Cyprine d'Islande

Arctica islandica | (Linnaeus, 1767)

N° 4626

Mer du Nord, Manche, océan Atlantique Nord (Est et Ouest)

Clé d'identification

Coquille lourde, épaisse, ovale à arrondie
De grande taille (jusqu'à 13 cm de long)
Périostracum épais, brillant, brun chez les petits individus, brun vert à noir chez les plus grands

Noms

Autres noms communs français

Quahog nordique, praire d'Islande, clam d'Islande, cyprine

Noms communs internationaux

Icelandic cyprine, Iceland cyprina (GB), Ocean quahog, mahogany clam, mahogany quahog, black quahog, black clam (USA), die Islandmuschel, die isländiche Venusmuschel (D), Noordkromp (NL), molboøsters (DK), Kuskjel (Nor), Almeja de Islandia (E), циприна исландская (soit cyprine d'Islande) (Rus), Vongola arctica, vongola oceanica (I)

Synonymes du nom scientifique actuel

Venus islandica Linnaeus 1767
Cyprina islandica (Linnaeus 1767)
Pectunculus crassus da Costa 1778
Venus buccardium Born 1778
Venus ferröensis Röding 1798
Venus pitar Röding 1798
Arctica vulgaris Schumacher 1817
Cyprina islandica var. crassior Jeffreys 1864
Cyprina islandica var. inflata Odhner 1911

Distribution géographique

Mer du Nord, Manche, océan Atlantique Nord (Est et Ouest)

Zones DORIS : ○ [Atlantique Nord-Est, Manche et mer du Nord françaises]

Des deux côtés de l’Atlantique Nord :
- Atlantique Est : de l’Islande, la péninsule de Kola, la mer Blanche, les îles Féroé, la Norvège, l'Irlande, le golfe de Mecklembourg (ouest de la mer Baltique), la mer du Nord, la Manche et en Bretagne, et dans le golfe de Gascogne jusqu’à la baie de Cadix. Les observations en Méditerranée et plus au sud (Maroc) seraient des subfossiles (- 10 000 ans à - 13 000 ans = Würm)
- Atlantique Ouest : du Labrador (Canada), à Saint-Pierre-et-Miquelon, au cap Hatteras (Caroline du Nord, Etats-Unis d'Amérique).
Dans la zone DORIS elle est difficilement observable en plongée car trop profonde. Elle est observable en Atlantique Nord à faible profondeur dans les eaux très froides.

Biotope

Arctica islandica vit enfouie verticalement dans les premiers centimètres des sédiments (sable grossier propre, sable fin propre, sable vaseux et vase sableuse) avec les siphons inhalant et exhalant affleurant à la surface. Ses siphons courts ne lui permettent pas de s’enfoncer profondément pour s’alimenter et respirer.
Arctica islandica est observée du bas de la zone de balancement des marées dans certaines régions nordiques et jusqu’à près de 500 m de profondeur selon les endroits. Elle a tendance à vivre plus profondément dans le sud de son aire de répartition. Cette espèce préfère une salinité de 30 à 40 pour mille (mais peut supporter des variations de 18 –en Baltique- à 40 pour mille). Les températures optimales sont comprises entre 6 °C et 16 °C (toujours inférieure à 19 °C). Ce n’est pas une espèce arctique mais plutôt boréale. Elle a une forte tolérance au manque d’oxygène et à la présence d’hydrogène sulfuré.

Description

La coquille est solide, lourde, ovale à presque circulaire, aux valves égales mais inéquilatérales (quand les parties avant et arrière de chaque valve sont inégales) ; les sommets (ou crochets ou umbos*) sont dirigés vers l'avant (en avant de la ligne médiane). La longueur de la coquille peut atteindre 13 cm. La coquille est blanche à jaune pâle ou brune. Le périostracum* est épais, plutôt brillant, brun clair chez les plus petits individus devenant brun verdâtre à noir chez les plus gros spécimens. Le périostracum, en séchant, peut s'écailler facilement. Le ligament est externe, brun ou noir. Les stries de croissance concentriques sont bien visibles. Les bords des valves, lisses, sont jointifs quand le bivalve est fermé.

