Parasite sur la langue de poissons marins
Corps ovale segmenté, aplati dorso-ventralement
Tête petite intégrée dans le premier segment
Petits yeux cachés par les antennes
Sept paires de pattes terminées par des crochets de fixation
Bord du dernier segment de l'abdomen en forme de courbe lisse
Longueur de la femelle : 23 mm, du mâle :12 mm
Pou de poisson, nom général donné à ce type de parasite.
Tongue-eating louse (GB) (nom général donné à ce type de parasite), Zungenfressende Laus (D) (idem), Pietermantongbijter, tongbijter (NL)
Ceratothoa gobii Schiödte & Meinert, 1883
Meinertia steindachneri Montalenti, 1946
Meinertia gobii Montalenti, 1948
Atlantique Nord-Est, Méditerranée
Zones DORIS : ○ [Atlantique Nord-Est, Manche et mer du Nord françaises], ○ [Méditerranée française], ● Europe (côtes françaises), ● CaraïbesCeratothoa steindachneri est présent dans l'Atlantique Nord-Est (mer du Nord, mer Baltique), en Méditerranée. Cette espèce est présente aussi en mer des Caraïbes, mais non signalée ailleurs dans l’Atlantique Nord-Ouest.
Ceratothoa steindachneri parasite* plusieurs espèces de poissons et partage donc le biotope* de ses hôtes. Il préfère les eaux tempérées peu profondes mais peut être également présent en haute mer.
Ce n’est que depuis la fin des années soixante que l’on commence à l’observer au nord du golfe de Gascogne (côtes sud-ouest du Royaume-Uni). Auparavant, elle semblait préférer des eaux plus chaudes : Méditerranée et Atlantique proche (Maroc, Portugal).
Ceratothoa steindachneri est un parasite obligatoire (il ne peut pas vivre ailleurs) de la langue des poissons. Son corps est de forme ovale, segmenté et aplati dorso-ventralement. Sa couleur habituelle est généralement soit claire soit sombre. Sa tête (ou céphalon*) est petite et intégrée au premier segment. Les yeux, également petits, sont cachés par les antennes*.
Le thorax (ou péréon) compte 7 segments qui portent chacun une paire de pattes (ou péréiopodes*) terminées par des crochets de fixation.
La femelle a un corps ovale à arrondi, fort trapu. Elle est plus grande que le mâle. Elle mesure 15 à 23 mm de longueur et 7,8 à 9 mm de largeur. Les femelles adultes présentent un marsupium* (poche incubatrice) contenant les œufs ou les embryons.
Le mâle a un corps moins trapu, plus rectangulaire de 10 à 12 mm de longueur et de 4,75 à 5,3 mm de largeur.
Une caractéristique permet de distinguer Ceratothoa steindachneri des espèces voisines : le bord du dernier segment (le telson*) forme une courbe lisse.
Les espèces du même genre sont nombreuses et il est même souvent difficile de les distinguer.
Dans l'article de Horton (2000), il y a une clé de détermination.
Ceratothoa steindachneri est essentiellement hématophage*. Le parasite se nourrit du sang de la langue et du mucus.
La bouche, ventrale, de Ceratothoa steindachneri est munie de pièces buccales acérées qui lui permettent de déchirer les téguments* de l'hôte et de percer les vaisseaux sanguins de la langue. De chaque côté de l'œsophage, une glande sécrète un anticoagulant (semblable à l'héparine) actif sur le sang des poissons.
Ceratothoa steindachneri est une espèce gonochorique* (les sexes sont séparés). Sa reproduction est sexuée. Toutefois les Cymothoidés, famille à laquelle appartient notre espèce, sont caractérisés par un hermaphrodisme* protandre* et sont parasites à l'état adulte. Les juvéniles, après un court stade libre, pénètreraient dans les branchies* de l'hôte (les branchies présentent souvent des taches de sang). Les jeunes mâles deviennent plus tard des femelles fonctionnelles dans la bouche de l'hôte. La copulation peut avoir lieu dans la bouche du poisson (Brusca, 1983).
La prise de sang chez la femelle est indispensable à l'acquisition des cinq paires d'oostégites* constituant le marsupium* à l'intérieur duquel les œufs vont se développer.
A l'éclosion les larves* (ou pulli, pluriel de pullus*), après une courte période de vie libre, partent à la recherche d'un nouvel hôte sur lequel les juvéniles (stade manca*) se fixent et se développent.
Ceratothoa steindachneri est présente sur la vive Echiichthys vipera, les serrans Serranus hepatus, S. cabrilla, S. scriba, les sars Diplodus annularis, D. vulgaris, le pagre commun Pagrus pagrus, les gobies Gobius niger et Pomatoschistus minutus et en Méditerranée également sur l'éperlan du large Chlorophthalmus agassizi (Bonaparte, 1840).
