Corps long, fuselé, à section subcylindrique et de taille maximale de 45 cm
Tête longue au museau pointu
Épine à l’angle de l’opercule
Large bande noire médiane commençant derrière l’opercule et allant jusqu'au pédonctule caudal
Large motif noir et blanc en éventail prolongeant cette bande sur la caudale
Matajuel bleu, sans-culotte
Banded blanquillo, blue blanquillo, blue tilefish, eye of the sea, false whiting, sand tilefish, striped blanquillo (GB), Branquinho azul (Mozambique), Sand-teëlvis (Afrique du Sud)
Labrus latovittatus Lacepède, 1801
Oceanops latovittatus (Lacepède, 1801)
Taenianotus latovittatus (Lacepède, 1802)
Malacanthus taeniatus Valenciennes, 1839
Malacanthus urichthys Fowler, 1904
Mer Rouge et zones tropicales et subtropicales de l’océan Indien et des parties ouest et centre du Pacifique
Zones DORIS : ● Indo-Pacifique, ○ [Mer Rouge]On peut rencontrer cette espèce en mer Rouge et dans les zones tropicales et subtropicales de l’océan Indien et des parties ouest et centre du Pacifique.
Dans le Pacifique, sa distribution vers l’est s’étend jusqu’à Hawaï et aux îles Samoa et Tonga. Du nord au sud, on peut la trouver du sud du Japon à l’Australie et à la Nouvelle-Calédonie.
Malacanthus latovittatus nage au-dessus des fonds sableux, sablo-détritiques* ou graveleux proches des récifs ou dans les lagons. On peut le rencontrer de 1 à 65 mètres.
Description sommaire : le corps est fusiforme* avec une tête longue et un museau pointu. Sa couleur dominante est bleue, la partie ventrale est blanche. Une large bande noire médiane va de l’arrière de l’opercule* à la nageoire caudale. La base de la nageoire dorsale porte une bande grise à brun pâle, le reste est translucide. L’anale est translucide, les pectorales et les pelviennes sont bleutées. La caudale porte un large motif noir et blanc en éventail.
Description détaillée :
Le corps est long et fuselé, à section subcylindrique. Sa hauteur (mesurée à l’aplomb de la base du troisième rayon de la dorsale) entre de 5 à 6,5 fois dans sa longueur standard (longueur sans la queue). Sa taille maximale est de 45 cm ; la taille communément rencontrée est de 35 cm.
La partie antérieure du dos est généralement d’un bleu clair à violacé qui descend souvent jusqu’au-dessus de l’abdomen* et qui pâlit jusqu’au blanc bleuté en progressant sur la partie postérieure du dos. Ces couleurs sont grisées par un réseau dense de lignes et de tirets noirs très fins dessinant des motifs plus ou moins vermiculés. Ce réseau s’estompe et disparaît en descendant sur les flancs, et laisse place à une bande bleu clair à blanc bleuté qui borde une large bande noire médiane commençant derrière l’opercule et allant jusqu’à la nageoire caudale. Le premier tiers de cette bande est brouillé par un réseau dense de lignes et de tirets blancs. La partie ventrale est blanche à blanc bleuté. Chez certains individus le bleu est remplacé par une teinte olivâtre.
La tête est longue (elle entre de 3 à 4 fois dans la longueur standard), le museau est pointu. La bouche est largement fendue, ses commissures rejoignent l’aplomb des narines antérieures. Les lèvres sont très épaisses ; la lèvre supérieure couvre la mâchoire inférieure. Les yeux, à l’iris jaune pâle, sont relativement grands. L’angle de l’opercule porte une épine dont la pointe atteint l’aplomb de la base de la pectorale. La moitié inférieure de la tête est bleue, sa moitié supérieure est d’un gris bleuté à violacé. Une bande grisée verticale est discernable derrière la limite postérieure du préopercule*.
Les nageoires dorsale et anale sont longues. La taille de leurs rayons augmente progressivement dans leur premier tiers avant de régresser progressivement dans les deux derniers tiers. La base de la dorsale porte une large bande grise à brun pâle, le reste étant translucide. L’anale est translucide à bleu pâle. Les pectorales et les pelviennes sont bleutées. La caudale est tronquée à légèrement arrondie. Un large motif noir et blanc en éventail y prolonge la bande médiane noire présente sur les flancs. Ce motif, majoritairement noir, englobe une zone blanche de forme variable (souvent approximativement rectangulaire) dans sa moitié inférieure. La frange distale de la nageoire est translucide (sauf au niveau de la zone blanche, qui la couvre), de même que les rayons extérieurs de part et d’autre de cet éventail.
