Dragon bleu pélagique

Glaucus atlanticus | Forster, 1777

N° 4985

Indo-Pacifique, Atlantique, Méditerranée, golfe du Mexique, Caraïbes

Clé d'identification

Nudibranche au corps allongé pouvant atteindre 4 cm
Se déplace en surface, face ventrale tournée vers le ciel
Face ventrale de couleur bleue et gris argenté avec une ligne longitudinale médiane claire
Face dorsale uniformément gris argenté
Cérates longs, effilés, regroupés en 3 paires et disposés sur une seule rangée
Tête avec deux tentacules oraux et deux rhinophores

Noms

Autres noms communs français

Ange bleu, hirondelle de mer, dragon bleu, glaucus atlantique, glauque atlantique

Noms communs internationaux

Sea swallow, blue angel, blue glaucus, blue dragon, blue sea slug, blue ocean slug, man-of-war nudibranch (GB), Dragón azul (E), Drago blu (I), Blaue Ozeanschnecke, Blauer Drachen, Seeschwalbe (D), Zee zwaluw, blauwe engel, blauwe glaucus, blauwe draak blauwe zee slug ,blauwe oceaan slug (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Doris radiata Gmelin, 1791
Glaucus flagellum Blumenblach, 1803
Glaucus hexapterigius Cuvier, 1805
Glaucus distichoicus d'Orbigny, 1837
Glaucus lineatus Reinhardt & Bergh, 1864
Glaucus longicirrhus Reinhardt & Bergh, 1864

Distribution géographique

Indo-Pacifique, Atlantique, Méditerranée, golfe du Mexique, Caraïbes

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Indo-Pacifique, Caraïbes

Le dragon bleu pélagique est une espèce relativement cosmopolite qui se rencontre dans les océans atlantique et indo-pacifique, dans le golfe du Mexique, en mer des Caraïbes et également en mer Méditerranée (Espagne). En zone DORIS, l’espèce a été signalée à La Réunion, à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française.

Biotope

Le dragon bleu pélagique passe toute sa vie adulte sous la surface de l’eau, à l'interface eau-air. Il fait ainsi partie des organismes appartenant au pleuston*.

Description

Le dragon bleu pélagique est un nudibranche ayant l’allure d’un animal fantastique pouvant atteindre 4 cm. Son corps est allongé avec une queue effilée. Sa face ventrale, qui est tournée vers le ciel, est de couleur bleue et gris argenté avec une ligne longitudinale médiane gris argenté qui parcourt tout son corps. Sa face dorsale est en revanche uniformément gris argenté.

Les nombreux cérates* (jusqu'à 84) sont bleus et gris argenté et sont longs et effilés. Ils sont regroupés en 3 paires situées sur les 2 côtés de l’animal et disposés à plat sur une seule rangée. Les 2 premières paires de cérates sont portées par un pédoncule* tandis que la dernière paire n’en a pas. Une 4e paire de cérates est parfois présente et est partiellement fusionnée avec la 3e.

L’orifice génital, bleu foncé, est situé sur le côté droit, mais est visible à gauche (vue face ventrale), non loin de la 1re paire de cérates, entre la 1re paire et la 2e paire. L’anus, qui est parfois visible, est situé du même côté, entre la 2e paire et la 3e paire.

Sur la face ventrale, tournée vers le ciel, la bouche est de couleur bleu foncé et est située à l’avant de la tête avec 2 petits tentacules* buccaux sur les côtés. Les 2 rhinophores*, de forme conique et gris argenté, sont sur la tête mais moins visibles car situés sur la face dorsale de l’animal qui est tournée vers le fond de l’eau.

Espèces ressemblantes

Le genre Glaucus a longtemps compté 2 espèces, Glaucus atlanticus et Glaucus marginata. En 2014, des analyses moléculaires sur plusieurs spécimens de Glaucus marginata ont révélé l’existence d’un complexe de plusieurs espèces cryptiques* qui ont été regroupées sous un nouveau genre appelé Glaucilla. Ainsi, depuis 2014, Glaucus atlanticus est la seule espèce du genre Glaucus, et le genre Glaucilla compte à ce jour 4 espèces : Glaucilla marginata, Glaucilla bennetae, Glaucilla mcfarlanei et Glaucilla thompsoni, qui sont impossibles à différencier entre elles morphologiquement.

Glaucus atlanticus est plus grand (4 cm) que les espèces de Glaucilla (0,5 à 1,2 cm) mais il y a un critère morphologique majeur permettant de les différencier. Chez G. atlanticus, les cérates sont disposés sur une seule et même rangée, alors que chez les Glaucilla les cérates sont disposés sur plusieurs rangées.

Des différences génétiques ont été mises en évidence suivant l'aire de répartition de Glaucus atlanticus, mais elles sont trop faibles pour en faire des espèces distinctes.

Alimentation

Le dragon bleu pélagique se nourrit essentiellement d’hydrozoaires (Porpita porpita, Velella velella, Physalia physalis) qu’il rencontre à la surface de l’eau. Des cas de cannibalisme ont été rapportés sur des spécimens en captivité et dans un espace restreint.

Les possibles interactions de Glaucus atlanticus avec les espèces Janthina spp. font débat. Ces dernières pourraient être des proies mais elles pourraient en revanche s’attaquer aux juvéniles de Glaucus atlanticus. Cependant, certaines observations montrent au contraire qu'il n'y a pas d'interactions alimentaires particulières entre ces deux espèces.

