Cione rouge de Roule

Ciona roulei | Lahille, 1887

N° 1366

Méditerranée (côtes catalanes, Italie)

Clé d'identification

Aspect d'un tube gélatineux de grande taille (9 cm) à deux ouvertures
Siphon inhalant comportant 8 lobes
Siphon exhalant comportant 6 lobes
Couleur rouge
Parfois marge à point jaune-orangé autour des siphons
Forte contractilité

Noms

Autres noms communs français

Ascidie rouge, Cione de Roule (Lahille)

Noms communs internationaux

Ciona, tube sea-squirt (GB), Budell, ascidia amarilla (E), Rote Seescheide (D)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Ciona roulii Lahille, 1887 (nom original utilisé par l'auteur dans son ouvrage sur les Tuniciers de 1890, voir bibliographie)

Distribution géographique

Méditerranée (côtes catalanes, Italie)

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Espèce endémique de la Méditerranée, la cione Ciona roulei n'était, il y a peu, retrouvée que dans 5 sites le long des côtes françaises et espagnoles (dont cap Cerbère, cap Béar, Agde, Sète). Il faut y rajouter de nouvelles observations faites en Italie (2006) et en particulier en Adriatique (2010).

Biotope

Très rare ascidie de couleur nettement rouge que l'on rencontre très exceptionnellement sur des roches exposées aux courants dans la zone infralittorale, et en particulier enchâssée dans de petites failles de la roche ou du coralligène au-delà des 5 m et jusqu'à 500 m de fond.

Description

La cione rouge de Roule est une ascidie solitaire méditerranéenne de grande taille très rare.

A la fin de son stade larvaire, elle se fixe à un substrat, perd sa chorde, sa queue et son tube neural et prend l'aspect d'un sac à deux ouvertures qui peut atteindre 9 centimètres de hauteur. Sa fixation s'effectue par la partie ventrale et postérieure du corps, à l'aide de stolons (rhizoïdes : filaments de type crampon) réunis en faisceau. Elle est de section presque cylindrique.

Son corps gélatineux est fortement contractile, mais la tunique lisse et transparente ne suit pas la contraction « interne » de l'animal, c'est aussi le cas chez Ciona savignyi contrairement à l'espèce la plus répandue de cione, Ciona intestinalis, et dont la tunique est fortement rétractile. La couleur interne, observée à travers la tunique transparente, est rouge lumineux. Cette couleur est dûe à des amas de pigments rouge orangé ou rouge-brun au niveau des parois du sac branchial (sinus péribranchiaux et transverses).

Le siphon inhalant (buccal) situé au sommet comporte 8 lobes, alors que le siphon exhalant (cloacal), proche et latéral n'a que 6 lobes. Le tube buccal (6 mm) est environ deux fois moins long que le tube cloacal (12 mm), notez que c'est l'inverse chez l'espèce proche Ciona intestinalis.

Les fins tentacules situés à l'entrée des siphons inhalants sont presque toujours au nombre de trente-deux. Chaque siphon est parfois orné d'un point jaune-orangé. L'anse intestinale est parfois aperçue par transparence.

De chaque côté du corps on compte quatre faisceaux musculaires principaux qui se divisent à la hauteur du sillon buccal.

Ciona roulei présente après dissection et sous microscope des cellules folliculaires allongées.

Comme toutes les ascidies, Ciona roulei présente une tunique gélatineuse ou cartilagineuse, composée de tunicine, une variété de cellulose, et de matière organique, qui recouvre le corps. L'intérieur de l'ascidie est appelé la chambre péripharyngienne. Le pharynx est pourvu de nombreuses fentes branchiales. Le système nerveux de l'adulte se limite à un ganglion cérébral. Un cœur en forme de tube est l'organe propulseur de l'appareil circulatoire. Il envoie le sang dans des sinus creusés dans le tissu conjonctif. Le flux change de sens toutes les 2 à 3 minutes. Le sang des ascidies est constitué de plusieurs sortes de globules. Le système digestif est composé d'un estomac et un intestin débouchant par un rectum et un anus.

Espèces ressemblantes

Ciona intestinalis (Linnaeus, 1767), la cione intestinale : n'est présente que en mer du Nord, Manche et océan Atlantique (pour l'Europe). De forme et taille identique, sa couleur est blanchâtre à jaune verdâtre plus ou moins translucide. La marge bordant les siphons est également jaune. Contrairement à C. edwardsi, C. intestinalis présente après dissection et sous microscope des cellules folliculaires allongées.

Ciona robusta Hoshino & Tokioka, 1967, la cione robuste ressemble à la cione intestinale avec des tubercules sur la tunique et une couleur plus nacrée.

