Phoque gris

Halichoerus grypus | (Fabricius, 1791)

N° 541

Atlantique Nord, Ouest et Est

Clé d'identification

Museau assez long et dans le prolongement du front, rectiligne
Narines disposées parallèlement et verticales
Pelage gris

Noms

Noms communs internationaux

Atlantic gray seal, atlantic seal, baltic gray seal, gray seal, horsehead (GB), Kegelrob (D), Foca de gris (E)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Phoca baltica
Phoca griseus
Phoca atlantica

Distribution géographique

Atlantique Nord, Ouest et Est

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Atlantique Nord-Ouest

Les phoques gris possèdent une aire de répartition très large dans l'hémisphère nord : depuis le Canada jusqu'aux côtes bretonnes, avec des populations très importantes autour des îles Britanniques.
Ils peuvent être rencontrés sur le littoral atlantique au sud de l'Armorique mais c'est à Molène-Ouessant que se trouve la colonie reproductrice la plus méridionale.

Biotope

Le phoque gris affectionne les côtes rocheuses, d'autant plus si elles sont entrecoupées de petites plages. Comme il est assez farouche, il est plutôt présent aujourd'hui autour des petites îles où la présence humaine n'est pas trop marquée. Il est régulièrement observé aussi dans d'autres biotopes : côtes sableuses, estuaires, et parfois aussi certains individus sont rencontrés dans les ports.
Certains individus sont capables également de remonter les rivères, notamment pour la recherche de nourriture.

Description

Ce phoque possède un corps typiquement allongé et prolongé par des membres postérieurs qui sont, comme les antérieurs, transformés en nageoires. Les membres antérieurs sont plutôt courts, la queue l'est également.
Il est caractérisé par la forme de la tête : le museau est assez long et se trouve dans le prolongement du front, l'ensemble ayant, surtout chez le mâle adulte, une allure assez rectiligne (La femelle peut avoir un front légèrement concave). Cette physionomie peut rappeler la tête d'un cheval (d'où l'un des noms anglais "Horsehead"). Les narines sont disposées parallèlement et verticales. Il n'y a pas de structure externe visible pour les oreilles.
Les mâles peuvent atteindre 3 m (2,50 en moyenne) et peser 300 kg. Le pelage est court, gris sombre avec des taches gris clair.
Les femelles atteignent 2,50 m (2 m en moyenne) et pèsent 170 à 250 kg. Leur pelage court également est plus clair, argenté, et orné de taches noires.

Espèces ressemblantes

Sur nos côtes, il peut être confondu avec le phoque veau-marin : Phoca vitulina, mais ce dernier, qui vit essentiellement à proximité des côtes basses, possède une tête plus arrondie, le front se distinguant bien du museau. Par ailleurs le veau-marin possède des narines disposées en "V" et sa taille est plus petite.

Alimentation

La nourriture du phoque gris est essentiellement composée de poissons pélagiques* et benthiques*. Mais, lorsqu'ils sont disponibles en quantité, il capture également des crustacés et des céphalopodes. Dans certains cas, il est également capable de s'attaquer aux marsoins !

Reproduction - Multiplication

Les mâles parviennent à maturité sexuelle à un âge compris entre 6 et 10 ans. Cette maturité est atteinte entre 3 et 5 ans chez la femelle. Un vieux mâle, pendant la période de reproduction, se constitue un harem de quelques femelles. Il peut pour cela se battre avec ses congénères, mais le plus souvent c'est par sa force de dissuasion qu'il l'emporte. Selon la géographie des lieux, et les facilités de défendre le harem qui en découlent (une zone ouverte présentent plus de voies d'accès pour des rivaux), le harem comprendra de 3 à 10 femelles (parfois une seule). La parade se déroule sous l'eau, et c'est sous l'eau également qu'a lieu l'accouplement vers le mois de novembre sur les côtes bretonnes.
Les femelles connaissent une particularité physiologique originale : l'ovo-implantation est différée de 3 mois environ. Cette implantation différée de l'embryon (un seul à la fois est porté en général) entraîne la mise bas du petit, après 8,5 mois, entre septembre et décembre. Cette mise bas se déroule à terre, mais peut avoir lieu occasionnellement dans l'eau.
Le jeune, à la naissance, mesure 80 à 90 cm et pèse 15 à 17 kg. Pendant trois semaines, il possède une fourrure épaisse et longue de couleur blanc crème, ce qui l'a fait nommer "blanchon". Ce pelage blanc est nommé "lunago". Le blanchon est nourrit par allaitement pendant 2 à 3 semaines. Il commence à nager au moment du sevrage, vers l'âge de 4 à 5 semaines, il a alors le pelage d'un adulte.
Peu de temps après le sevrage a lieu une nouvelle phase de reproduction avec accouplement. Après quelques semaines les individus subissent une phase de mue annuelle (durant environ deux semaines) après qu'ils aient reconstitué les réserves de graisses perdues pendant la période de reproduction. Entre période d'accouplement et période de mue les individus adultes auront connu une phase de dispersion durant un peu plus de trois mois pour les femelles et cinq pour les mâles. Les jeunes de l'année restant sur place.
La naissance en hiver (par retard de l'implantation de l'embryon) a été interprétée comme comportement relique de l'époque où il y avait une banquise pouvant servir de refuge.

Vie associée

Il n'est pas rare que des phoques gris se mêlent à des groupes de veaux-marins, dans les biotopes de ceux-ci.

Les phoques sont les hôtes de nombreux parasites, certains de ceux-ci pouvant infester d'autres hôtes, comme le ver de la morue : Terranova decipiens.

