Crabe des cocotiers

Birgus latro | (Linnaeus, 1767)

N° 2027

Zone inter-tropicale de l'océan Indien et du Pacifique ouest à centre

Clé d'identification

Bernard-l'ermite terrestre de très grande taille (30 cm)
Rostre proéminent et branchiostégites très développés latéralement
Abdomen calcifié et partiellement replié sous le céphalothorax
Pinces fortes et légèrement asymétriques
4ème paire de pattes terminée par une petite pince

Noms

Autres noms communs français

Crabe voleur, pagure larron, crabe de cocotier
Kave'u, kaveu (tahitien, créole), U'u (Wallis et Futuna), Ziliwa (drehu = langue des habitants de Lifou), Eu (iaai = langue des habitants d'Ouvéa), Yenewanu (nengone = langue des habitants de Maré)

Noms communs internationaux

Coconut crab, robber crab, palm thief (GB), Granchio del cocco (I), Cangrejo de los cocoteros (E), Palmendieb (D), Caranguejo-dos-coqueiros (P)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Cancer latro (Linnaeus, 1767)

Distribution géographique

Zone inter-tropicale de l'océan Indien et du Pacifique ouest à centre

Zones DORIS : Indo-Pacifique

Le crabe des cocotiers est surtout abondant dans les îles isolées de la zone inter-tropicale de l'océan Indien et dans les îles et atolls du Pacifique ouest à centre. Il est aussi présent sur les côtes de quelques pays continentaux de cette même zone.
Afrique orientale, Tanzanie, Seychelles, Territoire britannique de l'océan Indien, Inde, Thaïlande, îles Cocos (Keeling), île Christmas, Malaisie, Indonésie, Philippines, province de Chine, Taïwan, Japon, Australie, Palau, Papouasie Nouvelle Guinée, Guam, îles Mariannes du Nord, Micronésie, îles Salomon, Nauru, îles Marshall, Nouvelle-Calédonie, Vanuatu, îles Fidji, Wallis et Futuna, Tuvalu, Tokelau, Samoa, Niue, Tonga, îles Cook, Kiribati, Polynésie française (Tuamotu et Gambier), Madagascar (sud ouest).

Biotope

Le crabe des cocotiers est une espèce de bernard-l'ermite supra-littorale qui vit presque exclusivement sur les petites îles tropicales. Avec l'âge, il s'éloigne de la mer et peut se rencontrer jusqu'à 4 km dans les terres. Les mâles habitent généralement plus loin de la côte que les femelles. Ils vivent dans des zones de forêt dense, mais aussi dans divers milieux arborés, dont des cocoteraies sableuses. De manière générale, il se cache la journée dans une faille, une anfractuosité ou un trou, qu'il peut creuser dans le sol pour se protéger de la prédation et du dessèchement. Il se réfugie aussi dans son trou pendant les périodes de mue qui durent environ 1 mois. Il est généralement actif la nuit, mais peut aussi être vu le jour selon les conditions météorologiques et d'ensoleillement.

Description

Birgus latro est un bernard-l'ermite et le plus grand arthropode terrestre au monde avec une taille moyenne de 30 cm. Les plus gros spécimens peuvent peser plus de 5 kg avec une envergure des pinces qui peut atteindre 1 m.
La couleur du corps varie d'un bleu-violet à un rouge-orange selon les individus et les îles. Le rostre est proéminent et les yeux sub-cylindriques sont rouge grenat. Les branchiostégites* sont très développés. Seuls les juvéniles utilisent une coquille de gastéropode pour se protéger. Chez les adultes, les plaques tergales (plaques situées sur la face dorsale) de l'abdomen sont rigidifiées et l'abdomen est droit et partiellement replié sous le céphalothorax.
Comme tous les décapodes, Birgus latro possède 5 paires de pattes, de l'avant vers l'arrière : deux pinces puissantes, légèrement asymétriques, utilisées pour décortiquer les noix de coco ; 3 paires de pattes locomotrices, la troisième paire de pattes ayant la particularité de posséder une petite pince ; 1 paire de toutes petites pattes, cachées sous la carapace, non visibles dorsalement. Les mâles sont généralement plus grands que les femelles.

Espèces ressemblantes

Le crabe des cocotiers adulte a une morphologie très particulière qui ne permet pas de le confondre avec une autre espèce. Cependant, les formes jeunes du Birgus latro ressemblent beaucoup à des Coenobita, et il est facile de les confondre. Il existe 15 espèces dans ce genre, qui est commun dans tout le Pacifique et l'océan Indien.
Coenobita brevimanus est solitaire et vit très loin de la plage.
A Madagascar, on peut aussi observer C. perlatus et C. rugosus, qui eux vivent sur les plages où les détritus sont abondants.
C. perlatus se cache le jour sous un tas de branches ou de feuilles. Leur identification se fait à partir de la disposition des écailles et de la pilosité des pinces.
Son nom commun "crabe des cocotiers" entraîne souvent des confusions. En effet, ce n'est pas un crabe à proprement parler, mais un bernard-l'ermite, et la même dénomination est couramment utilisée dans les Caraïbes pour désigner l'espèce Cardisoma guanhumi qui est fréquemment observée sur les palmes des cocotiers.

Alimentation

Birgus latro est omnivore, nécrophage, voire cannibale. Il est opportuniste, mais ne se nourrit que d'aliments à fort niveau énergétique, tels que des fruits et des graines, comme les noix de coco, très riches en lipides. Il chasse aussi des espèces de crabes sympatriques*, comme le crabe rouge Gecarcoidea natalis et Discoplax hirtipes. Il a aussi été observé se nourrissant de charognes, de crabes et de bernard-l'ermite, dont des Birgus latro, d'oiseaux, de poissons et de tortues. Après la mue, il mange son exuvie pour restaurer ses réserves calciques.

