Coquille lourde et massive
6 digitations trapues et recourbées
Longueur moyenne de la coquille entre 80 et 320 mm
Dimorphisme sexuel apparent
Face dorsale bosselée
Couleur de la coquille blanchâtre à crème avec de nombreuses taches marron
Opercule corné en forme de faux
Six doigts, ptérocère chiragre, ptérocère rugueux
Chiragra spider conch (GB), Chiragra-Spinnenschnecke, Großer Bootshaken (D)
Strombus chiragra Linnaeus, 1758
Harpago chiragra chiragra (Linnaeus, 1758) - Forme nominale remplacée
Lambis chiragra (Linnaeus, 1758)
Lambis (Harpago) chiragra (Linnaeus, 1758)
Pterocera chiragra (Linnaeus, 1758)
Lambis harpago Röding, 1798
Lambis undulata Röding, 1798
Pterocera kochii Freyer, 1855
Bothrodon pridii Kerr, 1926
Océan indien, Océan Pacifique
Zones DORIS : ● Indo-PacifiqueCette espèce commune est présente dans l’océan Indien des côtes orientales de l’Inde jusqu’aux Philippines ainsi que dans l’océan Pacifique : archipels de Mélanésie, au nord de l’Australie, et dans toute la Polynésie française.
Elle est absente des côtes orientales de l’Afrique, où elle est souvent confondue avec Harpago arthriticus.
Harpago chiragra se rencontre dès les premiers mètres sous le niveau de la mer jusqu’à l’étage infralittoral*. Il est possible de l'apercevoir parfois dans les mares de l’estran à marée basse. Il préfère les fonds de sable grossier ou de débris coralliens et vit parmi les algues ou les phanérogames marines.
Les expansions de sa coquille lui permettent de rester plus facilement à la surface du substrat.
Le strombe-araignée chiragre possède, à l’état adulte, une coquille lourde et massive. Approximativement en forme de main, elle donne naissance à 6 digitations trapues et recourbées. On notera que les juvéniles sont dotés d’une coquille fine et légère, dépourvue de digitations. La longueur totale de la coquille est d'environ 90 et 320 mm selon le sexe. En effet, comme chez beaucoup de strombidés, on remarque un dimorphisme* sexuel, la femelle étant plus grande que le mâle. Autre caractéristique remarquable de cette famille, la présence d’une encoche en forme de U, dite stromboïde, située à la base de la coquille près de la sixième digitation. Elle permet à l’animal, qui possède des yeux très perfectionnés, d’y coulisser son pédoncule* oculaire afin d’avoir un champ de vision plus large.
La face dorsale de la coquille présente 6 à 7 gros tubercules arrondis donnant cet aspect bosselé. Les 2 derniers sont plus grands et fusionnés entre eux. Cette face supérieure est d’aspect mat.
L’ouverture est pourvue d’une surface lisse, brillante ; sa couleur est blanche et rose ou orange plus ou moins foncé. La columelle* est lisse. La callosité columellaire forme un rebord bombé sur le côté gauche.
L'animal dispose d’un opercule* corné en forme de faucille qui ferme l’ouverture de la coquille et permet à l’animal de se déplacer assez rapidement avec un mouvement caractéristique de sauts.
Sa radula* taenioglosse* possède une dent centrale, bordée de chaque côté d’une dent latérale et de deux dents marginales.
La morphologie très développée de la coquille traduit une stratégie de protection et de stabilisation sur substrats meubles.
En Indo-Pacifique, aucune autre espèce, en dehors de son proche « cousin » Harpago arthriticus, ne combine une coquille aussi massive, six digitations trapues et un opercule en forme de faucille.
Harpago arthriticus (Röding, 1798) : le strombe-araignée de l'Indo-Pacifique est proche de son cousin de Madagascar. Ce dernier possède une columelle et un labre avec des stries noires et il est absent de l’océan Pacifique.
Harpago rugosus (G. B. Sowerby II, 1842) : cette espèce est endémique* de Madagascar. Les stries columellaires noires couvrent une grande partie de l’intérieur de la coquille.
