Lobiger de Souverbie

Lobiger souverbii | Fischer, 1857

N° 5471

Océan Atlantique tropical Ouest

Clé d'identification

Couleur générale : vert clair avec plus ou moins de tubercules jaunâtres
Deux parapodies costales avec quatre grands lobes au total, érigés vers le haut
Coquille translucide en partie dorsale, laissant apparaître le manteau coloré par transparence
Manteau vert à jaunâtre, avec lignes noires longitudinales, points ou traits bleus irisés
Rhinophores enroulés, inclinés vers l’avant
Taille maximale de 30 mm

Noms

Autres noms communs français

Lobiger à coquille rayée

Noms communs internationaux

Souverbie’s lobiger, lined-shell sea lug (GB)

Synonymes du nom scientifique actuel

Lobiger pilsbryi Schwengel, 1941

Distribution géographique

Océan Atlantique tropical Ouest

Zones DORIS : ● Caraïbes, ● Indo-Pacifique

Lobiger souverbii est présent dans les eaux tropicales de l’Atlantique occidental, de la Floride et du golfe du Mexique jusqu’aux Caraïbes et au Brésil.

Des populations similaires, sous le nom Lobiger cf. souverbii, auraient également été recensées sur la côte Pacifique, notamment au Mexique (González-Romero et al. 2025).

Biotope

Cette limace vit dans les eaux calmes, camouflée dans les algues du genre Caulerpa. En Guadeloupe, on la trouve plus particulièrement dans les algues petit pompon vert (Caulerpa verticillata).
Elle fréquente aussi les docks et les zones portuaires.

Description

Lobiger souverbii a un corps allongé et ovale, effilé vers l’arrière, avec une longue queue pointue couverte de petits tubercules*. La taille maximale est de 30 mm.

La coquille externe est fine et translucide, en forme de calotte, avec un apex dirigé vers l'arrière et le côté gauche. Elle ne protège que la zone dorsale. Elle est entourée de deux parapodies* se déployant chacune vers le haut en deux expansions foliacées* et étroites de chaque côté (soit 4 au total), ce qui donne l'impression de quatre longs processus* distincts. Ces quatre grands lobes* parapodiaux ondulés sont recouverts de papilles marginales blanchâtres coniques et de tubercules comme sur la queue.

La couleur de fond est vert clair avec des taches sombres. La coquille est extrêmement fragile et elle laisse apparaître par transparence le manteau coloré. Ce dernier est vert clair avec des lignes longitudinales noires ou sombres et quelques points ou traits bleus irisés plus ou moins présents et dispersés.

Les rhinophores* verts sont enroulés, inclinés vers l’avant et surplombent l’avant de la tête. A leur base, se trouve la tache oculaire noire, sorte d’œil rudimentaire.

Espèces ressemblantes

Lobiger viridis, qui vit dans l'Indo-Pacifique est visuellement très semblable. Outre la distribution, la différence se fait principalement sur les quatre grands processus parapodiaux, qui possèdent des extensions branchues, ramifiées et latérales, ce qui n'est pas le cas chez L. souverbii. La présence ou pas des motifs bleus sur le manteau n'est pas discriminante.

A titre anecdotique, nous pouvons rencontrer d'anciennes discussions entre spécialistes (par ex, le Dr. Bill Rudman en 2000), portant sur le fait qu’il pourrait ne s'agir en réalité que d’une seule espèce et que Lobiger souverbii pourrait n'être qu’un synonyme de Lobiger viridis (mais dans ce cas, les règles d'antériorité taxonomiques ne donneraient pas priorité à L. viridis).
L'inverse existe également, soit L. viridis considéré comme synonyme de L. souverbii (voir Kay 1964). Mais actuellement, aucune des deux hypothèses n'est validée par les sites taxonomiques. En outre, des études moléculaires, comme Berriman et al. 2018 (sur le gène* mitochondrial* COI et le marqueur nucléaire H3), attestent que les lignées provenant des Caraïbes (attribuées à L. souverbii) sont distinctes de la lignée indo-Pacifique (L. viridis) et les deux espèces, génétiquement différentes, demeurent donc valides.

Notons conséquemment que cette même étude de 2018 a génétiquement distingué plusieurs lignées caribéennes dans ce qui est actuellement appelé Lobiger souverbii, ce qui formerait peut-être un complexe* d'espèces sur la zone. Mais cela n'a pas été déterminé formellement à notre connaissance à la date de publication de cette fiche (11/2026).

Alimentation

Lobiger souverbii se nourrit d’algues vertes du genre Caulerpa, comme par exemple la caulerpe petit pompon vert (Caulerpa verticillata). Alors que les juvéniles choisiraient de préférence une algue plus toxique comme l’algue raisin vert (Caulerpa racemosa) (voir § Divers biologie).

Comme la grande majorité des limaces de mer de l'ordre des sacoglosses, c’est une "suceuse de sève". Elle utilise sa radula* pour perforer la paroi cellulaire de l'algue afin d'en aspirer le fluide contenu.

