Maigre commun

Argyrosomus regius | (Asso, 1801)

N° 1230

Atlantique Nord-Est, Méditerranée, mer Noire et mer Rouge

Clé d'identification

Grand poisson allongé, argenté à reflets de bronze
Deuxième nageoire dorsale nettement plus longue que la première
Ligne latérale en pointillés argentés très visible de l’opercule à la queue

Noms

Autres noms communs français
Grogneur, poisson tambour, sciène, poisson royal, aigle, nègre, haut-bar, faux bar (Manche) ; courbine, maigreaux, maigrot, maigras, tchouse, antesa, mérua (Atlantique) ; peis rei, daines, figoun, lombrino, roujeto, figon (Méditerranée)
Noms communs internationaux
Meagre, croaker, drum, giant seabass, shadefish, sea-sheep (GB), Bocca d’oro, corbo, laccia, figo (I), Perca regia, coroma, corvina, corbo, reix, escurvall (E), Adlerfisch, Umberfisch (D), Ombervis (NL), Corvina, borregata (P), Kotkakala (FI), Baulfiskur (IS), Hausgös (SV), Grb, sjenka (croate), Amja (albanais), Gurbell mar (maltais), Mayáticos aetós, skieina, lithocefalos (grec), Sariagiz, granyoz (turc), Garab (libanais), Coot, lout (égyptien), Salamun (tunisien), Mosa kahla (marocain), Bëer (wolof), Sekhebi (Mauritanie)
Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides
Perca regia Asso, 1801
Cheilodipterus aquila Lacepède, 1803
Perca vanloo Risso, 1810
Sciaena aquila Cuvier & Valenciennes, 1816
Argyrosomus procerus De la Pylaie, 1835

Distribution géographique

Atlantique Nord-Est, Méditerranée, mer Noire et mer Rouge

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Atlantique Nord-Est, de la mer de Norvège au golfe de Guinée (mais surtout du golfe de Gascogne au Sénégal), Méditerranée, mer Noire et mer Rouge. Il est rare dans le nord de la Méditerranée, commun dans le golfe de Gascogne, notamment l’estuaire de la Gironde qui est une des trois zones de frai connues (voir § reproduction). Cependant une étude de la taille et forme des otolithes* a montré que les populations de maigre d’Europe étaient génétiquement distinctes des populations de maigre d’Afrique de l’Ouest.
C’est une des rares espèces anti-lessepsiennes* (ayant migré de Méditerranée en mer Rouge), l’inverse étant beaucoup plus fréquent.

Biotope

C’est un poisson côtier bentho-pélagique*, évoluant entre la surface et 200 m de profondeur, plus particulièrement entre 15 et 100 m.
Les adultes évoluent seuls ou en petits groupes sur les fonds sablo-vaseux, notamment en zones d’estuaires, mais peuvent aussi se rencontrer près de roches ou d’épaves. Ce sont des poissons océanodromes* : en réponse aux variations de température, ils effectuent des migrations le long des côtes ou vers le large, entre les isothermes 14 °C et 23 °C. Grégaires, les jeunes et sub-adultes vivent jusqu’à l’âge de deux ans en eau saumâtre voire en eau douce, dans les estuaires ou lagunes où ils sont nés.

Description

Le maigre commun est un poisson de grande taille : de 1 m à 1,4 m pour un poids atteignant fréquemment jusqu’à 50 kg ; toutefois le plus grand individu pêché à ce jour mesurait 2,30 m. Il est de forme allongée, avec le dos arrondi et le ventre presque droit. Sa couleur est gris argenté avec des reflets de bronze, le dos est plus sombre, avec la base des nageoires rougeâtre. La deuxième nageoire dorsale est beaucoup plus longue que la première. La ligne latérale forme des gros pointillés argentés, très nettement visibles du haut de l’opercule à la nageoire caudale.
La tête est assez grande avec des yeux relativement petits. Le museau est plus ou moins arrondi et la bouche est grande, en position terminale, sans barbillons. L’intérieur de la bouche est jaune doré, les dents sont souvent bien visibles.