Ciona edwardsi Roule, 1884, la cione jaune de Edwards : endémique de la Méditerranée. De forme et taille identique, sa couleur est nettement jaune. La marge bordant les siphons est d'un jaune soutenu. Contrairement à C. roulei, C. edwardsi présente après dissection et sous microscope des petites cellules folliculaires.

Ciona savignyi Herdman, 1882 : présente dans la mer du Japon et rapportée sur la côte californienne et dans la région de Banyuls (66, France).

Alimentation

La cione rouge de Roule est un filtreur actif interne. L'eau est aspirée par le siphon inhalant ou siphon buccal. Elle est filtrée dans un pharynx branchial criblé de petites fentes et passe par une vaste cavité péribranchiale appelée atrium, avant de ressortir par le siphon exhalant ou siphon cloacal. Sur la face médio-ventrale du pharynx on trouve une gouttière ciliée et glandulaire, l'endostyle, tandis que la face médio-dorsale porte une rangée saillante de languettes ciliées, le raphé.

Les sécrétions muqueuses de l'endostyle engluent les particules alimentaires que l'eau amène dans le pharynx. Elles s'accumulent dans le raphé dorsal et sont entraînées par les battements ciliaires jusqu'à l'estomac. Les déchets sont évacués par l'anus situé dans le siphon cloacal.

Reproduction - Multiplication

La cione rouge de Roule est un hermaphrodite ovipare.

La reproduction peut avoir lieu toute l'année. La fécondation est externe et a lieu dans la colonne d'eau. Ovaires et testicules débouchent dans le cloaque. La reproduction sexuée de cette espèce ovipare produit un stade larvaire libre appelé têtard qui comprend une région antérieure élargie ou corps à laquelle fait suite une longue queue aplatie transversalement. Elle est entourée par une tunique dépourvue d'éléments cellulaires et constituée de cellulose. La queue est soutenue par une corde dorsale. Le tube nerveux caudal se prolonge dans le corps et s'y dilate en une vésicule cérébrale.

La vie libre de la larve est de courte durée. Quelques heures après son éclosion, la larve tombe sur un support auquel elle se fixe par des papilles adhésives de son extrémité antérieure. Elle subit alors une métamorphose régressive au cours de laquelle la queue et la vésicule cérébrale disparaissent.

Vie associée

Toute une biocénose peut vivre autour des ascidies. Des foraminifères s'incrustent sur la tunique, des algues peuvent s'y fixer. Des lamellibranches peuvent habiter au niveau des branchies. Des parasites et des symbiotes peuvent aussi exploiter divers organes de l'ascidie.

Cependant, Ciona roulei présente une tunique très propre, signe de ces fortes propriétés antifouling* ("antisalissures"). Cette caractéristique pourrait être due à la présence d'une bactérie du genre Pseudoalteromonas. Cette bactérie, également présente dans Ciona edwardsi, Ciona intestinalis, Ulva lactuca et Ulvaria fusca, présente en effet la capacité de produire des composants inhibant la croissance et la colonisation de ces organismes marins.

Divers biologie

Du point de vue phylogénique, Ciona roulei est plus proche de C. intestinalis que de C. edwardsi et de C. savignyi. En effet, des croisements entre C. roulei et C. intestinalis sont viables, contrairement aux croisements entre C. roulei et C. edwardsi ou C. savignyi.

Informations complémentaires

Comme la plupart des ascidies, cette espèce pourrait parfois être utilisée en tant qu'appât de pêche.

Origine des noms

Origine du nom français

Cione rouge de Roule est une proposition du site Doris.
Cione de Roule est utilisé par l'auteur original.

Origine du nom scientifique

Ciona : du latin [cion-] = cire, et donc en forme de bougie de cire.

roulei : en l'honneur du naturaliste français Louis Roule (1861-1942) pour son travail sur l'identification des ascidies. Zoologiste et professeur au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Urochordata / Tunicata Urochordés / Tuniciers Chordés marins fixés (ascidies) ou pélagiques (thaliacés), solitaires ou coloniaux. Epaisse tunique cellulosique. Deux siphons, pharynx bien développé, la chorde larvaire régresse chez l'adulte (sauf chez les Appendiculaires).
Classe Ascidiacea Ascidies / Ascidiacés Tuniciers fixés. Solitaires ou coloniaux (seuls capables de bourgeonnement). Chorde uniquement au stade larvaire. Siphon inhalant au sommet, proche du siphon exhalant latéral. Souvent en eau peu profonde.
Ordre Phlebobranchia Phlébobranches Le sac branchial* a des sinus longitudinaux qui portent ou non des papilles internes mais qui ne sont jamais plissés. Ascidies essentiellement solitaires. Gonades* situées sur l’anse du tube digestif ou à proximité.
Famille Cionidae Cionidés

Manteau gélatineux et fin. Cœur en forme de « V ». Un seul genre (Ciona) et 5 espèces en Europe.

Genre Ciona
Espèce roulei

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