Faceline de Marion

Facelinopsis marioni | (Vayssière, 1888)

N° 1779

Méditerranée

Clé d'identification

Corps rose pâle, translucide, de 12 à 15 mm de long
Corps effilé vers l’arrière et terminé par une queue pointue
Cérates rose à marron avec faces antérieures et extrémités largement blanches
Epaisse ligne blanche médiane sur la tête s'arrêtant aux cérates et reprenant sur la queue
Rhinophores annelés rose plus soutenu avec court bourgeon final blanc

Noms

Noms communs internationaux

Marion's facelina (GB), Facelina de Marion (I), Marioni deniztavsani (Turquie)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Facelina marioni Vayssière, 1888

Distribution géographique

Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

L'espèce est probablement endémique de Méditerranée et s'y rencontre notamment dans sa partie occidentale.

Biotope

On trouve généralement la faceline de Marion sur des substrats rocheux, en zones peu profondes (3-15 m) et peu éclairées : versants et tombants orientés au nord, surplombs, etc.

Description

Le corps de ce nudibranche est mou, allongé, effilé notamment vers l’arrière. L’adulte mesure 12 à 15 mm de long.
La faceline de Marion est globalement rose pâle, relativement translucide. Elle possède une ligne blanche médiane bien marquée et nette qui part entre les 2 rhinophores* (parfois accompagnée de très petites ponctuations blanches à ce niveau) et s’estompe avant la moitié du dos. Puis la ligne blanche reprend sur l'arrière du corps jusqu'au bout de la queue.

L’avant du corps porte notamment 2 paires d’appendices bien visibles :
La première paire (la plus antérieure) est composée de deux tentacules oraux relativement fins, longs, lisses, dirigés vers le bas. Ces organes sensoriels sensibles au toucher sont, chez Facelinopsis marioni, roses avec les extrémités blanchâtres.
Les 2 appendices suivants, un peu plus courts que les précédents, se trouvent sur la tête même de l'animal et sont dressés comme des cornes : ce sont les rhinophores. Ceux-ci, rose soutenu, souvent un peu plus sombres que le corps, montrent un petit nombre de lamelles (6 à 10). Puis, au-dessus de cette partie lamellée épaisse, un petit, fin et court bourgeon blanc dépasse.
Derrière les rhinophores, deux points noirs, minuscules, sont néanmoins visibles. Il s'agit des taches oculaires.

De nombreuses papilles dorsales, les cérates*, assez épais et courbes, sont visibles sur le dos. Implantés par groupes peu discernables en plongée, ils prennent naissance de chaque côté du dos et, allant vers la médiane du corps, sont plus ou moins couchés vers l'arrière. Ces cérates sont rose vif à rouge-brun (parfois marron à orangé) mais la face avant de ces appendices porte une large bande blanche opaque bien définie, du premier tiers jusqu'à l'apex*, qui, lui, est complètement recouvert de cette couleur blanche. S'il n'y porte pas attention, le plongeur distrait peut penser les cérates entièrement blancs. Mais s'il regarde de près, il pourra voir la glande hépatique rouge-brun par transparence.

Après le bloc cératal (l'ensemble des cérates), le corps se termine sur une queue nue (outre la reprise de la ligne blanche) assez longue et effilée, se terminant en pointe.

Espèces ressemblantes

On trouve en Méditerranée plusieurs éolidiens de couleur proche (autour du rose) et pouvant éventuellement faire penser à Facelinopsis marioni même si les larges marques blanches de celle-ci lèvent facilement le doute.
Citons entre autres :

  • La coryphelle mauve, Flabellina pedata. De couleur rose, elle se distingue aisément de la faceline de Marion par des rhinophores non annelés. Les cérates ne portent du blanc que sur la partie apicale, au niveau des cnidosacs*. Elle n'a pas de ligne blanche sur la tête.
  • La flabelline mauve, Flabellina affinis. Souvent plus violette que rose, elle ne porte de blanc qu'éventuellement sur la pointe des fins cérates et des rhinophores. Ces derniers sont lamellés mais plus fins que chez Facelinopsis marioni et n'ont pas le bourgeon terminal de celle-ci. Cet éolidien n'a pas de ligne blanche sur la tête.
  • La flabelline d'Ischia, Paraflabellina ischitana. De couleur rose également, ses cérates sont plus fins que ceux de Facelinopsis marioni. On y distingue tout du long et par transparence la glande digestive, parfois mauve, parfois orange et seul le bout des cérates peut porter du blanc. Rhinophores lamellés mais droits et sans bourgeon terminal. Elle n'a pas de ligne blanche sur la tête.
  • La faceline bleutée Facelina auriculata. Seule la tête est rose quand le corps est translucide. Les cérates bruns portant du blanc montrent néanmoins une iridescence bleue caractéristique.
  • La coryphelle argentée, Flabellina lineata. Elle a bien une ligne blanche médiane qui part entre les rhinophores mais elle court sur tout le dos de l'animal. L'avant des cérates porte également une ligne blanche. Mais toutes ces lignes blanches sont bien plus fines que chez Facelinopsis marioni. De plus, l'animal est plutôt translucide et seule la glande digestive visible dans les cérates est rouge orangé.

