Couleur générale : vert clair avec plus ou moins de tubercules jaunâtres
Deux parapodies costales avec quatre grands lobes au total, érigés vers le haut
Coquille translucide en partie dorsale, laissant apparaître le manteau coloré par transparence
Manteau vert à jaunâtre, avec lignes noires longitudinales, points ou traits bleus irisés
Rhinophores enroulés, inclinés vers l’avant
Taille maximale de 30 mm
Lobiger à coquille rayée
Souverbie’s lobiger, lined-shell sea lug (GB)
Lobiger pilsbryi Schwengel, 1941
Océan Atlantique tropical Ouest
Zones DORIS : ● Caraïbes, ● Indo-PacifiqueLobiger souverbii est présent dans les eaux tropicales de l’Atlantique occidental, de la Floride et du golfe du Mexique jusqu’aux Caraïbes et au Brésil.
Des populations similaires, sous le nom Lobiger cf. souverbii, auraient également été recensées sur la côte Pacifique, notamment au Mexique (González-Romero et al. 2025).
Cette limace vit dans les eaux calmes, camouflée dans les algues du genre Caulerpa. En Guadeloupe, on la trouve plus particulièrement dans les algues petit pompon vert (Caulerpa verticillata).
Elle fréquente aussi les docks et les zones portuaires.
Lobiger souverbii a un corps allongé et ovale, effilé vers l’arrière, avec une longue queue pointue couverte de petits tubercules*. La taille maximale est de
La coquille externe est fine et translucide, en forme de calotte, avec un apex dirigé vers l'arrière et le côté gauche. Elle ne protège que la zone dorsale. Elle est entourée de deux parapodies* se déployant chacune vers le haut en deux expansions foliacées* et étroites de chaque côté (soit 4 au total), ce qui donne l'impression de quatre longs processus* distincts. Ces quatre grands lobes* parapodiaux ondulés sont recouverts de papilles marginales blanchâtres coniques et de tubercules comme sur la queue.
La couleur de fond est vert clair avec des taches sombres. La coquille est extrêmement fragile et elle laisse apparaître par transparence le manteau coloré. Ce dernier est vert clair avec des lignes longitudinales noires ou sombres et quelques points ou traits bleus irisés plus ou moins présents et dispersés.
Les rhinophores* verts sont enroulés, inclinés vers l’avant et surplombent l’avant de la tête. A leur base, se trouve la tache oculaire noire, sorte d’œil rudimentaire.
Lobiger viridis, qui vit dans l'Indo-Pacifique est visuellement très semblable. Outre la distribution, la différence se fait principalement sur les quatre grands processus parapodiaux, qui possèdent des extensions branchues, ramifiées et latérales, ce qui n'est pas le cas chez L. souverbii. La présence ou pas des motifs bleus sur le manteau n'est pas discriminante.
A titre anecdotique, nous pouvons rencontrer d'anciennes discussions entre spécialistes (par ex, le Dr. Bill Rudman en 2000), portant sur le fait qu’il pourrait ne s'agir en réalité que d’une seule espèce et que Lobiger souverbii pourrait n'être qu’un synonyme de Lobiger viridis (mais dans ce cas, les règles d'antériorité taxonomiques ne donneraient pas priorité à L. viridis).
L'inverse existe également, soit L. viridis considéré comme synonyme de L. souverbii (voir Kay 1964). Mais actuellement, aucune des deux hypothèses n'est validée par les sites taxonomiques. En outre, des études moléculaires, comme Berriman et al. 2018 (sur le gène* mitochondrial* COI et le marqueur nucléaire H3), attestent que les lignées provenant des Caraïbes (attribuées à L. souverbii) sont distinctes de la lignée indo-Pacifique (L. viridis) et les deux espèces, génétiquement différentes, demeurent donc valides.
