Doris de Loch

Chromodoris lochi | Rudman, 1982

N° 2033

Indo-Pacifique central jusqu'à la Polynésie

Clé d'identification

Forme allongée, avec tête en spatule, manteau plat et pied visible à l'arrière
Couleur du manteau et du pied blanc bleuté avec marges extérieures blanc opaque
Ligne noire bordée de bleu diffus et formant anneau à l'intérieur du manteau
Ligne noire bordée de bleu, souvent discontinue, marquant la médiane du corps
Parfois, le bleu envahit le centre du manteau depuis la ligne noire et bleue circulaire
Rhinophores et branchies translucides, roses ou jaune orangé

Noms

Noms communs internationaux
Loch's chromodoris (GB)

Distribution géographique

Indo-Pacifique central jusqu'à la Polynésie

Zones DORIS : Indo-Pacifique

Chromodoris lochi est présent dans l'Indo-Pacifique central, avec Singapour comme limite ouest. L'espèce se rencontre notamment en Indonésie, aux Philippines, sur les côtes australiennes. On le recense également pour la zone Pacifique en Nouvelle-Calédonie, en Nouvelle-Guinée, aux Vanuatu, dans les Salomon, aux Fidji, Tonga... jusqu'à la Polynésie française.

Biotope

On rencontre Chromodoris lochi sur les tombants et les pentes récifales qui accueillent les spongiaires dont se nourrit l'espèce.

Description

Chromodoris lochi est un doridien pouvant atteindre 40 mm. Le corps est allongé avec une tête élargie en forme de spatule. Le manteau*, assez plat, bien discernable, ne recouvre pas la partie postérieure du pied*, qui forme donc une pointe bien visible sur l'arrière de l'animal.

La couleur du manteau est blanc bleuté à bleu dragée, avec une marge périphérique clairement blanche, opaque. On retrouve ces caractéristiques sur le pied.
A mi-distance entre les bords du manteau et sa médiane, court une ligne noire jouxtée de bleu qui forme un large anneau, enserrant les rhinophores* à l'avant et les branchies* à l'arrière, pour s'y terminer en pointe. Cet anneau est quelquefois interrompu au niveau de la tête.
Une autre ligne noire et bleue marque la médiane du corps, depuis la gaine branchiale jusqu’à la tête en passant entre les rhinophores. Cette ligne peut être discontinue, coupée en son milieu, voire même se résumer à quelques points allongés. Elle ne rejoint généralement pas la ligne noire périphérique qui fait anneau.
Sous le manteau, les flancs portent également une à deux lignes longitudinales noires et bleues.
Si la couleur bleue ne diffuse en règle générale que légèrement depuis les lignes noires, il arrive qu'elle envahisse plus intensément la partie centrale du manteau, ainsi que de la queue et des flancs, l'animal semblant alors plus bleu que blanc bleuté.

Les rhinophores sont contenus dans une gaine assez haute. Ils sont lamellés et de couleur translucide rose, voire parfois jaune orange plus opaque.
A l'arrière et émergeant d'un fuseau proéminent, le panache branchial est bien visible, même s'il peut se rétracter. Le nombre de feuillets branchiaux est compris entre cinq et huit, le cas le plus général étant de huit feuilles. La couleur en est également translucide rose, voire parfois jaune orange. Notons que l'on peut observer des individus mixant ces deux versions, avec par exemple les rhinophores orangés et les branchies roses. Ces différences de couleurs sont peut-être liées à la distribution de l'espèce.

Espèces ressemblantes

Plusieurs nudibranches de forme proche montrent un manteau blanc bleuté, surligné de diverses bandes noires.
Citons principalement :

Chromodoris willani Rudman, 1982 : la robe du doris de Willan est très proche mais rhinophores et panache branchial sont sombres, constellés de petits points blanc opaque, ce qui donne à ces organes un aspect assez lumineux.
On le trouve uniquement dans l'ouest du Pacifique tropical, de la Malaisie à la Micronésie et d'Okinawa à l'Australie, la Nouvelle-Calédonie, les îles Fidji et Tonga, c'est-à-dire dans des zones communes à C. lochi.

Chromodoris boucheti Rudman, 1982 : le doris de Bouchet se distingue de C. lochi par le fait qu'il porte des lignes noires sur l'extérieur et l'intérieur de ses feuilles branchiales. Il se rencontre en outre dans l'océan Indien occidental, avec une probable limite orientale aux Maldives, ce qui contribue à éviter la confusion avec C. lochi.

Chromodoris dianae Gosliner & Behrens, 1998 : le bleu pâle du dos semble finement moucheté de blanc jusqu'à la marge blanche (parfois, il y a quelque macules orange à ce niveau). Ces mouchetures sont les éléments qui permettent la différenciation avec C. lochi. Une ligne noire discontinue encercle la zone centrale du notum* et quelques taches noires sont présentes au milieu de cette zone délimitée. Les rhinophores sont généralement orange avec une base blanche et il en va de même avec les feuillets branchiaux dont l'apex est orange, même si l'on peut rencontrer des animaux avec ces organes entièrement orange translucide.

D'autres espèces de Chromodoris blancs ou bleutés à lignes noires se distinguent de ce groupe par la périphérie du manteau qui porte une marge jaune ou orange (Chromodoris hamiltoni, Chromodoris kuiteri, Chromodoris colemaniChromodoris elisabethina, Chromodoris annae, Chromodoris magnifica, Chromodoris michaeli, Chromodoris strigata, etc.)

