Tortue caouanne

Caretta caretta | (Linnaeus, 1758)

N° 727

Océans Indien, Atlantique et Pacifique, Méditerranée

Clé d'identification

Cou trapu et grosse tête
Dossière brun orangé ; plastron jaune pâle
Cinq paires de plaques latérales sur la carapace
4 écailles préfrontales comportant souvent une 5ème petite plaque en leur centre
La plaque nuchale touche les premières plaques latérales

Noms

Autres noms communs français

Caret, coffre, tortue à bahut
Grosse tête (Nouvelle-Calédonie)

Noms communs internationaux

Loggerhead sea turtle (GB), Tartaruga comune, tartaruga caretta (I), Tortuga-marina caguama, cabezona, tortuga boba (E), Unechte Karette (D), Onechte karetschildpad (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Testudo caretta Linnaeus, 1758
Testudo cephalo Schneider, 1783
Thalassochelys caretta Boulenger, 1889
Chelonia cephalo Cocteau, 1838

Distribution géographique

Océans Indien, Atlantique et Pacifique, Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Indo-Pacifique, Caraïbes, Atlantique Nord-Ouest

La tortue caouanne vit dans toutes les mers du globe, tempérées et tropicales entre le 40° parallèle sud et le 60° parallèle nord, à une distance constante des côtes (et non au milieu des océans). Elle fréquente les eaux canadiennes au large de Terre Neuve et de la Nouvelle-Écosse où on l'observe à l'occasion. Certaines sources l'annoncent même au nord de Mourmansk, et en Argentine au sud. C'est la tortue la plus commune en Méditerranée (seules quelques tortues vertes, de 500 à 1000 adultes, y sont recensées, en Turquie et à Chypre).
Les sites de ponte principaux sont la Floride, la Colombie, le Brésil et le Mexique, la Grèce, l'Afrique du Sud et Madagascar, le Sultanat d'Oman, le Myanmar et l'est du Japon, l'est de l'Australie et la Nouvelle-Calédonie. D'autres sites, secondaires, sont repérés en Amérique Centrale, en Afrique de l'ouest, à l'est de la Méditerranée et en Chine.

Biotope

Comme tous les reptiles, la caouanne a une respiration aérienne pulmonaire : elle doit remonter respirer à la surface. On peut parfois la repérer à fleur d'eau où elle dort en dérivant avec les courants. De même, elle remonte souvent à la surface pour se chauffer. C'est pourtant une espèce peu pélagique et on connaît mal ses éventuelles migrations. Il semble que celles-ci soient liées à la température de l'eau devenant trop froide. Sans en avoir de réelles certitudes, on suppose que certaines caouannes entreprennent de longues migrations en se servant des courants chauds. Elles remontent parfois dans les estuaires fluviaux.
Cette tortue peut vivre en dehors des eaux tropicales : il faut cependant qu'en été, la température de l'eau de surface reste supérieure à 20°C. Elle a pourtant une certaine capacité à résister au froid par un bon isolement naturel et un comportement de léthargie, immobile sur le fond.
Pendant la première année de leur existence, les petites tortues semblent rester dans une même zone où la couverture d'algues est importante et où elles se nourrissent (en général d'organismes vivant dans les algues) et grandissent. Elles peuvent aussi séjourner dans les algues flottantes où elles seront bien camouflées. Quand elles atteignent 50 cm (7 à 10 ans), elles quittent cet habitat pour rejoindre les zones côtières à fonds durs et meubles.

