Alcyon digité rose d’Irlande

Alcyonium hibernicum | (Renouf, 1931)

N° 4311

Nord de l'Atlantique Nord-Est, Manche occidentale

Clé d'identification

Petits mamelons lobés et digités
Hauteur moyenne de 20 à 30 mm
Couleur rose clair à rose plus soutenu
Polypes translucides
Petite ligne blanche formant un triangle à la base des polypes
Propriété de rétractation des polypes
La petite taille de la colonie, la teinte rose uniforme et la marque triangulaire blanche des polypes constituent un ensemble distinctif fiable.

Noms

Autres noms communs français

Petit alcyon rose

Noms communs internationaux

Pink sea fingers, pink soft coral (GB)

Synonymes du nom scientifique actuel

Parerythropodium hibernicum Renouf, 1931
Alcyonium pusillum Tixier-Durivault & Lafargue, 1966

Distribution géographique

Nord de l'Atlantique Nord-Est, Manche occidentale

Zones DORIS : ● Europe (côtes françaises), ○ [Atlantique Nord-Est, Manche et mer du Nord françaises]

L’aire de répartition de cet alcyon est limitée aux côtes de l’Atlantique Nord-Est, de l’archipel des Hébrides (Écosse) au nord jusqu’à la rade de Brest au sud, mers d’Irlande et Celtique comprises. En Manche sa présence semble se limiter à la côte occidentale du Cotentin et au nord de la Bretagne.

L’espèce présente une distribution restreinte, typique des zones tempérées froides atlantiques.

Biotope

Cet alcyon vit en eau peu profonde dans l’étage infralittoral* jusqu’à 35 m de profondeur environ. Il préfère les substrats* durs à l’abri de la lumière directe : parois verticales, surplombs, plafonds de grottes.

L’espèce est strictement sciaphile* et évite les surfaces exposées au rayonnement direct.

Ces habitats offrent une protection contre la sédimentation et les variations thermiques.

Description

Cet alcyon se présente sous une forme de petits mamelons, lobés, digités et dressés. De petite taille, il mesure 20 à 30 mm de hauteur moyenne pour 20 à 23 mm de largeur. Des spécimens atteignant 40 mm de hauteur ont été observés exceptionnellement.

Sa couleur est rose clair à rose plus soutenu et il possède de nombreux polypes* translucides.
Les polypes, à 8 tentacules* pennés*, sont cylindriques et allongés à l’image d’un vase. Ils sont pourvus d'une petite ligne blanche formant un triangle à leur base. En règle générale, les polypes sont disposés en groupes de 16 environ. Ils peuvent être rapprochés ou, le plus souvent, espacés de 8 à 12 mm.

Les polypes ont la propriété de pouvoir se rétracter quand les conditions le nécessitent.
Lorsqu'elles sont contractées, les colonies sont opaques, mais lorsqu'elles sont déployées, les régions portant les polypes sont translucides.

L'ensemble de la colonie contient de petits éléments calcaires présents dans l'ectoderme*, les sclérites*.
Le tissu vivant est essentiellement incolore (à l'exception des gonades*), la couleur étant confinée aux spicules*, en particulier aux types plus courts et plus trapus.

L'intensité de la couleur dans une partie précise d'un individu ou d'une colonie dépend de la forme, de la taille et de la concentration des spicules qu'ils contiennent. La coloration de la colonie est donc entièrement déterminée par la densité et la morphologie des sclérites.

Espèces ressemblantes

Alcyonium coralloides (Pallas, 1766) : dans sa forme digitée et lobée de l’Atlantique Nord-Est, seule la couleur rouge grenat à polypes* jaunes ou blancs peut les différencier. A noter que les deux espèces peuvent se trouver dans le même biotope* (ex. archipel de Chausey en Manche occidentale).

Alcyonium digitatum Linnaeus, 1758 : la confusion ne pourrait se faire qu’avec de très jeunes individus, mais la masse charnue et la couleur de l’alcyon jaune ôtent toute équivoque. Son biotope est également très différent puisque A. digitatum préfère les zones de fort courant et non spécifiquement les milieux sciaphiles*.

Alcyonium glomeratum (Hassall, 1843) : peu d’erreur possible avec cette espèce dont les digitations sont souvent ramifiées et la couleur du cortex* rouge brique.

Gersemia rubiformis (Ehrenberg, 1834) : cet alcyon, la framboise de mer, n’est pas sans rappeler Alcyonium hibernicum. Sa couleur est cependant plus soutenue voire orangée et sa taille nettement plus grande puisque certaines colonies peuvent atteindre 30 cm de hauteur. Mais ce qui effacera tout doute est sa zone de répartition géographique limitée à l’Atlantique Nord-Ouest et au Pacifique Nord-Est.

Sarcodictyon catenatum Forbes in Johnston, 1847 : sa base est composée de stolons* membraneux organisés en réseau. Ses polypes sont plus gélatineux. Habituellement rouge, sa couleur peut varier, parfois jaunâtre ou incolore. Cette espèce est présente en Méditerranée occidentale et Atlantique Nord-Est, elle se fait plus rare en Manche et en mer du Nord.

La couleur et l’architecture des digitations constituent les critères de distinction les plus fiables entre espèces.

