Doris de Gascon

Felimare gasconi | (Ortea in Ortea, Valdés & García-Gómez, 1996)

N° 1394

Méditerranée

Clé d'identification

Doridien bleu sombre d'une quinzaine de millimètres, dont la queue dépasse largement du manteau
Manteau bordé d'une ligne orange franc, s'éclaircissant à l'avant et à l'arrière
Large ligne médiane blanche sur le manteau, accompagnée d'une ou deux lignes parallèles beaucoup plus fines
Une ligne blanche continue visible sur chaque flanc, formant ensuite une ligne unique sur la queue
Rhinophores et branchies portant une fine ligne blanche sur leur longueur

Noms

Noms communs internationaux

Doride de Gascon, doride di Gascon (I)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Hypselodoris gasconi Ortea in Ortea, Valdés & García-Gómez, 1996

Le nom de genre Felimare a remplacé celui d'Hypselodoris chez certaines espèces, dont celle-ci, après une étude de Johnson et Gosliner en 2012 sur le typage des Chromodorididés par l'ADN mitochondrial.

Distribution géographique

Méditerranée

Zones DORIS : 1 Europe (côtes françaises), 1.2 [Méditerranée française]

Méditerranéenne, l'espèce a été récemment rencontrée sur les côtes françaises, dans les Alpes maritimes (2006, 2008) et la Haute-Corse. Elle est connue d'Italie également mais sa distribution mérite d'être étudiée.

Biotope

Felimare gasconi fréquente les tombants coralligènes* et les plateaux sur lesquels vivent les spongiaires consommés. Il se rencontre à partir de 5 mètres de profondeur.

Description

Felimare gasconi est un doridien de couleur générale bleu foncé d'environ quinze millimètres.
Le manteau bleu est bordé d'une large ligne extérieure d'un orange profond caractéristique. Il est fréquent que cette bordure devienne plus claire à blanche sur ses parties antérieures et postérieures.
Une autre ligne médiane blanche, assez large, pouvant se nuancer de jaune pâle en son milieu, commence autour ou juste devant les rhinophores* sans atteindre le bord antérieur du manteau et court jusqu'à l'extrémité postérieure de ce manteau. Ce faisant, elle se sépare en deux au niveau du panache branchial puis se réunit à nouveau, formant un anneau autour du fourreau du bouquet branchial.
A mi-chemin entre la ligne centrale et la bordure du manteau, il peut y avoir des deux côtés de fines lignes blanches intermédiaires, irrégulières et discontinues mais relativement droites, voire quelques lignes diffuses bleutées en sus.
Le pied de l'animal porte une ligne blanche bien visible sur toute la longueur des flancs. Ces lignes, droite et gauche, du pied se rejoignent juste derrière le manteau pour ne plus former qu'une unique ligne médiodorsale jusqu'au bout de la queue. Quelques courts tronçons de fines lignes blanches peuvent être éventuellement présents au bas du pied.
A l'avant de l'animal, deux rhinophores bleus sont bien visibles. Ils sont lamellés et ces lamelles forment un V à l'arrière des rhinophores. Un fin trait blanc vertical est bien visible à cet endroit.
A l'arrière du manteau, le panache branchial émerge du fourreau. Il est rétractable. Les feuillets branchiaux ramifiés portent chacun une ligne blanche sur leur longueur.

Espèces ressemblantes

Les "doris bleus" de Méditerranée sont parfois un casse-tête pour ce qui est de leur discrimination de visu. Dans les sources de confusions, citons principalement :

Felimare villafranca (Risso, 1818) (doris de Villefranche)

Principale source de confusion avec Felimare gasconi, à cause des lignes fines sur les rhinophores et les branchies ainsi que la ressemblance de certains individus jeunes dans le dessin du dos, même si chez les adultes ce dessin est souvent plus complexe et constitué de fins entrelacs (les lignes dorsales chez F. gasconi sont droites). Mais, et c'est le principal élément discriminatif, Felimare villafranca ne porte pas l'orange profond en bordure de son manteau. Cette bordure du manteau est toujours jaune d'or.

Felimare orsinii (Vérany, 1846) (doris céleste)

Ce petit doridien porte une unique ligne médiane blanche sur son manteau. Pas de lignes intermédiaires entre la ligne médiane et la ligne de bordure jaune très pâle. Rhinophores et feuillets branchiaux uniformément bleus et petits tubercules sur le manteau dorsal permettent d'accentuer la différence. Il importe de se méfier, par contre, des juvéniles qui peuvent plus volontiers prêter à confusion avec F. gasconi.

Felimare tricolor (Cantraine, 1835) (doris tricolore)

Doris bleu portant une ligne centrale jaune épaisse de la tête à la queue. La bordure du manteau est jaune pâle à soutenu. Entre la ligne médiane et la ligne de bordure apparaissent des lignes discontinues ou des taches blanches à bleu ciel. Les rhinophores sont uniformément bleus.

Felimare fontandraui (Pruvot-Fol, 1951) (doris de Fontandrau)

La couleur bleue générale de ce doris, manteau et pied, tire souvent sur une dominante plus violette, plus pâle, que F. gasconi. La bordure jaune-orangé du manteau n'a pas non plus la profondeur franche de l'orange du doris de Gascon. La ligne centrale qui court sur le manteau est blanche, forme souvent un T devant les rhinophores. Elle est large et se ramifie, s'anastomose. Des taches bleu ciel sont visibles le long de cette ligne centrale. Les rhinophores montrent une tache blanche à la base du fourreau.

