Oursin de feu

Asthenosoma varium | (Grube, 1868)

N° 3894

Indo-Pacifique tropical Ouest

Clé d'identification

Teintes variables généralement fauves et très vives
Couleur dominante rouge, pourpre, marron, orangée, verdâtre ou beige
Test très souple, de forme hémisphérique, légèrement aplati sur le dessus
Deux types de piquants, ou radioles :
- épais, courts, avec successions de boursouflures et implantés en faisceaux denses séparés par des zones nues
- longs, fins, souples, de couleur jaunâtre, situés à la base du test

Noms

Autres noms communs français

Oursin-cuir venimeux, oursin-feu, oursin de feu du Pacifique

Noms communs internationaux

Fire urchin, pacific fire urchin, elusive sea urchin, variable fire urchin, electric sea urchin (GB)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Asthenosoma grubei (Agassiz, 1879)
Asthenosoma urens
(Sarens, 1886)
Cyanosoma urens
(Sarasin, 1886)
Asthenosoma heteractis
(Bedford, 1900)


Distribution géographique

Indo-Pacifique tropical Ouest

Zones DORIS : Indo-Pacifique

L'oursin de feu occupe une zone géographique qui s'étend de la partie orientale de l'océan Indien à la partie occidentale de l'océan Pacifique, incluant notamment la Nouvelle-Calédonie au sud et le Japon au nord. Il peut être localement abondant aux Philippines ou en Indonésie, où il a été décrit pour la première fois. Contrairement à ce qui est écrit dans certains guides, l’espèce Asthenosoma varium n'est pas présente en mer Rouge ni dans l’océan Indien occidental, où l'on trouve une autre espèce assez proche, Asthenosoma marisrubri.

Biotope

Cet oursin vit au sein des écosystèmes coralliens. On l'observe sur des fonds sédimentaires comportant des massifs de coraux parmi lesquels on trouvera des algues (Halimeda sp., Caulerpa sp., Sargassum sp. ...). Sa présence a été établie entre la surface et 167 m au plus profond. Ce record de profondeur a été reporté lors d'une expédition scientifique en 2014.

Description

L'oursin de feu est un grand oursin régulier qui se caractérise par ses teintes fauves variables généralement très vives. L'animal peut ainsi posséder une couleur dominante rouge, pourpre, marron, orangée, mais aussi parfois verdâtre ou beige. Il a été observé plus terne, voire incolore dans les profondeurs importantes. Son test* très souple, de forme hémisphérique, légèrement aplati sur le dessus, peut atteindre environ 25 cm de diamètre. Les plaques qui le composent ne sont pas soudées (trait typique de cet ordre), ce qui fait que le test s’affaisse à la mort de l’animal, et n’est presque jamais trouvé intact.

On observe deux types de radioles*, ou piquants. Les unes se présentent sous la forme de piquants courts, épais et rassemblés en faisceaux denses. Ces faisceaux sont eux-mêmes séparés par des bandes dépourvues de piquants qui se répartissent selon des directions radiales pour certaines et circulaires pour d’autres. On compte cinq bandes radiales principales partant du sommet de l'oursin, uniformément espacées et caractéristiques de la structure pentaradiée* propre à l'embranchement des Échinodermes. D'autres bandes radiales secondaires, situées sur les ambulacres*, laissent à l'inverse entrevoir de nombreux podia* translucides et flexibles.
Certains symbiotes* peuvent « nettoyer » leur zone d’habitation en les débarrassant de leurs piquants, créant ainsi des zones nues irrégulières sur l’oursin.

Ces piquants comportent des anneaux boursouflés, car ils sont recouverts d’un épiderme régulièrement étranglé. Ils sont généralement de couleur claire à leur base et plus foncée, voire bleutée à leur extrémité. Chaque étranglement délimite une petite capsule à venin sphérique, et le piquant fonctionne comme une seringue hypodermique.

Outre ces piquants courts et épais, d'autres radioles plus longues, souples, fines et jaunâtres sont visibles à la base de l'oursin. Ces dernières, uniquement dédiées à un rôle locomoteur et tactile, ont une pointe émoussée et ne comportent pas de glandes à venin.

Espèces ressemblantes

Au sein de son aire de répartition, A. varium peut être confondu avec l'oursin de feu d'Ijima aussi appelé oursin de feu magnifique (Asthenosoma ijimai). Bien que très ressemblant, celui-ci est plus rare et s'en distingue notamment par la coloration plus claire de ses piquants principaux et par la présence d'une ligne rouge sombre dans chaque bande radiale dépourvue de radioles.

Une autre espèce, moins ressemblante mais toute aussi magnifique et très abondante, est l'oursin rouge ou faux oursin de feu (Astropyga radiata). Les radioles* sont lisses et très longues chez ce dernier. Vu de dessus, 5 bandes nues forment chacune un Y inversé et sont bordées de petits points d'un bleu très vif.

