Aglaja ponctuée

Aglaja tricolorata | Renier, 1807

N° 1116

Méditerranée, Atlantique africain

Clé d'identification

Limace de forme cylindrique d'une cinquantaine de millimètres de long
De couleur brune avec des points blancs disséminés sur tout le corps (plus rarement noire)
Deux parapodies remontent sur le dessus du dos
A l'avant, un bouclier céphalique, terminé en pointe sur les côtés
A l'arrière, deux lobes bien distincts, celui de gauche porte un fin flagelle

Noms

Autres noms communs français

Aglaja tricolore

Noms communs internationaux

Aglaja a pois (I)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Doridium membranaceum Meckel, 1809
Doridium meckelii Delle Chiaje 1824
Doridium marmorata (Cantraine, 1835)
Acera marmorata Cantraine 1841
Aglaja taila Marcus Ev. & Er. 1966

Distribution géographique

Méditerranée, Atlantique africain

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Connue de la Méditerranée ainsi que des côtes ouest de l'Afrique.

Biotope

Aglaja tricolorata se rencontre dès les premiers mètres sur des fonds sablo-vaseux.

Description

Limace de mer de forme cylindrique, de quarante à cinquante millimètres de long.
A l'avant du corps, attenant au manteau, s'étale un court voile céphalique (ou bouclier céphalique) qui se termine en pointe de chaque côté. Un agrandissement photo peut montrer de très petits poils sensoriels aux coins de la bouche.
Sur les flancs, des parapodies (ou parapodes*) assez développées partent du pied sans délimitation visible avec celui-ci et reviennent sur le haut du dos, sans y être liées l'une à l'autre. Elles se déportent plutôt vers l'avant du corps. La terminaison antérieure de chaque parapodie est en forme de corne, souvent dirigée vers l'arrière. L'intérieur de ces parapodies ainsi que leur zone postérieure sont généralement un peu plus clairs que le reste.
Le manteau est développé et se termine à l'arrière par deux lobes arrondis bien distincts. Seul le lobe postérieur de gauche porte un mince flagelle d'une longueur approximativement égale à un cinquième de la longueur du corps. Sous le lobe postérieur de droite, on découvrira la branchie bipennée qui part de la droite vers la gauche en s'inclinant et suit le contour du pied.
Sur la partie arrière du dos, la coquille interne est cachée sous le tégument d'un bouclier postérieur.

La couleur générale de l'animal est brune, châtain ou café au lait etil porte des points blancs ou des taches de même couleur, plus ou moins rondes. Points ou taches sont répartis sur tout le corps. Une ligne blanche court en bordure du voile céphalique et des lobes postérieurs du manteau. Cette ligne existe également en bordure supérieure des parapodies mais se résume souvent à une suite de petits points blancs.
Notons que certains individus montrent une robe très sombre, presque noire, parfois ponctuée de petits points clairs.
Le dessous de l'animal, la sole pédieuse, est comme velouté et souvent d'un brun beaucoup plus sombre que le corps (ne pas se fier à une éventuelle bordure bleue, dans l'ombre du pied, qui n'est probablement qu'un artefact dû à la lumière dans les cils microscopiques qui recouvrent le corps). Les taches blanches y sont souvent plus grosses qu'ailleurs.

Espèces ressemblantes

Philinopsis depicta (Renier, 1807) :
Principale source de confusion, cette espèce méditerranéenne est un peu plus grande qu'Aglaja tricolorata et atteint 60 millimètres. Sa couleur est également brune avec des points clairs mais elle montre, tout autour du bouclier céphalique, en bordure des parapodies et à l'arrière, une double ligne continue, bleue sur l'extérieur et orange à l'intérieur. Il existe également une version noire, constellée de points ou pas, toujours avec la double ligne bicolore faisant le tour. Contrairement à Aglaja tricolorata, cette espèce n'a pas de flagelle visible à l'arrière du corps.