Espèces ressemblantes

Les individus de moins d’un mètre de long peuvent être confondus avec le bar commun, Dicentrarchus labrax. Chez le maigre, la seconde nageoire dorsale est cependant plus longue que la première et que la nageoire anale, alors que chez le bar elles sont à peu près de même taille.
L’otolithe sénégalais (Pseudotolithus senegalensis) et l’otholithe nanka (P. typus) sont très semblables au maigre, mais ont une queue pointue, en forme de losange, et ne sont présents que sur les littoraux d’Afrique de l’Ouest.
Le maigre présente très peu de différences morphologiques avec le tambour rouge (Sciaenops ocellatus), qui est rouge ou doré avec le ventre blanc et n’est présent que dans l’Atlantique Ouest.

Alimentation

Prédateur vorace, surtout nocturne, le maigre chasse des poissons (mulets, sardines, sprats...), des céphalopodes (encornets, seiches) et des crevettes.
Dans les estuaires, les juvéniles consomment principalement des Mysidacés et des crevettes grises Crangon crangon. Des crabes et des petits poissons s’ajoutent à leur menu au fur et à mesure qu’ils augmentent en taille, jusqu’à ce qu’ils atteignent 30 à 40 cm de long et adoptent le régime alimentaire des adultes.

Reproduction - Multiplication

De mi-mai à fin juillet, les adultes se rapprochent des côtes et rentrent dans les estuaires pour se reproduire. Les mâles mais également les femelles produisent alors des bruits profonds caractéristiques au moyen de leur vessie natatoire.
Une femelle de 120 cm peut produire environ 800 000 ovocytes*, qui après fécondation font un peu moins d’1 mm de diamètre et donnent naissance en quelques jours à des larves* pélagiques*.
La vie pélagique est sans doute assez courte, les alevins de 3-4 cm vivant déjà près du fond. Ils grandissent de 15 cm par an pendant les 20 premiers mois et peuvent atteindre 1 kg et 50 cm de long dès la troisième année.
De sexe indifférencié de la naissance jusqu’à l’âge de 9 mois, la détermination sexuelle est initiée dès l’âge de 6 mois, la différenciation des gonades chez les femelles survenant à un stade plus précoce que chez les mâles. Cette détermination sexuelle, qui va se poursuivre jusqu’à la maturité, est sous la dépendance de 3 hormones. La maturité sexuelle intervient à partir de 70 cm de longueur (soit environ à l’âge de 2 ans chez le mâle et 3 ans chez la femelle).
Après la ponte, les adultes quittent les estuaires durant l’été, longent les côtes jusqu’en automne, puis regagnent les eaux profondes pour y passer l’hiver. Migrations et reproduction sont intimement liées à la température de l’eau, de même que la plupart des phases de la vie du maigre (éclosion, première prise de nourriture, croissance...).

Vie associée

Les branchies du maigre peuvent être parasitées par les vers plats monogènes Sciaenacotyle panceri, notamment en élevage, ainsi que par Diplectanum sciaenae Van Beneden et Hesse, 1863.
Des vers nématodes du genre Philometra ont également été isolés dans les gonades de femelles sauvages.

Divers biologie

Proches des Serranidés, les Sciaenidés ont par ailleurs la faculté de produire des sons audibles à plusieurs dizaines de mètres de distance sous l’eau, et même depuis la surface. Chez le maigre, ces sons peuvent être de deux types : des « roulements de tambour », longs et sourds, et des grognements ou grincements, plus courts. Les roulements de tambour seraient un appel à la formation d’un banc reproducteur, les grognements des éléments de parade entre mâles et femelles. Ces sons sont produits par la vessie natatoire, qui est très ramifiée et peut être déformée et vibrer sous l’action de muscles spéciaux.
Le maigre peut vivre une quinzaine d’année, c’est un des poissons qui a les plus gros otolithes*. Du fait de son mode de vie, sa rencontre n’est pas fréquente en plongée, et généralement fugace.