Alimentation

Comme la plupart des éolidiens, la faceline de Marion est une prédatrice d'hydraires dont elle mange les polypes*.

Reproduction - Multiplication

Les facelines de Marion sont hermaphrodites* synchrones (simultanément mâle et femelle) mais un même individu ne peut pas s’autoféconder et il y a donc nécessité de copulation avec un partenaire. Les organes génitaux se situant sur le flanc droit de l’animal, les deux partenaires doivent se placer tête-bêche "collés" par leurs flancs droits pour échanger leurs spermes respectifs. Puis chacun ira pondre ses œufs dans un endroit adéquat, souvent proche d’une espèce-proie.
La ponte des éolidiens constitue généralement une spirale enroulée sur une branche d'hydraire. Chaque espèce de nudibranche montre une forme et une couleur particulière. Nous manquons encore d'éléments pour caractériser celle de Facelinopsis marioni.

Divers biologie

Lorsqu’ils mangent les polypes de cnidaires, les éolidiens conservent intactes les cellules urticantes (cnidocytes*) de leurs proies par un phénomène encore mal connu (il est possible qu'il s'agisse de cnidocytes embryonnaires). Ces cnidocytes intacts, peut-être immatures encore, quittent le tube digestif dont des extensions s'engagent dans les papilles dorsales, pour s’accumuler dans des zones spécifiques à l’extrémité des cérates : les cnidosacs*. Elles deviennent dès lors armes de défense pour le nudibranche ! Lorsqu’un prédateur tente de manger la limace, il prend une décharge de cellules urticantes dans la bouche, recrache généralement sa proie et n’y revient pas.
La couleur plus claire de l’extrémité des cérates, ainsi que la couleur vive et colorée de son corps sont ainsi devenues signaux de toxicité du nudibranche pour ses prédateurs potentiels. Ces couleurs d’avertissement sont appelées couleurs aposématiques*. Elles sont d’ailleurs parfois copiées par des espèces non toxiques qui profitent de la méfiance des prédateurs à leur égard (mimétisme batésien*).

Ces cérates sont implantés en plusieurs groupes de chaque côté du dos. Le nombre de groupes change probablement selon la taille de l'animal (un animal de 8 mm étudié par [Schmekel & Portmann 1982] portait par exemple 4 groupes de cérates). Mais on peut dire que l'anus se trouve toujours au niveau du second groupe et que le gonopore* se situe à droite, dans l'espace entre le premier et le second groupe de papilles.

Contrairement aux autres sous-ordres de nudibranches, les éolidiens n’ont pas de branchies ; la respiration se fait à travers le tégument*, notamment au niveau des cérates.

Les taches oculaires ne sont pas des yeux à proprement parler. Il s'agit de cellules pigmentées reliées aux centres nerveux et ne permettant sans doute qu'une distinction sombre/clair, ombre/lumière…

L’animal, comme beaucoup de mollusques opisthobranches, possède dans la bouche une radula*, sorte de râpe dentelée mobile, munie de denticules acérés, qui lui sert à attaquer les polypes d’hydraires lui servant de proies. L'observation de cette radula, lors d'une dissection et grâce à des appareils optiques, est un élément fondamental dans la classification des nudibranches car chaque espèce possède une conformation et une organisation spécifique de cet appareil buccal. Ainsi, la radula de Facelinopsis marioni est principalement composée de dents en forme de fer à cheval avec une cuspide* proéminente et 6 denticules sur chaque côté.

Origine des noms

Origine du nom français

Faceline de Marion : traduction du nom scientifique.

Origine du nom scientifique

Facelinopsis : mot composé de deux parties. [faceli-] est extrait du nom de genre Facelina, celui-ci venant du latin en désignant un aspect marqué de lignes. Le suffixe [-opsis] est généralement utilisé principalement pour indiquer une ressemblance. Ici : "qui ressemble à une faceline, qui a l'aspect d'une faceline".
Le genre Facelinopsis a été créé par Alice Pruvot-Fol en 1954 qui notait quelques légères différences avec les espèces du genre Facelina.

marioni : espèce dédiée par Albert Vayssière à Antoine-Fortuné Marion (1846-1900), naturaliste français qui fut notamment, à partir de 1872, directeur du Laboratoire de Zoologie Marine de Marseille. Vayssière y fut l'élève de Marion avant d'en devenir à son tour directeur en 1921.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Aeolidiina Eolidiens Corps long et effilé portant des cérates simples, alignés ou non sur plusieurs rangées ou en bouquets. Tête avec deux paires de tentacules, la postérieure (rhinophores) sans gaine. Coins antérieurs du pied parfois effilés en tentacule. La majorité consomme des cnidaires mais certains mangent d’autres opisthobranches ou des œufs de poissons.
Famille Facelinidae Facelinidés Eolidiens au corps grêle, aux cérates groupés en faisceaux, sans pédoncule. En général tentacules pédieux, rhinophores à lamelles ou annelés.
Genre Facelinopsis
Espèce marioni

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