L'intérieur de la coquille est blanc parfois teinté de rose. La valve droite porte 3 dents cardinales proéminentes et une seule dent latérale postérieure. Devant la dent cardinale antérieure il y a une fosse triangulaire entourée de petites bosses et de crêtes. La valve gauche porte également 3 dents cardinales et une dent latérale postérieure. La dent cardinale antérieure est prolongée par une série de petites crêtes et de denticules. La cicatrice du muscle adducteur postérieur est légèrement plus grande que celle du muscle adducteur antérieur.
La plupart des auteurs écrivent qu'il n'y a pas de sinus palléal ; or il y en a un, discret (voir le dessin), ce qui correspond à la présence des siphons courts et au mode de vie fouisseur de cette espèce.

Les siphons sont rudimentaires aux orifices à peine séparés. Des taches rouges sont présentes près des siphons. Le siphon exhalant est en forme de cône tronqué, brunâtre et translucide et ne porte pas de tentacules* et papilles*. Le siphon inhalant est plus court et plus large. Sa marge comporte une cinquantaine de tentacules jaunes filiformes avec du rouge à la base, sur lesquels se trouvent de fins prolongements droits. Le bord du manteau* porte également des tentacules. A proximité des siphons, les tentacules du manteau ont la forme et la couleur des tentacules du siphon inhalant et leur taille diminue avec la distance.

Espèces ressemblantes

Cette espèce est difficile à confondre avec tout autre bivalve européen en raison de sa grande taille, de sa forme caractéristique et de son périostracum. Toutefois elle pourrait être confondue avec le clam Mercenaria mercenaria (Linnaeus, 1758) qui est souvent de couleur claire.

Alimentation

Cette espèce est suspensivore* (elle filtre les organismes planctoniques* et les particules en suspension) et dépositivore* (elle consomme le film biologique à la surface du sédiment) en l'aspirant.

Reproduction - Multiplication

Les sexes sont séparés et il n’y a pas de dimorphisme sexuel. L’âge de la maturité sexuelle est variable et tardif (entre 5 et 10 ans voire plus) alors que la majorité des bivalves peuvent se reproduire à la première saison favorable. De juin à octobre les gamètes* mâles et femelles sont libérés dans l’eau de mer. Après fécondation en pleine eau, les embryons donnent chacun une larve* véligère* planctonique* planctotrophique* qui peut rester dans le plancton près de deux mois.

Vie associée

Dans le biotope d'Arctica islandica de nombreuses espèces accompagnatrices sont présentes (étoiles de mer, mollusques, poissons, etc) selon la région considérée.

Un Némerte, Malacobdella grossa (Müller, 1776), a été observé vivant dans la cavité palléale*, comme chez de nombreux autres bivalves.

Arctica islandica est consommée par de nombreux organismes comme les étoiles de mer, des crustacés, des poissons et des oiseaux comme les eiders et les macreuses.

Divers biologie

A cause de ses siphons courts, l'animal ne peut s’enfoncer profondément, au risque de ne pouvoir s'alimenter. Toutefois il lui arrive de s’enfoncer plus profondément et d'y rester plusieurs jours (voire plusieurs semaines). L’animal vit alors en anaérobiose (en absence d'oxygène).
Cette espèce a un taux de croissance très rapide jusqu'à 7 ans, plus lent jusqu'à 20 ans et très lent ensuite. La mortalité naturelle est faible, l'âge de maturité sexuelle est tardif (entre 5 et 10 ans selon les endroits) par rapport aux autres espèces de bivalves et le recrutement des jeunes individus est très variable d'une année à l'autre. Sa grande longévité pourrait être liée à plusieurs conditions :

  • un mode de vie calme aux mouvements très lents ce qui prédispose Arctica islandica probablement à une longue durée de vie et à une sénescence négligeable ;
  • une grande résistance au manque d'oxygène. Elle peut vivre en anaérobiose pendant plusieurs jours voire semaines ;
  • une augmentation de la résistance des membranes mitochondriales à la formation des radicaux libres (les mitochondries sont les centrales énergétiques des cellules).

Le périostracum noircit avec l’âge du fait de dépôts ferreux.

Cette espèce appartient à un genre connu depuis le Crétacé inférieur (-145 à -65 millions d’années).

Informations complémentaires

Depuis 1976, cette espèce est pêchée et commercialisée sur la côte est des Etats-Unis (état du Maine) et du Canada. Elle a fait et elle fait encore l'objet de nombreuses études du fait de son faible taux de croissance et de sa maturité sexuelle tardive afin d'éviter l'épuisement des stocks.
En Islande, en Europe du Nord et en Norvège, elle fait l'objet d'une pêche pour fournir des appâts. Elle est consommée sur l'île d'Heligoland (Allemagne). Elle est notée comme excellente dans la faune de Perrier.

