Frédéricelle sultane

Fredericella sultana | (Blumenbach, 1779)

N° 439

Presque cosmopolite

Clé d'identification

Colonies de couleur ambre ou brun clair, généralement peu étendues
Colonies buissonnantes, toujours ramifiées en forme de bois de cerf et aux branches relativement grêles
Généralement sous les surplombs
Lophophore circulaire de longueur maximum 1 mm

Noms

Noms communs internationaux

Röhren-Moostierchen (D)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Tubularia sultana (Blumenbach, 1779)
Plumatella sultana Dumortier 1836
Fredericilla sultana
Gervais, 1838
Fredericella sultana
Milne Edwards 1939

Distribution géographique

Presque cosmopolite

Zones DORIS : Eau douce d'Europe

Fredericella sultana a longtemps été considérée comme un des rares bryozoaires d'eau douce ayant une distribution cosmopolite. Elle est présente en Europe, en Asie, en Afrique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Zélande ; elle semble être rare en Amérique du Nord.

Biotope

Lacs et eaux à courant lent et calme. Généralement près du fond et jusqu'à une profondeur de 100 m dans certains lacs de montagne (maximum observé : - 214 m). Rarement sur des plantes croissant hors de l'eau.
Sur différents substrats : roches, bois, etc. ; plus rarement sur les parties immergées des plantes.
On la trouve depuis le niveau de la mer jusqu'en haute montagne (maximum observé : 3480 m d'altitude).

Description

Les Bryozoaires sont de minuscules animaux coloniaux dont les individus se présentent sous la forme d'une petite logette souple ou calcifiée appelé cystide* dans lequel se trouve le reste du corps (polypide*) qui comprend un grand estomac en U, une couronne de tentacules* appelée lophophore*, et un ganglion* nerveux cérébroïde*.

Fredericella sultana forme des colonies de couleur ambre ou brun clair, avec de courtes branches en forme de bois de cerf d'épaisseur d'environ 0,16 mm à 0,35 mm. Les branches n'adhèrent pas, ne s'accolent pas l'une à l'autre. Elles sont fortement incrustées. Le lophophore a une longueur maximum de 1 mm, il est presque circulaire et possède de 16 à 30 tentacules unis à la base par une membrane assez lâche.
La taille d'une colonie peut atteindre 3 cm. Elle se développe aussi bien en pendant sous un surplomb que librement mais elle ne prend jamais la forme d'un gazon.
F. sultana produit des statoblastes* à surface lisse et dépourvus de flotteurs ; ils peuvent être libres dans les tubes ou bien fixés.

Espèces ressemblantes

Fredericella indica : elle se distingue de F. sultana par ses statoblastes dont la surface n'est pas lisse, mais paraît être granuleuse en microscopie optique ; en fait, la surface est alvéolée, mais cette structure n'est bien visible qu'au microscope électronique à balayage. Fréquente en Amérique du Nord, elle a été signalée en Europe en Norvège et en Allemagne.
Paludicella articulata : elle est tellement plus fine que F. sultana, qu'elle est à peine perceptible à l'oeil nu et qu'on ne peut pas confondre les deux espèces.
Plumatella emarginata
: elle forme de petits buissons denses sur leur partie centrale et en partie libres sur leur périphérie, de couleur brune plus foncée, les branches sont moins incrustées et leur extrémité (juste en-dessous du lophophore) porte une échancrure qui a donné le nom à l'espèce (du latin [emarginata] = échancrée) ; on la trouve dans une grande variété de biotopes mais elle est beaucoup plus présente dans les eaux avec un courant rapide.
Plumatella fruticosa : elle forme également de petits buissons en partie libres, de couleur plus foncée, les branches sont moins recouvertes de débris, les statoblastes sont plus allongés et ont un flotteur.
Plumatella repens : rampe sur le substrat, les statoblastes ont un flotteur.

On peut également confondre Fredericella sultana avec Cordylophora caspia qui est un hydraire d'eau douce invasif et en pleine expansion dont les polypes sont cependant claviformes ou fusiformes, et portent 12 à 15 tentacules irrégulièrement répartis sur leur corps (disposition tout à fait différente de celle des tentacules du lophophore circulaire de F. sultana ; pas de statoblastes non plus).