Reproduction - Multiplication

La maturité sexuelle du crabe des cocotiers est atteinte vers 5 ans et il pourrait vivre 30 à 50 ans. La période de reproduction est estivale, mais semble varier selon les îles et leur climat. L'accouplement se déroule exclusivement à terre, principalement en forêt et en phase d'intermue. Le mâle dépose son spermatophore sur les orifices génitaux de la femelle permettant la fécondation externe des ovocytes lors de leur expulsion, par des mouvements continus des pléopodes de la femelle. Les œufs fécondés (50 000 environ par ponte) sont portés par la femelle sous son abdomen pendant 1 mois environ. Seules les femelles grainées migrent la nuit vers la mer à marée haute. Elles y relâchent leurs œufs en se faisant balayer par les vagues. Une fois relâchés en mer, les œufs éclosent immédiatement. Le développement larvaire* se déroule en 2 à 3 semaines avec 4 stades larvaires de type zoé. Les larves restent dans les couches superficielles de l'océan par géotactisme (réaction due à la gravité, ici, elles se dirigent dans le sens inverse de cette force vers les couches superficielles) et phototactisme (réaction à une variation d'intensité lumineuse). Le dernier stade larvaire est le stade glaucothoé. Ce stade amphibie dure 3 semaines avec récupération d'une coquille de gastéropode pour la protection de l'abdomen. Les larves glaucothoés remontent sur l'estran et se métamorphosent en bernard-l'ermite juvéniles. Après plusieurs mues, elles abandonnent leur coquille de gastéropode qui leur servait de protection.

Vie associée

Birgus latro vit seul, mais est observé fréquemment en sympatrie avec des espèces de crabes terrestres (Gecarcoidea natalis et Discoplax hirtipes) et d'autres bernard-l'ermite du genre Coenobita (C. brevimanus, C. rugosus et C. perlatus).

Divers biologie

Comme tous les crustacés, le crabe des cocotiers grandit par mues successives. Elles durent environ 1 mois. La fréquence des mues, ainsi que l'augmentation de taille qu'elles permettent, deviennent moindres avec l'âge. On estime qu'il faut environ 40 ans pour atteindre une taille de 40 cm.
Les branchies du crabe des cocotiers constituent un poumon rudimentaire. Malgré une vie aérienne, il a néanmoins régulièrement besoin de points d'eau pour hydrater ses branchies et pour réguler la balance hydrominérale de son organisme. Il n'a cependant pas besoin de s'immerger complètement et se noie s'il est maintenu trop longtemps sous l'eau.
Des espèces allochtones* introduites telles que les cochons, les rats et les lézards, peuvent constituer une menace pour les stades juvéniles.

Le crabe des cocotiers ne se nourrit pas exclusivement de noix de coco. Il peut mettre au menu des fruits toxiques pour l'homme, comme ceux du faux manguier. Il y a donc un risque d'intoxication grave notamment en mangeant l'abdomen, et même des décès de temps en temps.

Réglementation

Espèce protégée en Polynésie française. Elle est inscrite en Déficience de Données (DD) dans la liste rouge de l'UICN.
Même si elle n'est pas classée comme espèce en danger par l'UICN, cette espèce est très vulnérable, en voie d'extinction dans toutes les zones où elle est soumise à une chasse intensive. Plusieurs pays ont mis en place des mesures de protection : taille limite de capture, protection des individus de couleur orange...

Origine des noms

Origine du nom français

Le nom "crabe des cocotiers" fait référence au milieu des cocoteraies dans lequel il vit. Ce crustacé peut grimper facilement dans les cocotiers. Les autres noms communs "crabe voleur" et "pagure larron" font référence au latin latro, signifiant voleur. Pagure est un synonyme de bernard-l'ermite (s'écrivant aussi bernard-l'hermite), en référence à la supra-famille des Paguridés.

Origine du nom scientifique

Birgus : le genre créé par Leach en 1815 n'est pas expliqué par l'auteur. Ce n'est pas une racine grecque ou latine.
latro : du latin [latro] = voleur, brigand. Le crabe des cocotiers est en effet capable de voler des objets comportant des traces de nourriture à proximité des habitations, voire même à l'intérieur.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Arthropoda Arthropodes Animaux invertébrés au corps segmenté, articulé, pourvu d’appendices articulés, et couvert d’une cuticule rigide constituant leur exosquelette.
Sous-embranchement Crustacea Crustacés Arthropodes à exosquelette chitineux, souvent imprégné de carbonate de calcium, ayant deux paires d'antennes.
Classe Malacostraca Malacostracés 8 segments thoraciques, 6 segments abdominaux. Appendices présents sur le thorax et l’abdomen.
Sous-classe Eumalacostraca Eumalacostracés Présence d’une carapace recouvrant la tête et tout ou partie du thorax.
Super ordre Eucarida Eucarides Présence d'un rostre.
Ordre Decapoda Décapodes La plupart marins et benthiques. Yeux composés pédonculés. Les segments thoraciques sont fusionnés avec la tête pour former le céphalothorax. La première paire de péréiopodes est transformée en pinces.  Cinq paires d'appendices locomoteurs (pinces comprises).
Sous-ordre Anomura Anomoures Les anomoures sont caractérisés par une cinquième paire de pattes atrophiée. Ils sont essentiellement représentés par les galathées et les Bernard l'ermite.
Famille Coenobitidae Coenobitidés
Genre Birgus
Espèce latro

Nos partenaires