Ecrevisse à pieds blancs

Austropotamobius pallipes | (Lereboullet, 1858)

N° 151

Europe de l'Ouest principalement

Clé d'identification

Eau douce uniquement
Céphalothorax* présentant une série d’épines bien visibles en arrière du sillon cervical (1)
Rostre* à bords convergents se terminant par un triangle. Crête post orbitale à une seule épine (2)
Crête médiane dorsale peu marquée et non denticulée (3)

Noms

Autres noms communs français
Ecrevisse à pattes blanches
Noms communs internationaux
White-clawed Crayfish (GB), Gambero di Fiume (I), Cangrejo de río (E), Dohlenkrebs (D), Zoetwaterkreeft (NL), Lagostim-de-patas-brancas (P)
Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides
Astacus pallipes

Distribution géographique

Europe de l'Ouest principalement

Zones DORIS : Eau douce d'Europe

L’Écrevisse à pattes blanches est une espèce européenne, principalement présente en Europe de l’Ouest. Peuplant naturellement l’ensemble du territoire français, elle a cependant disparu de certaines régions sous la pression des perturbations environnementales (Nord, Nord-Ouest). Encore représentée dans la moitié sud-est, elle y est parfois abondante mais dans des zones restreintes.
Colonisant tout type de milieu, on la trouve aussi bien en plaine qu’en montagne (des populations sont connues à 1 200 m d’altitude dans la Massif central : lac Pavin et ruisseaux du Haut-Allier). Cette écrevisse est également présente en Corse, dans le bassin du Fium Alto, après son introduction en 1920.

Biotope

Cette écrevisse est une espèce aquatique des eaux douces généralement pérennes. On la trouve dans des cours d’eau au régime hydraulique varié, et même dans des plans d’eau. Elle colonise indifféremment des biotopes en contexte forestier ou prairial, elle affectionne plutôt les eaux fraîches bien renouvelées.
Elle apprécie les milieux riches en abris variés la protégeant du courant ou des prédateurs (fonds caillouteux, graveleux ou pourvus de blocs sous lesquels elle se dissimule au cours de la journée, sous berges avec racines, chevelu racinaire et cavités, herbiers aquatiques ou bois morts). Il lui arrive également d’utiliser ou de creuser un terrier dans les berges meubles en hiver.

Description

L'aspect général rappelle celui d’un petit homard. Le corps, segmenté, porte une paire d’appendices par segment. La tête (céphalon) et le thorax (péréion) sont soudés (au niveau du sillon cervical) et constituent le céphalothorax*, celui-ci se terminant vers l'avant par un rostre.
Le céphalothorax* présente une série d’épines bien visibles en arrière du sillon cervical (1). La crête post orbitale ne possède qu'une seule épine (2). Le rostre*, à bords convergents, se termine par un triangle. La crête médiane dorsale est peu marquée et non denticulée (3) (= critère de détermination de l'espèce)
La tête (6 segments) porte sur les trois premiers segments une paire d’yeux pédonculés, une paire d’antennules et une paire d’antennes, les trois autres portant respectivement mandibules, maxillules et maxilles.
Le thorax (8 segments) porte trois paires de « pattes mâchoires » et cinq paires de « pattes marcheuses » d’où son appartenance à l’ordre des décapodes. Les cinq paires de pattes thoraciques (« pattes marcheuses »), sont pour les trois premières paires terminées chacune par une pince (dont la première est très fortement développée), les deux autres paires par une griffe.
L’abdomen (6 segments mobiles) appelé pléon porte des appendices biramés appelés pléopodes*. Chez la femelle, les pléopodes fixés sur les segments II à V ont pour fonction le support des œufs pendant l’incubation. Chez le mâle, les pléopodes fixés sur les segments I et II sont transformés en baguettes copulatoires ; sur les segments III à V, ils sont identiques à ceux des femelles. La dernière paire de pléopodes (segment VI) est transformée en palette natatoire formant, avec l’extrémité du dernier segment (telson), la queue (identique pour les deux sexes).
Le dimorphisme sexuel (pléopodes I et II des mâles) s’accentue avec l’âge, avec l’élargissement de l’abdomen des femelles et le développement des grandes pinces chez les mâles.
Corps généralement long de 80-90 mm, pouvant atteindre 120 mm pour un poids de 90 g.
La coloration n’est pas un critère stable de détermination. Généralement vert bronze à brun sombre, elle peut être dans certains cas rares bleutée ou de teinte orangée ; la face ventrale est pâle, notamment au niveau des pinces (d’où son nom d’Écrevisse à « pattes blanches »).
(1) (2) (3) : voir dessin