Pour la description des juvéniles, se reporter au paragraphe consacré à la reproduction.
La large bande noire médiane commençant derrière les opercules et allant jusqu’à la nageoire caudale chez l’adulte est suffisante pour qu’il ne puisse être confondu avec une autre espèce, y compris dans son propre genre.
En revanche, le juvénile peut être confondu avec ceux de quelques autres espèces (voir la description du juvénile dans la section consacrée à la reproduction) :
M. latovittatus se nourrit d’invertébrés benthiques* qu’il peut capturer à même le substrat* ou en le fouissant. Il peut aussi se nourrir de petits poissons.
Une étude réalisée en mer Rouge, en Nouvelle Guinée et en Indonésie (Clarke et Pohle, 1992) montre que du point de vue de la stratégie sexuelle, les malacanthes bleus sont monogames et que les couples restent unis en dehors des périodes de reproduction (ce qui définit la « monogamie sociale »). Mâles et femelles en couple ont rarement été observés à plus de dix mètres les uns des autres. Les couples étudiés partageaient des territoires ovales, dont la surface allait de 800 à 9000 m2 , établis en milieu corallien comprenant des zones sableuses. Ces territoires ont été observés entre 6 et 26 mètres de fond. Chacun contenait un abri creusé dans le sable sous une plaque de corail mort ou une pierre de bonne taille sur lesquelles étaient ensuite empilés des débris divers constituant un monticule.
Les accouplements ont lieu en fin de journée. La cour consiste en une nage côte à côte avant une montée rapide dans la colonne d’eau initiée par la femelle, à l’apex* de laquelle les gamètes* sont expulsés en pleine eau. Les larves* sont donc pélagiques*. Mâle et femelle se rejoignent pour la nuit dans leur abri peu de temps après. Ils peuvent boucher l’entrée de l’abri depuis l’intérieur avec du sable.
Description du juvénile : le corps du juvénile est plus élancé que celui des adultes, son museau est proportionnellement moins long, sa nageoire caudale est plus longue et nettement arrondie. Le dos est blanc avec une fine bande grisâtre qui part du museau, passe au milieu de l’espace interorbitaire et longe la base de la dorsale. La gorge est blanche, cette couleur pouvant s’étendre jusqu’à la partie inférieure de l’abdomen. Entre ces deux zones blanches se trouve une large bande noire qui part de la pointe du museau, traverse la moitié inférieure de l’œil et couvre les flancs en s’élargissant jusqu’à couvrir toute la partie inférieure du corps jusqu’à la nageoire caudale, dont elle couvre les deux tiers inférieurs. Le tiers supérieur de cette nageoire est marqué par un prolongement, incurvé vers le bas, de la bande blanche présente sur le dos, le reste étant translucide. La nageoire dorsale est translucide avec une ligne submarginale noirâtre, l’anale porte la même ligne submarginale dans son tiers antérieur, et devient progressivement noire dans les deux tiers restants. Les pectorales sont translucides, les pelviennes sont blanchâtres.
Avec la croissance du juvénile la zone grisâtre présente le long du profil dorsal s’élargit et fonce en laissant apparaître de petites taches claires, pendant que la bande noire rétrécit en largeur et que ce qui reste de la partie blanche du dos bleuit, préparant ainsi la livrée de l’adulte.
La dentition de M. latovittatus est composée de 28 à 31 canines sur la mâchoire supérieure et d’environ 30 canines sur la mâchoire inférieure. Des groupes de dents villiformes* sont présents au niveau de la symphyse mandibulaire (jonction des moitiés droite et gauche de chaque mâchoire).
Il vit en solitaire ou en couple. Quand il est inquiété, il peut fuir d’une nage rapide ou plonger la tête la première dans son abri, s’il en est proche. Sa nage est ondulante. Quand il repère une proie sur le substrat, il s’arrête brusquement en pleine eau et reste quelques instants en nage stationnaire avant l’attaque.
Les adultes sont ordinairement prudents, mais en couple et dans certaines situations l’un des individus peut s’approcher de l’observateur et développer un comportement ritualisé complexe qui semble viser l’intimidation. Ce comportement consiste en l’alternance de charges rapides avec arrêts brusques et nage stationnaire en pleine eau, de profil en position oblique ou de face, à moins de deux mètres de l’observateur, en nages sur le flanc au ras du substrat et en nages exagérément ondulantes à la même distance de l'observateur. Il se pourrait que ce comportement soit déclenché par une présence indésirable sur une frontière du territoire.