Reproduction - Multiplication

Lobiger souverbii est hermaphrodite* et possède donc un système reproducteur à la fois mâle et femelle, dont les organes copulateurs débouchent sur le côté droit de la tête.

Lors de l’accouplement croisé, les deux partenaires se fécondent simultanément et réciproquement, la fécondation ayant lieu de manière interne.
Cette espèce pond des œufs jaunâtres (environ 1630 œufs par pontes, selon DeFreese & Clark 1983, dans des capsules ovigères*), contenus dans un ruban gélatineux, lui-même enroulé en spirale sur l’algue dont elle se nourrit.
Le développement larvaire est probablement planctotrophe* mais si cela a bien été documenté pour L. viridis, cela doit être confirmé pour L. souverbii.

Divers biologie

Les espèces de la famille des Oxynoidés qui partagent le même régime alimentaire ont la capacité d’ingérer et de transformer chimiquement les molécules de caulerpényne, une toxine des algues du genre Caulerpa, pour la rendre encore plus agressive et ce pour se protéger des prédateurs. Les juvéniles, qui sont extrêmement vulnérables, se nourriraient de l’algue Caulerpa racemosa qui a un taux de toxicité très élevé.

Attaqué ou stressé, le lobiger de Souverbie redresse ses lobes et sécrète un mucus blanc et visqueux fortement chargé de ces toxines pour repousser ou empoisonner ses prédateurs (petits crustacés ou poissons). Puis il fuit en agitant vigoureusement ses lobes. Dans certains cas, il peut les autotomiser*.

La radula étroite est unisériée* (de formule radulaire* acceptée ±12 x 0.1.0), avec une cuspide* centrale dédiée pour percer la membrane cytoplasmique* des végétaux sans détruire celui-ci et accéder à son contenu.
Les dents usées tomberont dans l'ascus*, un sac spécifique du taxon des Sacoglosses, situé sous le pharynx* et destiné à cela. La dent active usée sera remplacée par la dent suivante sur la radula.

Informations complémentaires

Pour respirer, les sacoglosses, dont fait partie Lobiger souverbii, absorbent l'oxygène dissous dans l'eau à travers leur peau. Les dentelles de peau (replis épithéliaux) sur le dos, plus ou moins développées selon les espèces, augmentent la zone d'absorption et les 4 grands lobes de L. souverbii y participent probablement, bien que cette fonction n'ait pas été formellement démontrée chez cette espèce précise.

Les cas d’autotomie* peuvent amener à une certaine confusion dans l’identification de cette limace. Fischer dans sa description originale a accompagné celle-ci d’un dessin avec seulement deux lobes (voir photo ci-après). Il avait cependant bien noté que l’animal en possédait quatre.

Statuts de conservation et réglementations diverses

Origine des noms

Origine du nom français

Lobiger de Souverbie : ce nom commun est une francisation littérale du nom scientifique de l'espèce.

Origine du nom scientifique

Lobiger : est formé à partir du latin [lobus] = lobe ou lobule et de [gerere] = porter.
Le genre a été introduit en 1847 par le zoologiste germano-russe August David Krohn (1803-1891), son espèce-type* est Lobiger philippii (actuellement Lobiger serradifalci).

souverbii : dédié à Pierre-Marie-Bernard-Saint-Martin Souverbie (1815-1891), médecin et malacologue* français (né à New-York), qui fut entre autre conservateur du Museum d'Histoire Naturelle de Bordeaux. Il a lui-même décrit bon nombre d'espèces de l'archipel calédonien et d'autres espèces encore lui sont dédiées (par ex : Cancellaria souverbiei Crosse, 1868, Goniodoris souverbiei Crosse, 1875, Littorina souverbiana Crosse, 1862, Mangilia souverbiei Tryon, 1884, etc.).
On doit la description de l’espèce à Paul Henri Fischer (1835–1893) médecin, zoologiste et paléontologue français réputé pour ses travaux majeurs sur les mollusques incluant l'étude des nudibranches. Dans sa description, il écrit en 1856 : "Nous sommes heureux de le (Lobiger) dédier à notre ami, M. le Docteur Souverbie, Directeur du Musée d'Histoire Naturelle de Bordeaux".
La localité-type* est la Guadeloupe.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 420565

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Heterobranchia Hétérobranches
Infra-classe Euthyneura Euthyneures

Gastéropodes hétérobranches possédant une disposition particulière non croisée du système nerveux, résultant de la torsion puis détorsion de la larve véligère.

Subter-classe Tectipleura Tectipleures
Super ordre Sacoglossa Sacoglosses

Coquille à paroi fine et en forme d’œuf ou de 2 valves, ou absente. Les espèces sans coquille sont pourvues de parapodies ou de cérates. 2 paires ou pas de tentacules sur la tête (rhinophores en tube).

Super-famille Oxynooidea Oxynooidés
Famille Oxynoidae Oxynoidés
Genre Lobiger
Espèce souverbii

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