Squille ocellée

Squilla mantis | (Linnæus, 1758)

N° 1387

Atlantique tropical, Méditerranée

Clé d'identification

Animal de couleur plutôt beige, parfois nuancée de bleu ou violet
Deux taches noires ocelliformes caractéristiques sur le telson
Pattes ravisseuses à 6 dents dans une posture rappelant la mante religieuse
Yeux oblongs très mobiles
Animal vivant dans un terrier le jour, il est vagile et prédateur durant la nuit

Noms

Autres noms communs français
Squille-mante, galère, crevette-mante, mante religieuse de mer, mante de mer, cigale de mer,
pregadiou (provençal)
Noms communs internationaux
Spottail mantis shrimp, sea scorpion (GB), Cannocchia, canocchia, detta anche pannocchia, cicala di mare (I), Galera ocelada (E), Heuschreckenkrebs (D), Squilla, zagaia-castanheta (P), Mantis garnaal (NL), Mantisräka (Suède), Vabic usica (Croatie), Shako (Japon)
Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Cancer mantis, Linnæus, 1758

Distribution géographique

Atlantique tropical, Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Espèce présente dans toute la Méditerranée (mais absente en mer Noire) et sur les côtes africaines de l'Atlantique-Est tropical, du sud de l'Ibérie à l'Angola, y compris les îles Canaries et Madère.
Les signalements dans les îles Britanniques, du golfe de Gascogne et de Galice sont rares, anciens et semblent erronés (présence non confirmée depuis des décennies) ; ils se rapportent sans doute à d'autres espèces de stomatopodes (en particulier à Rissoides desmaresti).

Biotope

La squille ocellée fréquente les fonds de vase et de sable vaseux, entre quelques mètres de profondeur (rencontrée par les plongeurs dans les premiers mètres) et 367 m, mais principalement entre 20 et 50 m. L'espèce est plus abondante dans les sédiments au large des grands estuaires : Rhône, Pô, Ebre, Nil...
La squille, animal vagile* de nuit, creuse des terriers dans le substrat.

Description

Espèce de taille moyenne, habituellement douze à dix-huit centimètres, exceptionnellement vingt chez les mâles. La “tête", ou carapace, ne représente qu'un tiers à un quart de la longueur du corps.
Le corps est un peu aplati dorso-ventralement. L'angle postérolatéral de la carapace est arrondi. Segments thoraciques libres et segments abdominaux possèdent des crêtes longitudinales tranchantes. Sur la partie postérieure du 5e segment abdominal, les crêtes submédianes portent des épines.
A l'avant, les yeux sont pédonculés, transversalement allongés, mobiles.
Le dactyle* (la griffe) de la patte ravisseuse porte six dents y compris la dent apicale.
Squilla mantis possède trois paires de pattes ambulatoires fixées au niveau des segments thoraciques.
A l'arrière, le telson* porte une crête médiane bien marquée.
L'animal est de couleur claire, jaune-brunâtre à blanc-nacré nuancé de bleu et de violet. Les crêtes dorsales sont plus sombres, avec une tonalité brun-rouge. Une petite tache sombre allongée transversalement sur le dessus du second segment abdominal est fréquente. Partie antérieure du telson avec de chaque côté une tache ocelliforme noir violacé, cerclée de clair, et très caractéristique de l'espèce.

Espèces ressemblantes

La squille ocellée est la seule à posséder deux ocelles noirs sur le telson.

L'espèce côtière la plus commune (Manche, Atlantique et Méditerranée) est Rissoides (Meiosquilla) desmaresti (Risso, 1816), plus petite que Squilla mantis (environ 12 cm). La squille desmareti est de couleur marron. Son telson est beaucoup plus comprimé et il n'affiche pas les deux ocelles de la squille ocellée.

Quelques autres espèces existent en Europe mais elles sont très rarement signalées. Dans l'Est de la Méditerranée, Erugosquilla massavensis (Kossmann, 1880) est devenue très commune à faible profondeur. C'est une espèce lessepsienne*, c'est à dire originaire de mer Rouge-Indo-Pacifique et qui a migré par le canal de Suez puis s'est installée en Méditerranée.

Alimentation

Totalement inactive de jour (elle reste dans les terriers qu'elle a creusés), la squille est un inéluctable prédateur nocturne. En aquarium, elle refuse d'ailleurs de consommer une victime s'il y a de la lumière.
Elle chasse à l'affût, tendant des embuscades à ses proies.
Son régime habituel se compose de crustacés (en particulier le crabe Liocarcinus depurator), de mollusques (bivalves), de poissons, d'annélides polychètes... La variabilité saisonnière alimentaire est forte chez cette espèce.

Reproduction - Multiplication

La maturité sexuelle des femelles est atteinte vers la taille de 8 à 10 cm. Après la copulation, la femelle peut stocker le sperme pendant dix semaines. La ponte a lieu à la fin du printemps et en été. La femelle peut pondre jusqu'à cinquante mille œufs. Ces œufs de couleur crème sont rassemblés en boule devant sa bouche et entre ses pattes ravisseuses. Ils sont retournés régulièrement pendant toute l'incubation.
Après l'éclosion des œufs, les larves (de type Alima*) gagnent le plancton où on les rencontre de juin à novembre. Le premier juvénile devient benthique l'été suivant, à l'âge de un an et continue sa croissance.

