Requin hâ ou Milandre

Galeorhinus galeus | Linnaeus, 1758

N° 4907

Europe, Indo-Pacifique Sud et Atlantique Sud

Clé d'identification

Surface ventrale de la tête fortement aplatie
Première nageoire dorsale grande, origine au-dessus de la marge interne des pectorales
Seconde nageoire dorsale petite mais de même forme
Nageoire anale similaire à la seconde dorsale dont elle est opposée
Pectorales légèrement falciformes et sombres avec fines marges claires
Énorme lobe terminal sur la nageoire caudale
Dents de même forme en haut et en bas de la mâchoire, plus petites vers la commissure
Taille : de 0,80 à 1,20 m

Noms

Autres noms communs français
  • Requin-hâ sur la façade atlantique et la Manche ;milandre en Méditerranée (cf. Littré) et au Canada
  • Lamiola (région de Nice et côte ligure)
  • Requin à grands ailerons (Canada ?)
Noms communs internationaux

School shark, tope shark, tope, snapper shark, soupfin shark (GB), Galeo, cagnesca, canuzzu (I), Cazón, tiburón vitamínico (E), Hundshai (D), Caçao (P), Ruwe haai (NL), Caçó (Catalan), Skylos drossitis (Gr), Butor (Croate), Żarłacz szary, rekin szary (Polonais),

Synonymes du nom scientifique actuel

Squalus galeus Linné, 1758
Galeorhinus galeus Linné, 1758
Notogaleus rhinoplanes Péron, 1807
Galeus vulgaris Fleming 1828
Galeus canis Bonaparte, 1834
Galeus nilssoni Bonaparte, 1846
Galeus communis Owen, 1853
Galeus linnei Malm, 1877
Galeorhinus australis MacLeay, 1881
Galeorhinus zyopterus Jordan & Gilbert, 1883
Galeorhinus chilensis Pérez Canto, 1886
Galeus molinae Philippi, 1887
Carcharhinus cyrano Whitley, 1930
Galeorhinus vitaminicus de Buen, 1950

Distribution géographique

Europe, Indo-Pacifique Sud et Atlantique Sud

Zones DORIS : ● Europe (côtes françaises), ○ [Atlantique Nord-Est, Manche et mer du Nord françaises], ○ [Méditerranée française], ● Indo-Pacifique

Ce requin a une large distribution, il est connu pour ses migrations saisonnières importantes dans la plupart des régions de ses aires de répartition.

Il se rencontre mondialement en eaux tempérées.

  • Atlantique Ouest : du sud du Brésil jusqu’à l’Argentine.
  • Atlantique Est : Islande, Norvège, îles Féroé, des îles Britanniques au Sénégal.
  • Méditerranée, avec faible présence dans le bassin oriental comme en Adriatique et en mer Noire.
  • Atlantique Sud et Océan Indien occidental : de la Namibie à l'Afrique du Sud.
  • Pacifique occidental : Australie et Nouvelle-Zélande.
  • Pacifique Est : de la Colombie-Britannique (Canada) au sud de la Basse-Californie, golfe de Californie, Pérou et Chili.

Signalements incertains : Côte d'Ivoire, Nigeria, Gabon, Rép. Dém. du Congo,
Signalement douteux : île de Laysan (Hawaï).

Absent de mer Rouge.

Biotope

Bentho-pélagique*, océanodrome*, plages de profondeur.

Le requin-hâ affectionne les eaux des plateaux continentaux ; il se rencontre près du fond, aussi bien en proximité des côtes qu’au large, se déplaçant entre des milieux pélagiques* et benthiques* à une profondeur pouvant atteindre 598 m environ, record établi sur capture en mer d'Alboran, au large de la Punta Entinas (Espagne) en 1999. L’espèce évolue dans ces différents milieux sur des périodes de plusieurs mois. Les petits et les juvéniles fréquentent des habitats côtiers peu profonds pendant un à deux ans avant de se déplacer vers le large.

Il peut fréquenter les eaux estuariennes, comme observé dans la Tamise (source : Zoological Society of London, rapport de novembre 2021).

En résumé, au vu des dernières études, il apparaît que ses déplacements répondent à des schémas complexes :
  • les individus plus grands partagent leur temps entre les habitats en eaux peu profondes et en eaux profondes.
  • les immatures (moins de 40 cm) se répartissent exclusivement dans les eaux du plateau continental de moins de 45 m (relation significative entre profondeur d'habitat et longueur totale).
  • les sujets matures des deux sexes fréquentent à la fois les eaux du plateau continental du large, évoluant plus facilement entre 200 et 826 m de profondeur -record officiel-).