Felimare cantabrica Bouchet et Ortea, 1980 (doris cantabrique)

Possède un corps haut, massif, d'un bleu assez sombre. A l'état adulte, le manteau est parsemé de nombreuses petites taches jaunes et bleu clair autour d'une ligne médiane jaune. Pas de ligne de couleur blanche. Les rhinophores sont très foncés, presque noirs. Il existe peu de risque de confusion avec F. gasconi... sauf au stade juvénile.

En règle générale, il est très difficile de se prononcer sur l'identification exacte d'un Chromodoridé bleu quand il est à son stade juvénile. Les ressemblances visuelles sont extrêmement importantes.

Alimentation

Comme tous les nudibranches, c'est un carnivore. A l'instar de la plupart des doridiens, c'est un mangeur de spongiaires, entre autres du genre Dysidea.

Reproduction - Multiplication

La reproduction est sexuée. Il en va pour Felimare gasconi comme pour l'ensemble des nudibranches : les individus sont hermaphrodites* et possèdent donc les deux sexes, simultanément fonctionnels. Après rencontre, l'accouplement se fait toujours deux à deux dans un rapport proximal, les individus se présentant tête-bêche sur leur côté droit. En effet, les organes de reproduction, débouchent derrière la partie céphalique, sur le côté droit de l'animal. Les deux doridiens échangeront respectivement leurs gamètes* mâles. Ensuite, chacun sera à même de pondre.
La ponte est un ruban muqueux qui porte de nombreux œufs. Il s'enroule en spirale dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.
Une larve trochophore* sortira de son œuf, évoluera vers une forme véligère*. Celle-ci aura une phase planctonique puis se posera sur le fond et se développera vers la forme juvénile de l'animal.

Divers biologie

Les Doridiens sont munis de divers organes des sens. Parmi ceux-ci, figure la paire de rhinophores qui se trouve sur la tête de l'animal. Ce sont des organes servant notamment à appréhender l'environnement et cela d'un point de vue principalement chimique : présence de proies, de congénères, échanges et communication… Ils servent également à la prise d'informations physiques concernant les courants, la température, l'orientation... D'autres appendices, comme des palpes situés près de la bouche, ont une fonction plus tactile pour analyser l'environnement le plus immédiat.

Felimare gasconi est un mangeur d'éponges. Comme l'ensemble des doridiens, il possède en fond de larynx une radula*, sorte de bande râpeuse qui lui permet de râper ses proies afin de se nourrir. Il s'agit d'un ensemble de denticules* organisés selon un schéma particulier, spécifique à l'espèce. L'observation de cette radula est primordiale dans la discrimination et la taxonomie des espèces mais nécessite, après dissection, l'usage de matériel d'optique.
Chez F. gasconi, la formule radulaire* peut s'écrire 50 x (44-0-44), ou proche selon la taille de l'animal : on cite pour cette espèce des radulas de 35 x (39-0-39) ou encore 42 x (42-0-42).

Informations complémentaires

La diversité dans le groupe des "chromodoris bleus" si ressemblants a longtemps posé problème aux scientifiques ainsi qu'aux taxonomistes. C'est principalement le travail des auteurs espagnols Ortea J., Valdès A et Garcia Gòmez J.C. en 1996 qui a permis de préciser un peu ce groupe sujet à débat que sont les Chromodoridés bleus de Méditerranée et d'Atlantique. Mais la controverse existe toujours sur certaines dénominations et certains taxons.
De plus, il arrive encore que l'on rencontre dans la littérature "grand public" des identifications et/ou des illustrations plus ou moins fantaisistes à propos de ces espèces bleues. Il convient donc de se méfier lors de l'identification lorsqu'il s'agit de donner un nom précis à une espèce.

Origine des noms

Origine du nom français

Doris de Gascon : évocation du nom scientifique, pour ce doridien dédié au Dr. Gascón.

Origine du nom scientifique

Felimare : L'origine de ce nom de genre, originellement créé par les malacologues brésiliens Eveline et Ernst Marcus en 1971, est une hypothèse, le couple Marcus étant un habitué des dénominations... "bizarres" et n'ayant jamais aimé donner d'explications sur le sujet. On peut sans doute chercher cette origine dans la sympathie appuyée d'Ev. Marcus (1901-1990) pour les chats ([felis]) et si l'on considère que [mare] = mer, traduire ce nom par "chat de mer" !

gasconi : Cette espèce a été ainsi nommée par Juan Lucas Ortea pour rendre hommage au Docteur Santiago Gascón, ancien Recteur de l'Université d'Oviedo, dans les Asturies espagnoles. L'auteur indique que Gascón, en plus d'être un ami, a été un soutien important pour son travail. Il est décédé en juillet 1997, à l'âge de 58 ans.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Heterobranchia Hétérobranches
Super ordre Nudipleura Nudipleures
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Doridina Doridiens Corps aplati. Anus dorsal entouré complètement ou partiellement par des branchies de remplacement ramifiées qui peuvent être rétractées (voire absentes). Mangeurs d’éponges, habituellement armés de spicules calcaires internes.
Famille Chromodorididae Chromodorididés Doridiens au corps mou allongé et étroit, à coloration vive. Dos en général lisse, bord du manteau développé à l’avant. Pied effilé à l’arrière, dépassant du manteau. Rhinophores lamellés, tentacules buccaux courts et coniques, branchies pennées.
Sous-famille Miamirinae Miamirinés
Genre Felimare
Espèce gasconi

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