Description

Cette tortue a une carapace de taille moyenne de 92 cm (tailles relevées de 70 à 115 cm dans l'Atlantique ouest), pour un poids moyen de 100 kg, même si certains individus peuvent atteindre 1,20 m et 200 kg. A l'âge adulte, les femelles sont plus lourdes que les mâles et leur corps est plus épais.
Le corps des tortues marines est enfermé dans une carapace à deux ouvertures (une antérieure, une postérieure) laissant passer la tête, les membres et la queue. Cette carapace, plus longue que large, est formée de plaques osseuses (ostéodermes*) recouvertes d'écailles cornées, minces et contigües. Elle est parfois décrite comme étant en forme de cœur (cordiforme).
La disposition et le nombre des écailles caractérisent une espèce de tortues. La caouanne possède 5 plaques latérales et 5 plaques vertébrales, entourées d'environ 25 plaques marginales (périphériques). De plus, la plaque nuchale*, au-dessus du cou, est adjacente aux premières plaques costales (ou latérales). Elle n'a pas de carène continue.
La couleur de son dos est brun orangé : la dossière (dessus de la carapace) peut avoir des taches claires. Elle est peu bombée. Ses franges peuvent être jaune orangé et dentelées à l'arrière. Le plastron (« ventre » de la carapace) est jaune pâle, tacheté d'orange, lisse et composé de grosses plaques. De chaque côté du corps, la jonction entre dossière et plastron s'appelle un « pont ».
Un petit caouanne est entièrement brun foncé ou gris sombre, avec, parfois, des pattes plus claires. Chaque plaque vertébrale forme une pointe visible sur son dos.
La caouanne possède une grosse tête large (jusqu'à 25 cm) entièrement recouverte de fines écailles cernées de jaune pâle, avec 4 écailles préfrontales entre les yeux comportant souvent une 5ème petite plaque en leur centre. Son cou est trapu, partiellement rétractile et court : ce « raccourcissement » est une adaptation à la vie marine. Sa tête est armée d'un puissant bec corné. Chez les petits, ce bec se termine en pointe, le « diamant », qui leur permet de casser la coquille de l'œuf au moment de l'éclosion. Par la suite, cette pointe disparaît au bout de deux semaines. Le squelette possède une colonne vertébrale et les côtes sont soudées à la carapace. Les narines, comme les orbites, ont une orientation latérale.
Autre adaptation à la vie marine, les pattes se sont aplaties en palettes natatoires. Les pattes avant servent de propulseurs, les pattes arrière de gouvernail et de stabilisateur : cela lui permet la nage en haute mer. Comme la tortue imbriquée, ses pattes sont chacune « armées » de deux grosses griffes. Elles aussi sont recouvertes d'écailles qui, comme sur le cou, partent parfois en lambeaux : c'est une légère mue.

Espèces ressemblantes

La caouanne ressemble à la tortue de Kemp, Lepidochelys kempii, qui est plus petite et présente dans les eaux côtières en Atlantique et exceptionnellement en Méditerranée.
La tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata), vivant à proximité des récifs de corail, est très voisine de la caouanne, bien qu’elle soit souvent plus petite. Elle n’a que quatre paires de plaques costales. L’extrémité de sa carapace est en dents de scie. Ses écailles se chevauchent.
On peut aussi indiquer que la tortue verte (Chelonia mydas) ressemble à la caouanne bien qu’elle n’ait que quatre plaques latérales. On la distingue encore par sa dossière bleu sombre et son plastron blanc. C’est la plus grande des tortues marines à carapace dure.

Alimentation

La tortue caouanne est carnivore : elle se nourrit de crustacés, de poissons, de mollusques et de méduses. Des algues sont parfois avalées mais involontairement. Cependant, sa nourriture varie selon qu'elle migre en pleine eau (méduses, calmars, poissons volants) ou qu'elle séjourne auprès des côtes (bivalves, crabes, oursins, poissons,…).
Les mâchoires de cette tortue sont sans dents : elles sont remplacées par des plaques cornées tranchantes.
Les petits se nourrissent de petits animaux qu'ils trouvent dans l'épaisseur des algues où ils séjournent.