Informations complémentaires

Bien que représenté assez précisément dès 1558 par Rondelet dans son Histoire entière des poissons, le maigre a échappé à Linné et ses prédécesseurs, qui semblent l’avoir confondu avec le corb Sciaena umbra. C’est donc un naturaliste espagnol, Ignacio Jordán Claudio de Asso y del Río,qui le décrivit le premier en 1801 sous le nom de Perca regia. Soucieux de réparer l’oubli dans lequel ce poisson royal était injustement tombé, Cuvier ne lui consacra pas moins de 25 pages dans son Histoire naturelle des poissons de 1830, voyant en lui le mythique latus loué par les Anciens.
N.B. : on nomme « courbines » de nombreuses autres espèces de Sciaenidés et, de Noirmoutier à la Rochelle, les ombrines (Umbrina spp.) sont également appelées « maigres », ce qui ne simplifie pas la situation !

Le maigre est un poisson recherché pour la pêche commerciale et sportive, il est très apprécié notamment en Espagne et en Italie. Considéré comme le morceau le plus délicat, la tête était autrefois offerte aux autorités portuaires par les pêcheurs qui ramenaient du maigre à terre.

La reproduction du maigre est maîtrisée depuis les années 1990 et cette espèce fait maintenant l’objet d’un élevage, dans des cages immergées en pleine mer ou dans des bassins d'élevage, en France, en Grèce, en Italie, en Espagne, au Portugal et dans les îles Canaries. Les individus ainsi élevés présentent d’ailleurs de très bons taux de croissance (comparativement aux individus sauvages) puisqu’ils peuvent atteindre 1 kg de masse corporelle en 10 mois d'élevage (les individus étant généralement commercialisés entre 1,5 et 3 kg). Le maigre peut vivre de nombreuses années en captivité et est présent dans plusieurs aquariums publics en Europe, en particulier à cause de ses capacités à tolérer de grandes variations de température et de salinité.

Origine des noms

Origine du nom français

D’après le fameux ichtyologiste Louis Roule, le nom du maigre serait une déformation de l’ancien français « maistre » = maître. Ces poissons ont en effet longtemps eu la réputation de conduire et diriger les bancs de sardines et d’anchois, au moyen de leurs grognements sonores (en réalité, ils les pourchassent !). Selon une autre hypothèse, maigre pourrait venir de la qualité de la chair de ce poisson, relativement pauvre en lipides : 1 à 2 %, ce qui le situe tout de même dans le haut de la fourchette des poissons dits « maigres ». Cette chair étant très blanche et ferme, peut-être est-ce seulement son aspect qui l’a fait considérer comme peu gras, en faisant au Moyen-Âge un mets de choix pour les nombreux jours... maigres !
Le nom de « grogneur » vient du bruit qu'il produit en période de frai, d’où également le nom commun de poissons-tambours des Sciaenidés (en anglais : drums = tambours ou croakers = croasseurs).
Le nom de « maigreaux » est donné aux juvéniles dans la région de Marennes.

Origine du nom scientifique

Argyrosomus : du grec [argyros] = argent et [soma] = corps,
regius : royal, du latin [rex] = roi.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Super classe Osteichthyes Ostéichthyens Vertébrés à squelette osseux.
Classe Actinopterygii Actinoptérygiens Ossification du crâne ou du squelette tout entier. Poissons épineux ou à nageoires rayonnées.
Sous-classe Neopterygii Teleostei Néoptérygiens Téléostéens Poissons à arêtes osseuses, présence d’un opercule, écailles minces et imbriquées.
Super ordre Acanthopterygii Acanthoptérygiens Rayons épineux aux nageoires, écailles cycloïdes ou cténoïdes, présence d'une vessie gazeuse et pelviennes thoraciques ou jugulaires, sans être systématiquement présents, sont des caractères que l'on ne rencontre que chez les Acanthoptérygiens.
Ordre Perciformes Perciformes Nageoires pelviennes très rapprochées des nageoires pectorales.
Sous-ordre Percoidei Percoïdes Une ou deux nageoires dorsales dont les éléments antérieurs sont des épines aiguës. Nageoires pelviennes avec une épine, rayons mous.
Famille Sciaenidae Sciaenidés Du grec [scia] = ombre. Poissons affectionnant les endroits sombres, ou poissons de couleur sombre, ou simple traduction du nom commun Ombre. Corbs, Maigres, Ombrines.
Genre Argyrosomus
Espèce regius

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