Lambis crocata (Link, 1807) : de taille plus petite (environ 110 mm), sa coquille possède sept longues digitations recourbées. L’ouverture est de couleur orange et dépourvue de plis noirs.
Lambis lambis (Linnaeus, 1758) : sa coquille est biconique et porte 7 digitations plus courtes. L'intérieur de la coquille est lisse et brillant. Bien camouflé il est plus difficile à observer car le côté externe de la coquille est recouvert de petites algues qui accumulent de fins sédiments.
Lambis robusta (Swainson, 1821) : sa taille est plus petite et la coquille possède sept digitations assez courtes et courbes. Cette espèce est endémique de Polynésie.
Lambis scorpius (Linnaeus, 1758) : il possède 7 digitations noueuses et l'épine située dans l'axe de la columelle ne tourne dans le même sens. Il vit dans les océans Indien et Pacifique.
L’identification fiable repose principalement sur le nombre, la forme
et l’orientation des digitations, ainsi que sur l’ornementation interne
de l’ouverture.
Harpago chiragra est une espèce herbivore qui se nourrit principalement d’algues, de phanérogames marines et de débris organiques.
Sa radula* est adaptée et permet de transpercer les cellules des algues et phanérogames* sous-marines.
Chez cette espèce gonochorique*, le mâle possède un pénis bien développé. Si l’accouplement a lieu le plus souvent entre deux individus, on a déjà observé deux, voire trois strombes mâles auprès d’une femelle en train de pondre. Après fécondation* interne, la femelle dépose sur le substrat* une ponte filamenteuse à l’allure de spaghettis qui contient entre 100 000 et 500 000 œufs microscopiques enveloppés dans une gaine remplie d’une épaisse gelée.
Les embryons* se développent en une larve* planctonique* trochophore* pourvue d'une petite coquille spirale operculée et d'un voile cilié qui nage librement. Cette dernière se transforme en larve véligère* caractérisée par une couronne ciliée, le velum*, servant à la locomotion, avant de se déposer sur le fond (phase benthique*) et de devenir un jeune strombe en tout point identique aux adultes.
La longue phase planctonique assure une large dispersion de l’espèce.
La coquille de Harpago chiragra est souvent envahie par des algues encroûtantes qui lui constituent ainsi un camouflage.
Cette épibiose* contribue aussi à son camouflage vis-à-vis des prédateurs.
Harpago chiragra est une espèce à la vie nocturne marquée. Pendant la journée, ce strombe reste immobile à l’intérieur de la protection que lui donne son épaisse et robuste coquille. La nuit, grâce à sa sole* pédieuse musclée et à son opercule*, il se déplace dans les zones sablonneuses à la recherche de sa nourriture.
Comme chez les autres strombidés, la croissance s’arrête brutalement après la maturité sexuelle.
La coquille du strombe-araignée chiragre est pourvue de six appendices puissants, elle a autrefois été utilisée par certaines populations locales comme arme dangereuse dans les combats au poing (Grzimek & Fontaine 1973).
Aujourd’hui, l’espèce est surtout recherchée pour sa valeur esthétique et de collection.
Strombe-araignée : du grec [strombos] signifiant toupie, coquille conique et araignée pour les digitations qui font penser à des pattes.
chiragre : qui a la goutte aux mains, douleur dans les mains. On parle aussi de chiralgie.
Harpago : du grec ancien [harpázô] = rapace, griffes, harpon. Les digitations recourbées ressemblent aux griffes d’un rapace.
Ce nom de genre a été attribué par le malacologue suédo-danois Otto Andreas Lawson Mørch (1828-1878).
chiragra : du grec ancien [kheirágra] = goutte aux mains. Cette maladie due à l’inflammation des articulations provoque des déformations de certains membres. Les nodosités sur le dos de la coquille et les 6 griffes font penser à cet état.
