Lièvre de mer effiloché

Bursatella leachii | de Blainville, 1817

N° 2753

Atlantique tropical Ouest et subtropical Est, mer Méditerranée et océan Indo-Pacifique

Clé d'identification

Manteau hérissé de longues papilles conférant un aspect chevelu et hirsute
Couleur variable : du gris-vert au blanc-beige, en passant par le noir ou encore l'orange
Petits ocelles bleus comportant en leur centre une tache noire ou jaune ainsi que des zones verdâtres
Parapodies costales non libres
Pied large

Noms

Autres noms communs français

Aplysie chevelue, aplysie velue, bursatelle de Leach

Noms communs internationaux

Ragged seahare, shaggy seahare (GB), Bursatella (I)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Notarchus (Bursatella) leachii (Blainville, 1817)
Notarchus laciniatus Rüppell & Leuckart, 1828
Aplysia bursatella Rang, 1834
Bursatella leachii lacinulata Gould, 1852
Aclesia glauca Cheeseman, 1878
Notarchus intrapictus Cockerell, 1893
Aclesia freeri Griffin, 1912
Aclesia africana Engel, 1926
Aclesia rosea Engel, 1926
Bursatella savignana Aouduin, 1926
Bursatella leachii africana (Engel, 1926)
Bursatella leachii rosae (Engel, 1926)

Distribution géographique

Atlantique tropical Ouest et subtropical Est, mer Méditerranée et océan Indo-Pacifique

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Indo-Pacifique, Caraïbes

C'est une espèce circumtropicale* et des mers tempérées.
Dans l'Atlantique Ouest, on la trouve dans le golfe du Mexique et la mer des Caraïbes (y compris dans les Antilles françaises, en Guadeloupe et Martinique).
Elle vit également dans l'Indo-Pacifique et y est signalée depuis les côtes est-africaines et le canal du Mozambique jusqu'en en Nouvelle-Zélande. Elle est présente en Nouvelle-Calédonie.
L'espèce, probablement lessepsienne*, est présente en Méditerranée notamment orientale. Encore rare, bien que présente, sur les côtes françaises (photographiée sur la Côte d'Azur), cette espèce introduite a été plus largement signalée du bassin levantin (Liban, Israël, Turquie...) jusqu'à la péninsule italienne (Malte, Grèce, Slovénie, Sicile...).

Biotope

L'espèce est présente dans les eaux abritées et peu profondes, sur des fonds sableux ou vaseux. On la rencontre parfois dans les estuaires et les bassins de marée.
Cette aplysie chevelue se confond avec son environnement immédiat dans les herbiers marins où elle se camoufle. En ce qui concerne la mer Méditerranée, Bursatella leachii pourra être observée sur les fonds recouverts de Caulerpa prolifera, de Cymodocea nodosa ou bien de Zostera noltei.

Description

D'une taille couramment rencontrée de 5 à 10 cm, mais pouvant atteindre plus d'une vingtaine de centimètres, le corps est compact dans son volume et mou dans sa consistance. Il est plus large à l'arrière qu'à l'avant. Malgré son large pied, l'animal se déplace lentement.
La couleur de Bursatella leachii varie du gris-vert au blanc-beige, en passant par le noir ou encore l'orange. Son corps présente des ocelles* bleus plus ou moins clairs et comportant au centre une tache noire ou jaune ainsi que des zones vertes. Le nombre des ocelles est fonction de la taille de l'individu.
De longues et fines excroissances digitées et branchues, de tailles différentes, recouvrent le manteau* et les rhinophores*, conférant à l'animal un aspect chevelu et hirsute.
Le lièvre de mer effiloché possède sur la tête une paire de rhinophores enroulés sur eux-mêmes et une paire de tentacules buccaux (ou tentacules labiaux), plus courts mais bien développés, de chaque côté de la bouche. Les yeux sont situés à la base des rhinophores.
Son pied est large et se termine par une queue fine, la sole* pédieuse étant blanchâtre avec des taches brun clair.
Les parapodies* costales sont courtes et peu mobiles, ce qui entraîne un déplacement lent. Les bords des parapodies sont recourbés et ils sont soudés à l'arrière de l'animal. Faute de ces expansions latérales libres, Bursatella leachii ne peut pas nager, contrairement à certaines espèces de la famille des Aplysiidés.
Les adultes sont dépourvus de coquille interne.