Alimentation

Chromodoris lochi est un mangeur de spongiaires, notamment de la famille des Thorectidés, des genres Cacospongia (C. mycofijiensis, en priorité) et Semitaspongia.

Reproduction - Multiplication

Les nudibranches sont des animaux hermaphrodites* synchrones (simultanément mâles et femelles) et les rapports de reproduction sont proximaux puisqu'ils nécessitent une copulation fertilisante.
Les organes reproductifs débouchent sur le flanc droit de l'animal, un peu derrière la tête, et les deux individus vont donc se présenter sur leur côté droit respectif afin de pouvoir "connecter" leurs organes génitaux. Cette position tête-bêche est caractéristique et c'est à ce moment que les gamètes* mâles passeront de l'un à l'autre des partenaires.
Chacun d'entre eux pourra ensuite aller pondre de son côté.
Cette ponte est déposée en spirale concentrique antihoraire, relativement plate et large (pas plus de trois ou quatre tours). Cette ponte peut être de couleur crème à quasiment transparente. Les capsules ovigères contiennent un seul œuf et il ne semble pas y avoir de réserve de vitellus*.
On ne connaît apparemment que peu l'évolution de la ponte chez Chromodoris lochi. Si l'on se fie à des observations en milieu artificiel, la vie embryonnaire durera probablement une petite dizaine de jours pour une eau autour de 25 °C.
Puis les larves écloront. Elles évolueront en trocophores* puis en véligères*, le développement étant planctotrophique*. Les juvéniles rescapés de cette vie en pleine eau se poseront sur le substrat et deviendront, sauf coup dur, de jeunes adultes.

Divers biologie

Les nudibranches sont munis de divers organes des sens. Parmi ceux-ci, une paire de rhinophores se trouve sur la tête de l’animal. Ce sont des organes chémorécepteurs (sensibles aux molécules chimiques) qui servent notamment à appréhender l’environnement physique : présence de proies, de congénères, échanges et communications… Ils servent également à la prise d’informations concernant les courants, les températures, l’orientation, etc. D'autres appendices, comme les palpes labiaux* situés près de la bouche, ont une fonction plus tactile.

A l’instar de tous les doridiens mangeurs d’éponges, notre doris de Loch possède une radula*, bande râpeuse située dans la bouche et lui permettant de ronger ses proies afin de se nourrir. Il s’agit d’un ensemble de denticules* organisés selon un schéma bien spécifique à l’espèce. L’observation et la description de cette radula grâce à des outils d'observation (binoculaire, microscope optique ou électronique à balayage) sont primordiales dans la discrimination et la taxonomie des espèces. Cela ne pouvant bien entendu pas se faire sur l'animal vif, cette étude est affaire de spécialistes.
La formule radulaire admise de Chromodoris lochi est 75 x 46.0.46 ([Yonow 2001]). Ce que l'on peut lire comme 75 rangs de dents, comportant chacun 46 dents à droite, 0 au centre et 46 à gauche.

Le panache branchial peut se rétracter dans la gaine du manteau en cas de danger.

Les nudibranches du genre Chromodoris sont réputés pour récupérer les métabolites* des spongiaires qu'ils consomment et les recycler à leur propre usage de défense. A l'étude, les éléments chimiques (entre autres des terpènes complexes) sont trouvés à la fois dans l'éponge-proie, ici Cacospongia mycofijiensis, et dans l'opisthobranche prédateur, Chromodoris lochi. Celui-ci se ressert par exemple de l'ichtyotoxine latrunculine-A comme d'une toxine naturelle qui le rend immangeable.

Origine des noms

Origine du nom français

Doris de Loch : francisation du nom scientifique Chromodoris lochi.

Origine du nom scientifique

Chromodoris : composé du grec [chrom-] = couleur et de Doris, fille d’Océanos et de Téthys. Mariée à Nérée, dieu de la mer calme, Doris eut cinquante filles (les Néréides, nymphes de la mer, parmi lesquelles Galathée, Amphitrite, Cymodocé, Doto, Thétis...).
Ce nom de doris est employé pour construire de nombreux genres taxonomiques* de nudibranches (Chromodoris, Hypselodoris, Glossodoris, Goniodoris, OnchidorisGymnodoris, etc.).
Le mot chromodoris souligne donc l'aspect vivement coloré de ces doris.

lochi : espèce dédiée en 1982 par Bill Rudman à son confrère de l'Australian Museum, Ian Loch, malacologue qui s'occupe entre autre des collections de mollusques de l'institution australienne.
D'autres espèces portent aussi en leur nom scientifique l'hommage à Ian Loch, comme le scaphopode Dentalium lochi, le bivalve Dosinia lochi, les gastéropodes Murexsul ianlochi, Epitonium lochiNassarius lochi, le crabe Pinnotheridé Durckheimia lochi, etc.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Doridina Doridiens Corps aplati. Anus dorsal entouré complètement ou partiellement par des branchies de remplacement ramifiées qui peuvent être rétractées (voire absentes). Mangeurs d’éponges, habituellement armés de spicules calcaires internes.
Famille Chromodorididae Chromodorididés Doridiens au corps mou allongé et étroit, à coloration vive. Dos en général lisse, bord du manteau développé à l’avant. Pied effilé à l’arrière, dépassant du manteau. Rhinophores lamellés, tentacules buccaux courts et coniques, branchies pennées.
Genre Chromodoris
Espèce lochi

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