Ellobie blanche

Leucophytia bidentata | (Montagu, 1808)

N° 5118

Atlantique Nord-Est et Méditerranée

Clé d'identification

Petite coquille (jusqu'à 6 mm de long) très solide, blanchâtre
Spire courte, coquille avec 5-6 tours de spire
Ouverture en forme d'oreille avec deux plis sur la columelle mais sans excroissances ni denticules sur la lèvre externe
Animal blanc avec des yeux noirs à la base des tentacules courts et aplatis
Face ventrale du pied divisé par un sillon transversal antérieur

Noms

Noms communs internationaux

Two-toothed white snail (GB), Zweizahn-Küstenschnecke (D), Wit muizeoortjewit, muizenoortje, wit muizenoortje (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Voluta bidentata Montagu, 1808
Alexia bidentata (Montagu, 1808)
Auriculinella bidentata (Montagu, 1808)
Voluta alba W. Turton, 1819
Auricula erosa Jeffreys, 1830
Auricula micheli Mittre, 1841
Ovatella micheli (Mittre, 1841)
Alexia (Leuconia) micheli (Mittre, 1841)
Auricula bivonae Philippi, 1844
Alexia paivana Pfeiffer, 1866
Alexia kobelti Caruana, 1890

Distribution géographique

Atlantique Nord-Est et Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Leucophytia bidentata est présente aux Pays-Bas (avec une observation plus au nord sur l’île d’Heligoland en Allemagne), en Irlande, sur les côtes méridionales de la Grande-Bretagne jusqu'à l’Espagne (archipel des Canaries compris) et au Portugal et les archipels de Madère et des Açores. Elle est également présente en Méditerranée, dans le nord du bassin occidental (de l'Espagne à la Sicile) et dans le bassin oriental (de la Tunisie à l'ouest de la Turquie).

Biotope

Cette espèce de gastéropode aquatique vit principalement hors de l’eau (elle est donc amphibie), en haut de l’estran* (partie haute du médiolittoral* et dans le supralittoral*). Elle préfère les zones abritées rocheuses dans les crevasses et les fissures, voire sous les pierres ensablées ou sous des débris végétaux.
Cette espèce évite la lumière et est très active dans un environnement humide. Elle peut tolérer des salinités plus élevées que Myosotella myosotis.

Description

Leucophytia bidentata possède une petite coquille blanche (parfois roux très clair) brillante, opaque, assez solide. De forme ovoïde ou fusiforme, elle peut mesurer jusqu’à 6 mm de longueur pour 3 à 3,5 mm de largeur avec 5 à 6 tours à peine convexes. De fines stries longitudinales sont visibles au-dessous de la suture*. L’ouverture est ovalaire, étroite, aiguë en haut, arrondie en bas. Elle mesure entre la moitié ou les deux-tiers de la hauteur totale. Le péristome* est simple. Le bord columellaire* présente deux plis blancs bien développés en forme de dent. Celui près de la base est petit, l’autre est plus marqué. Il n’y a pas d’ombilic*.

L’animal est blanc translucide. Les tentacules* à base renflée sont courts et aplatis. Vus de dessus, ils ont un contour triangulaire. Les yeux noirs sont situés derrière la base des tentacules. En avant de la tête, il y a 2 lobes arrondis. Le pied tronqué à l’avant est, sur sa face ventrale, divisé à son tiers antérieur par un sillon transversal.

Espèces ressemblantes

Myosotella myosotis : cette espèce est présente dans la partie haute des estrans* (supralittoral*) rocheux ou vaseux des baies abritées et des estuaires, dans les zones herbeuses des prés-salés sur la côte. On la trouve sur la boue entre les plantes, sous du bois flotté, des pierres ou des algues échouées. Elle possède une coquille ovale de 7 à 8 tours et est longue de 8 à 12 mm, d’une couleur brun fauve plus ou moins foncé. Son ouverture présente trois plis (voire plus) du côté de la columelle. Le bord externe (péristome*) peut porter des dents (il s’agit alors de Myosotella denticulata).
L’animal est beige à gris, les tentacules sont plus longs avec les yeux noirs disposés entre les bases des tentacules. Il n’y a pas de sillon transversal sur la face inférieure du pied.

Alimentation

Ce mollusque se nourrit de débris végétaux et autres débris organiques ainsi que de diatomées* accumulées par les embruns (éclaboussures des vagues).

Reproduction - Multiplication

Comme les autres Ellobiidés, Leucophytia bidentata est hermaphrodite* protandre*. La maturité sexuelle est atteinte à la fin de la deuxième année. La reproduction se déroule en deux phases, d’abord une production de sperme* d’août à décembre (les spermatozoïdes* sont stockés dans une structure spécialisée), puis l’ovogenèse* s’effectue de janvier à juin. La copulation n’a pas été encore observée mais la fécondation est certainement croisée. La ponte a lieu de mai à septembre. Chaque œuf (de 0,6 à 0,7 mm de diamètre) est contenu dans une capsule ovoïde. Les capsules sont collées en une masse irrégulière d’environ 4 mm de diamètre contenant 18 à 24 capsules, dans les fissures et crevasses des rochers. Plusieurs individus pondent ensemble. Le développement est direct (la larve* dans l’œuf possède une coquille embryonnaire*, un vélum* et un opercule*). Les juvéniles éclosent après 14 à 16 jours de développement. Ils sont identiques aux parents mais de petite taille. L’opercule tranchant fin et corné aide à l’éclosion puis il est perdu.

