Hydractinie hérissée

Hydractinia echinata | (Fleming, 1828)

N° 256

Mer du Nord, Manche, océan Atlantique Nord (Est et Ouest) , Méditerranée (douteux, à confirmer)

Clé d'identification

Sur une coquille occupée par un pagure
Ou en encroûtement sur un substrat dur exposé aux courants
Encroûtement brunâtre ou mousse rosâtre
Des polypes différenciés

Noms

Autres noms communs français

Hydraire encroûtant, drap marin, fourrure d'escargot (Québec)

Noms communs internationaux

Rough hydroid, hedgehog hydroid, snailfur (GB), Stachelpolyp, Hydraktinie (D), Hidrozoo aspero (E), Ruwe zeerasp (NL), Hidraria rugosa (P), Grov hydroide (N) (soit hydraire rugueux !)

Distribution géographique

Mer du Nord, Manche, océan Atlantique Nord (Est et Ouest) , Méditerranée (douteux, à confirmer)

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Atlantique Nord-Ouest

Côtes est de l'Atlantique Nord de la Norvège jusqu'au Maroc, et côtes ouest de l'Atlantique Nord du Labrador jusqu'au golfe du Mexique.

Les signalements en Méditerranée sont douteux, il pourrait s'agir d'une autre espèce d'Hydractinie (voir Worms)

Biotope

Pour les colonies encroûtant des coquilles hébergeant des pagures, zone de balancement des marées (plutôt les bas niveaux), aussi bien sur les plages que sur les rochers, jusqu'à 30 mètres de profondeur.
Les colonies qui recouvrent de grandes surfaces vivent dans l'infralittoral (en dessous de la zone de balancement des marées) et exposées à d'importants courants (de marée par exemple).
Les planules de cet hydraire ne se fixeraient que sur des objets se déplaçant rapidement ou soumis à des courants importants, les coquilles contenant des Mollusques se déplaçent trop lentement. Si on enlève le pagure de sa coquille, les dactylozoides dégénèrent et disparaissent selon des auteurs.

Description

Cet hydraire est principalement commensal de Pagurus bernhardus (Linnaeus, 1758).
La coquille (Buccin, Pourpre, Gibbule, Natice) occupée par le Pagure est alors de couleur brunâtre avec un revêtement en général rose formé de petits polypes* centimétriques. La coquille peut être entièrement ou partiellement recouverte. Les polypes sont issus d'un encroûtement de 2 à 3 mm d'épaisseur fixé au support. C'est un enchevêtrement serré de petits tubes (hydrorhizes*) d'où s'élèvent les polypes.
Sur les autres supports la colonie peut recouvrir des surfaces importantes (dm²) mais la structure est la même. La colonie est souvent lisse mais toutefois on peut observer des colonies présentant de petits mamelons portant des polypes nourriciers.

On distingue plusieurs types de polypes :
• Des gastérozoïdes* (gastéro = estomac, zoïde = animal) :

  • Les plus nombreux, les plus grands (jusqu'à 13 mm) blanchâtres ;
  • Ils portent des tentacules filiformes (avec une bonne loupe on peut observer deux couronnes de tentacules, une couronne supérieure avec 8 longs tentacules et une couronne inférieure avec 8 courts tentacules);
  • Une bouche au sommet conique du polype.
  • Ce sont les polypes nourriciers de la colonie.
• Des gonozoïdes* (gono = reproduction):
  • Plus petits que les précédents, avec quelques tentacules terminaux trapus peu visibles ;
  • Ils portent un anneau de 3 à 6 sacs (des gonophores) jaunes à blanchâtres pour les mâles et roses pour les femelles. Les colonies sont mâles ou femelles ;
  • Ils ne portent pas de bouche ;
  • Ce sont les polypes reproducteurs.
• Des dactylozoïdes* (dactylo = doigt) :
  • Ils sont également longs, minces, blancs, actifs, enroulés en spirale et plutôt sur le bord de la colonie (selon certains auteurs) ;
  • Ils n'ont pas de bouche ni de tentacules mais leur extrémité porte des boutons bourrés de cellules urticantes ;
  • Ce sont des polypes défenseurs.

La croûte basale de la colonie de 3 mm d'épaisseur porte des épines chitineuses* coniques d'environ 2 mm de hauteur aux arêtes dentelées dispersées parmi les polypes. Ils assureraient la protection des polypes qui se rétractent quand ils sont inquiétés. Ces épines sont responsables de la forte rugosité de la colonie.

Les polypes polymorphes de cette espèce montrent une différenciation morphologique et physiologique permettant une division des activités au sein de la colonie.

Espèces ressemblantes

Hydractinia fucicola (M. Sars, 1846) sur des hydrocaules de Tubularia sp., les polypes sont plus petits,

Podocoryne carnea M. Sars 1846 plus pâle sur les coquilles de nasses (Nassarius reticulatus), les polypes nourriciers sont plus petits (5 mm) et possèdent plus de tentacules, les polypes reproducteurs encore plus petits portent quelques tentacules,

Hydractinia allmani Bonnevis, 1898 sur les coquilles de gastéropodes en mer du Nord et plus au nord.

Alimentation

Les colonies fixées sur les coquilles abritant des pagures « profiteraient » (selon de nombreux auteurs) des reliefs des repas du crustacé.

Les colonies qui recouvrent de grandes surfaces sur les épaves par exemple sont toujours dans des zones exposées aux courants et donc s'alimenteraient par la capture du plancton* et de la matière organique en suspension.

En fait toutes les colonies s'alimenteraient en capturant tout ce qui est comestible et qui passe à proximité des polypes nourriciers (gastérozoïdes) ; la présence des pagures augmenterait les possibilités, grâce aux déplacements de celui-ci.