Reproduction - Multiplication

Le dragon bleu pélagique est hermaphrodite* et contrairement à la plupart des nudibranches qui s’accouplent en position tête-bêche sur leur côté droit respectif, il adopte un tout autre comportement original. Dans un premier temps a lieu un court face-à-face pendant lequel les bouches des deux partenaires se touchent. A ce moment-là, leur pénis, qui peut être aussi long que leur corps, émerge de chaque individu. Les pénis s’entrelacent alors pour se joindre à leur bout et les deux partenaires apposent leur face ventrale l’une contre l’autre et s’échangent réciproquement leur sperme qu’ils vont chacun ramener dans leur cavité génitale après rétractation de leur pénis. Cette position originale leur évite de se piquer avec les cnidocystes* situés au bout de leurs cérates* et l’entrelacement de leur pénis leur permet également d'être stables face aux mouvements de la surface de l’eau. La durée totale de l’accouplement est d’environ 1 heure.

La ponte se présente en un fin petit chapelet droit de 5 à 17 mm et contenant 36 à 96 œufs. Le dragon bleu pélagique peut pondre 4 à 6 fois par heure et jusqu'à 3 300 à 8 900 œufs par jour. Les œufs sont déposés à la surface de l’eau ou bien sur divers supports flottants à proximité comme des carcasses de proies ou du bois flottant.

Après un stade de larve* trochophore* atteint en 2 à 3 jours dans les œufs, ceux-ci éclosent 3 jours plus tard lorsque que les larves atteignent le stade véligère*. Ces larves rejoignent alors le plancton* puis elles se métamorphosent* en jeunes dragons bleus pélagiques qui passeront tout le reste de leur vie sous la surface des océans.

Vie associée

Le dragon bleu pélagique peut être observé près de ses proies comme les hydrozoaires Porpita porpita, Velella velella, Physalia physalis, mais également en présence d'espèces de janthines comme Janthina janthina et Janthina pallida, dont les coquilles peuvent lui servir de support pour y pondre ses œufs.

Divers biologie

Le dragon bleu pélagique avale régulièrement une bulle d’air et la garde dans son estomac afin de lui permettre de se maintenir constamment à l'envers, sous la surface, sur sa face ventrale. En outre, la tension superficielle générée par ses longs cérates effilés avec la surface de l’eau lui permet de rester stable face aux mouvements de l'eau.

La différence de couleur entre les faces dorsale et ventrale du dragon bleu pélagique résulte d'une parfaite adaptation à son milieu car cette double homochromie* lui permet de rester discret vis-à-vis des prédateurs. En effet, il présente une face dorsale gris argenté pour être confondu avec la couleur du ciel pour les prédateurs situés en dessous de lui, et une face ventrale bleu et gris argenté pour être confondu avec la couleur de l'eau pour les prédateurs (oiseaux) situés au-dessus de lui. C'est le principe de l'ombre inversée.

Son déplacement n’est contrôlé que sur de très courtes distances. Le dragon bleu pélagique se laisse ainsi dériver sur le dos au gré des vents et des courants et fait ainsi partie du plancton*.

Lorsqu’il dévore ses proies comme la galère portugaise Physalia physalis, le dragon bleu pélagique est capable de sélectionner les cellules urticantes (cnidocystes*) les plus puissantes pour les stocker intactes dans les cnidosacs* situés au bout de ses cérates*. Ce mécanisme et cet arsenal de défense contre les prédateurs font du dragon bleu pélagique un animal encore plus dangereux pour l’homme que la galère portugaise elle-même !

Informations complémentaires

Le dragon bleu pélagique, entraîné par les vents et les courants, peut ainsi se retrouver près des plages, voire échoué sur le sable. Ce qui, de par son pouvoir extrêmement urticant, peut causer des douleurs très intenses pouvant provoquer une syncope entraînant la mort par noyade des baigneurs ayant eu la malchance d’être piqués. Mais aussi des chocs anaphylactiques et des infections graves des personnes qui le ramassent au bord de l’eau sans précautions.

Origine des noms

Origine du nom français

Dragon bleu en référence à son apparence, tel un animal fantastique ou légendaire et pélagique du fait qu'il passe toute sa vie adulte sous la surface de l'eau. A ne pas confondre avec un autre nudibranche Pteraeolidia semperi qui lui est benthique* et dont un de ses noms vernaculaires est "dragon bleu".

Origine du nom scientifique

Glaucus : du grec [glaukos] qui désigne une couleur glauque, à l'origine comprise entre le bleu pâle et le gris clair. C’était un terme autrefois utilisé pour désigner la couleur de la mer. C’est également en référence à Glaucos, qui selon la mythologie grecque, était un simple pêcheur devenu une divinité marine immortelle après avoir mangé une herbe magique. Il avait l’apparence d’un vieillard avec une barbe, une chevelure et une queue de poisson de couleur glauque.

atlanticus : du grec [atlantikos] = Atlantique. Cela en référence au lieu où a été récolté le spécimen ayant servi à la description de l’espèce par Forster en 1777.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Heterobranchia Hétérobranches
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Cladobranchia Cladobranches
Famille Glaucidae Glaucidés Éolidiens pélagiques, flottants à la surface, cirres longues et minces disposées en éventail sur trois paires de pédoncules charnus.
Genre Glaucus
Espèce atlanticus

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