Berghia orangée

Berghia verrucicornis | (A. Costa, 1867)

N° 2097

Atlantique Est, tempéré et tropical, Méditerranée

Clé d'identification

Rhinophores orangés à pointe blanche
Deux taches orange sur la tête
Cérates translucides avec un anneau jaune-orangé sub-terminal
Corps translucide avec plusieurs taches orangées dorsales
Longs tentacules labiaux à extrémité blanche

Noms

Noms communs internationaux

Berghia arancio (I)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Flabellina verrucicornis Costa, 1864
Eolis peregrina delle Chiaje, 1841
Eolidia cavolini Vérany, 1846
Berghia coerulescens Deshayes, 1838 -sensuTrinchese 1881. Trinchese fait une erreur d'identification, mais décrit magnifiquement Berghia verrucicornis.
Eolis grossularia Fisher, 1869
Spurilla margaritae Labbé, 1923

Distribution géographique

Atlantique Est, tempéré et tropical, Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

On trouve cette espèce en Méditerranée, ainsi qu'en Atlantique Est tempéré, du golfe de Gascogne à l'Afrique, au moins jusqu'au Sénégal.
Elle semble inconnue en Manche et autour des îles Britanniques. Sa limite nord semble être Le Croisic, où A. Labbé l'a trouvée et décrite en 1923.

Biotope

Berghia verrucicornis vit habituellement sous les pierres et les coquilles mortes, de la zone intertidale* à trente mètres de profondeur environ.
Il est possible de la trouver la nuit en divagation à la surface des pierres.

Description

Berghia verrucicornis est un nudibranche éolidien de 16 à 20 mm de long, 30 mm au maximum, assez étroit, de coloration blanche sur le corps, aux appendices dorsaux, cérates* et rhinophores*, jaune-orangé.
La coloration des appendices évolue selon l'âge de l'animal : jaune pour les juvéniles, puis orangée pour les adultes.
Les tentacules labiaux, longs et effilés, dépassent en longueur les rhinophores et sont blanc opaque à leur extrémité.
Les rhinophores, en forme de massue, portent des lamelles sur les côtés et des tubercules à la face postérieure. Ces détails ne sont visibles qu'à fort grossissement. Ils sont colorés en orange vif, à pointe blanche.
Les taches oculaires, relativement grosses pour un éolidien, se remarquent juste en arrière des rhinophores.
Le corps, blanc translucide, porte trois taches orangées : deux sur la tête en avant et sur les côtés des rhinophores, et une centrale au niveau du cœur, moins constante, parfois prolongée par deux autres taches le long du dos.
Les cérates sont implantés par groupes, en forme de fer à cheval, sur les flancs. On compte une dizaine de groupes au maximum, et entre 50 et 75 cérates de chaque côté. Chaque cérate est en forme de fuseau. Leur taille varie assez peu selon leur position : les plus antérieurs sont à peine plus longs que les plus postérieurs. Les cérates présentent près de leur extrémité un anneau jaune-orangé, surmonté d'une tache blanche conique et opaque qui en constitue la pointe.
Le reste de leur longueur, translucide, laisse voir par transparence la couleur de la glande digestive, marron plus ou moins foncé, selon l'alimentation de l'animal.

Espèces ressemblantes

Berghia verrucicornis se distingue facilement des autres éolidiens blancs à papilles jaunes ou orangées, par la présence des deux taches orange au pied et en avant des rhinophores.
Eubranchus farrani présente des rhinophores lisses, et des cérates renflés.

Spurilla neapolitana
a une coloration plus uniforme ; les rhinophores plutôt rose pâle ou brun clair qu'orange, et sans anneaux orangés sur les cérates.

Sur les côtes européennes, il existe une espèce très ressemblante, Berghia columbina. Contrairement à B. verrucicornis, elle comporte sur la face dorsale des lignes rouges reliant la base des cérates.

On a longtemps regroupé sous le nom de Berghia verrucicornis deux espèces différentes :
- la vraie B. verrucicornis telle que décrite dans cette fiche
- Aeolidiella stephanieae, présente sur la côte atlantique américaine (Caraïbes, USA…) et connue en aquariophilie comme un remède contre les anémones Aiptasia. C’est seulement en 2005 que Aeolidiella stephanieae a été décrite comme une espèce bien distincte de Berghia verrucicornis.
Leurs zones de distribution géographique respectives sont très différentes et permettent de les distinguer.