Espèces ressemblantes

Toutes les écrevisses de France mais spécialement l’Écrevisse des torrents, Austropotamobius torrentium (Shrank, 1803) : absence de talon sur les pléopodes II des mâles et la présence d’un bord finement et distinctement denticulé sur l’écaille à la base des antennes.

Alimentation

Plutôt opportunistes, les écrevisses présentent un régime alimentaire varié. En milieu naturel, l’Écrevisse à pieds blancs se nourrit principalement de petits invertébrés (vers, mollusques, phryganes, chironomes...), mais aussi de larves, têtards de grenouilles et petits poissons.
Les adultes consomment une part non négligeable de végétaux (terrestres ou aquatiques) et durant l’été, ceux-ci peuvent constituer la majeure partie du régime alimentaire. La présence de feuilles mortes en décomposition dans l’eau peut constituer une source de nourriture appréciable. Le cannibalisme sur les jeunes ou les individus fragilisés par la mue n’est pas rare (ce cannibalisme, aggravé dans un contexte de surpopulation, peut participer à la dissémination de maladies).

Reproduction - Multiplication

L’accouplement a lieu à l’automne, en octobre, voire en novembre, lorsque la température de l’eau descend en dessous de 10°C. Les œufs sont pondus quelques semaines plus tard.
Ils sont portés par la femelle qui les incube pendant six à neuf mois. La durée de l’incubation dépend de la température de l’eau et peut atteindre neuf mois dans des ruisseaux froids (Massif central, Alpes…).
L’éclosion a lieu au printemps, de la mi-mai à la mi-juillet, suivant la température de l’eau. Les juvéniles restent accrochés aux pléopodes de leur mère jusqu’à leur deuxième mue après laquelle ils deviennent totalement indépendants. Ils peuvent avoir jusqu’à sept mues au cours de la première année, tandis que les adultes ne muent qu’une à deux fois par an (à partir de juin, puis éventuellement en septembre).

La fécondité de cette espèce reste faible même dans un habitat favorable, la femelle ne se reproduit qu’une fois par an, produisant 20 à 30 œufs avec un pourcentage d’éclosion parfois très faible. Le nombre de jeunes peut être également limité par le cannibalisme des adultes.

Divers biologie

Les exigences de l’espèce sont élevées pour ce qui concerne la qualité physico-chimique des eaux et son optimum correspond aux « eaux à truites ». Elle a en effet besoin d’une eau claire, peu profonde, d’une excellente qualité, très bien oxygénée (de préférence saturée en oxygène, une concentration de 5 mg/l d’O2 semble être le minimum vital pour l’espèce), neutre à alcaline (un pH compris entre 6,8 et 8,2 est considéré comme idéal). La concentration en calcium (élément indispensable pour la formation de la carapace lors de chaque mue) sera de préférence supérieure à 5 mg/l. Austropotamobius pallipes est une espèce sténotherme, c’est-à-dire qu’elle a besoin d’une température de l’eau relativement constante pour sa croissance (15-18°C), qui ne doit dépasser qu’exceptionnellement 21°C en été (surtout pour la sous-espèce A. p. pallipes).