Melanochlamys seurati
(Vayssière, 1926) :
Petite espèce méditerranéenne blanche d'à peine 10 millimètres sur 5. Les parapodes sont petits et épais, la coquille interne beaucoup plus ronde. Décrite initialement dans le golfe de Gabès, en Tunisie, cette espèce n'avait probablement pas été vue ailleurs jusqu'à une nouvelle rencontre en Sicile, en 2006.

Alimentation

Tous les Aglajidés sont des prédateurs carnivores mais la nature précise des proies que consomme chaque espèce n'est pas forcément connue avec certitude. On sait que certains membres de la famille se nourrissent de plathelminthes, d'autres de vers polychètes, certains encore mangent d'autres sortes d'opistobranches...
Si le menu précis d'Aglaja tricolorata est encore peu connu, on la soupçonne néanmoins de rechercher, en suivant leurs traces, d'autres opistobranches (il a été trouvé dans son tube digestif de petites philines) ou encore des vers annélides. A préciser.
Contrairement à beaucoup de Mollusques Opistobranches, Aglaja tricolorata ne possède pas de radula*. Son système buccal et digestif est spécifique, dépourvu de mâchoires, de plaques stomacales... Il ressemble à un tractus musculaire dont l'extrémité est dévaginable et lui permet d'aspirer ses proies, de les engloutir probablement entières !

Si la nourriture exacte d'Aglaja tricolorata mérite donc encore d'être précisée, des plongeurs sous-marins ont par contre pu observer en Méditerranée le comportement adopté lorsqu'elle cherche sa nourriture. L'aglaja ponctuée pousse très activement le sable selon un tracé plus ou moins sinueux, tel un chasse-neige faisant la piste ou dégageant la route enneigée. Puis elle fait retomber le sable embarqué sur son manteau sur les bords de "la piste" ainsi tracée, voire même sur la trace derrière elle. Les chercheurs ont donc émis l'hypothèse qu'étant donné que les Aglajidae possèdent des poils sensoriels de chaque côté de la bouche, il était fort possible que cette recherche de nourriture implique ces poils sensoriels comme détecteurs chimico-physiques.

Reproduction - Multiplication

Aglaja tricolorata est hermaphrodite comme la plupart des Opistobranches.
Les organes sexuels se trouvent à l'avant droit de l'animal. Le rapport procréant est donc proximal et nécessite pénétration. Chez les Aglajidés, la réciprocité dans l'échange des gamètes mâles n'est pas une obligation et il se peut que l'insémination ne soit qu'unilatérale.
La ponte est composée d’un fin filament de mucus transparent contenant les œufs blancs. Aglaja tricolorata enroule ce filament de manière serrée autour de son corps formant comme un écheveau, un cocon dense de filaments blancs embrouillés. Quand la ponte est terminée, l'aglaja ponctuée sort par l'avant de cet étui muqueux qu'elle vient de produire. Il est possible qu'elle ancre ensuite cette masse blanche au substrat mais ceci est à vérifier. Les œufs écloront au bout de quelques temps.
Peu de choses sont encore connues avec certitude sur cette partie de l'éthologie d'Aglaja tricolorata.

Divers biologie

Aglaja tricolorata, en bon céphalaspide, possède une coquille interne. En effet, celle-ci est dissimulée sous le manteau et donc invisible à l'œil nu. Cette coquille, fragile, est plutôt arrondie, très aplatie. A compter de la spire initiale, elle fait juste un ou deux tours. Le dernier tour étalé, en forme de virgule, est bien séparé par un sillon sur son bord antérieur et il finit en pointe plus ou moins aiguë. La forme de cette coquille est un élément discriminant dans l'identification d'Aglaja tricolorata.

La branchie bipennée, organe de la respiration, se trouve sous le lobe postérieur droit et part en biais vers la gauche.
Un peu au-dessus de son accroche se trouve l'anus. Et un peu devant, l'orifice génital.