Numéro d'entrée WoRMS : 564725
| Termes scientifiques | Termes en français | Descriptif | |
|---|---|---|---|
| Embranchement | Mollusca | Mollusques | Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies. |
| Classe | Gastropoda | Gastéropodes | Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules. |
| Sous-classe | Caenogastropoda | Caenogastropodes | |
| Ordre | Littorinimorpha | Littorinimorphes | |
| Famille | Strombidae | Strombidés | Coquille biconique. Premiers tours de la coquille avec des côtes radiales puis des varices noduleuses. Large pavillon lisse et nacré, avec des expansions digitiformes, une échancrure près de la base du labre (pour le pédoncule oculaire). Pied musculeux, opercule corné long, courbe et étroit (en faux), dentelé d'un côté. Herbivores. |
| Genre | Harpago | ||
| Espèce | chiragra |
Gastéropodes à coquille unique : escargots subaquatiques et assimilés (ex. Prosobranches et Hétérobranches/Pulmonés)
Face ventrale
La face ventrale du strombe-araignée laisse admirer ses couleurs chatoyantes.
Chapel Point, Apo Reef, île de Negros, archipel des Visayas centrales, Philippines, 9 m
25/04/2013
Gastéropodes à coquille unique : escargots subaquatiques et assimilés (ex. Prosobranches et Hétérobranches/Pulmonés)
En eau peu profonde
Harpago chiragra se rencontre dès les premiers mètres sous la surface, la face ventrale contre le sédiment.
Koné, côte ouest de la Grande Terre, Nouvelle-Calédonie, 8 m
18/11/2008
Larges expansions
Les expansions de la coquille permettent de rester plus facilement à la surface du substrat, la face ventrale en contact avec le sédiment.
Kho Bon, Thaïlande, mer d'Andaman, 17 m, de nuit
22/02/2017
Face dorsale
La face dorsale de la coquille est bosselée et d’aspect mat.
Archipel des Philippines
02/1988
Couleur de la face dorsale de la coquille
La couleur de la face dorsale de la coquille est blanchâtre à crème avec de nombreuses taches marron.
Indo-Pacifique occidental
1980
Face ventrale et ouverture
L’ouverture est pourvue d’une surface lisse et brillante ; sa couleur est blanche et rose ou orange plus ou moins foncé.
Note : les collections de coquillages que DORIS reconnaît sont uniquement celles qui sont à visée scientifique.
Archipel des Philippines
02/1988
Opercule
L'animal dispose d’un opercule corné en forme de faux qui ferme en partie l’ouverture de la coquille.
Note : les collections de coquillages que DORIS reconnaît sont uniquement celles qui sont à visée scientifique.
Archipel des Philippines
02/1988
Individu des Maldives
Faces ventrale et dorsale d’un individu des Maldives.
Note : les collections de coquillages que DORIS reconnaît sont uniquement celles qui sont à visée scientifique.
Ile Farukolhufuschi, archipel des Maldives, océan Indien, 12 m
1986
Dessin ancien
Dessin mettant en évidence les 6 longues digitations.
Dessin ancien de N. Gaultieri dans l'ouvrage "Index Testarum Conchyliorum"
Reproduction de documents anciens
1742
Dessin d'un jeune
Spécimen jeune dépourvu de digitations.
Dessin ancien de N. Gaultieri dans l'ouvrage "Index Testarum Conchyliorum"
Reproduction de documents anciens
1742
Gravure ancienne
Approximativement en forme de main, la coquille possède 6 digitations trapues et recourbées.
Gravure dans l'ouvrage « Genre Ptérocère. Species générale et iconographie des coquilles vivantes » par L.-C. Kiener
Reproduction de documents anciens
1843
Anomalie
Il n’est pas rare de trouver une digitation supplémentaire chez les lambis : ici 7 au lieu de 6.
Dessin ancien, fig. C2 de la planche XXI dans l'ouvrage "La conchyliologie ou l'histoire naturelle des coquilles de mer, d'eau douce, terrestres et fluviatiles" par Favanne de Montcervelle
Reproduction de documents anciens
1780
Juvénile
Les juvéniles sont dotés d’une coquille fine et légère dépourvue de digitations.