Description

Le museau est allongé et déprimé, quasi aussi long que large. Les narines ont une valvule* nasale vestigiale réduite à 2 pointes.
La forme des dents se caractérise par une lame triangulaire asymétrique avec une cuspide* bien marquée, une marge mésiale effilée et une marge distale partiellement crénelée.
La formule dentaire est :
- 17 à 20 dents à gauche et 17 à 20 dents à droite de la mâchoire supérieure
- 15 à 18 dents à gauche et 15 à 18 dents à droite de la mâchoire inférieure
Ce qui ferait un total de 64 à 76 dents.
De petits spiracles*, allongés et étroits, placés en arrière des yeux bilatéralement sont en forme d'amande.
La présence d'une membrane nictitante*, paupière transparente et protectrice protège l’œil.
La couleur ventrale est blanche. La transition entre la partie inférieure et supérieure est plus nette que graduelle.
La couleur dorsale va du gris-brun à gris foncé.
L’ouverture des 5 fentes branchiales est étroite, les 2 dernières sont situées au-dessus de la base des pectorales.
Les grandes pectorales triangulaires sont légèrement falciformes.

La taille maximale officiellement enregistrée est de : 1,95 m (communément : de 0,80 à 1,20 m).

Espèces ressemblantes

L'émissole lisse (Mustelus mustelus) possède, comme toutes les émissoles, des pectorales plus courtes que le requin hâ.
Les dents des émissoles sont très petites, avec une cuspide basse (Galeorhinus galeus peut évoluer dans des bancs contenant des émissoles lisses ou étoilées).

L'aiguillat commun (Squalus acanthias) possède une épine devant la première dorsale, à la différence du milandre.

Le milandre jaune (Paragaleus pectoralis), qui se rencontre en Atlantique-Est, s'observe entre le Cap-Vert et le Maroc. Toutefois, son dos est gris clair ou bronze avec des rayures jaunes longitudinales.

Alimentation

Le régime alimentaire des juvéniles de requin-hâ est surtout centré autour des Téléostéens* dont la nature varie selon les régions. On note par exemple le maquereau commun (Scomber scombrus), le tacaud commun (Trisopterus luscus) et le hareng (Clupea harengus), le sanglier (Capros aper) et la bécasse de mer (Macroramphosus scolopax). Dans une moindre mesure, on a retrouvé dans les estomacs, des vertèbres de congre (Conger conger), de pageot rose (Pagellus bogaraveo) et de chinchard (Trachurus trachurus).

Des mollusques (calmars, poulpes) et des crustacés constituent des cibles saisonnières potentielles. Le spectre alimentaire de Galeorhinus galeus comprend également parfois de petits élasmobranches au registre des proies mineures mais aussi des échinodermes, des annélides et des carcasses d'animaux morts...

Le contenu stomacal d'une femelle milandre capturée accidentellement par un pêcheur de la Calanque de Morgiou (Marseille), le 3 octobre 2016, consistait en restes de poissons osseux et de céphalopodes, des débris du filet et des billes de plastiques de petite taille (Information : Groupe Phocéen d'Etude des Requins).

Le milandre occupe un niveau trophique élevé avec un spectre alimentaire large de poissons pélagiques ou démersaux. Il constitue à l’inverse la proie de plus gros requins ou gros mammifères marins. A ce titre, il pourrait constituer une espèce importante pour la structure des réseaux trophiques marins (Ebert, 2003).


Reproduction - Multiplication

Les femelles atteignent la maturité sexuelle à partir de 10 ans (Compagno et al., 2006), avec un mode de reproduction vivipare* aplacentaire. Les mâles atteignent la maturité sexuelle plus tôt, entre 120 et 130 cm (Muuss et al., 2006). Ce qui signifie que leur productivité biologique est très faible.

La femelle milandre d'une taille dépassant 1,50 m prise à Morgiou (Marseille) en 2016 a fait l'objet d'une nécropsie réalisée avec le concours du Parc National des Calanques ; elle a mis en évidence que le sujet était mature et gravide. Quelques embryons en phases primaires de développement (vivipare aplacentaire) ont été conservés (Information : Groupe Phocéen d'Etude des Requins).

Les portées comprennent de 2 à 52 petits. A la naissance, après gestation de 10 à 12 mois, les petits mesurent entre 30 et 40 cm.