Malacanthus latovittatus est la seule espèce de son genre à pratiquer la monogamie sur un territoire étendu et réservé au couple : M. plumieri et M. brevirostris, les deux autres espèces du genre, forment des colonies et des harems.
La dorsale comprend de 3 à 4 rayons durs et de 43 à 47 rayons mous, l’anale comprend 1 rayon dur et de 37 à 40 rayons mous. Les pectorales ont 16 ou 17 rayons. La ligne latérale* est continue ; elle commence derrière l’extrémité supérieure de l’opercule, légèrement au-dessus de la pointe de l’épine qui l’arme, puis elle dessine une courbe au-dessus de la nageoire pectorale et descend vers l’axe médian du corps pour rejoindre le pédoncule* caudal. Elle comprend de 116 à 132 écailles perforées. La tête porte environ 120 pores céphaliques (une soixantaine de chaque côté), qui participent, avec la ligne latérale, au maintien de l’équilibre et à la perception des vibrations dans l’eau.
La famille des Malacanthidés est divisée en deux sous-familles : les Latilinés, groupant les genres Branchiostegus, Caulolatilus et Lopholatilus, et les Malacanthinés, groupant les genres Hoplolatilus et Malacanthus.
Certains auteurs soupçonnent chez le juvénile de M. latovittatus une stratégie d’imitation de la livrée du juvénile de Labroides dimidiatus. Ce qui lui permettrait de profiter de la protection que le statut de poisson nettoyeur confère à son modèle. Ces juvéniles sont d’ailleurs connus pour n’être pas farouches et s’approcher des plongeurs, comme le font les labres nettoyeurs.
M. latovittatus n’est pas évalué par l’UICN*.
L’espèce a été mise à l’honneur par un timbre tanzanien en 1991.
Malacanthe bleu : le premier mot est une adaptation française du nom de genre latin (voir sa signification dans « origine du nom scientifique »). Quant à l'épithète bleu, c'est la couleur dominante de la tête et du dos du poisson.
Malacanthus : nom composé des mots grecs [malakos], qui signifie « précieux, doux, mou, sans vigueur », et [akantha], qui signifie « piquant, épine ». Le genre est créé par Cuvier en 1829, dans Le Règne Animal, distribué d'après son organisation, pour servir de base à l'histoire naturelle des animaux et d'introduction à l'anatomie comparée (volume 2, page 264). L’auteur ne motive pas explicitement le choix du nom du genre mais il précise dans sa courte description « leur longue dorsale n’a qu’un très petit nombre d’épines minces et flexibles en avant ». Il est probable que c’est cette particularité des rayons durs de la nageoire dorsale qui justifie le nom du genre, qui signifierait donc « aux rayons durs non rigides ».
Le genre contient actuellement trois espèces acceptées.
latovittatus : mot composé des mots latins [latus], qui signifie, s’agissant d’êtres vivants, « flanc », et [vittatus], qui signifie « orné de bandelettes, ou de rubans ». Lacépède décrit l’espèce dans le volume 3 de l’Histoire naturelle des poissons (page 455) sous le nom scientifique de Labrus latovittatus et le nom commun de « labre large-raie ». Il note dans sa description : « une raie longitudinale, large et droite, depuis la base de chaque pectorale jusqu’à la caudale ». C’est donc la large bande noire, évoquant un ruban, présente sur les flancs de l’espèce que dénote l'épithète spécifique.
L’espèce est décrite d’après les manuscrits de Commerson. La localité du type* est inconnue.
Termes scientifiques | Termes en français | Descriptif | |
---|---|---|---|
Embranchement | Chordata | Chordés | Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés. |
Sous-embranchement | Vertebrata | Vertébrés | Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux. |
Classe | Actinopterygii | Actinoptérygiens | Ossification du crâne ou du squelette tout entier. Poissons épineux ou à nageoires rayonnées. |
Ordre | Perciformes | Perciformes | Nageoires pelviennes très rapprochées des nageoires pectorales. |
Famille | Malacanthidae | Malacanthidés | |
Genre | Malacanthus | ||
Espèce | latovittatus |
Fusiforme
Le malacanthe bleu est un poisson long et fuselé, avec une tête particulièrement longue et pointue.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
20/06/2014
Vue de dos
Cette vue plongeante permet de mieux examiner le réseau de lignes et de tirets noirs dessinant des motifs plus ou moins vermiculés sur le dos du poisson.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
21/07/2016
Epine operculaire
Les opercules sont armés d’une épine au-dessus de leur angle postérieur.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
04/07/2012
Couple
Les partenaires d’un couple ne sont jamais très loin l’un de l’autre, même en dehors des périodes de reproduction.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
01/08/2012
Juvénile
Le juvénile est blanc et noir. Il est plus élancé que l’adulte, son museau est proportionnellement plus court et sa nageoire caudale proportionnellement plus longue.