Divers biologie

Les phoques gris ont une vie sociale, en petits groupes. Ils sont souvent observés se reposant sur des rochers. Pour inspecter les environs, ils se tiennent verticalement dans l'eau, la tête seule dépassant.
Leur activité est essentiellement diurne. Ils peuvent plonger jusqu'à 130 m de profondeur et effectuer des apnées de 20 minutes environ.

Les populations françaises sont très proches génétiquement de celles des îles Britanniques.
2 sous-espèces sont distinguées pour le phoque gris :
Halichoerus grypus grypus (Fabricius, 1791)
Halichoerus grypus macrorhynchus Hornschuch & Schilling, 1851
Certaines populations ont colonisé récemment et de manière importante des îlots autrefois habitées par l'Homme (île britannique de North Rona).

Le phoque gris peut vivre 35 ans environ.

Informations complémentaires

La viande de phoque était autrefois considérée comme "maigre" (comme le poisson) et donc elle pouvait être consommée pendant les jours de jeûne (par ex. pendant le Carême). L'huile tirée de sa graisse et sa fourrure avaient également une valeur commerciale.

Les études de textes anciens semblent corroborer l'approche génétique : les populations françaises ont du probablement disparaître de nos côtes sous la pression de la chasse il y a plusieurs siècles.
Des individus originaires des îles Britanniques sont revenus récemment s'installer sur les côtes françaises (en 1960 on a revu un premier groupe dans l'archipel de Molène). Ce n'est que depuis 1988 que des naissances sont attestées dans l'archipel des Sept-Iles. Toutefois ces naissances ne suffisent pas à expliquer l'augmentation des populations sur nos côtes : celle-ci est encore principalement due aux apports depuis les îles Britanniques.

Il convient de relativiser l'impact de la présence des phoques gris sur la pêche côtière. Des études (suivi par satellites d'individus équipés de balises Argos) ont démontré que les phoques gris de Molène ont un territoire de chasse qui comprend la mer d'Iroise, la mer Celtique et la Manche Occidentale. De plus, des observations de fèces* et de contenus d'estomacs ont montré que les proies étaient très diversifiées.

Au Canada, beaucoup de blanchons de différentes espèces (dont le phoque gris) ont étés tués en vue de la récupération de leur fourrure. Le fait de tuer de très jeunes mammifères marins, sous les yeux de leurs mères, avec des moyens rudimentaires (gourdins munis de pointes) et de les dépecer alors qu'ils étaient parfois encore vivants a beaucoup choqué l'opinion publique. Cette chasse a été stoppée.

La surpêche des morues aurait favorisé les populations d'équilles dont se nourrissaient celles-ci, et de ce fait, par contrecoup, celle des phoques gris qui peuvent en consommer beaucoup également.

Au moment de leur reproduction il est normal que de jeunes individus soient seuls sur certains rivages. Cela fait partie de leur cycle de vie. Il ne faut pas les déranger ni surtout essayer de les toucher : ils pourraient chercher à se défendre et causer des morsures douloureuses.

En avril 2011 un phoque gris a été aperçu à plusieurs reprises sur les berges de la Dordogne, à plus de 200 kms des côtes. Sa présence en rivière est liée à une bonne qualité des eaux et à la présence de nourriture.

Si vous pensez avoir trouvé un phoque très affaibli ou blessé, vous pouvez toutefois contacter une association de protection de la nature ou un vétérinaire.

Réglementation

Mesures de protection à l'échelle :
- Communautaire :
Directive Habitats-Faune-Flore : Annexe II (espèce d'intérêt communautaire nécessitant la mise en place de zones spéciales de conservation)
Directive Habitats-Faune-Flore : Annexe V
- Internationale :
Convention de Berne : Annexe III
Convention de Bonn : Annexe II

Et en France particulièrement :
Sont interdits sur tout le territoire national, [...] et en tout temps, la destruction, la mutilation, la capture ou l'enlèvement intentionnels, la naturalisation des mammifères marins d'espèces suivantes ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur mise en vente, leur vente ou leur achat : [...] Halichoerus grypus [...]

Origine des noms

Origine du nom français

Le mot "phoque" vient du latin [phoca] qui vient lui-même du grec [phoké], termes qui désignaient déjà l'animal dans l'antiquité.

Origine du nom scientifique

Halichoerus a une double origine grecque : [hali] = marin et [choeres] = cochon. Halichoerus est donc un cochon de mer !

grypus vient du grec également et désigne le griffon : animal mythologique fabuleux à pattes griffues, bec crochu et ayant le nez aquilin.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Mammalia Mammifères Vertébrés possédant des poils et des glandes mammaires produisant du lait.
Sous-classe Theria Thériens La paroi latérale du crâne est constituée de deux os particuliers: l'alisphénoïde et le squamosal.
Super ordre Eutheria Euthériens Présence d'une dentition lactéale et d’un développement embryonnaire effectué entièrement dans l'utérus (mammifères placentaires).
Ordre Carnivora Carnivores Présence de dents carnassières et de crocs. Pour la plupart carnivores.
Sous-ordre Pinnipeda Pinnipèdes Carnivores amphibies. Tête globuleuse, corps fusiforme adapté à la nage, membres transformés en palettes natatoires, les postérieurs plus courts que les antérieurs et flanquant une queue très brève.
Famille Phocidae Phocidés Les membres postérieurs ne se replient pas sous le ventre. L’animal progresse sur la terre (ou la glace) en rampant et en ondulant.
Genre Halichoerus
Espèce grypus

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