Ascidie rose

Ascidia mentula | Müller, 1776

N° 1596

Mer du Nord, Manche, océan Atlantique Nord, Méditerranée

Clé d'identification

Ascidie fixée au substrat par son flanc gauche
Tunique translucide rose variable (du blanc au rouge)
Tunique cartilagineuse épaisse et coriace, lisse et mamelonnée
Taille variable, entre 5 et 18 cm
Siphons courts, écartés, bordés de languettes blanches ou rouges
Forte épibiose la rendant souvent peu visible

Noms

Autres noms communs français

Ascidie à siphons écartés

Noms communs internationaux

Pink sea-squirt (GB), Ascidia rosada (E, P), Stumpen-Ascidie (D), Rose zakpijp (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Ascidia venosa Müller, 1776
Ascidia mollis Alder & Hancock, 1905
Ascidia robusta Alder & Hancock, 1912
Ascidia rubicunda Alder & Hancock, 1912
Ascidia rubrotincta Alder & Hancock, 1912
Ascidia crassa Alder & Hancock, 1912
Ascidia plana Alder & Hancock, 1912
Ascidia alderi Alder & Hancock, 1912
Ascidia rudis Alder & Hancock, 1912

Distribution géographique

Mer du Nord, Manche, océan Atlantique Nord, Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

La distribution de l'ascidie rose s'étend sur l'ensemble des côtes européennes, depuis la Norvège jusqu'au Maroc, ainsi qu'en Méditerranée.

Biotope

L'ascidie rose affectionne les substrats* durs, les parois rocheuses, les tombants, les anfractuosités, la tôle des épaves, les pontons et installations portuaires, depuis la surface jusqu'à environ 200 mètres de profondeur. Localement, la population d'ascidies roses peut être dense.

Cette espèce tolère une salinité de 20 pour 1000 et est fréquemment observée dans les estuaires et étangs marins littoraux.

Description

Ascidia mentula est une ascidie solitaire dont la taille varie habituellement de 5 à 10 cm, et peut exceptionnellement atteindre 18 cm. Fixée au substrat* par son côté gauche, elle est caractérisée par une tunique cartilagineuse épaisse de texture lisse et coriace, et qui peut présenter quelques renflements mamelonnés. La tunique, translucide et mouchetée de petits points rouges, arbore presque toujours une teinte rose variable, qui peut cependant tendre vers le blanc ou le rouge. Le profil de l'ascidie est plutôt courbé.

De nombreux organismes épibiontes* peuvent coloniser la tunique de l'ascidie rose, au point de la rendre totalement invisible (la vase peut également la recouvrir) ; seuls ses siphons caractéristiques trahissent alors sa présence : ils sont courts, évasés, fortement écartés (au moins deux tiers de la longueur du corps les séparent), et sont bordés d'une corolle de languettes blanches, plus rarement rouges. On compte toujours six languettes pour le siphon cloacal, dorsal et postérieur comme chez toutes les ascidies, habituellement huit (parfois davantage) pour le siphon buccal, terminal et presque diamétralement opposé.

Espèces ressemblantes

On pourra confondre l'ascidie rose avec :

Ascidia virginea Müller, 1776 : cette ascidie possède également une tunique translucide mouchetée de points roses, mais son profil est plus rectangulaire et sa taille n'excède pas les 6 centimètres ;

Ascidia conchilega Moeller, 1842 : cette ascidie adopte le même port couché, mais sa tunique est plus mince, plutôt gris-verdâtre et une agglomération de petits graviers lui confère une texture rugueuse.

Alimentation

Comme toutes les ascidies, Ascidia mentula a un régime filtreur* suspensivore*, et se nourrit de particules organiques et de microorganismes planctoniques*. L'eau est aspirée par le siphon buccal (ou inhalant), équipé de tentacules* qui empêchent le passage des trop grosses particules, filtrée au niveau d'une grille pharyngienne qui accumule les particules nutritives, dirigée vers l'atrium, une vaste cavité péribranchiale, puis rejetée par le siphon cloacal (ou exhalant).