Il peut également être confondu avec l'oursin collectionneur (Tripneustes gratilla) bien que l'implantation et la physionomie générale des radioles soient très différentes, ou bien encore avec l'oursin fleur (Toxopneutes pileolus) dont les pédicellaires* en forme de petites collerettes l'en distinguent toutefois aisément.

Enfin, il existe une espèce d'oursin toxique que l'on trouve assez communément en mer Rouge et en océan Indien occidental y compris La Réunion. Il ne s'agit pas d’A. varium (contrairement à ce qui peut être noté dans des guides naturalistes) mais d'une espèce baptisée A. marisrubri (oursin-feu de la mer Rouge) en 1998, après qu'elle ait été longtemps confondue avec l'oursin de feu. Cet oursin diffère de A. varium par une seule grosse boule blanche de venin sur les radioles courts.

Alimentation

Omnivore, la nourriture de cet oursin est composée d'organismes encroûtant les coraux morts, comme des éponges par exemple, mais également d'algues, d'ascidies et de détritus organiques.

Reproduction - Multiplication

La reproduction est gonochorique* : mâles et femelles relâchent simultanément leurs gamètes* en pleine eau. Les œufs ainsi fécondés deviendront des larves* planctoniques* à vie larvaire* prolongée (développement lecithotrophique*) qui se déposeront sur le substrat* au bout de quelques mois.

Vie associée

Cet oursin abrite plusieurs espèces qui entretiennent avec lui une relation symbiotique* en nettoyant l'oursin tout en bénéficiant de la protection assurée par la forte toxicité de ses piquants :

  • La crevette de Coleman (Periclimenes colemani) vit exclusivement sur cet oursin, dont elle dégarnit une partie du test de ses piquants. On la trouve souvent en couple, le mâle étant plus petit que la femelle.
  • La crevette des oursins (Allopontonia brockii) vit elle aussi exclusivement sur A. varium, se faufilant entre les piquants envenimés.
  • Le crabe zèbre (Zebrida adamsii) se rencontre sur plusieurs espèces d'oursins venimeux à épines courtes dont A. varium.

Cet oursin est également parasité par l'escargot des oursins de feu Echineulima asthenosomae.

De petits poissons et céphalopodes trouvent par ailleurs refuge à proximité des individus de cette famille d'oursins toxiques. Parmi eux, on trouve notamment de petits poissons cardinaux Siphamia tubifer.

Divers biologie

Le venin de cet oursin inflige des douleurs vives extrêmement douloureuses, mais généralement non dangereuses bien que pouvant engendrer des complications allergiques chez les personnes sensibles. Il convient, pour les plongeurs amateurs de muck dive (plongées en milieu très sédimentaire) , et notamment les photographes évoluant sur les fonds sablo-vaseux, d'être extrêmement attentifs sur les zones où il est présent, voire parfois localement abondant. Ce conseil se justifie d'autant plus que ces oursins sont relativement véloces et qu'ils constituent un sujet d'émerveillement et de distraction pour les plongeurs sous-marins qui cherchent souvent entre leurs piquants les espèces symbiotiques très mimétiques.

Sur le sable, en journée ces oursins se regroupent souvent entre eux.

Informations complémentaires

La beauté de cet oursin le rend attractif pour les aquariophiles. Son régime alimentaire et sa venimosité le rendent néanmoins difficile à intégrer au sein des aquariums pour les particuliers. Il n'est d'aucune valeur commerciale et n'est pas consommé pour l'alimentation.

Origine des noms

Origine du nom français

Oursin de feu : ce nom fait référence à sa forte toxicité et à son aspect rouge vif rappelant un brasier.

Origine du nom scientifique

Asthenosoma : du grec [asthenes] = faible et [soma] = corps, en raison de la flexibilité de son test.

varium : du latin = variable, changeant.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Echinodermata Echinodermes Symétrie radiale d'ordre cinq (chez les adultes). Squelette de plaques calcaires bien développé sous le derme. Présence d'un système aquifère auquel appartiennent les podia souvent visibles extérieurement.
Sous-embranchement Echinozoa Echinozoaires Echinodermes non étoilés de forme globuleuse ou allongée. Ce groupe renferme les oursins et les concombres de mer.
Classe Echinoidea Echinides Ce sont les oursins. Forme globuleuse ou hémisphérique, squelette qui porte des piquants mobiles, des pédicellaires et des pieds ambulacraires. Pouvoir de régénération limité.
Sous-classe Euechinoidea Euéchinides Oursins plus ou moins sphériques, dits "oursins réguliers". Plaques ambulacraires composées. Bouche ventrale et anus dorsal. 
Ordre Echinothurioida
Famille Echinothuriidae Echinothuriidés
Genre Asthenosoma
Espèce varium

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