La longévité de l'espèce est de l'ordre de trois ans.

Vie associée

La petite crevette à capuchon amazone Athanas amazone habite dans les mêmes galeries que la squille ocellée. C'est la première crevette connue comme associée à un stomatopode.
Cette présence peut sembler étonnante car l'Alpheidae athanas est de même taille que certaines crevettes dont se nourrit la squille ! La nature de leur relation reste à ce jour inconnue.

Divers biologie

La squille est un animal solitaire.

Les yeux des squilles sont parmi les plus perfectionnés que l'on connaisse.
Ils peuvent bouger indépendamment l'un de l'autre. Chaque œil possède trois sections, chacune comprenant une pseudo-pupille ayant peu ou prou les fonctions de la pupille humaine. Ces trois sections permettent à l'animal de réaliser d'un seul œil une triangulation sur l'objet visualisé et de lui donner une indication précise de sa localisation, distance, hauteur et profondeur. Les squilles seraient ainsi les seuls crustacés à posséder une vision en trois dimensions, leur offrant de précieuses aptitudes à la chasse nocturne.
De plus, les squilles distinguent parfaitement la lumière polarisée et possèdent une capacité extraordinaire pour discriminer les couleurs (y compris dans l'ultraviolet) grâce à une douzaine de photopigments pour chaque œil (contre trois chez l'homme et quatre pour les oiseaux !).

Durant la période de gestation des œufs, la femelle transporte ceux-ci sous ses pattes ravisseuses et près de sa bouche. Elle ne peut dès lors plus chasser et est donc astreinte à une période de jeûne jusqu'à l'éclosion des œufs.

Informations complémentaires

En plongée sous-marine, la rencontre avec Squilla mantis a lieu surtout la nuit, lors d'immersion sur des zones de sable. Très craintive, elle se réfugie la plupart du temps très rapidement et en marche arrière dans son terrier, d'où l'on peut néanmoins encore voir ses pédoncules oculaires s'agiter et l'animal vous regarder.

Dans l'est de la Méditerranée, la colonisation du bassin du Levant par la mante Erugosquilla massavensis a conduit à la quasi-élimination de Squilla mantis dans les eaux superficielles.

En Italie, il existe une méthode de pêche professionnelle particulière. Tenant compte des périodes de tempêtes, des casiers sont posés durant la nuit dans des eaux de faible profondeur. Lorsque les vagues déferlent, elles arasent le substrat, détruisent les terriers des squilles, les obligeant à sortir à découvert et à se précipiter dans les casiers.
Sinon, Squilla mantis est parfois pêchée au chalut de fond la nuit, plus rarement à la nasse ou au filet et vendue sur les marchés dans les pays méditerranéens (Espagne, Italie, Chypre, Syrie, Egypte, Maroc). La production annuelle mondiale en 2005 était de 7 773 tonnes dont 85% en provenance des côtes adriatiques italiennes. L'espèce est très peu pêchée en France.

Origine des noms

Origine du nom français

Squille ocellée : La squille (traduction littérale du nom scientifique) porte, sur le telson, deux taches brunes ou violettes cerclées de blanc : les ocelles.

Mante de mer : ce nom est donné de longue date pour la similitude de posture avec la mante religieuse terrestre et notamment à cause des pattes ravisseuses de l'animal, utilisées pour la capture des proies.
Pregadiou : le nom provençal de la squille, signifie "prie-dieu", ici, dans le sens de religieuse (et non le meuble) ; pregadiou est principalement utilisé pour les mantes religieuses terrestres et par analogie, pour la squille de mer.

Origine du nom scientifique

Squilla : du latin [squilla] = squille. Sorte de crustacé (Gaffiot) ;

mantis : du grec [mantis] = sauterelle, mante.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Arthropoda Arthropodes Animaux invertébrés au corps segmenté, articulé, pourvu d’appendices articulés, et couvert d’une cuticule rigide constituant leur exosquelette.
Sous-embranchement Crustacea Crustacés Arthropodes à exosquelette chitineux, souvent imprégné de carbonate de calcium, ayant deux paires d'antennes.
Classe Malacostraca Malacostracés 8 segments thoraciques, 6 segments abdominaux. Appendices présents sur le thorax et l’abdomen.
Sous-classe Hoplocarida Hoplocarides

3 segments thoraciques libres en arrière de la carapace.

Ordre Stomatopoda Stomatopodes

La 2e paire de pattes mâchoires préhensile, ressemblant à une patte de mante religieuse.

Sous-ordre Unipeltata
Famille Squillidae Squillidés

Telson avec une carène médiane distincte et au moins 4 denticules intermédiaires de chaque côté de la marge postérieure.

Genre Squilla
Espèce mantis

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