Notons conséquemment que cette même étude de 2018 a génétiquement distingué plusieurs lignées caribéennes dans ce qui est actuellement appelé Lobiger souverbii, ce qui formerait peut-être un complexe* d'espèces sur la zone. Mais cela n'a pas été déterminé formellement à notre connaissance à la date de publication de cette fiche (11/2026).
Lobiger souverbii se nourrit d’algues vertes du genre Caulerpa, comme par exemple la caulerpe petit pompon vert (Caulerpa verticillata). Alors que les juvéniles choisiraient de préférence une algue plus toxique comme l’algue raisin vert (Caulerpa racemosa) (voir § Divers biologie).
Comme la grande majorité des limaces de mer de l'ordre des sacoglosses, c’est une "suceuse de sève". Elle utilise sa radula* pour perforer la paroi cellulaire de l'algue afin d'en aspirer le fluide contenu.
Lobiger souverbii est hermaphrodite* et possède donc un système reproducteur à la fois mâle et femelle, dont les organes copulateurs débouchent sur le côté droit de la tête.
Lors de l’accouplement croisé, les deux partenaires se fécondent simultanément et réciproquement, la fécondation ayant lieu de manière interne.
Cette espèce pond des œufs jaunâtres (environ 1630 œufs par pontes, selon DeFreese & Clark 1983, dans des capsules ovigères*), contenus dans un ruban gélatineux, lui-même enroulé en spirale sur l’algue dont elle se nourrit.
Le développement larvaire est probablement planctotrophe* mais si cela a bien été documenté pour L. viridis, cela doit être confirmé pour L. souverbii.
Les espèces de la famille des Oxynoidés qui partagent le même régime alimentaire ont la capacité d’ingérer et de transformer chimiquement les molécules de caulerpényne, une toxine des algues du genre Caulerpa, pour la rendre encore plus agressive et ce pour se protéger des prédateurs. Les juvéniles, qui sont extrêmement vulnérables, se nourriraient de l’algue Caulerpa racemosa qui a un taux de toxicité très élevé.
Attaqué ou stressé, le lobiger de Souverbie redresse ses lobes et sécrète un mucus blanc et visqueux fortement chargé de ces toxines pour repousser ou empoisonner ses prédateurs (petits crustacés ou poissons). Puis il fuit en agitant vigoureusement ses lobes. Dans certains cas, il peut les autotomiser*.
La radula étroite est unisériée* (de formule radulaire* acceptée ±12 x 0.1.0), avec une cuspide* centrale dédiée pour percer la membrane cytoplasmique* des végétaux sans détruire celui-ci et accéder à son contenu.
Les dents usées tomberont dans l'ascus*, un sac spécifique du taxon des Sacoglosses, situé sous le pharynx* et destiné à cela. La dent active usée sera remplacée par la dent suivante sur la radula.
Pour respirer, les sacoglosses, dont fait partie Lobiger souverbii, absorbent l'oxygène dissous dans l'eau à travers leur peau. Les dentelles de peau (replis épithéliaux) sur le dos, plus ou moins développées selon les espèces, augmentent la zone d'absorption et les 4 grands lobes de L. souverbii y participent probablement, bien que cette fonction n'ait pas été formellement démontrée chez cette espèce précise.
Les cas d’autotomie* peuvent amener à une certaine confusion dans l’identification de cette limace. Fischer dans sa description originale a accompagné celle-ci d’un dessin avec seulement deux lobes (voir photo ci-après). Il avait cependant bien noté que l’animal en possédait quatre.
Lobiger de Souverbie : ce nom commun est une francisation littérale du nom scientifique de l'espèce.
Lobiger : est formé à partir du latin [lobus] = lobe ou lobule et de [gerere] = porter.