Alimentation

Ce planctonophage* fait partie des suspensivores* passifs. Les tentacules* des polypes*, munis de cellules urticantes (les cnidocystes*), piègent les particules alimentaires du plancton* (zooplancton* et phytoplancton*).

A noter que cette espèce ne vit pas en association étroite avec des algues symbiotiques* telles que les zooxanthelles*, l’espèce est donc strictement asymbiotique et il n’y a pas d’apports nutritifs par la photosynthèse*.

Son alimentation dépend exclusivement de la capture de particules planctoniques pour sa nutrition.

Reproduction - Multiplication

Il y a peu de documentation concernant la reproduction de cette espèce.

Certaines observations suggèrent une possible parthénogenèse*, mais ce mode de reproduction reste mal documenté et débattu. Dans ce cas, les ovules* non fertilisés donnent, après incubation, des larves* planulas* ciliées* rampantes qui s’installent près de la colonie mère, entraînant une distribution très localisée et la présence de colonies en taches irrégulières, comparée à celle des autres coraux mous.

Chez les individus matures, les ovules apparaissent clairement sous la forme de petites sphères orange-rouge.

Ce mode de développement favorise une colonisation localisée des habitats favorables.

Vie associée

Les stolons* d’Alcyonium hibernicum sont envahis d'éponges, de bryozoaires (principalement des espèces arborescentes des genres Crisia, Bugulina, Amathia et Scrupocellaria), d’ascidies, de vers annélides tubicoles (Spirorbis spp., Pomatoceros spp.) et d'autres animaux encroûtants. Ces colonisations sont telles qu'il est souvent impossible d'estimer l'étendue d'une colonie tant que ces épibiontes* n'ont pas été retirés, et une seule grande colonie semble alors être constituée d'un certain nombre de petites colonies distinctes.
Les colonies servent ainsi de micro-habitats complexes pour de nombreuses espèces sessiles.

Informations complémentaires

Une observation de la morphologie des sclérites* au microscope permet de reconnaître l'espèce.

Suite à une étude récente (1999), par la biologiste américaine Catherine McFadden, les individus du nord de l’Atlantique Nord-Est (Irlande, Grande-Bretagne, Manche occidentale) seraient différents d’Alcyonium coralloides et considérés maintenant comme une espèce à part entière : Alcyonium hibernicum.

Si cette affirmation est reconnue par de nombreux organismes (WoRMS, MarLIN, Habitats, Mer et Littoral…), certains scientifiques attendent des études plus approfondies avant de se prononcer sur la présence d’une ou deux espèces.

Alcyonium hibernicum est aujourd’hui largement reconnu comme une espèce valide distincte.

Origine des noms

Origine du nom français

Alcyon : oiseau marin fabuleux, dont la rencontre était un présage de paix et de calme.

digité rose d’Irlande : sa forme fait penser à l’extrémité d’un doigt, sa couleur est rose et sa première observation a été faite en Irlande.

Ce nom vernaculaire* est une proposition du site DORIS. Le terme petit alcyon rose, trouvé dans la littérature, nous semblait trop imprécis et pouvait porter à confusion avec la forme lobée et la couleur d'Alcyonium coralloides. C'est pourquoi nous proposons de préciser son unique forme (digitée) et sa région de découverte.

Origine du nom scientifique

Alcyonium : dérive du mot ulcyonium défini en 1690 comme une "espèce de polypier marin". Le nom de cet alcyon a pour origine, d'après Dioscoride, médecin et botaniste de la Grèce antique, sa ressemblance avec un nid d'Alcyon, oiseau de mer mythologique.

hibercicum : du latin [Hibernia] = Hibernie, mot latin pour désigner l’île d’Irlande. Ce nom d’espèce a été donné par le biologiste britannique Louis Percy Watt Renouf (1887-1968) qui a découvert cet alcyon en 1925 dans la baie de Lough Hyne, comté de Cork dans le sud de l’Irlande.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 178914

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Cnidaria Cnidaires

Organismes aquatiques (marins pour la plupart) libres ou fixés, carnivores, principalement à symétrie radiaire, caractérisés par des cellules urticantes : les cnidocytes. Deux morphologies principales : le polype et la méduse. La larve est une planula.

Sous-embranchement Anthozoa Anthozoaires Cnidaires exclusivement marins, solitaires ou coloniaux, uniquement sous la forme polype (jamais de phase méduse dans le cycle de vie).
Classe Octocorallia Octocoralliaires

Anthozoaires coloniaux, parfois solitaires. Polypes de petite taille à symétrie radiaire d’ordre 8 (8 tentacules portant 2 rangées de pinnules). Exosquelette calcaire ou spicules calcaires ou fibres organiques.

Ordre Malacalcyonacea Malacalcyonacés

Octocoralliaires dont les polypes sont enfouis dans un cœnosarc épais plus ou moins calcifié. Polypes allongés qui restent accolés les uns aux autres en bouquets. Spicules fusiformes et épineux. Ce groupe renferme les alcyons (ou coraux mous), les gorgones, et les coraux vrais.

Famille Alcyoniidae Alcyoniidés
Genre Alcyonium
Espèce hibernicum

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