Figue de mer

Synoicum pulmonaria | (Ellis & Solander, 1786)

N° 2797

Atlantique Nord, mer du Nord, Manche

Clé d'identification

Grosse ascidie coloniale jaune sale (6-10 cm)
Lobes charnus, massifs, arrondis
Fixée par un large pédoncule
Tunique semi-transparente et cartilagineuse
Intérieur pulpeux

Noms

Autres noms communs français
"Pomme de mer", "kiwi de mer", "patate de mer" (parfois utilisé pour désigner d'autres ascidies solitaires, en particulier Boltenia ovifera au Québec), sont des néologismes recevables mais peu usités.
Noms communs internationaux
Tennis ball ascidian, sea-fig (GB), Fico di mare (I), Higo de mar (E) Seefeige (D), Zeevyg (NL), Söefigenet (DK), Sjöfikon (Suède)
Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides
Alcyonium pulmonaria Ellis & Solander, 1786
Aplidium ficus Savigny, 1816
Amaroucium pomum Sars, 1851
Polyclinum ficus Giard, 1873
Polyclinopsis haeckeli Gottschaldt, 1894
Macroclinum pulmonaria Hartmeyer, 1914

Distribution géographique

Atlantique Nord, mer du Nord, Manche

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Atlantique Nord-Ouest

Native des régions arctiques boréales atlantiques, cette espèce est principalement présente dans le nord de l'Europe jusqu'au Spitzberg, Cap Nord, Island, Groenland et jusqu'aux côtes canadiennes où elle est moins fréquente.
Synoicum pulmonaria est particulièrement abondante et bien développée sur les hauts-fonds (20 à 40 m) du Dogger Bank et du Great Fischer Bank au centre de la mer du Nord. Sa limite sud se situe à ce jour en Manche et tout particulièrement en Normandie Ouest où les photos de cette fiche ont été prises sur des fonds de 10 à 13 mètres seulement.
Les espèces du genre Synoicum fréquentent principalement les eaux froides des deux pôles (répartition bipolaire et circumpolaire).

Biotope

Synoicum pulmonaria s'accroche à des substrats durs, débris coquilliers, cailloutis ou algues dans les fonds sableux à partir de 20 mètres (observée dès 10/12 m en Manche Ouest) et jusqu'à des profondeurs d'environ 60 mètres (certaines publications donnent maximum 600 m ?)
Des colonies roulées, arrachées par les puissants courants marins lors des tempêtes ou des grandes marées sont sporadiquement trouvées à la côte en laisse de mer.

Description

Synoicum pulmonaria est une des plus grosses ascidies coloniales présentes dans les eaux d'Europe du Nord. Elle forme des lobes charnus, massifs, arrondis, le plus souvent de 6 à 8 cm et jusqu'à 14 cm de diamètre. Les jeunes colonies sont en forme de poires ou de massues unies entre elles à la base fixée par un pédoncule*. Les colonies plus anciennes s'arrondissent nettement pour former jusqu'à de véritables "balles de tennis". Ces grosses colonies se forment par la réunion de plusieurs petites colonies qui se noient dans une masse commune. La tunique* est cartilagineuse, semi-transparente, de couleur gris jaunâtre sous l'eau et tirant ver l'orange brunâtre pour les spécimens roulés à la côte en laisse de mer. Des taches marron plus ou moins circulaires délimitent la périphérie des systèmes et le pourtour de leur siphon cloacal. La tunique est plus ou moins incrustée de sable, de divers débris coquilliers. La substance intérieure est pulpeuse, les zoïdes* bien jaunes à orangés sont visibles comme des points en périphérie d'une coupe pratiquée sur une colonie fraîche.
Les zoïdes* immergés dans la tunique commune restent peu visibles à la surface des colonies, particulièrement sur les colonies ramenées à la côte. Ils s'organisent en petits groupes circulaires à la surface de la colonie, habituellement de 7 à 8 individus, autour d'un cloaque* commun débouchant sur un siphon unique tubulaire translucide chez l'animal vivant et en activité de filtration.

(Voir "Divers biologie" pour la description microscopique)

Espèces ressemblantes

Synoicum incrustatum (Sars, 1851) : des grains de sable sont agglomérés à sa surface , cette ascidie nordique ne forme jamais d'aussi grandes colonies et est toujours nettement ensablée. Un seul siphon cloacal* commun par petite colonie.

Polyclinum aurantium (couille d'âne) forme des colonies hémisphériques, molles, gélatineuses jaune orangé, gris vert (Atlantique) ou blanc sale (Méditerranée). Cette ascidie montre une tunique vitreuse souvent incrustée de sable. Colonie de 1 à 5 cm.

Aplidium punctum : en forme de petite massue sur un long pied, de couleur orange clair, mesure de 2 à 4 cm. Chaque zoïde présente une tache rouge caractéristique. Les colonies en dégénérescence perdent leur coloration et les ponctuations ne sont plus visibles, c'est dans ce cas que la confusion avec Synoicum pulmonaria est possible.

