Ranatre

Ranatra linearis | (Linnaeus, 1758)

N° 2592

Région paléarctique

Clé d'identification

Corps de 30 à 40 mm
Long siphon respiratoire de 25 à 35 mm
Corps très long et fin, brun comme une brindille
Pattes longues et grêles

Noms

Autres noms communs français
Ranâtre, punaise à queue, scorpion d'eau à aiguille
Noms communs internationaux
Water scorpion, linear water scorpion, water stick-insect (GB), Stabwanze, Wassernadel (D), Staafwants, waterstaafwants (NL)
Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides
Nepa linearis Linnaeus, 1758

Distribution géographique

Région paléarctique

Zones DORIS : Eau douce d'Europe

La ranatre est très répandue dans la région paléarctique*. Cette région biogéographique correspond essentiellement aux écorégions terrestres de l'Europe, du nord de l'Asie (jusqu'au nord de l'Himalaya), de l'Afrique (au nord du Sahara) et une petite partie du Moyen-Orient. L'espèce est souvent clairsemée, fréquente dans le centre et le sud de l'Europe.

Biotope

On trouve la ranatre dans les eaux stagnantes, telles que mares et étangs, avec une préférence pour les fonds graveleux plutôt que vaseux. Cela peut être des ruisseaux à cours très lent. Son milieu est riche en plantes aquatiques. Elle se tient proche des rives, mais pas forcément proche de la surface.

Description

La ranatre est une espèce assez commune. Son corps mesure 30 à 40 mm auquel il faut rajouter la longueur du siphon respiratoire caudal d'environ 25 à 35 mm. Le corps est très long et fin, de couleur brune. Elle ressemble ainsi à une brindille. Toutes les pattes sont longues et grêles. Rien que les hanches mesurent 7 à 8 mm. A l'inverse de la nèpe, elle n'est pas recouverte de vase. Les tergites* abdominaux sont rouges.
La tête, petite et triangulaire, est moins étroite que le prothorax*. Les yeux sont globuleux et bien visibles. Les antennes, courtes, sont composées de trois articles. Le rostre* piqueur-suceur est court. Le prothorax est très long, fin, de forme cylindrique.
Les pattes antérieures sont transformées en organes préhensiles et servent à la prédation. Les hanches sont bien développées et le fémur renflé est pourvu d'une rainure dans laquelle vient se replier le tibia et le tarse. Par analogie, cela ressemblerait à une lame de couteau pliant (tibia) qu'on rangerait dans son manche (fémur). La gouttière de la cuisse comprend de petites excroissances, dont une importante, empêchant ainsi la proie de s'échapper lors de la capture. Le fémur antérieur est beaucoup plus long que le tibia. Le tarse n'a qu'un seul article dépourvu de griffes.
La ranatre n'est pas une bonne nageuse, ses pattes intermédiaires et postérieures ne sont pas adaptées à la nage comme d'autres punaises aquatiques (pas de soies natatoires). Ces pattes servent à grimper et à s'accrocher sur la végétation aquatique. On la voit souvent immobile ou marchant lentement sur une plante aquatique ou sur le fond.
Comme chez toutes les punaises, les hémélytres* (ailes antérieures) sont coriaces à la base et membraneuses à l'extrémité. Les hémélytres sont repliées à plat sur le corps et se recouvrent partiellement. Les deux ailes postérieures sont membraneuses, la base de leurs nervures est de couleur brune.
La ranatre peut emmagasiner de l'air sous ses hémélytres. Le contact avec l'air libre se fait par le siphon respiratoire, à la manière d'un tuba. Non rétractile, il est composé de deux gouttières creuses qui se réunissent pour former un tube. L'air y pénètre puis arrive jusqu'aux deux premiers stigmates placés au bout de l'abdomen.
Cette espèce est capable de voler de jour et de nuit principalement lorsqu'il fait chaud, notamment pour assurer la pérennisation de l'espèce.

Espèces ressemblantes

Nepa cinerea : la nèpe, sa cousine de la même famille. La nèpe est beaucoup plus petite et trapue que la ranatre. Ses pattes sont plus petites et moins grêles, les pattes ravisseuses rappellent plus celles du scorpion. Ses proies sont aussi plus grosses.