Les Aglajidae possèdent à l'avant du pied des glandes capables de fabriquer un flux continuel de mucus. Ce mucus sert probablement au déplacement de l'animal grâce aux milliers de cils microscopiques qui tapissent son corps puisque qu'aglaja semble se mouvoir sur cette couche muqueuse.
Cette piste de mucus laissée par un individu est une explication de la scène couramment rencontrée où deux voire plusieurs aglaja ponctuées se suivent à la queue-leu-leu, au contact l'une de l'autre et semblant suivre cette substance.
Ce filet de mucus émis depuis l'avant du corps explique sans doute également le trajet des grains de sable, montant sur la tête, suivant le manteau et redescendant à l'arrière, durant la recherche de nourriture.

Comme nombre d'Opistobranches, les Aglajidae parviennent à décourager d'éventuels prédateurs grâce à des glandes de leur peau émettant des produits répulsifs, paralysants ou mortels. Cette production n'est pas continue. Il n'est pas encore déterminé si ces animaux se servent de ces émissions uniquement pour se protéger ou bien également pour chasser et tuer des proies.

Informations complémentaires

En plongée, Aglaja tricolorata se rencontre surtout la nuit.

Les animaux de la famille Aglajidae, et Aglaja tricolorata ne fait pas exception, possèdent de fins cils microscopiques répartis sur le corps. Il arrive qu'à l'observation (mais plus encore en photographie) que l'incidence de la lumière, selon son angle, celui de l'œil ou de l'appareil photo, produise des reflets bleus à divers endroits, en interaction avec le battement des cils. Souvent sur la base du pied, parfois sur les rondeurs de l'animal, ces artefacts bleus, sans existence pigmentaire aucune, ont probablement été une des sources de confusions au fil du temps dans la description et la dénomination d'Aglaja tricolorata.

Origine des noms

Origine du nom français

Aglaja ponctuée : nom en rapport direct avec la robe que montre notre Aglaja tricolorata : brune ponctuée de blanc.
C'est une proposition de l'équipe DORIS car la traduction littérale du nom scientifique, aglaja tricolore, ne rend absolument pas compte de la réalité visuelle et perpétue un risque de confusion, Aglaja tricolorata n'étant d'évidence pas tricolore.

Origine du nom scientifique

Aglaja : Vient d'Aglaia (Aglaé), une des trois Grâces, la plus jeune, de la mythologie gréco-romaine.
L'auteur du genre, Renier, avait d'ailleurs d'abord écrit Aglaia en 1804 puis, en 1807, Aglaja.
Les Grâces (ou Charites) étaient les déesses des plaisirs de la vie. Filles de Zeus et selon les auteurs, d'Héra, d'Aphrodite ou de la nymphe Eunomie, la vierge Aglaé (la splendeur du beau) et ses deux sœurs Euphrosyne (la joie) et Thalie (la floraison) président à la gaieté des festins, aux doux propos, à l'activité de l'esprit, à l'éclat des joies innocentes…
Aglaja est également utilisé par Linné pour nommer le Nymphalidé (papillon) Papilio aglaja.

tricolorata : trois couleurs. Du latin : [tres] = trois et [colorata] = colorée.
Cet adjectif de "tricolorata" peut paraître étonnant étant donné que l'espèce ne présente en fait que deux couleurs : brun foncé et blanc. Cette bizarrerie vient sans doute du fait qu'il y a eu longtemps un amalgame avec Philinopsis depicta (Renier, 1807) qui porte effectivement des liserés bleus systématiques sur les bords des parapodes alors qu'Aglaja tricolorata ne montre que très épisodiquement quelques effets lumineux bleutés, quelques reflets-artefacts bleus sur le pied et les rondeurs du corps.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Cephalaspidea / Bullomorpha Céphalaspides / Bullomorphes Coquille externe ou interne, spiralée, très fine et réduite. Tête élargie en bouclier. Yeux développés. Pas de rhinophores. Cavité palléale à droite avec une branchie plissée. Parfois des parapodes. Marins et fouisseurs sur les fonds de sédiments.
Famille Aglajidae Aglajidés Coquille à dernier tour étalé couverte par le manteau, bouclier céphalique, bouclier dorsal postérieur, et 2 parapodies relevées. Pas de tentacules (sauf Navanax).
Genre Aglaja
Espèce tricolorata

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