La présence de C. steindachneri sur les raies Raja asterias, R. polystigmaa et Rostroraja alba demande à être confirmée.
Le poisson parasité par cet ectoparasite* intra-buccal strict ne pose aucun risque pour la consommation humaine.
Le parasite ralentit la croissance des poissons hôtes et limite leur espérance de reproduction, de développement et de vie.
Les glandes latéro-œsophagiennes du parasite sécrètent une substance anticoagulante à activité antithrombique de nature héparinique sur le sang des poissons hôtes potentiels capable d'empêcher ou de retarder la coagulation du sang de l'hôte. La prise de nourriture est l'équivalent d'une hémorragie pour le poissson.
On observe chez les poissons hôtes une réaction immunitaire, des variations biochimiques, hématologiques et biométriques et surtout un retard de croissance.
Plus le parasite grandit, moins la quantité de sang qui parvient à la langue de l'hôte est importante. Celle-ci finit alors par s’atrophier par manque d’apport sanguin. Le parasite en profite alors pour remplacer fonctionnellement l’organe manquant en fixant son corps sur les fibres musculaires du moignon restant. Le poisson est alors capable d’utiliser le parasite comme une langue normale. La nourriture ingérée par le poisson ne semble pas intéresser le parasite. La majorité des parasites buccaux se nourrissent du mucus une fois la reproduction achevée.
Selon Brusca (1983), un poisson dont la langue est parasitée par un isopode, bien qu'il ne se nourrisse pas aussi efficacement qu'un poisson non parasité, se nourrit plus efficacement qu'un poisson dont la langue atrophiée n'est pas remplacée par l'isopode.
A l'état adulte l'espèce a peu de prédateurs et d'agents pathogènes ; les stades libres (manca*) sont vulnérables aux prédateurs planctoniques*.
Il y aurait une trentaine d’espèces différentes de Ceratothoa.
Ces parasites* étaient rares ou absents en mer du Nord, préférant généralement les hôtes de mers plus chaudes. Mais, suite au réchauffement climatique et à la présence plus fréquente de leurs hôtes en mer du Nord, ils y sont de plus en plus souvent observés. Le pourcentage d’infestation varie en fonction des espèces et des localités.
Le premier exemplaire observé en mer du Nord a été pris dans un filet à crevettes lors d’une de pêche à pied à Coxyde (Belgique) en juillet 2020. En novembre de la même année, d’autres exemplaires ont aussi été trouvés au même endroit. Parmi eux, une petite vive (Echiichthys vipera) était parasitée par deux Ceratothoa steindachneri. Les branchies de l’hôte présentaient des taches de sang. Ceci suggère que comme pour C. italica, les branchies sont le point d’entrée de C. steindachneri.
Pendant quelques temps, il semblait que Ceratothoa steindachneri ne parasitait que la petite vive en mer du Nord. La découverte en 2025 d’un merlan parasité aux Pays-Bas montre que ce n’est pas le cas.
Pour Echiichthys vipera, entre avril et juillet 2025, le Vlaams Instituut voor de Zee (VLIZ = l'institut flamand de la mer à Ostende, Belgique) rapporte que 80 % des petites vives pêchées étaient parasitées. Ce chiffre est probablement sous-évalué étant donné les précautions à prendre pour les manipuler. De plus, les parasites ne sont pas toujours immédiatement observés ou se détachent au moment de la capture de l’hôte. Sa prévalence en haute mer n’est pas encore documentée, toutefois elle semble nettement plus basse.
Ceratothoa de Steindachner est la simple traduction du nom scientifique.
Ceratothoa : du latin [ceratus] = enduit de cire, ce qui évoque l'aspect ciré ou huilé, lisse du corps de cet isopode. Le géologue et zoologiste des Etats-Unis d’Amérique, James Dwight Dana (1813-1895), qui a créé ce nom de genre en 1852 n’a pas donné d’explication.
steindachneri : le spécimen décrit, en 1879, par Carl Koelbel a été récolté près de Lisbonne sur les branchies d’un pagre commun (Pagrus pagrus) par le Docteur naturaliste et ichthyologiste autrichien Franz Steindachner (1834-1919).