Vie associée

Les niveaux supérieur et moyen de l'estran abritent selon les endroits une population dense de balanes, parmi lesquelles Chthamalus stellatus domine. Les coquilles de balanes vides et les petits creux et fissures abondants abritent une population de mollusques gastéropodes dont l'ellobie blanche, et notamment Otina ovata, Melarhaphe neritoides, Cingula trifasciata et d'abondants jeunes de Littorina saxatilis. La faune associée comprend aussi le collembole Anurida maritima, l'isopode Campecopea hirsuta, l'amphipode Orchestia gammarellus et le petit bivalve Lasaea rubra ainsi que des acariens (Hydrogamasus spp.).

Divers biologie

Cette espèce peut être immergée, mais elle possède un poumon (elle appartient au super-ordre des Eupulmontata = vrai poumon). Ce poumon est formé par la cavité palléale* richement vascularisée qui lui permet ainsi d'utiliser le dioxygène atmosphérique. Elle ne possède pas de branchie.

Informations complémentaires

Cette espèce a un développement direct et donc pas de phase larvaire* planctonique* qui permettrait une large dissémination. Ainsi elle ne peut pas coloniser des sites éloignés. Le mécanisme de dispersion pourrait s’effectuer par flottage ou par zoochorie* (dissémination par l’intermédiaire d’un animal). Dans ce cas les oiseaux s’alimentant dans le milieu de vie de Leucophytia bidentata pourraient participer à cette dissémination comme le tournepierre à collier Arenaria interpres, le pipit maritime Anthus petrosus, l'huitrier pie Haematopus ostralegus, le courlis cendré Numenius arquata et le goëland argenté Larus argentatus.

Aux Pays-Bas, Leucophytia bidentata a été observée en de nombreux endroits dans les années soixante. Une recherche entre 2000 et 2015 dans ces mêmes endroits a montré une importante disparition de cette espèce clairement liée aux travaux de défense côtière contre la submersion, à l'origine du remplacement de l’eau de mer par de l’eau douce et donc la destruction de son habitat.

Réglementation

Cette espèce est classée par l’UICN* (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) dans la catégorie Least concern (soit L.C.). Cette catégorie comprend les espèces qui ne sont pas menacées à l’heure actuelle. Les autres catégories sont : en danger critique, en danger, vulnérable ou quasi menacée.

Origine des noms

Origine du nom français

Ellobie blanche, cette espèce appartient à la famille des Ellobiidés et elle est de couleur blanche.

Origine du nom scientifique

Leucophytia : ce nom de genre créé par Winckworth en 1949, du grec [leuco] = blanc et de Phytia, ce dernier est un nom de genre de mollusques gastéropodes pulmonés. Phytia est une erreur de transcription par Gray (1800-1875) du nom de genre Pythia créé par Röding en 1798 sans explication (on trouve également Phitia et Phythya par d'autres auteurs). Toutefois Pythia est le nom grec de la Pythie (l'oracle du temple d'Apollon à Delphes).

bidentata : du latin [bi] = deux et du latin [dentata] = denté, donc à deux dents. Montagu qui a donné ce nom d’espèce en 1808 n’a pas donné d’explication. Mais les deux reliefs présents sur la columelle correspondent aux deux dents.

Ellobiidé : ce nom de famille est dérivé du nom de genre Ellobium créé par Röding en 1798 (sans explication). Ellobium vient du grec [ellobion] = boucle d’oreille.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Heterobranchia (ex. Pulmonata +...) Hétérobranches (ex. Pulmonés +...)

Les Hétérobranches comprennent l'ancien groupe des Pulmonés (non valide) qui était définit comme ceci : cavité palléale transformée en poumon communiquant avec l'extérieur par un orifice, le pneumostome.

Super ordre Eupulmonata

Taxon qui inclut les "vrais pulmonés". Groupe à coquille spiralée, souvent modifiée ou absente. Yeux à la base des tentacules. Orifice respiratoire contractile sur le côté du corps. Pas d’osphradie ni de branchie vestigiale dans la cavité palléale. Animaux principalement terrestres

Ordre Ellobiida
Famille Ellobiidae Ellobiidés

Les Ellobiidés sont des gastéropodes pulmonés primitifs qui sont caractéristiques de la faune des mollusques des zones supralittorales des mangroves des régions tropicales et des marais salants des régions tempérées.

Genre Leucophytia
Espèce bidentata

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