Certaines éponges présentent aussi le même aspect globuleux et orangé, en particulier l'orange de mer Tethya citrina, la subérite figue Suberites ficus, l'éponge-balle Suberites carnosus ou la subérite massive Suberites massa.

Alimentation

Ces animaux sont des filtreurs microphages*. Pour se nourrir et pour respirer, les ascidies créent un courant d'eau entrant par les orifices inhalants de chaque zoïde individuel. Ce courant d'eau est ensuite rejeté après filtration par les siphons exhalants. Ceux-ci sont communs à chaque petit système composé de 7 à 8 zoïdes. Ce courant est généré grâce à l'action des cils du pharynx de chaque individu. Il permet la capture d'organismes suspensivores* et permet aussi les échanges gazeux en retenant l'oxygène dissous dans l'eau.

Reproduction - Multiplication

La reproduction des ascidies coloniales présente une alternance de cycles sexués et asexués. Elles sont hermaphrodites*, la fécondation est interne et le développement indirect. Celle des Synoicum est mal connue.

- Reproduction sexuée : les gonades se trouvent dans le post abdomen, la présence d'un oviducte* et d'un spermiducte* suggère une fécondation externe, mais nous n'en avons pas trouvé la confirmation. Après une vie pélagique*, les larves se fixent au substrat. A partir de là, commence la métamorphose qui donnera un individu adulte.
- Reproduction asexuée : formation de la colonie par bourgeonnement à partir de l’individu souche et réunion de plusieurs petites colonies sœurs pour former de grosses masses ovoïdes.

Vie associée

Synoicum pulmonaria est connue pour être un hôte de l’ectoparasite Haplostomella borealis Marchenkov & Boxshall, 2004.

Divers biologie

Description microscopique :
Les zoïdes* filiformes, très allongés, perpendiculaires à la surface de la tunique*, plongent profondément dans la masse pulpeuse commune. Ils mesurent, dans les colonies de taille moyenne, de 20 à 30 mm de long.
Le zoïde se divise en 3 parties sensiblement égales : thorax (siphons, branchie et cloaque), abdomen (estomac en "U" vrillé) et post-abdomen (ovaires et testicules).
Le sac branchial possède de nombreuses rangées de stigmates* (ou trémas*), de 20 à 30 suivant la taille de la colonie.
Le siphon buccal possède 6 lobes, le cloacal se termine par une languette trilobée qui débouche dans un cloaque commun.
L'estomac des plus grands zoïdes est véritablement aréolé, c'est à dire qu'il présente un grand nombre de diverticules arrondis irrégulièrement disposés. On parle d'un aspect de mûre caractéristique pour l'estomac de cette espèce.
Deux longues rangées d'ovaires et de follicules mâles plus petits occupent la première partie du post-abdomen.

Des travaux récents (2008 et 2011), menés par Margey Tadesse et al., ont mis en évidence la présence de composés chimiques intéressants présents dans cette ascidie. En effet, ces composés auraient des propriétés antibactériennes et antifongiques, voire anticancéreuses.

Informations complémentaires

Les spécimens conservés dans de l'alcool prennent une couleur olive foncé.

Origine des noms

Origine du nom français

"Figue de mer" est retrouvée dans la littérature ancienne pour désigner Alcyonium ficus ou Aplidium ficus qui sont des synonymes de Synoicum pulmonaria. Ficus signifie figue en latin, en référence à la forme présumée de cette espèce.
Selon la première description de Ellis (1786, The natural history of many curious and uncommon zoophytes), l'auteur explique que ce "zoophyte" avait reçu le nom vernaculaire de Sea-Fig (figue de mer) par les pêcheurs qui l'avaient collectée, non pas à cause de sa forme mais à cause de la structure interne avec des "graines" arrangées à la périphérie lorsqu'on coupe en deux, quel que soit le sens, une colonie.

Origine du nom scientifique

Synoicum : du grec [syn] = ensemble, serré et [oikos] = maison, (ici, logette).

pulmonaria : en latin = pulmonique, poitrinaire. Ici, sans doute en rapport avec la forme de cette ascidie coloniale qui ressemble à un lobe pulmonaire extrait d'une carcasse animale (le "mou" du boucher).

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Urochordata / Tunicata Urochordés / Tuniciers Chordés marins fixés (ascidies) ou pélagiques (thaliacés), solitaires ou coloniaux. Epaisse tunique cellulosique. Deux siphons, pharynx bien développé, la chorde larvaire régresse chez l'adulte (sauf chez les Appendiculaires).
Classe Ascidiacea Ascidies / Ascidiacés Tuniciers fixés. Solitaires ou coloniaux (seuls capables de bourgeonnement). Chorde uniquement au stade larvaire. Siphon inhalant au sommet, proche du siphon exhalant latéral. Souvent en eau peu profonde.
Ordre Aplousobranchia Aplousobranches Ascidies coloniales.
Famille Polyclinidae Polyclinidés Aplousobranches avec thorax, abdomen et post abdomen (où se trouvent les gonades et le cœur). Tunique sans incrustation calcaire.
Genre Synoicum
Espèce pulmonaria

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