Le genre a été introduit en 1847 par le zoologiste germano-russe August David Krohn (1803-1891), son espèce-type* est Lobiger philippii (actuellement Lobiger serradifalci).
souverbii : dédié à Pierre-Marie-Bernard-Saint-Martin Souverbie (1815-1891), médecin et malacologue* français (né à New-York), qui fut entre autre conservateur du Museum d'Histoire Naturelle de Bordeaux. Il a lui-même décrit bon nombre d'espèces de l'archipel calédonien et d'autres espèces encore lui sont dédiées (par ex : Cancellaria souverbiei Crosse, 1868, Goniodoris souverbiei
Crosse, 1875, Littorina souverbiana
Crosse, 1862, Mangilia souverbiei
Tryon, 1884, etc.).
On doit la description de l’espèce à Paul Henri Fischer (1835–1893) médecin, zoologiste et paléontologue français réputé pour ses travaux majeurs sur les mollusques incluant l'étude des nudibranches. Dans sa description, il écrit en 1856 : "Nous sommes heureux de le (Lobiger) dédier à notre ami, M. le Docteur Souverbie, Directeur du Musée d'Histoire Naturelle de Bordeaux".
La localité-type* est la Guadeloupe.
Numéro d'entrée WoRMS : 420565
| Termes scientifiques | Termes en français | Descriptif | |
|---|---|---|---|
| Embranchement | Mollusca | Mollusques | Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies. |
| Classe | Gastropoda | Gastéropodes | Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules. |
| Sous-classe | Heterobranchia | Hétérobranches | |
| Infra-classe | Euthyneura | Euthyneures | Gastéropodes hétérobranches possédant une disposition particulière non croisée du système nerveux, résultant de la torsion puis détorsion de la larve véligère. |
| Subter-classe | Tectipleura | Tectipleures | |
| Super ordre | Sacoglossa | Sacoglosses | Coquille à paroi fine et en forme d’œuf ou de 2 valves, ou absente. Les espèces sans coquille sont pourvues de parapodies ou de cérates. 2 paires ou pas de tentacules sur la tête (rhinophores en tube). |
| Super-famille | Oxynooidea | Oxynooidés | |
| Famille | Oxynoidae | Oxynoidés | |
| Genre | Lobiger | ||
| Espèce | souverbii |
Gastéropodes Opisthobranches
Coquille transparente
La coquille externe est fine, très fragile et translucide. Elle est en forme de calotte avec un apex tourné vers l'arrière et sur le côté gauche. Elle est peu visible et ne couvre que la partie dorsale. La coquille laisse voir par transparence le manteau vert à jaunâtre et ses motifs de lignes sombres et de traits ou points bleus irisés (peu présents sur cet individu).
Pointe-Noire, Guadeloupe (971), 7 m
30/08/2020
Gastéropodes Opisthobranches
Extensions parapodiales
La coquille est entourée de quatre grands lobes parapodiaux ondulés, recouverts de papilles blanchâtres coniques, notamment en partie latérale.
Guadeloupe (971)
28/02/2024
De face
Les rhinophores* sont enroulés, inclinés vers l’avant. Ils portent à leur base de petits "yeux" noirs, visibles sur cette photo.
Pointe-Noire, Guadeloupe (971), 5 m
30/08/2020
De profil
Lobiger souverbii a un corps allongé et ovale, effilé vers l’arrière, avec une longue queue pointue. La coquille fine et translucide, laisse voir par transparence le manteau vert orné de lignes longitudinales sombres et de points bleutés que décrivent les études anatomiques scientifiques. Elle ne couvre que la partie dorsale.
Port-Louis, Guadeloupe (971), 12 m
12/06/2023
Au milieu des algues
Lobiger souverbii se nourrit d’algues vertes du genre Caulerpa. Il est, ici, en train de se régaler de caulerpe petit pompon vert (Caulerpa verticillata).
Basse-Terre, Guadeloupe (971), 8 m
06/06/2026
Sur fond de graviers
En quittant la zone algueuse, cet individu prend le risque de s'exposer aux prédateurs. Heureusement il sait se défendre en sécrétant un mucus blanc et visqueux fortement chargé de toxines pour les repousser ou les empoisonner.