Cette espèce est remarquable par sa grande longévité. En 2006 et en 2007, différents spécimens ont été récoltés sur les côtes islandaises. Leur âge a été mesuré par sclérochronologie. Cette technique permet d'estimer l'âge d'un individu en comptant le nombre de stries de croissance sur la coquille. Pour un individu, les chercheurs sont arrivés à un âge de 507 ans, ce qui fait de cette espèce le plus vieil organisme non colonial vivant.
Différentes techniques permettent de mesurer l'âge d'un coquillage. Une fine coupe transversale de la coquille est faite du crochet à la marge inférieure. Sur cette coupe, les stries de croissance peuvent être observées au microscope. Des stries quotidiennes, saisonnières et annuelles peuvent être distinguées. De plus, grâce à des méthodes d'analyse très fines, il est possible de mesurer différents éléments chimiques dans le calcaire (de l'aragonite) de la coquille comme :

  • le rapport des isotopes de l'oxygène (18O et 16O) qui permet de mesurer la température de l'eau au moment de la formation de la strie de croissance ;
  • la quantité de Carbone 14 (14C) qui permet de mesurer l'âge ;
  • les éléments traces métalliques (les anciens métaux lourds).

Toutes les informations recueillies participent à la reconstitution paléoclimatique de l'Atlantique Nord d'abord pour les 500 dernières années, mais aussi grâce aux nombreuses coquilles mortes récoltées dans les sédiments, permettent de remonter sur une période de 12 000 ans. Par exemple, les oscillations climatiques de l'Atlantique Nord sont bien enregistrées ainsi que les essais nucléaires atmosphériques.
Du fait de cette longévité, certains chercheurs utilisent cette espèce en tant qu'organisme bioindicateur pour les éléments traces métalliques (tels que le plomb, le cuivre et le zinc).

Statuts de conservation et réglementations diverses

Cette espèce est incluse dans la convention OSPAR (convention pour la protection du milieu marin de l’Atlantique Nord) depuis 2003.

Origine des noms

Origine du nom français

Cyprine d’Islande : traduction du nom scientifique utilisé longtemps.
Quahog est le nom commun de Mercenaria mercenaria (Linnaeus, 1758) espèce originaire de l’Atlantique Nord-Ouest. Ce nom vient du Narragansett, une des langues Algonquienne (New England, Etat du nord-est des Etats-Unis d'Amérique).

Origine du nom scientifique

Cette espèce décrite d’abord sous le nom de Venus islandica par Linné en 1767, a été placée ensuite dans le genre Cyprina Lamarck, 1818 qui a été adopté pendant longtemps (plus particulièrement en Russie). Le genre Arctica Schumacher 1817 étant antérieur a remplacé Cyprina. Le nom de famille Arcticidae a remplacé Cyprinidae qui pouvait être confondu avec la famille homonyme chez les poissons (le cyprin doré = le poisson rouge).
Cyprina , du latin [cyprina] = de cuivre, est l’un des noms de Vénus (qui en alchimie représente le cuivre), allusion à la couleur brun clair du periostracum des juvéniles.
Schumacher ne précise pas l'origine du nom de genre Arctica, probablement parce qu'il s'agit d'espèces de régions froides.
Islandica : d’Islande. Les exemplaires décrits par Linné en 1767 venaient d’Islande.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 138802

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Bivalvia / Lamellibranchia / Pelecypoda Bivalves / Lamellibranches / Pélécypodes Mollusques aquatiques, filtreurs, au corps comprimé latéralement. Coquille composée de 2 valves articulées disposées de part et d’autre du plan de symétrie. Absence de tête, de pharynx, de radula et de glande salivaire.
Sous-classe Heterodonta Hétérodontes Charnière à dents dissociées. Siphon bien développé permettant aux organismes de se nourrir et de respirer tout en restant enfouis.
Famille Arcticidae Arcticidés

Coquille équivalve, inéquilatérale, avec les umbos (crochets) antérieurs à la ligne médiane; périostracum épais. Charnière avec dents cardinale et latérale; ligament externe. Ligne palléale avec un petit sinus palléal..

Genre Arctica
Espèce islandica

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