Alimentation

Berghia verrucicornis se nourrit d'anémones de mer. Jean Tardy a observé sa prédilection pour une toute petite anémone à tentacules bruns ou carmin, Aiptasia lacerata Dalyell, variété planifrons.

Reproduction - Multiplication

Comme tous les nudibranches, Berghia verrucicornis est hermaphrodite*. Ses orifices génitaux mâle et femelle, voisins l'un de l'autre, se situent à l'avant droit du pied, dans la concavité du premier groupe de papilles. Pour échanger leurs spermatozoïdes, les deux partenaires se positionnent tête-bêche.
La période de reproduction maximale se situe en fin d'été, de juillet à septembre.
La ponte blanche a la forme d'un ruban à peine festonné, enroulé en spirale plus ou moins régulière sur trois à cinq tours, de 8 à 10 mm de diamètre.
Les larves pélagiques* véligères* assurent la diffusion spatiale de l'espèce.

Vie associée

Sous les mêmes pierres, on peut trouver Berthella stellata, Spurilla neapolitana, Lima hyans, des petits crabes Pisidia longicornis, des petites ophiures, le bivalve Galeomma turtoni…

Divers biologie

Les nudibranches râpent leurs aliments grâce à leur radula*, constituée de dents chitineuses*. Leur agencement et leur forme sont précieux aux biologistes pour identifier les espèces. La radula de Berghia verrucicornis, unisériée*, comporte une douzaine de dents, de 0,1 à 0,2 mm de large, grossièrement en forme d'ailes de papillon, finement denticulées sur leur bord postérieur.



Comme tous les éolidiens, Berghia verrucicornis est capable d'ingérer les cnidoblastes* immatures des anémones et de se les incorporer. Ces cellules urticantes sont stockées dans la pointe blanche des papilles, dans le cnidosac*, et sont prêtes à se déclencher en cas d'agression. La limace est urticante comme les anémones qu'elle mange.



Le nudibranche américain vendu en aquariophilie sous le nom de Berghia verrucicornis pour contrer la prolifération des anémones Aiptasia est une espèce complètement différente, identifiée en 2005 sous le nom de Aeolidella stephanieae.



A la suite de Trinchese (1881), la confusion avec Berghia coerulescens s'est prolongée avec Bergh (1882), Cuenot (1906), Pruvot-Fol (1954), et Marcus (1958). Elle a été aussi appelée par confusion Eolis peregrina delle Chiaje non Gmelin.

Origine des noms

Origine du nom français

Le nom de berghia orangée est une proposition du site DORIS. Il nous a été inspiré par ses couleurs blanche et jaune-orangé. C'est la traduction de son nom italien.

Origine du nom scientifique

Berghia : nom donné par Salvatore Trinchese, en 1877, en hommage au Dr Rudolph Bergh (1824-1909), médecin et malacologue danois. Il décrivit de nombreux genres de nudibranches, auxquels il donnait des noms inspirés de personnages de sagas scandinaves : Cuthona, Aldisa, Thordisa, Aladaria, Jorunna.



verrucicornis
: des mots latins [verruca] = verrue et [cornu] = corne. Qui présente des verrues, des petits tubercules, sur les cornes, les rhinophores. Ce caractère permet de différencier le genre Berghia du genre Spurilla qui lui est très proche.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Aeolidiina Eolidiens Corps long et effilé portant des cérates simples, alignés ou non sur plusieurs rangées ou en bouquets. Tête avec deux paires de tentacules, la postérieure (rhinophores) sans gaine. Coins antérieurs du pied parfois effilés en tentacule. La majorité consomme des cnidaires mais certains mangent d’autres opisthobranches ou des œufs de poissons.
Famille Aeolidiidae Eolidiidés Éolidiens au corps large, rhinophores et tentacules buccaux simples sans lamelles, pas de tentacule pédieux, cérates nombreux (non groupés) laissant le milieu du dos libre.
Genre Berghia
Espèce verrucicornis

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