine du nom français

Émissole : de l'italien [mussolo], lui même dérivé du latin [mustela].
Tachetée : par la présence constante de petites taches blanchâtres arrondies, sur le dos et les flancs.

Origine du nom scientifique

Mustelus : du latin [mustela] = chez Pline, un poisson de mer inconnu.

asterias : du latin [aster] = étoile. Le diminutif [asteria] signifie pour sa part "pierre précieuse" et peut également être mis en relation avec les taches blanches parsemant le corps de ce requin.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Chondrichthyes Chondrichthyens Squelette cartilagineux, deux nageoires dorsales et une anale (primitivement), nageoire caudale hétérocerque*, deux paires de nageoires paires, bouche disposée sur la face ventrale.
Sous-classe Elasmobranchii Elasmobranches Squelette des nageoires pectorales tribasal. Deux nageoires dorsales. 5 ou 6 paires de fentes branchiales et des spiracles.
Super ordre Euselachii Sélaciens Raies et requins.
Ordre Carcharhiniformes Carcharhiniformes Requins de fond.
Famille Triakidae Triakidés
Genre Mustelus
Espèce asterias

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