Alimentation

F. sultana se nourrit de toutes les particules qui peuvent passer par l'ouverture de la bouche des polypides. Les jeunes colonies filtrent plutôt les plus petites particules (20 µm) tandis que des individus plus âgés peuvent filtrer des particules plus grandes (40-100 µm). L'alimentation se fait aussi bien par filtration à l'aide des cils que par utilisation active des tentacules du lophophore.

Reproduction - Multiplication

Les bryozoaires se reproduisent par voie asexuée suivant deux modalités et par voie sexuée.

La reproduction par voie asexuée peut se faire par accroissement de la colonie qui produit des nouveaux individus à partir de bourgeons d'accroissement. Le deuxième mode est la production de statoblastes. Ce sont des organes de résistance qui se développent dans la partie basse de l'animal. Chez F. sultana, ils ont une forme d'ellipse ou de petit rein, sont libres, sans crochets et dépourvus d'un flotteur. Ils se forment au plus tôt fin juillet et sont libérés dans l'eau à la mort de la colonie généralement à la fin de l'automne. Ils passent l'hiver dans les sédiments ou dans les particules de matière organique. Au printemps suivant, ils s'ouvriront. Il en sortira un jeune individu qui se reproduira par bourgeonnement d'accroissement et donnera naissance à une nouvelle colonie.
A la fin du printemps, la croissance des colonies est rapide pendant la période du bloom algal (apport de nutriments) et, lorsque celui-ci est terminé, les colonies occupent presque tous les surplombs libres.
La reproduction sexuée se déroule au début du mois du juin et les larves sont mûres en juillet. Elles ont 0,4 mm de long sur 0,25 mm de large et nagent activement.

Vie associée

F. sultana est un hôte de Tetracapsuloides bryosalmonae responsable de maladies rénales chez les saumons (principalement d'élevage).

Cette espèce peut également servir d'hôte au ver Buddenbrockia plumatellae.

Elle est souvent présente en compagnie d'autres Bryozoaires et organismes croissant sur les même substrats : Plumatella fruticosa, Plumatella repens, Cordylophora caspia, Spongilla lacustris.

Divers biologie

Les bryozoaires d'eau douce sont absents en hiver exception faite de Lophopus crystallinus et de Fredericella sultana. On a trouvé des colonies de frédericelle dans une eau à 5 °C.

Le système nerveux est rudimentaire et se réduit à un ganglion cérébroïde, situé à la base du lophophore, et à quelques fibres nerveuses qui en partent.

La respiration se fait par la peau, en particulier au niveau des tentacules.

Informations complémentaires

Le plongeur intrigué par ces petites « saletés » pendant généralement en dessous des surplombs se demande s'il a affaire à des algues (mais l'endroit ombragé n'est guère propice à la photosynthèse*), à des amas de bactéries (mais l'aspect structuré des colonies n'y correspond pas) ou simplement à des particules qui se seraient agglutinées par un phénomène inconnu.
S'il regarde plus attentivement, les mouvements d'eau qu'il crée involontairement provoquent le retrait du lophophore qui lui permettrait pourtant d'identifier un bryozoaire. Ici plus que jamais, il ne voit que ce qu'il connaît déjà.

Origine des noms

Origine du nom français

Francisation du nom scientifique.

Origine du nom scientifique

Fredericella : initialement nommée Frediricella par Paul Gervais (1838) en hommage à Frédéric Cuvier, ensuite mal orthographiée en Fredericella par Henri Milne-Edwards (1839) et consacrée par l'usage.
sultana : sans doute suggéré par l'élégance de l'animal (digne d'un sultan).

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Bryozoa / Ectoprocta Bryozoaires / Ectoproctes Petits animaux coloniaux filtreurs aquatiques fixés à un substrat. Tous les zoïdes sont en continuité physique et issus de bourgeonnement à partir d’un individu unique. Chaque zoïde porte un lophophore rétractile et est abrité dans une logette.
Classe Phylactolaemata Phylactolèmes Exclusivement en eau douce (sans vase excessive). Les zoïdes sont cylindriques et le lophophore est en forme de fer à cheval (sauf chez Fredericella). Les zoécies ne sont pas calcifiées et les zoïdes sont tous identiques.
Ordre Plumatellida Plumatellides
Famille Fredericellidae Frédéricellidés
Genre Fredericella
Espèce sultana

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