Strombe-araignée chiragre

Harpago chiragra | (Linnaeus, 1758)

N° 3361

Océan indien, Océan Pacifique

Clé d'identification

Coquille lourde et massive
6 digitations trapues et recourbées
Longueur moyenne de la coquille entre 80 et 320 mm
Dimorphisme sexuel apparent
Face dorsale bosselée
Couleur de la coquille blanchâtre à crème avec de nombreuses taches marron
Opercule corné en forme de faux

Noms

Autres noms communs français

Six doigts, ptérocère chiragre, ptérocère rugueux

Noms communs internationaux

Chiragra spider conch (GB), Chiragra-Spinnenschnecke, Großer Bootshaken (D)

Synonymes du nom scientifique actuel

Strombus chiragra Linnaeus, 1758
Harpago chiragra chiragra
(Linnaeus, 1758) - Forme nominale remplacée
Lambis chiragra
(Linnaeus, 1758)
Lambis (Harpago) chiragra
(Linnaeus, 1758)
Pterocera chiragra
(Linnaeus, 1758)
Lambis harpago
Röding, 1798
Lambis undulata
Röding, 1798
Pterocera kochii
Freyer, 1855
Bothrodon pridii
Kerr, 1926

Distribution géographique

Océan indien, Océan Pacifique

Zones DORIS : ● Indo-Pacifique

Cette espèce commune est présente dans l’océan Indien des côtes orientales de l’Inde jusqu’aux Philippines ainsi que dans l’océan Pacifique : archipels de Mélanésie, au nord de l’Australie, et dans toute la Polynésie française.

Elle est absente des côtes orientales de l’Afrique, où elle est souvent confondue avec Harpago arthriticus.

Biotope

Harpago chiragra se rencontre dès les premiers mètres sous le niveau de la mer jusqu’à l’étage infralittoral*. Il est possible de l'apercevoir parfois dans les mares de l’estran à marée basse. Il préfère les fonds de sable grossier ou de débris coralliens et vit parmi les algues ou les phanérogames marines.
Les expansions de sa coquille lui permettent de rester plus facilement à la surface du substrat.

Description

Le strombe-araignée chiragre possède, à l’état adulte, une coquille lourde et massive. Approximativement en forme de main, elle donne naissance à 6 digitations trapues et recourbées. On notera que les juvéniles sont dotés d’une coquille fine et légère, dépourvue de digitations. La longueur totale de la coquille est d'environ 90 et 320 mm selon le sexe. En effet, comme chez beaucoup de strombidés, on remarque un dimorphisme* sexuel, la femelle étant plus grande que le mâle. Autre caractéristique remarquable de cette famille, la présence d’une encoche en forme de U, dite stromboïde, située à la base de la coquille près de la sixième digitation. Elle permet à l’animal, qui possède des yeux très perfectionnés, d’y coulisser son pédoncule* oculaire afin d’avoir un champ de vision plus large.

La face dorsale de la coquille présente 6 à 7 gros tubercules arrondis donnant cet aspect bosselé. Les 2 derniers sont plus grands et fusionnés entre eux. Cette face supérieure est d’aspect mat.

La coquille, blanchâtre à crème avec de nombreuses taches marron, est souvent recouverte d’autres organismes épibiontes* (comme des algues encroûtantes).

L’ouverture est pourvue d’une surface lisse, brillante ; sa couleur est blanche et rose ou orange plus ou moins foncé. La columelle* est lisse. La callosité columellaire forme un rebord bombé sur le côté gauche.

L'animal dispose d’un opercule* corné en forme de faucille qui ferme l’ouverture de la coquille et permet à l’animal de se déplacer assez rapidement avec un mouvement caractéristique de sauts.

Sa radula* taenioglosse* possède une dent centrale, bordée de chaque côté d’une dent latérale et de deux dents marginales.

La morphologie très développée de la coquille traduit une stratégie de protection et de stabilisation sur substrats meubles.

En Indo-Pacifique, aucune autre espèce, en dehors de son proche « cousin » Harpago arthriticus, ne combine une coquille aussi massive, six digitations trapues et un opercule en forme de faucille.

Espèces ressemblantes

Harpago arthriticus (Röding, 1798) : le strombe-araignée de l'Indo-Pacifique est proche de son cousin de Madagascar. Ce dernier possède une columelle et un labre avec des stries noires et il est absent de l’océan Pacifique.

Harpago rugosus (G. B. Sowerby II, 1842) : cette espèce est endémique* de Madagascar. Les stries columellaires noires couvrent une grande partie de l’intérieur de la coquille.