Pointe-Noire, Guadeloupe (971), 5 m
31/08/2020
Juvénile
Cette espèce a la capacité d’ingérer et de transformer chimiquement les molécules toxiques des algues de la famille des caulerpes pour se protéger des prédateurs. En raison de leur plus grande vulnérabilité, les juvéniles choisiraient de se nourrir de préférence d'une algue très toxique comme l’algue raisin vert (Caulerpa racemosa).
Port-Louis, Guadeloupe (971), 8 m
09/01/2025
Perte d'un lobe
Cet individu a perdu un de ses lobes. Il s'agit peut-être d'un cas d'autotomie suite à une agression. En effet, cette limace a la capacité de se séparer volontairement d'une partie de son corps. Le lobe perdu repoussera mais certainement dans une version généralement plus courte.
Port-Louis, Guadeloupe (971), 10 m
14/07/2026
Curiosité ancienne !
Paul Henri Fischer, dans sa description originale de
Mais il spécifie dans le texte que l'animal "agite sans cesse ses sortes de nageoires, qui se détachent et se renouvellent souvent". Il a donc dessiné l'individu qu'il avait sous les yeux... avec ses deux seuls lobes.
Planche 11, fig. 7 à 10 extraite de : Fischer P., 1857, Description d'espèces nouvelles, Journal de Conchyliologie, 5(3), 273-277.
Reproduction de documents anciens
1857
Individu de Guadeloupe
La Guadeloupe est la localité-type* du lobiger de Souverbie. C'est-à-dire que l'individu qui, en 1857, a servi à la description initiale de Fisher provient de "l'île papillon", la Guadeloupe.
Ce spécimen premier, l'holotype*, est enregistré en tant que tel dans les collections du Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN), à Paris et constitue la référence officielle de l'espèce.
Port-Louis, Guadeloupe (971), 15 m
13/07/2024
Rédacteur principal : Alain GOYEAU
Vérificateur : Alain-Pierre SITTLER
Responsable régional : Jean-Michel SUTOUR
Berriman J.S., Ellingson R.A., Awbrey J.D., Rico D.M., Valdés Á.A., Wilson N.G., Aguilar A., Herbert D.G., Hirano Y.M., Trowbridge C.D., Krug P.J., 2018, A biting commentary: Integrating tooth characters with molecular data doubles known species diversity in a lineage of sea slugs that consume "killer algae", Mol Phylogenet Evol., 126, 356-370.
Ciavatta M.L., Lopez Gresa M.P., Gavagnin M., Manzo E., Mollo E., D'Souza L., Cimino G., 2006, New caulerpenyne-derived metabolites of an Elysia sacoglossan from the south india coast, Molecules, 11, 10, 808-816.
De Sisto M., Crescini R., Villalba W., Ríos B. ,Gómez V., Mata Y., 2016, Sacoglosos (Opisthobranchia: Sacoglossa) del estado Nueva Esparta y Los Frailes, Venezuela, Revista Mexicana de Biodiversidad, 87, 42-48.
Fischer P., 1857, Description d'espèces nouvelles, Journal de Conchyliologie. 5(3), 273-277.
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Goodheart J., Ellingson R., Vital X., Galvão F.H., McCarthy-Taylor J., Medrano S., Bhave V., García-Méndez K., Jimenez L., López, G., Hoover C., Awbrey J., De Jesus J.L., Gowacki W., Krug P., Valdes A., 2016, Identification guide to the heterobranch sea slugs (Mollusca: Gastropoda) from Bocas del Toro, Panama, Marine Biodiversity Records. 9. 1-56.
Kay E.A., 1964, A new species of Berthelinia and its associated sacoglossans in the Hawaiian Islands, Proceedings of the Malacological Society of London, 36, 191-197.
Krohn A.D., 1847, Observations sur deux nouveaux genres de Gastéropodes (Lobiger et Lophocercus), Annales des Sciences Naturelles (Zoologie), (3)7, 52-60.
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