Alimentation

La ranatre chasse à l'affût de petites proies dans les plantes parmi lesquelles elle se dissimule. Ses proies sont des larves d'insectes, des petits poissons, des petits crustacés (daphnies). Le rostre est perceur-suceur : les proies sont percées par celui-ci, puis leur contenu est aspiré après avoir été mis en bouillie par un suc digestif.

Reproduction - Multiplication

L'accouplement a lieu au début du printemps. En mai-juin, la femelle pond ses œufs dans le tissu des plantes aquatiques situées en surface (joncs, massettes). Les œufs, souvent placés en série, mesurent environ 2 mm et se terminent par deux longs filaments, visibles du dehors. La croissance de la larve est lente, il existe cinq mues larvaires. Les larves éclosent entre mai et juillet et deviennent des imagos* (insecte parfait) vers septembre. Le tube respiratoire de la larve est court et n'atteint sa longueur définitive qu'à la dernière mue. L'imago hiverne. L'espèce se pérennise grâce à la colonisation de nouveaux lieux par le vol.

Vie associée

Les ranatres sont des insectes parasités aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de leur organisme :
- endoparasites : dans l'intestin se situent des endoparasites tels que des Rhizopodes. Certains insectes, de l'ordre des Hyménoptères, pondent dans les œufs des ranatres, tels que Prestwichia aquatica ou encore Thoron sp..
- ectoparasites : des larves et des nymphes d'Acariens (Arachnides) peuvent être très abondants sur les ranatres.

Divers biologie

La durée de vie de l'imago est estimée à deux ans.
Les pattes ravisseuses ressemblent assez à celles des Mantes (ordre des Orthoptères).
La ranatre se camoufle très bien : corps long et fin de couleur brune, pour ressembler à une brindille et se confondre avec les feuilles à moitié décomposées, immobilité. Ce dernier s'observe aussi chez la nèpe. 
Un phénomène d'immobilisation réflexe, différent de l'immobilité précitée, s'observe chez les Népidés, principalement en situation de danger comme lorsqu'on la touche. Cette immobilité ne simule pas vraiment une mort de l'insecte. En effet, lorsqu'il est mort, ses pattes intermédiaires et postérieures sont fléchies et le corps n'est pas rigide. Dans le cas de l'immobilisation réflexe, ces mêmes pattes sont allongées contre l'abdomen, les pattes antérieures sont dirigées vers l'avant, dans une position rigide.

Informations complémentaires

Attention à sa manipulation, la ranatre peut piquer. La piqûre est infligée avec le rostre. Même si la douleur semble légère et de courte durée, il faut néanmoins rester vigilant quant aux souillures du rostre (voir chapitre Vie associée). La perception de la douleur restant propre à chacun d'entre nous, elle peut être ressentie plus ou moins intensément.

Origine des noms

Origine du nom français

Ranatre : traduction littérale du latin Ranatra. On trouve souvent dans la littérature française deux orthographes pour ce mot : ranatre et ranâtre. La première orthographe est la bonne : il n'y a pas d'accent circonflexe sur le deuxième a.

Origine du nom scientifique

Ranatra : du latin [ran, rana] = grenouille et [atr] = sombre, noir, en rapport avec ses grandes pattes, peut-être aussi son immobilité.
linearis : du latin [line] = ligne, en référence à la forme linéaire de la punaise.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Arthropoda Arthropodes Animaux invertébrés au corps segmenté, articulé, pourvu d’appendices articulés, et couvert d’une cuticule rigide constituant leur exosquelette.
Sous-embranchement Hexapoda Hexapodes Arthropodes à six pattes. Ce sont les insectes au sens large.
Classe Insecta Insectes Hexapodes terrestres et dulcicoles possédant trois paires de pattes et deux paires d’ailes (sauf chez les Diptères).
Sous-classe Pterygota Neoptera Ptérygotes Néoptères Insectes ailés dont les ailes sont rabattues au repos. L'immense majorité des insectes.
Ordre Hemiptera Hémiptères Des antennes longues, des pièces buccales piqueuses avec un long rostre, et deux paires d'ailes dont l'une, en partie cornée, est transformée en hémiélytre.
Sous-ordre Heteroptera Hétéroptères Insectes ptérygotes hétérométaboles, avec un appareil buccal de type piqueur-suceur, deux paires d'ailes : les postérieures sont membraneuses, les antérieures sont partiellement cornées. Antennes longues.
Famille Nepidae Népidés Hanches postérieures arrondies et suceptible de rotation dans la cavité cotyloïde.
Genre Ranatra
Espèce linearis

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