Au moyen d’un suivi par télémétrie acoustique passive, il a été mis en évidence que tous les trois ans, les femelles requins-hâ retournaient dans les eaux au large de La Jolla (Californie), où elles effectuaient la gestation. Il s'agit de la première preuve concluante d'une migration triennale et d'une philopatrie pour cette espèce.

La structure des populations de milandre demeure en grande partie insuffisamment connue. Le flux génique entre les individus du Pacifique Nord-Est semble indiquer qu’il s’agit d’une seule population mais on ne peut se prononcer à ce jour sur d'éventuels échanges entre les différentes aires mondiales de répartition.

Il est à craindre que le réchauffement climatique puisse engendrer des changements notables dans les aires de frai et de mise bas comme dans les zones d'alevinage.

Vie associée

Parasitisme :

Parmi la liste des nombreux parasites que peut héberger Galeorhinus galeus, les plathelminthes (cestodes principalement hébergés dans le tube digestif) et les copépodes (crustacés) figurent en bonne part.

Divers biologie

La croissance du milandre varie au cours de sa vie. Elle est assez rapide durant les trois premières années avant de devenir plus constante jusqu’à l’âge d’environ 10 ans ; il continue de croître lentement durant la maturité.

Le requin-hâ est un requin actif, évoluant en solitaire comme en petits groupes. Grégaire, il peut d'ailleurs également évoluer avec d'autres espèces, notamment l'émissole tachetée (Mustelus asterias) ou l'émissole lisse (Mustelus mustelus). On note également une répartition avec ségrégation partielle selon le sexe et la taille.

Il semblerait que l'on rencontre plus facilement en Méditerranée des sujets de grande taille, principalement des femelles. En juin 2011, un milandre de près de deux mètres s'est échoué sur l'île de l'Asinara (Sardaigne), près de Cala Reale. Secouru par les autorités du parc naturel, il s’est rétabli et a repris la mer.

Sur la côte du Pacifique, les individus de cette espèce sont considérés comme formant une seule population migratrice au large de la côte ouest de l’Amérique du Nord.

La technique de détermination de l’âge aux rayons X employée au Brésil permet de situer l'âge maximal vers 40-45 ans.

En Australie, la coloration à l’alizarine (colorant rouge d'origine végétale, extrait de la racine de la garance des teinturiers Rubia tinctorum L.) du corps entier de la vertèbre est également utilisée pour estimer la durée de vie. Avec moins de fiabilité, cette technique fait néanmoins état d’une croissance plus rapide et d’un âge maximal de 20 ans.

Jason Glliespie a capturé en septembre 2020 un requin-hâ leucistique au large de l'île de Wight (GB) mesurant plus d'un mètre et pesant entre 6 et 10 kg (source : The News, Portsmouth, 2 oct. 2020). La coloration de tels sujets peut être un inconvénient, rendant plus difficile la recherche de nourriture ou l'évitement des prédateurs.

Informations complémentaires

Plusieurs campagnes de marquages ont eu lieu en Est-Atlantique afin de déterminer les routes de migration de l'espèce et d'évaluer la reproduction possible des stocks soumis à une forte pression de pêche commerciale. Les études de marquage-recapture permettent difficilement d'identifier les schémas de déplacement et le comportement de l'espèce reste encore à préciser.

Un spécimen a été remonté d’un filet trémail, le 9 mai 2013, par trois artisans pêcheurs de Bastia (Corse). Sa particularité résidant dans la présence d’une étiquette (type « rototag ») jaune fixée sur son aileron dorsal. Cette marque indiquait que ce requin faisait partie d’un programme de recherche. L’inscription comportait un numéro d'identification et la mention Fisheries Board Ireland Reward, grâce à laquelle il a pu être établi que l’animal avait été capturé et marqué en mer d’Irlande, au large de Greystones (comté de Wicklow, République d’Irlande) douze années plus tôt.

Le fichier international des attaques des requins (ISAF) recence pour cette espèce, au niveau mondial, une unique attaque non provoquée sur l'homme. Le contexte n'est pas précisément connu. Pour sa part, Guillaume de Rondelet (1807-1556), au Livre XIII de son Histoire entière des Poissons publiée en 1558, assure que :
"ce poisson désire tant d'attaindre é mordre les homes par les cuisses, gerrets, talons, é par tout autre chair nüe, que quelque fois il saute en terre voiant les homes pres de l'eau aians les iambes nües, ce que ne fait autre Chien de mer que le Milandre (...)."
On se demande bien aujourd'hui sur quelle réalité se fonde son dire, mais Galeorhinus galeus jouit effectivement de la réputation d"un vorace et il ne dédaigne exceptionnellement pas de se faire nécrophage* (un cas possible en Argentine est rapporté en février 2023). Le comportement n'est pas majoritairement opportuniste pour autant, la nature des cibles variant avec l'abondance des proies disponibles dans l'environnement.