Numéro d'entrée WoRMS : 118874
| Termes scientifiques | Termes en français | Descriptif | |
|---|---|---|---|
| Embranchement | Arthropoda | Arthropodes | Animaux invertébrés au corps segmenté, articulé, pourvu d’appendices articulés, et couvert d’une cuticule rigide constituant leur exosquelette. |
| Sous-embranchement | Crustacea | Crustacés | Arthropodes à exosquelette chitineux, souvent imprégné de carbonate de calcium, ayant deux paires d'antennes. |
| Super classe | Multicrustacea | ||
| Classe | Malacostraca | Malacostracés | 8 segments thoraciques, 6 segments abdominaux. Appendices présents sur le thorax et l’abdomen. |
| Sous-classe | Eumalacostraca | Eumalacostracés | Présence d’une carapace recouvrant la tête et tout ou partie du thorax. |
| Super ordre | Peracarida | Péracarides | Les femelles sont dotées d'une cavité d'incubation formée par des expansions lamelleuses des péréiopodes. |
| Ordre | Isopoda | Isopodes | Corps comprimé dorso-ventralement, première paire d’antennes beaucoup plus petite que la seconde, yeux non pédonculés. 7 paires de pattes de même apparence. |
| Sous-ordre | Cymothoida | Cymothoides | ils portent des appendices buccaux comprenant une mandibule et un processus permettant de couper. |
| Super-famille | Cymothooidea | Cymothooidea | |
| Famille | Cymothoidae | Cymothoïdés | |
| Genre | Ceratothoa | ||
| Espèce | steindachneri |
Crustacés Malacostracés (crabes, crevettes...)
Dans la gueule d'une petite vive
L'isopode est sur la langue du poisson, la tête tournée vers l'avant. Noter sa couleur grise.
A basse mer dans un filet à crevettes (Crangon crangon) sur la plage de Zuydcoote (59).
23/08/2025
Crustacés Malacostracés (crabes, crevettes...)
Dans la gueule d'un merlan
La tête du parasite encastrée dans le premier segment thoracique est caractéristique.
Borssele (Pays-Bas)
11/2025
Femelle et mâle en vue dorsale
La femelle est en haut, le mâle est en bas.
Au laboratoire.
2025
Un mâle en vue ventrale
Les crochets de fixation à l'extrémité des péréopodes* sont bien visibles. La tête est en haut à gauche.
Au laboratoire.
2025
Femelle
A : vue dorsale ;
B : vue ventrale, les crochets sont bien visibles ;
échelle en mm.
Figure 1, A et B, p.1042, T. Horton, 2000
Reproduction de documents anciens
2000
Mâle
A : vue dorsale ;
B : vue ventrale ;
échelle en mm.
Figure 3, A et B, p.1044, T. Horton, 2000
Reproduction de documents anciens
2000
Rédacteur principal : Nicole HAMERS
Rédacteur : Michel DEVLEESCHOUWER
Vérificateur : Pierre NOËL
Responsable régional : Yves MÜLLER
Brusca R.C., Gilligan M.R., 1983, Tongue replacement in a marine fish (Lutjanus guttatus) by a parasitic isopod ( Crustacea : Isopoda), Copeia, 3, 813-816.
Horton T., 2000, Ceratorhoa steindachneri (Isopoda: Cymothoidae) new to British waters with a key to north east Atlantic and Mediterranean Ceratothoa, Journal of the Marine Biological Association of the United Kingdom, 80(6), 1041–1052.
Horton T., Diamant A., Galil B., 2004, Ceratothoa steindachneri (Isopoda, Cymothoidae): An unusual record from the Mediterranean,Crustaceana, 77(9), 1145–1148.
Horton T., Okamura B., 2002, The distribution of Ceratothoa steindachneri (Crustacea: Isopoda: Cymothoidae) parasitic in Echiichthys vipera in the north-east Atlantic, Journal of the Marine Biological Association of the United Kingdom, 82(3), 415-417.
Huwae P., Jonckheere I., Rappé G.,2020, Recente vondsten van zeldzame visparasieten (Crustacea, Isopoda, Cymothoidae) uit de zuidelijke Noordzee, waaronder drie nieuwe soorten voor de Belgische fauna, De Strandvlo, 72-83.
Huwae P., Jonckheere I., 2021, Nieuwe gegevens over parasitaire pissebedden (Isopoda, Cymothoidae) in België en Nederland, De Strandvlo, 41(1), 6-11.
Huwae P., Jonckheere I., 2025, Bijzonders ontwikkeligen bij Ceratothoa steindachneri Koelbel, 1878 (Isopoda: Cymothoidae) in de lage landen na 2020, De Strandvlo, 45(4), 104-115.
Koelbel K., 1879, Über einige neue Cymothoiden, Sitzungberichte der Kaiserlichen Akademie der Wissenschaften, Mathematisch-Nautwissenschaftliche Classe, 78(2), 401-416, pls. 1-2.
Romestand B., 1979, Etude écophysiologique des parasitoses à cymothoadiens, Annales de Parasitologie, 54(4), 423-448.
Sala-Bozano M., Van Oosterhout C., Mariani S., 2012, Impact of a mouth parasite in a marine fish differs between geographical areas, Biological Journal of the Linnean Society, 105(4), 842-852.
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