Espèces ressemblantes

Il n'y a pas, en Méditerranée, d'espèces pouvant prêter à confusion. Les grands nudibranches, comme Tethys fimbria, possèdent un voile oral de grande taille qui lève le doute au premier coup d'œil. Les pleurobranches sont bien plus arrondis et aucune des autres espèces d'aplysies ne montre les longues excroissances branchues et les ocelles bleus de B. leachii. Seul Notarchus punctatus a quelques excroissances en forme de pointe mais elles sont rares et courtes. Ses ocelles sont brun sombre.
Il en va de même dans les eaux tropicales des Caraïbes ou de l'Indo-Pacifique où aucune espèce d'Anaspidés à ocelles, telle Aplysia dactylomela, n'a réellement les caractéristiques échevelées de B. leachii.

Alimentation

Espèce herbivore et détritivore* benthique*, Bursatella leachii se nourrit notamment de microalgues comme les cyanobactéries et les diatomées. Elle consomme également des macrophytes*. Dans le Pacifique, il semblerait que ces dernières, comme Ectocarpus sp. ou Enteromorpha sp., soient d'ailleurs son alimentation favorite.
En mer Méditerranée, cette espèce apprécierait davantage Caulerpa prolifera, Cymodocea nodosa ou encore Zostera noltei.
Elle est connue pour sa consommation de la cyanobactérie Lyngbya majuscula, dont elle tire profit par la capture de métabolites toxiques que l'on retrouve dans ses sécrétions corporelles.

Reproduction - Multiplication

Bursatella leachii est une espèce hermaphrodite* à reproduction croisée. Elle atteint sa maturité sexuelle vers deux ou trois mois et se reproduit rapidement. En mer Méditerranée, il semblerait que l'espèce ne connaisse pas de période plus favorable qu'une autre pour se reproduire.
La fécondation* est interne. Lors de la reproduction, un des individus recouvre l'autre et dépose ses gamètes* mâles dans le gonopore* du second par l'intermédiaire d'un pénis situé sur le côté droit de la tête. Le gonopore, quant à lui, se situe sur la partie dorsale.
La ponte de couleur blanc-jaunâtre (on rencontre aussi, dans la littérature, d'autres couleurs : violet, blanc, orange, rouge, vert ou brun !), est déposée sur le substrat*. Elle a l'aspect d'une corde emmêlée sur elle-même, le long de laquelle sont accrochées des capsules ovigères* séparées et rassemblées par une gelée. Chaque capsule contient de deux à vingt embryons d'approximativement 87 µm. Ce cordon d’œufs est plutôt initialement blanc à la ponte puis va en fonçant vers le jaune-orange en s'approchant de l'éclosion.
Le stade larvaire* de Bursatella leachii est très rapide et est le plus court chez les Aplysidés possédant un stade larvaire planctonique*. En effet, 15 jours après l'éclosion, les larves* véligères* planctoniques atteignent leur stade maximal. Il leur faut 4 jours supplémentaires pour prendre leur forme post-larvaire. Elles sont dotées de la capacité à rester planctoniques jusqu'à deux mois et demi avant de trouver le substrat* approprié à leur développement adulte, ce qui confère à cette espèce une grande capacité de dispersion.
Lorsque la larve se pose sur le substrat adéquat, elle s'y accroche via un fil de mucus puis se rétracte dans sa coquille pour initier son développement vers la forme adulte. Ce processus prend un à deux jours. Dès le premier jour, elle est déjà capable de s'alimenter grâce à une radula* bien développée. La coquille cesse de croître lorsque l'individu mesure 2,5 à 3 mm et 15 à 20 jours après s'être déposé sur le substrat, l'animal éjecte sa coquille. Il possède déjà les rudiments des futures excroissances charnues et, s'il se sent menacé, il peut déjà projeter un petit nuage d'encre.