Reproduction - Multiplication

Les sexes sont séparés. Les mâles ont une vie uniquement aquatique. Ils ont une plus longue queue et de plus grosses griffes que les femelles. Le mâle utilise d'ailleurs ses griffes pour s'accrocher à la dossière de la femelle pendant l'accouplement. Celui-ci a en général lieu en pleine mer (et non près des lieux de ponte comme pour les autres tortues), habituellement à la surface, mais parfois en pleine eau.
Les tortues sont ovipares, les œufs fécondés se développent dans l'utérus. Les femelles ne pondent que toutes les deux ou trois saisons et rejoignent alors la terre, où elles creusent un trou profond (50 cm environ) dans le sable pour y déposer les œufs. Partout, la ponte a lieu entre le printemps et l'été, à la tombée de la nuit ou un peu plus tard, à marée montante. Par exemple, en Méditerranée orientale, la ponte a lieu entre avril et septembre, sur les plages de sable, à proximité du bord de l'eau de marée haute. Dans les Caraïbes, elle n'a lieu que de mai à juillet. Les femelles accostent quatre à sept fois par saison, par intervalle de deux semaines environ, pour pondre chaque fois de 60 à 200 œufs. Elles les abandonnent ensuite. La fidélité à une seule plage de ponte n'est pas aussi nette que chez les autres tortues marines et les localisations peuvent être distantes de 300 km.
L'incubation dure de 45 à 65 jours. Pendant cette période, les œufs peuvent être mangés par toutes sortes de mammifères et de reptiles. Les coquilles sont rondes, calcaires et blanchâtres. Elles sont suffisamment souples pour ne pas se casser quand elles tombent au fond du nid. Leur diamètre varie de 3 à 5 cm. La température « neutre » pour la détermination du sexe des embryons est de 28-29°C dans l'Atlantique ouest (mâle en-dessous, femelle au-dessus). La température d'incubation peut varier de 26 à 32°C. Généralement, les petits (55 mm environ) cassent la coquille la nuit et foncent vers la mer : ils ont alors la même morphologie que les adultes. Ils sont très vulnérables, victimes de nombreux prédateurs (varan, crabe, rongeur, poisson, oiseau,…). Ils se laissent ensuite dériver en pleine mer pour rejoindre les aires d'alimentation.

Vie associée

Les tortues sont souvent accompagnées de rémoras qui espèrent ainsi se nourrir des parasites.
Leur carapace peut être recouverte d'algues, de bernacles et de balanes.
Des crabes du genre Planes sont régulièrement observés sur les tortues marines. En Atlantique, le crabe de Christophe Colomb, Planes minutus, s'installe à l'arrière des caouannes, près des pattes ou de la queue. Il aurait alors un rôle de nettoyeur.

Divers biologie

La longévité de la tortue caouanne est mal connue, elle est de plusieurs dizaines d'années. L'âge de la maturité sexuelle se situe entre douze et trente ans, trente ans étant l'estimation la plus réaliste.
Lorsque les tortues pondent, à cause de la sécheresse de l'air et de l'évacuation du sel, leurs glandes oculaires sécrètent une substance transparente et gluante : c'est ce qui a fait dire alors qu'elles pleuraient !
Près des côtes, la caouanne s'oriente grâce au sens des vagues. En pleine mer, elle se sert du champ magnétique terrestre.
Deux sous-espèces ont été identifiées :
- Caretta caretta caretta en Atlantique (Linnaeus, 1758)
- Caretta caretta gigas dans le Pacifique (Deraniyagala, 1933). Leur description était basée sur le nombre de plaques marginales et neurales (autour du cou), distinction finalement jugée insuffisante.
Du fait d'un certain isolement, les individus de Méditerranée ont un génotype propre.

Informations complémentaires

Jusque dans les années 70, la tortue caouanne était capturée dans un but commercial (viande, œuf, cuir, graisse) bien que moins recherchée que la tortue verte, ou que la tortue imbriquée dont la qualité de l'écaille a fait la renommée.

En Méditerranée, la population totale de Caretta caretta est estimée entre 2000 et 4000 adultes reproducteurs. Les sites de ponte répertoriés sont l'est de la Méditerranée, la mer Ionienne (île de Zakynthos en particulier), les côtes libyennes et l'île de Kuriat pour la Tunisie.
L'avenir de cette espèce en Méditerranée est très incertain : capture dans les filets, pollution et ingestion de sacs plastiques (qu'elle prend pour des méduses), urbanisation du littoral. Seules la protection des lieux de ponte et la réduction des captures accidentelles peuvent enrayer sa disparition. Elle ne se reproduirait plus en France depuis le début du XX° siècle. Au niveau mondial, cet avenir n'est pas très optimiste non plus même si les centres de recherche et de protection se multiplient. Cela est dû en partie à une forte disparition des sites de ponte, mais aussi à de grandes lacunes dans la connaissance de cet animal.
Le site de ponte le plus important au monde est sur les plages de Floride. Le nombre de caouannes qui viennent y pondre est en augmentation : de 10 000 individus par an dans les années 90, il est aujourd'hui estimé à 20 000. Sur les côtes brésiliennes, il avoisinerait les 4000 alors qu'il ne serait que de 400 sur les côtes mexicaines.