Reproduction - Multiplication

Les sexes sont séparés (colonies mâles ou femelles). Les polypes reproducteurs (gonozoïdes) portent 3 à 6 sacs (gonophores) qui sont des bourgeons médusaires dégénérés.

Il n'y a pas de méduses libres. Ce sont les planulas* qui se fixent sur le support.

Les œufs de 160 à 170 µm de diamètre de couleur verdâtre contiennent des réserves. Leur développement, en laboratoire, dépend d'une exposition à la lumière après quelques heures d'obscurité. Le développement embryonnaire de cette espèce a été bien étudié par de nombreux travaux.

Comme il s'agit d'une colonie de polypes, ceux-ci se multiplient par bourgeonnement (« reproduction asexuée ») pour recouvrir le support.

Vie associée

Pour certains l'association « Hydractinia echinataPagurus bernhardus » est à bénéfices réciproques. En effet, d'une part, grâce à leurs cellules urticantes, les hydractinies protègeraient le pagure en éloignant leurs ennemis. D'autre part, elles profiteraient des reliefs des repas du crustacé.
Pour d'autres il s'agit plutôt de commensalisme (cum : avec, mensa : table) l'un des partenaires bénéficie de l'autre sans lui nuire (l'hydractinie est transportée et profite des déchets de ce que mange le pagure).
Cependant, bien que très fréquente, cette association n'est pas nécessaire à la survie des deux espèces.
Les pagures peuvent habiter des coquilles dépourvues d'hydractinies et les polypes savent s'adapter à des supports les plus divers (bryozoaires, rochers, morceaux de bois…) mais certaines conditions doivent être respectées (voir la rubrique biotope).

Cuthona nana (Alder & Hancock, 1842) est un petit nudibranche qui se nourrit exclusivement d'Hydractinia echinata. Il pond ses œufs sur la colonie.
Cette association Pagurus bernhardus-Hydractinia echinata-Cuthona nana semble propre à l'Atlantique Nord-Est. Toutefois des associations homologues sont observées dans l'Atlantique Nord-Ouest (pagure-Hydractinia symbiolongicarpus-Cuthona divae) et dans l'Indo-Pacifique (par exemple dans le golfe de Californie au Mexique une association Decipifus californicus ou Nassarius sp. avec un hydrozoaire hydractinide et Anetarca armata est citée par Behrens 2005).

Divers biologie

Comme tout cnidaire présence de cellules urticantes,
Consommé exclusivement (?) par Cuthona nana (Alder & Hancock, 1842),
La colonie peut s'accroître autour de l'ouverture de la coquille et ainsi suivre la croissance du pagure qui n'est plus obligé de changer de coquille. La colonie produit un tube (façonné par l'intérieur par le pagure) qui prolonge la coquille préexistante. L'enroulement en spirale initial de la coquille n'est alors plus parfaitement conservé. La section interne du tube prend souvent une forme triangulaire.
Neanthes fucata (de Savigny, 1818) (annélide polychète, anciennement Nereis fucata) est parfois présente dans la coquille occupée par le pagure.

Informations complémentaires

Les Hydractinia fournissent un bon matériel d'étude pour les biochimistes et les généticiens (nombreux documents et articles sur internet en tapant Hydractinia echinata).

Origine des noms

Origine du nom français

Hydraire encroûtant car il est toujours sur des coquilles de gastéropodes occupées par un pagure ou sur des substrats durs,
Drap marin essentiellement dans les ouvrages belges, probablement parce que cette espèce peut recouvrir des tuyaux, des morceaux de tôles sur les épaves et selon certains ouvrages, des rochers, des morceaux de bois et des bryozoaires (Sheridan & Massin) ce qui leur donne un aspect velouté rose,
Hydractinie est la francisation d'Hydractinia.

Origine du nom scientifique

Hydractinia (créé par van Beneden en 1844) : Hydra + actinia: Hydra = nom mythologique (Hydre de Lerne) + Actinia = rayon, anémone de mer, (probablement en référence aux polypes de l'Hydre d'eau douce).
echinata = épineux, hérissé de piquants : la colonie est rugueuse (épines chitineuses).

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Cnidaria Cnidaires

Organismes aquatiques (marins pour la plupart) libres ou fixés, carnivores, principalement à symétrie radiaire, caractérisés par des cellules urticantes : les cnidocytes. Deux morphologies principales : le polype et la méduse. La larve est une planula.

Classe Hydrozoa Hydrozoaires Cnidaires dont le cycle de vie est alterné, mais de façon inconstante, par deux phases différentes : le polype et la méduse. Présence d’un velum dans la méduse (dite craspédote), gonades ectodermiques, perte des septes, perte des cnidocytes endodermiques. Coloniaux ou solitaires. Quelques espèces d’eau douce.
Sous-classe Hydroidolina Hydroïdes Hydrozoaires dont le cycle de vie présente toujours une phase polype.
Ordre Anthoathecata Anthoathécates

Hydraires dont la phase polype est dépourvue de thèques protectrices rigides. Phase polype presque exclusivement benthique, quelques espèces tropicales sécrétant un exosquelette calcaire (coraux de feu). Méduse avec ombrelle haute possédant des ocelles, les gonades se développent autour du manubrium.

Sous-ordre Filifera Filifères Hydroïdes coloniaux, tentacules des polypes filiformes, anthoméduses, quelques espèces sécrètant un squelette calcaire (Hydrocoralliaires).
Famille Hydractiniidae Hydractiniidés
Genre Hydractinia
Espèce echinata

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