Le requin-hâ fait l’objet d’une forte pression de pêche (notamment en Manche orientale, principalement pêché et débarqué par la flotte française). Même s'il semble capable de réduire les effets physiologiques de l’accumulation de mercure, probablement grâce à des mécanismes de détoxication faisant intervenir le sélénium dans son foie, la consommation peut être problématique, dans la mesure où les concentrations observées peuvent s'avérer supérieures à la limite réglementaire européenne (AFSSA, saisine 2008-SA-0309).

En 1937, des diététiciens découvrirent que le foie du requin-hâ était particulièrement riche en vitamine A. La demande de foies de requins explosa aux Etats-Unis. La pêcherie s'effondra en 1944.

La pêche de Galeorhinus galeus est interdite dans toutes les eaux de l'Union Européenne et dans les eaux internationales pour les navires battant pavillon de l'Union Européenne. Lorsque cette espèce est accidentellement capturée, l'animal ne doit pas être blessé. Les spécimens capturés sont rapidement remis à la mer.

Là où le requin hâ n’a qu’une importance limitée dans la pêche commerciale, en raison d’une moindre présence, les captures sont rares et l'espèce est principalement capturée comme prise accessoire dans les pêcheries pélagiques et au chalut, ciblant des espèces de poissons grégaires comme les harengs et les maquereaux.

En septembre 2020, vingt et un requins-hâ ont été piégés dans l'écluse à poissons de La Jalousie située à Sainte-Marie, sur l'Ile de Ré.

Le phoque gris (Halichoerus grypus), opportuniste, peut cibler le requin-hâ parmi ses proies, sans que l'on sache si cette prédation demeure rare et très ponctuelle (la pénurie de ressources habituelles -gadidés- pouvant conduire à des consommations atypiques) ou si elle est le fait d'individus qui se spécialiseraient dans cette chasse au sein d'une population allant en augmentant.

Statuts de conservation et réglementations diverses

Considéré comme commun, voire très commun, le requin-hâ a fait l'objet de prises intensives en Manche comme sur la façade Atlantique, jusqu'au XIXe s. Un déclin croissant et fort a été observé à partir des années 1790. Ce phénomène est à mettre en corrélation entre un taux de reproduction trop faible et une taille trop importante des petits pour passer à travers les mailles des chaluts comme des filets.

Capture de pêche ciblée ou accessoire, Galeorhinus galeus a donc vu sa population décliner de plus de 80 % en 80 ans. Il a vu sa pêche augmenter suite à la protection de l’Aiguillat commun (Squalus acanthias) et, à son tour désormais, l'espèce figure sur la Liste Rouge des espèces menacées dressée par l'UICN*, en catégorie CR (en Danger Critique) depuis 2020.

Au Canada, le statut de cette espèce a été jugé préoccupant par le COPAC en 2007, et a été inscrit selon le même statut à l’annexe 1 de la La loi sur les espèces en péril en 2009. Depuis 2011, en Colombie-Britannique il est interdit de cibler et de conserver le milandre dans les pêches commerciales et récréatives, les individus doivent être remis à l’eau vivants.

Origine des noms

Origine du nom français

Hâ semblerait provenir du parler normand "hàr", désignant un requin (on parle également de "haou"). Les origines de ce mot seraient donc à rattacher au vieux norrois (qui appartient au groupe septentrional des langues germaniques, et d'où sont issues les langues scandinaves).

L'origine de Milandre est plus obscure. Il pourrait s'agir d'une altération du mot "mélandre" désignant un poisson osseux méditerranéen au corps particulièrement sombre qui porterait aussi le nom de "mélandrin" ou de "sargonoir".

Origine du nom scientifique

Le genre Galeorhinus est dérivé des mots grecs « galê » belette, putois, martre, fouine ou furet et « rhinos » qui signifie nez ;
« galeos » désigne le requin. Ce nom désigne donc un requin au museau allongé.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 105820

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Elasmobranchii Elasmobranches

Squelette des nageoires pectorales tribasal. Deux nageoires dorsales. 5 ou 6 paires de fentes branchiales et des spiracles.

Sous-classe Neoselachii Néoselaciens
Super ordre Galeomorphii Galeomorphi
Ordre Carcharhiniformes Carcharhiniformes Requins de fond.
Famille Triakidae Triakidés
Genre Galeorhinus
Espèce galeus

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