Gravure n° 2 dans l’ouvrage « Spécies générale et iconographie des coquilles vivantes. Genre Ptérocère » par L.-C. Kiener
Reproduction de documents anciens
1843
Morphologie de la tête
Fig. 8 : tête du mufle ouvert avec les 2 tentacules, fig. 9 & 10 : parties postérieure et antérieure de la mâchoire, fig. 11 : la radula repose sur deux cartilages linguaux de forme triangulaire. De nombreuses fibres musculaires, attachées aux bords externes, permettent leur mise en mouvement.
Fig. 8 à 11, planche 16 dans "Das Gebiss der Schnecken zur Begründung einer natürlichen Classification" par F.H. Troschel
Reproduction de documents anciens
1856-1863
Radula
Vues des plaques médiane et latérale de la radula taenioglosse à 7 dents.
Fig. 1 & 1b, planche 17 dans "Das Gebiss der Schnecken zur Begründung einer natürlichen Classification" par F.H. Troschel
Reproduction de documents anciens
1856-1863
Timbres de Madagascar
Harpago chiragra est absent sur les côtes orientales de l’Afrique. Il y a ici confusion avec Harpago arthriticus, qui lui, est bien présent dans l’océan Indien occidental et notamment à Madagascar.
Timbres de Madagascar d'une valeur de 10 F et 50 F (franc CFA) faisant partie d'une série de 6 sur les mollusques marins de Madagascar.
Reproduction de documents anciens
1973
Timbres de l’Indo-Pacifique
L’espèce Harpago chiragra a été souvent "timbrifiée" dans les pays de l’océan Indien.
Timbre 80 cent (australien) émis en 1992 aux îles Christmas et timbre de 4 L (laari maldivien) émis en 1975.
Reproduction de documents anciens
1992-1975
Timbres du Pacifique
Harpago chiragra est très présent dans les eaux polynésiennes du Pacifique sud.
Timbre de Niue, petite île du Pacifique sud appartenant à la Nouvelle-Zélande, d'une valeur de 1 $ paru en 1998 et timbre de 25 F (franc Pacifique) paru en 1984 dans le territoire des îles Wallis-et-Futuna, collectivité d'outre-mer française.
Reproduction de documents anciens
1998-1984
Rédacteur principal : Philippe LE GRANCHÉ
Correcteur : Yves MÜLLER
Responsable régional : Philippe LE GRANCHÉ
Berkhout J., Kronenberg G., 1984, Strombidae, Stichting Biologia Maritima, La Haye, 263-362, pls IX.
Favanne de Montcervelle G., 1780, La Conchyliologie ou l'histoire naturelle des coquilles de mer, d'eau douce, terrestres et fluviatiles, Paris,1-80, pls. I-LXXX.
Gill T.,1870, On the Pterocerae of Lamarck, and their mutual relations, American Journal of Conchology, 5(3), 120-139.
Gualtieri N., 1742, Index testarum conchyliorum quae adservantur in museo, Typographia C. Albizzini, Florence, pls 110, 1-23.
Higo S., Callomon P., Goto Y. 1 9 9 9, Catalogue and bibliography of the marine shell-bearing Mollusca of Japan. Gastropoda, Bivalvia, Polyplacophora, Scaphopoda, Elle Scientific Publications, 1-937.
Kiener L.-C., 1843, Spécies générale et iconographie des coquilles vivantes, comprenant la collection du Muséum d’histoire naturelle de Paris famille des Ailées, genre Ptérocère, Librairie J.-B. Baillère et fils, 4, (2), 1-15, pls X.
Sowerby II G. B., 1842, Monograph of the genus Pteroceras, Thesaurus conchyliorum, or monographs of genera of shells, London, 1, 41–44.
Tax C.J.H.M., 2001, Strombide in Art, Part 2, Vita Marina, a magazine on marine Zoology, with emphasis on molluscs, The Netherlands, 47, 4, 139-165.
Troschel F.H., 1856-1863, Das Gebiss der Schnecken zur Begründung einer natürlichen Classification, Nicolaische Verlagsbuchhandlung, Berlin, 1, pls 20, 1-252.
La page de Harpago chiragra sur le site de référence de DORIS pour les mollusques : MolluscaBase
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