Informations complémentaires

Menace sur l'espèce :
● Altération physique du biotope
Elle conduit à la disparition de l’espèce par la disparition de son biotope naturel (matières en suspension dans l’eau et envasement, destruction des berges, perturbation du régime hydraulique et thermique).
● Menaces éco toxicologiques
L’action de produits toxiques libérés dans l’eau peut être plus ou moins insidieuse selon la nature et la concentration des substances incriminées (métaux lourds, agents phytocides, substances eutrophisantes...) et le mode de contamination : pollution directe massive ou pollution chronique plus ou moins indirecte (eaux de ruissellement, épandages agricoles, rejets des laiteries, traitements forestiers, activité industrielle ou urbaine).
● Menaces biologiques
La multiplication des interventions sur la faune (introduction d’espèces exogènes - écrevisses ou rat musqué, Ondatra zibethicus, repeuplements piscicoles ou déversements de poissons surdensitaires) ont pour corollaire l’augmentation des risques de compétition, de prédation et de pathologie. Selon les régions, c’est l’une de ces menaces ou la conjonction de plusieurs d’entre elles qui pèse sur les populations d’Écrevisse à pattes blanches. L’action en synergie de la dégradation du biotope et de l’introduction d’écrevisses exotiques plus résistantes, voire porteuses d’agents pathogènes, entraînera à coup sûr la disparition définitive des écrevisses autochtones.

Les données récentes de biologie moléculaire indiquent clairement que pour pallipes il y a sans doute au moins 3 espèces distinctes génétiquement, principalement en Italie (et quelques mélanges en France), mais qu'on n'a pas encore très bien réussi à les distinguer morphologiquement. Pour cette raison, dans l'atlas européen des écrevisses qui vient d'être publié au Muséum (référence ci-dessous), cette espèce a le statut de "complexe d'espèces" (donc disparition des sous-espèces antérieures). Voir ce document pour détails. La situation est identique pour l'écrevisse turque, également présente en France, et assez mélangée...

Cuisine :
Pour les zones où elles ne sont pas protégées, une bonne recette consiste à les flamber au calvados.
Pour retirer le léger goût de vase qui peut subsister, prendre entre deux doigts le centre de la nageoire de queue, tourner à plus de 180 degrés puis tirer doucement. L'intestin vient avec la queue, vos écrevisses sont prêtes à être cuites.
C'est aussi très bon grillé au barbecue.
Mais à faire plutôt avec des écrevisses américaines ou de Floride...

Réglementation

PROTECTION : Attention espèce sur liste rouge !!!
Directive « Habitats-Faune-Flore » : annexes II et V
Convention de Berne : annexe III
Espèce d’écrevisse autochtone protégée (art. 1er) : à ce titre, il est interdit d’altérer et de dégrader sciemment les milieux particuliers à cette espèce.
L’espèce est également concernée par des mesures de protection réglementaires relatives à sa pêche : mesures portant sur les conditions de pêche (engins spécifiques : balances ; Code rural, art. R. 236-30) ; temps de pêche limité à dix jours maximum par an (Code rural, art. R. 236-11) ; taille limite de capture de 9 cm (décret n°94-978 du 10 novembre 1994). La pêche de l’espèce est interdite dans certains départements.

Cotation UICN (Union mondiale pour la nature) :
Monde : vulnérable
France : vulnérable

Origine des noms

Origine du nom français

La couleur pâle du dessous des pinces (attention ce n'est pas un critère de détermination).

Origine du nom scientifique

austro : du latin [austri] = le sud, potamobius : du grec [potamos] = la rivière, le courant
pallipes du latin [pallipes] = pâles, à pattes blanches

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Arthropoda Arthropodes Animaux invertébrés au corps segmenté, articulé, pourvu d’appendices articulés, et couvert d’une cuticule rigide constituant leur exosquelette.
Sous-embranchement Crustacea Crustacés Arthropodes à exosquelette chitineux, souvent imprégné de carbonate de calcium, ayant deux paires d'antennes.
Classe Malacostraca Malacostracés 8 segments thoraciques, 6 segments abdominaux. Appendices présents sur le thorax et l’abdomen.
Sous-classe Eumalacostraca Eumalacostracés Présence d’une carapace recouvrant la tête et tout ou partie du thorax.
Super ordre Eucarida Eucarides Présence d'un rostre.
Ordre Decapoda Décapodes La plupart marins et benthiques. Yeux composés pédonculés. Les segments thoraciques sont fusionnés avec la tête pour former le céphalothorax. La première paire de péréiopodes est transformée en pinces.  Cinq paires d'appendices locomoteurs (pinces comprises).
Sous-ordre Astacidea Astacoures Les Astacoures regroupent des crustacés allongés possédant une puissante paire de pinces : homards, langoustines (avec larves) et écrevisses (développement direct).
Famille Astacidae Astacidés
Genre Austropotamobius
Espèce pallipes

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