Rat musqué

Ondatra zibethicus | (Linnaeus, 1766)

N° 2535

Amérique du Nord, Eurasie du Nord, Argentine

Clé d'identification

Grand rat massif
Corps recouvert d'une épaisse fourrure brune
Queue non poilue, aplatie verticalement
Palmure partielle des pattes postérieures
Trace à cinq doigts nets

Noms

Autres noms communs français

Rat d'Amérique
Au XIXe siècle, on l'appelait ondatra (ou ondathra) ou rat musqué du Canada.
Les fourreurs l'appellent castor du Canada ou loutre de l'Hudson.

Noms communs internationaux

Muskbeaver, muskrat (GB), Bisamratte (D), Muskusrat (NL)
Aux Etats-Unis, il est vendu pour la consommation sous le nom de Marsh rabbit.

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Castor zibethicus Linnaeus, 1766
Ondatra americana Tiedelmann, 1808
Dans certaines classifications, il est présenté une sous-espèce directe : Ondatra zibethicus zibethicus.

Distribution géographique

Amérique du Nord, Eurasie du Nord, Argentine

Zones DORIS : Eau douce d'Europe, Atlantique Nord-Ouest

Le rat musqué est originaire d'Amérique du Nord, depuis le nord de la forêt canadienne jusqu'au Rio Grande (soit du 30° au 69° parallèle). En 1905, il a été introduit en Tchécoslovaquie et depuis, il a colonisé tout le nord de l'Eurasie. Il a aussi été introduit au sud de l'Argentine.
En France, l'élevage pour la fourrure s'est développé à partir de 1928. Des populations se sont alors installées un peu partout sur le territoire et on considère que l'espèce a colonisé la totalité du pays depuis 1983.

Biotope

Le rat musqué s'installe le long des berges d'étangs, de mares, de ruisseaux ou de canaux. Il préfère les eaux calmes et peu profondes, riches en plantes aquatiques. La profondeur idéale de l'eau se situe entre un et deux mètres pour que le gel ne soit que partiel et que les plantes aquatiques restent abondantes.
Il bâtit durant l'hiver une hutte faite d'herbes et de roseaux, consolidée par de la terre, dans une eau stagnante abritée et sur un monticule de boue. Il y vit seul. L'été, grâce à ses griffes et ses incisives, il creuse un terrier dans la berge, avec des entrées sous l'eau et une sortie en cheminée sur le rivage. Ce terrier comporte une chambre de 50 cm de diamètre où il stocke les racines.
Il s'adapte très bien aux basses températures et, aux premières gelées, il protège par de la boue et des herbes les ouvertures de son terrier. En revanche, s'il gèle, il peut rester prisonnier car il ne sait pas casser la glace pour aérer.

Description

Le rat musqué est un grand rat d'eau, massif et trapu. Son corps mesure de 25 à 40 cm, la longueur de la queue varie entre 20 et 28 cm. Ses yeux sont petits, son museau rond et tronqué, et ses petites oreilles, qui peuvent se replier, sont cachées par une épaisse fourrure. En effet, tout le corps, à l'exception de la queue et des pattes, est recouvert de fourrure imperméable, épaisse et douce, composée d'un duvet court et de longs poils lustrés. Sa tête est de couleur brun foncé, le dos brun grisâtre et le ventre clair.
Ses puissantes incisives fonctionnent comme des ciseaux, ce qui lui permet de trancher les tiges de végétaux, mais aussi de ronger sous l'eau sans ouvrir la bouche. La lèvre supérieure est fendue verticalement et porte de longues moustaches noires.
La queue du rat musqué, noire et sans fourrure, est aplatie verticalement. Elle est marquée, sur ses arêtes, d'une ligne de poils rigides, ce qui en augmente la portance. Elle est recouverte d'une peau écailleuse et elle est arrondie à son extrémité. Les pattes sont peu velues. Les pattes antérieures sont utilisées comme outil (construction, préhension, forage). Ses pattes postérieures n'ont qu'une palmure partielle et sont bordées de poils. Le rat musqué les utilise pour la nage comme propulseurs.
Les traces de l'animal montrent quatre pattes composées de cinq doigts à longue griffe. La marque du cinquième doigt de la patte antérieure est presque invisible et la marque de la patte postérieure montre une courte palmure. La trace de la patte arrière est deux fois plus grande que la trace de la patte avant. La queue laisse aussi souvent sa trace.

Espèces ressemblantes

Neofiber alleni, le rat musqué de Floride est plus petit et plus sombre. Sa répartition est limitée à la péninsule de Floride.
Arvicola terrestris, le campagnol terrestre (ou rat taupier) et Arvicola amphibius, le campagnol amphibie, sont très ressemblants, bien que plus petits. Leur queue est cylindrique.
A l'inverse, Myocastor coypus, le ragondin, est beaucoup plus grand. Sa queue est cylindrique.