Lambis crocata (Link, 1807) : de taille plus petite (environ 110 mm), sa coquille possède sept longues digitations recourbées. L’ouverture est de couleur orange et dépourvue de plis noirs.

Lambis lambis (Linnaeus, 1758) : sa coquille est biconique et porte 7 digitations plus courtes. L'intérieur de la coquille est lisse et brillant. Bien camouflé il est plus difficile à observer car le côté externe de la coquille est recouvert de petites algues qui accumulent de fins sédiments.

Lambis robusta (Swainson, 1821) : sa taille est plus petite et la coquille possède sept digitations assez courtes et courbes. Cette espèce est endémique de Polynésie.

Lambis scorpius (Linnaeus, 1758) : il possède 7 digitations noueuses et l'épine située dans l'axe de la columelle ne tourne dans le même sens. Il vit dans les océans Indien et Pacifique.

L’identification fiable repose principalement sur le nombre, la forme et l’orientation des digitations, ainsi que sur l’ornementation interne de l’ouverture.

Alimentation

Harpago chiragra est une espèce herbivore qui se nourrit principalement d’algues, de phanérogames marines et de débris organiques.

Sa radula* est adaptée et permet de transpercer les cellules des algues et phanérogames* sous-marines.

Reproduction - Multiplication

Chez cette espèce gonochorique*, le mâle possède un pénis bien développé. Si l’accouplement a lieu le plus souvent entre deux individus, on a déjà observé deux, voire trois strombes mâles auprès d’une femelle en train de pondre. Après fécondation* interne, la femelle dépose sur le substrat* une ponte filamenteuse à l’allure de spaghettis qui contient entre 100 000 et 500 000 œufs microscopiques enveloppés dans une gaine remplie d’une épaisse gelée.

Les embryons* se développent en une larve* planctonique* trochophore* pourvue d'une petite coquille spirale operculée et d'un voile cilié qui nage librement. Cette dernière se transforme en larve véligère* caractérisée par une couronne ciliée, le velum*, servant à la locomotion, avant de se déposer sur le fond (phase benthique*) et de devenir un jeune strombe en tout point identique aux adultes.

La longue phase planctonique assure une large dispersion de l’espèce.

Vie associée

La coquille de Harpago chiragra est souvent envahie par des algues encroûtantes qui lui constituent ainsi un camouflage.

Cette épibiose* contribue aussi à son camouflage vis-à-vis des prédateurs.

Divers biologie

Harpago chiragra est une espèce à la vie nocturne marquée. Pendant la journée, ce strombe reste immobile à l’intérieur de la protection que lui donne son épaisse et robuste coquille. La nuit, grâce à sa sole* pédieuse musclée et à son opercule*, il se déplace dans les zones sablonneuses à la recherche de sa nourriture.

Comme chez les autres strombidés, la croissance s’arrête brutalement après la maturité sexuelle.

Informations complémentaires

La coquille du strombe-araignée chiragre est pourvue de six appendices puissants, elle a autrefois été utilisée par certaines populations locales comme arme dangereuse dans les combats au poing (Grzimek & Fontaine 1973).

Aujourd’hui, l’espèce est surtout recherchée pour sa valeur esthétique et de collection.

Origine des noms

Origine du nom français

Strombe-araignée : du grec [strombos] signifiant toupie, coquille conique et araignée pour les digitations qui font penser à des pattes.

chiragre : qui a la goutte aux mains, douleur dans les mains. On parle aussi de chiralgie.

Origine du nom scientifique

Harpago : du grec ancien [harpázô] = rapace, griffes, harpon. Les digitations recourbées ressemblent aux griffes d’un rapace.
Ce nom de genre a été attribué par le malacologue suédo-danois Otto Andreas Lawson Mørch (1828-1878).

chiragra : du grec ancien [kheirágra] = goutte aux mains. Cette maladie due à l’inflammation des articulations provoque des déformations de certains membres. Les nodosités sur le dos de la coquille et les 6 griffes font penser à cet état.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 564725

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Caenogastropoda Caenogastropodes
Ordre Littorinimorpha Littorinimorphes
Famille Strombidae Strombidés

Coquille biconique. Premiers tours de la coquille avec des côtes radiales puis des varices noduleuses. Large pavillon lisse et nacré, avec des expansions digitiformes, une échancrure près de la base du labre (pour le pédoncule oculaire). Pied musculeux, opercule corné long, courbe et étroit (en faux), dentelé d'un côté. Herbivores.

Genre Harpago
Espèce chiragra

Nos partenaires

Les textes et images sont sous licence et ne sont pas libres de droit.

Pour les ayants-droits, connectez-vous.

Pour toute demande d'utilisation (exemple d'un formateur Bio de la FFESSM...) contactez nous ici.