Divers biologie

Plutôt active le jour pour se nourrir, cette espèce se cache la nuit bien que des rassemblements nocturnes de 8 à 12 individus aient déjà été observés.

A l'instar d’autres espèces d'aplysies, Bursatella leachii, lorsqu'elle est perturbée ou se sent menacée, peut cracher un jet d'encre violette permettant de dissimuler sa fuite.

Le manteau a un aspect rugueux. Il est prolongé par des papilles ou excroissances branchues qui lui confèrent un camouflage efficace lorsqu'il est immobile, car dès lors, l'animal se confond parfaitement avec un bouquet d'algues. C'est d'ailleurs souvent un biotope de prédilection pour l'espèce qui s'y dissimule volontiers.

Son espérance de vie est relativement courte, qui ne dépasserait pas une année.

Informations complémentaires

Les hordes sporadiques de plus de 600 individus observées dans ses eaux d'origine (l'Atlantique tropical Ouest) peuvent influer sur la dynamique de certains habitats naturels. Cela est dû à la forte consommation de microalgues et cyanobactéries.
Les études d'impact sur les écosystèmes par la présence de cette espèce n'ont pas encore été effectuées en Méditerranée ; toutefois, elle a été placée sur la liste noire des espèces envahissantes pour les Aires Marines Protégées méditerranéennes.

La distribution circumtropicale de Bursatella leachii pourrait être composée de 7 sous-espèces (dont celle, lessepsienne ou introduite, en Méditerranée) : Bursatella leachii leachii Blainville, 1817, Bursatella leachii savigniana Audouin, 1826, Bursatella leachii pleii (Rang, 1828), Bursatella leachii guineensis Bebbington, 1969, etc.

Sa glande productrice d'encre pourrait éventuellement avoir un intérêt pharmacologique.

Origine des noms

Origine du nom français

Lièvre de mer effiloché : c'est la tête de ces animaux, porteurs de rhinophores enroulés et allongés évoquant une tête de lapin ou de lièvre, qui confère ce nom générique donné aux aplysies. L'aspect hirsute de cette espèce est pointé avec le qualificatif descriptif : effiloché.

Bursatelle : ce nom commun fut donné à l'origine par H.M.D. de Blainville, en 1817. Il s'agit d'une francisation du nom scientifique du genre, Bursatella, qu'il a lui-même créé la même année.

Origine du nom scientifique

Bursatella : du latin [bursa] = sac, bourse, en raison probablement de sa forme, pouvant faire penser à un sac.
Ce genre a été décrit en 1817 par le zoologiste et anatomiste français Henri-Marie Ducrotay de Blainville (1777-1850) et Bursatella leachii en est le type*. Le genre Bursatella est pour l'heure monospécifique* et ne contient donc qu'une seule espèce.

leachii : espèce dédiée au zoologiste britannique William Elford Leach (1791-1836). Au-delà de ses fonctions aux départements de Zoologie puis d'Histoire Naturelle du British Museum, W. E. Leach est considéré comme un spécialiste des crustacés et des mollusques ; mais il travailla également sur les insectes, les mammifères et les oiseaux.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Anaspidea / Aplysiomorpha Anaspides / Aplysiomorphes Coquille petite (ou absente) généralement recouverte par le manteau (parapodes). Présence ou non d’une branchie plissée, tête portant des tentacules et des rhinophores. Cavité palléale située à droite. Mangeurs de végétaux. Tous marins, zones côtières.
Famille Aplysiidae Aplysiidés
Genre Bursatella
Espèce leachii

Nos partenaires