Alimentation

Habituellement végétarien, il choisit en particulier les racines ou les tiges juteuses des plantes aquatiques (roseaux, joncs, quenouilles, renoncules). Le rat musqué peut aussi régulièrement se nourrir de bivalves, tels que les moules d'eau douce (unios et anodontes), ou même de petits poissons. La nourriture animale n'excède pourtant pas 5% du total avalé.
Il est surtout actif la nuit et aux premières heures du jour. Pendant la journée, il préfère dormir au soleil devant sa hutte ou lustrer soigneusement son pelage.

Reproduction - Multiplication

Le rat musqué, mâle ou femelle, possède deux glandes anales qui sécrètent, à la période de reproduction, une substance jaunâtre à la forte odeur de musc. Ce parfum est alors répandu dans toutes les zones fréquentées.
Il atteint sa maturité sexuelle à un an. La période de reproduction commence juste après le dégel et dure tout le long de l'été. De mars à septembre, après une période de gestation de 22 à 30 jours, la femelle peut mettre bas, dans son terrier, jusqu'à 3 portées de 2 à 9 petits. Elle les allaite pendant une vingtaine de jours. Les nouveau-nés sont aveugles et sans poils. Mais leur développement est rapide : à trois semaines, le jeune plonge et nage déjà. A six semaines, les petits sont chassés : ils doivent alors trouver leur propre territoire, en parcourant jusqu'à 20 km.

Vie associée

Les principaux prédateurs naturels du rat musqué sont, en France, le renard, la loutre, le putois et le vison, ainsi que certains rapaces. En Amérique, ce sont le brochet (Esox lucius) et la tortue serpentine, les coyotes, les loups et les lynx.

La compétition territoriale est généralement gagnante face au grand campagnol et au rat surmulot. En revanche, elle est perdante face au ragondin.

Ondatra zibethicus est souvent infecté par deux vers intestinaux : le Taenia taeniaeformis Batsch, 1786 et le Taenia martis (Zeder, 1803).
C'est un animal vecteur de différents agents pathogènes : la douve du foie, des leptospires et l'échinocoque alvéolaire. Il peut aussi véhiculer l'hantavirose et la maladie de Lyme dans les régions où les tiques sont nombreuses.

Divers biologie

Le rat musqué peut peser de 600 à 1800 g. Il peut vivre 4 ou 5 ans.

Informations complémentaires

Il nage facilement, aidé par sa fourrure qui augmente sa flottabilité. Sous l'eau, la queue sert de godille et les pattes arrières de propulseur. Il reste environ 15 minutes en apnée, parfois plus car il sait stocker et économiser l'oxygène. Il nage lentement à la surface mais très vite au fond. Il plonge en cas de danger.

Il émet de doux sons brefs.

Prolifique, avec de grandes capacités d'adaptation et peu de pression de prédation, il est considéré comme une espèce invasive.
Il est également régulièrement considéré comme nuisible aux cultures et a fait l'objet de multiples campagnes de régulation. Il est aussi classé comme nuisible en raison des dégâts qu'il crée dans les digues et les berges. Un des départements le plus affecté fut le Territoire de Belfort, avec affaissement des berges, des routes et des voies ferrées. Il peut coloniser les canaux en passant sous les parois bétonnées.

Réglementation

Cet animal détruit les frayères et fragilise les berges au point de les faire s'effondrer.
Il est classé comme nuisible dans de nombreux départements. Des arrêtés préfectoraux peuvent rendre obligatoire sa destruction, en particulier par piégeage intensif.

Origine des noms

Origine du nom français

musqué : appelé ainsi à cause de l'odeur qu'il répand par sécrétion d'une glande.

Origine du nom scientifique

Ondatra : ce mot désignait cette espèce pour les Hurons, peuple amérindien de l'est du Canada.
zibethicus : du russe [sobol] ou [sabel] = nom donné à la zibeline en Sibérie. L'association vient certainement de la qualité de la fourrure de ces deux animaux.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Mammalia Mammifères Vertébrés possédant des poils et des glandes mammaires produisant du lait.
Sous-classe Theria Thériens La paroi latérale du crâne est constituée de deux os particuliers: l'alisphénoïde et le squamosal.
Super ordre Eutheria Euthériens Présence d'une dentition lactéale et d’un développement embryonnaire effectué entièrement dans l'utérus (mammifères placentaires).
Ordre Rodentia Rongeurs
Sous-ordre Myomorpha Myomorphes L'agencement des molaires et des joues permettent aux Myomorphes de ronger.
Famille Muridae Muridés Trois molaires à chaque demi-mâchoire.
Genre Ondatra
Espèce zibethicus

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