Le bol alimentaire retenu au niveau du pharynx est ensuite aggloméré dans du mucus produit par l'endostyle, une gouttière glandulaire, puis le tout est dirigé vers le raphé dorsal cilié qui permet le transfert des aliments dans l'estomac, via un très court œsophage. Les particules non digérées sont rejetées par un anus qui débouche dans le siphon cloacal, sous forme de filaments bruns caractéristiques.

Reproduction - Multiplication

L'ascidie rose est, comme l'ensemble des ascidies, hermaphrodite*. Cet hermaphrodisme n'est pas simultané, ce qui empêche toute autofécondation. La reproduction est sexuée, l'espèce est ovipare*.

Les spermatozoïdes* des ascidies roses en phase mâle sont émis en pleine eau, puis captés par les ascidies roses en phase femelle au sein de la cavité péribranchiale (fécondation croisée). C'est à ce niveau qu'a lieu la fécondation. Les œufs sont incubés un temps puis émis en pleine eau par le siphon cloacal.
La larve* qui s'en échappe mène une très courte vie pélagique* (quelques minutes seulement) au sein du plancton*. Elle a la forme d'un minuscule têtard, muni d'une queue mobile que soutient une chorde mésodermique. Cette chorde, qui chez les Ascidiacés n'est visible qu'à l'état larvaire, témoigne de la proximité des Tuniciers et des Vertébrés, d'ailleurs récemment regroupés au sein d'un embranchement commun, celui des Chordés.
La larve finit par tomber et se fixer sur un substrat dur ombragé (roche, ponton, épave...) puis elle subit une importante métamorphose, au cours de laquelle chorde et queue régressent, pour finalement donner un jeune individu adulte en forme d'outre.

La reproduction de l'ascidie rose a lieu toute l'année dans les eaux froides.
Si la température est modérée, et lorsque les écarts annuels de température sont accusés, la reproduction est saisonnière.
Si la température de l'eau est trop élevée, la reproduction est stoppée.
Après la reproduction en général, l'ascidie meurt.

En mer du Nord, la croissance est plus rapide la première année, où elle peut atteindre 7 centimètres.
La longévité de l'ascidie rose est estimée à cinq à sept ans.

Vie associée

Une très importante variété d'épibiontes peut coloniser la tunique de l'ascidie rose, ce qui la rend souvent peu visible : algues, éponges, hydraires, bryozoaires, balanes, synascidies trouvent en sa tunique cartilagineuse un support idéal.

A l'intérieur de la tunique on peut également trouver une crevette et une petite moule, Musculus marmoratus (Forbes, 1838), qui profitent du courant d'eau nourricier de l'ascidie (source : ADMS).

Divers biologie

Au toucher, l'ascidie rose réagit et se contracte, et ses siphons se referment.

Origine des noms

Origine du nom français

Ascidie rose, en raison de sa couleur caractéristique,
Ascidie à siphons écartés, les siphons de cette ascidie étant séparés des deux tiers environ de la longueur du corps.

Origine du nom scientifique

Ascidia : du grec [ascid] = petite outre,
mentula : du latin [mentula] = membre viril : la forme de cette ascidie évoquerait un pénis...

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Urochordata / Tunicata Urochordés / Tuniciers Chordés marins fixés (ascidies) ou pélagiques (thaliacés), solitaires ou coloniaux. Epaisse tunique cellulosique. Deux siphons, pharynx bien développé, la chorde larvaire régresse chez l'adulte (sauf chez les Appendiculaires).
Classe Ascidiacea Ascidies / Ascidiacés Tuniciers fixés. Solitaires ou coloniaux (seuls capables de bourgeonnement). Chorde uniquement au stade larvaire. Siphon inhalant au sommet, proche du siphon exhalant latéral. Souvent en eau peu profonde.
Ordre Phlebobranchia Phlébobranches Le sac branchial* a des sinus longitudinaux qui portent ou non des papilles internes mais qui ne sont jamais plissés. Ascidies essentiellement solitaires. Gonades* situées sur l’anse du tube digestif ou à proximité.
Famille Ascidiidae Ascidiidés Espèces solitaires et très répandues.
Genre Ascidia
Espèce mentula

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