La Réunion (974), océan Indien, 13 m
21/02/2011
Au ras du substrat
Le malacanthe bleu est un nageur élégant et habile, qui peut nager à bonne vitesse au ras du substrat entre divers obstacles.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
10/11/2018
Alimentation
M. latovittatus se nourrit d’invertébrés benthiques* qu’il capture sur le substrat ou dans une anfractuosité. Il peut aussi fouir un substrat sableux pour attraper une proie qui s'y serait enfouie.
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
01/08/2012
Comportement d’intimidation ?
Il arrive que l’un des membres d’un couple développe un comportement complexe qui semble viser à intimider l’observateur.
Ce comportement présente toujours les mêmes figures, exécutées à proximité de l’intrus : après une charge rapide, arrêt brusque et nage stationnaire de face (A) ou de profil en position oblique (B), nages sur le flanc au ras du substrat (C) et nages exagérément ondulantes (D).
Lagon de l'Ermitage, La Réunion (974), océan Indien, 1,5 m, en PMT
Philippe BOURJON
Elisabeth MORCEL
2020
Distribution : en mer Rouge
Contrairement à ce qui se passe pour certaines espèces, il n’y a pas d’espèce-sœur de mer Rouge pour M. latovittatus : c’est la même espèce que l’on trouve de la mer Rouge à Hawaï ou aux Tonga.
Marsa Shagra, Egypte, mer Rouge, 16 m
13/10/2008
Distribution : à Mayotte
Cette espèce est présente dans la grande majorité des territoires français du domaine indo-Pacifique : Mayotte, les Iles Éparses, La Réunion, la Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna et la Polynésie française.
Passe en S, Mayotte (976), océan Indien, 10 m
11/11/2011
Distribution : à Bali
Cet individu a été photographié à Bali non loin de l’épave du cargo américain Liberty, torpillé par les Japonais en janvier 1942 et finalement échoué sur une plage au large de Tulamben faute de pouvoir être remorqué plus loin par des bâtiments alliés. C’est une éruption volcanique qui a ramené l’épave à la mer en 1963.
Épave de l'US Liberty, Bali, Indonésie, océan Indien, 15 m
12/2012
Distribution : à Komodo
Cet individu a été observé au large de la petite île indonésienne de Komodo, à moins de 500 km à l’est de Bali.
Gili Lawa channel, île de Komodo, Indonésie, océan Indien, 20 m
06/08/2016
En timbre
La poste de Tanzanie a émis, en 1991, une série de sept timbres qui célébraient quelques espèces de poissons. Et parmi eux, Malacanthus latovittatus.
Reproduction de timbres
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Rédacteur principal : Philippe BOURJON
Vérificateur : Alain-Pierre SITTLER
Responsable régional : Alain-Pierre SITTLER
Araga C., 1969, Young form of the rare coral fish, Malacanthus latovittatus (Lacépède) from Tanabe Bay, Publications of the Seto Marine Biological Laboratory, 16 (6), 405-410.
Baird T.A., Liley N., 1989, The evolutionary significance of harem polygyny in the sand tilefish, Malacanthus plumieri: resource or female defence?, Animal Behaviour, 38, 817–829.
Clark E., Pohle J.F., 1992, Monogamy in tilefish, Malacanthus latovittatus, compared with polygamy in related species, National Geographic Research and Exploration, 8, 276–295.
Clark E., Pohle J.F., Halstead B., 1998, Ecology and behavior of tilefishes, Hoplolatilus starcki, H. fronticinctus and related species (Malacanthidae): non-mound and mound builders, Environmental Biology of Fishes, 52, 395–417.
Dooley J.K., 1978, Systematics and biology of the tilefishes (Perciformes: Branchiostegidae and Malacanthidae) with descriptions of two new species, NOAA Technical Report, NMFS Circular, 411, 1-78.
Dooley J.K., 1984, Malacanthidae, In: W. Fischer and G. Bianchi (eds.) FAO species identification sheets for fishery purposes, Western Indian Ocean (Fishing area 51), Vol. 3, FAO, Rome.
Whiteman E.A., Côté I.M., 2004, Monogamy in marine fishes, Biological Reviews, 79, 351-375.
La page de Malacanthus latovittatus sur le site de référence de DORIS pour les poissons : FishBase