Le Cap Vert abrite la troisième plus grande population de tortues caouannes nicheuses au monde, avec 90% des nids sur l'île de Boa Vista. Les autres sites de ponte sont principalement répertoriés sur l'île de Santa Luzia.

En Nouvelle-Calédonie, une association de Bourail, Bwärä Tortues Marines, protège les pontes sur la plage de la Roche Percée qui est le deuxième site de ponte des caouannes dans le Pacifique-Ouest (voir photos et leurs commentaires). Le sable y est de couleur foncée, et emmagasine beaucoup de chaleur qu'il restitue aux nids, favorisant ainsi la naissance de femelles. Pour cette raison, ce site est considéré comme un site de ponte majeur.

En octobre 2007, deux caouannes trouvées échouées (l'une au Grau-du-Roi, l'autre à l'étang de Berre) ont été relâchées munies d'une balise Argos. On peut suivre leur migration sur le site www.cestmed.org.

Le 22 juillet 2016, à Fréjus (83), une touriste a aperçu une tortue sortir du sable et retourner à l'eau. La référente locale du Réseau tortues marines de Méditerranée française s'est rendue sur les lieux et a découvert le nid en haut de la plage. Les pontes de ces tortues habituées à nidifier en Grèce, en Tunisie et en Italie sont rarissimes sur les côtes métropolitaines.

Réglementation

La tortue caouanne est totalement protégée en France (arrêté du 17/07/1991) et fait partie de la dizaine d'espèces de Méditerranée protégées. A Chypre, les femelles en train de pondre sont protégées et une écloserie-pilote a été installée en 1978. Les zones de ponte de Lybie et de l'île Zakynthos (Grèce) sont également protégées.
Depuis 1982 et la Convention de Washington, elle est complètement protégée au niveau mondial car elle fait partie de l'annexe 1 (en danger d'extinction) de la C.I.T.E.S. (Convention on International Trade in Endangered Species of Wildlife and Flora). Toutes les tortues marines sont notées dans cette annexe (interdiction absolue de capture, de commerce et de détention) ; leur avenir dépend entre autres du contrôle du commerce international.
La tortue caouanne est également protégée par la Convention de Bonn pour les espèces migratrices.

Origine des noms

Origine du nom français

Tortue : du bas latin [tartaruca] = bête infernale du Tartare.
Caouanne : en langue amérindienne, la tortue luth se dit [kawana]. Le français ou le créole a-t-il emprunté ce mot pour la tortue « caouanne » ?
Caret : ce mot date du XVI° siècle mais son origine est inconnue. Certains estiment qu'il s'agit d'un emprunt aux langues caraïbes, déformé ensuite par l'espagnol ; d'autres pensent qu'il vient du malais [kârah] = tortue.

Origine du nom scientifique

Caretta : mot latin signifiant « caret ».

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Reptilia Reptiles Groupe paraphylétique incluant les vertébrés tétrapodes "rampants" à la peau sèche et écailleuse : tortues, serpents, crocodiles et lézards.
Ordre Testudines Chéloniens Reptiles possédant une carapace dorsale, une carapace ventrale (plastron), et un bec corné. Ce sont les tortues.
Sous-ordre Cryptodira Cryptodires Le cou se rétracte à l’intérieur du corps, sous la carapace, dans un plan vertical, les vertèbres formant alors un S. Le bassin est libre.
Famille Cheloniidae Chéloniidés Tortues à carapace ossifiée par opposition aux tortues à carapace ayant la consistance du cuir.
Genre Caretta
Espèce caretta

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